Affaire Nezzar-Souaïdia

Djamel Boukrine, Le Matin, 11 juillet 2002

Cinq longues journées d'audience devant le 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, l'affaire Nezzar-Souaïdia n'a pas eu l'effet escompté, à savoir à la mesure de toute la campagne médiatique qui s'est déclenchée, il y a de cela cinq ans, autour de la responsabilité de l'armée algérienne dans le drame qui endeuille le pays depuis plus de dix ans. L'impact souhaité par les détracteurs de cette armée n'a pas eu lieu, ce qui permit, peut-être, à des proches de Khaled Nezzar d'estimer que le procès est « une victoire juridique et politique ». C'est un procès en diffamation qui s'est transformé en un jugement de l'arrêt du processus électoral. On a vu défiler plusieurs personnalités algériennes, divisées en deux camps, se livrant à Paris, à la veille de la fête de l'indépendance, à une confrontation autour de la crise algérienne

Retour sur un procès

«On a réussi à porter l'estocade à la thèse du "Qui tue qui ?" là où elle trouve encore des avocats et des sponsors et un 5 Juillet, une date symbolique, que nous avons choisie nous-mêmes et non imposée par la justice française, contrairement à ce que croient certains responsables du cheptel politique algérien », affirment des sources proches du général Khaled Nezzar, l'ancien ministre de la Défense algérienne (1990-1993). « Avant ce procès, il y avait deux thèses sur les assassinats des civils en Algérie, maintenant, ajoutent ces mêmes sources, il n'en reste qu'une seule, celle que les Algériens qui ont affronté seuls les terroristes islamistes tentent d'expliquer au monde depuis toujours. » « Le temps du doute sur "Qui tue en Algérie ?" depuis 1992 ou celui où n'importe qui vient s'attaquer à l'Algérie ou à l'institution militaire est terminé », dit-on. Le parquet de Paris a classé sans suite, jeudi dernier, une plainte déposée le 28 juin à Paris par neuf Algériens contre Khaled Nezzar, pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants. Le parquet a motivé sa décision par « l'absence d'élément grave ou concordant reposant sur le général Nezzar au regard de cette plainte ». Des plaintes précédentes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 contre M. Nezzar ont été classées sans suite aussi. Dans les milieux proches de Nezzar, on « conjugue » ce qui est communément appelé le groupe de Sant'Egidio au passé. On affirme aussi avec un sourire que le glissement progressif du procès pour diffamation intenté contre Habib Souaïdia, l'auteur de La Sale Guerre, vers celui de toute la classe dirigeante qui a décidé d'arrêter le processus électoral le 12 janvier 1992, était recherché et attendu pour, dit-on, « mettre fin une fois pour toutes à cette épée de Damoclès suspendue sur la tête des Janviéristes ». Les propos tenus par l'auteur de La sale guerre, un livre « truffé d'erreurs, d'approximations et d'incohérences » sur chaîne française, La Cinquième, un prétexte ? Vraisemblablement. Pour M. Nezzar, le fait d'engager une procédure en diffamation en France a un avantage précis : crédibiliser sa démarche car toute « procédure en Algérie aurait été un motif de suspicion supplémentaire ».
Rompant avec la tradition, la « grande muette » sort du bois. Mohamed Lamari, le chef d'état-major de l'armée algérienne a choisi l'Académie militaire de Cherchell, juste après le début du procès Nezzar-Souaïdia, pour afficher publiquement son soutien à son ex-ministre de la Défense et revendiquer la responsabilité de son institution dans la décision de l'arrêt du processus électoral de 1992. Pour, explique-t-il, « sauver la République » de l'obscurantisme des islamistes et éviter à l'Algérie d'être l'Iran des mollahs ou l'Afghanistan des Talibans. Une seconde bataille est annoncée pour le 27 septembre prochain à Paris. Sera-t-elle celle de la confirmation d'une victoire totale, juridique et politique ?


   
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