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PROCÈS
NEZZAR-SOUAÏDIA
Pascal Holenweg,
Commission socialiste de solidarité internationale, 29 août
2002
Ce que Khaled
Nezzar reproche à Habib Souaïdia d'avoir dit ;
ce que Habib Souaïdia a dit ;
ce que Khaled Nezzar* a confirmé des dires de Habib Souaïdia
* Ou d'autres personnalités
et responsables politiques, militaires, policiers algériens, au
pouvoir ou proches du pouvoir et du général Nezzar, ou d'autres
sources officielles, ainsi que des organisations non-gouvernementales
nationales et internationales
A. CE QUE LE GÉNÉRAL
KHALED NEZZAR REPROCHE Á HABIB SOUAÏDIA D'AVOIR DIT
Dans son assignation
pour " diffamation " délivrée le 24 août
2001, le général Khaled Nezzar reproche à Habib Souaïdia
les propos qu'il a tenu lors de l'émission " Droits d'auteurs
", le 27 mai 2001, sur "La Cinquième ", où
il était invité avec d'autres auteurs suite à la
publication de son livre La Sale Guerre, publié en février
2001 aux Éditions La Découverte. Pour l'avocat de Khaled
Nezzar, Habib Souaïdia " s'est exprimé en des termes
gravement diffamatoires à égard notamment du général
Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, ayant assumé
de hautes responsabilités au sein du Haut Comité d'État
de l'Algérie ". Or il s'avère que la quasi totalité,
sinon la totalité, des propos de Habib Souaïdia ont été
confirmés, sur le fond et parfois même dans la forme, par
des responsables et anciens responsables militaires, policiers et politiques
algériens, y compris par le général Nezzar lui-même,
ainsi que par des organisations non gouvernementales et des institutions
internationales.
Voici donc les propos
reprochés à Habib Souaïdia, le commentaire qu'en fait
l'avocat de Khaled Nezzar dans son assignation... et les confirmations
qu'en donnent soit Khaled Nezzar lui-même, soit d'autres représentants
du pouvoir algérien, soit des sources algériennes ou internationales
crédibles.
1. "LES GÉNÉRAUX
ONT TUÉ DES MILLIERS DE GENS"
Habib Souaïdia
:
" Je vais vous dire une chose. C'est le contraire de ce qui est arrivé
aux Français pendant la guerre de libération. À l'époque,
il y avait des hommes politiques en France. Chez nous, il n'y en a pas.
Les hommes politiques sont des généraux, c'est eux qui décident.
Il n'y a pas de président. Cela fait dix années qu'il n'y
a pas de président, plus même.
Il y avait des généraux, ce sont eux les politiciens, c'est
eux les décideurs, c'est eux qui ont fait cette guerre. C'est eux
qui ont tué des milliers de gens pour rien du tout. C'est eux qui
ont décidé d'arrêter le processus électoral,
c'est eux les vrais responsables, c'est eux les vrais responsables.
Pour moi, ces gens-là, il n'y a aucun pardon, on ne peut pas pardonner.
Je ne peux pas pardonner au général Massu et au général
Aussaresses les crimes qu'ils ont commis comme je ne peux pas pardonner
au général Nezzar, ex-ministre de la Défense.
Il faut qu'on juge les coupables. "
Avocat de Khaled
Nezzar :
" Monsieur Habib Souaïdia impute ainsi au général
Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, d'avoir tué "
des milliers de gens pour rien du tout " et d'une manière
plus générale, (d'être responsable ou complice de)
la commission de crimes. De tels propos, outre le fait qu'ils sont inexacts
s'agissant du général Khaled Nezzar, portent gravement atteinte
à son honneur et à sa considération. "
LES FAITS :
Khaled Nezzar
dixit :
(Entretien avec Ahmed Semiane, Octobre : Ils parlent, Ed. Le Matin, Alger,
1998)
(A propos de la répression des émeutes d'octobre 1988) "
J'ai conçu ma démarche à partir des manuels étrangers
que j'avais étudiés et des notions que j'en avais gardées.
J'ai fréquenté leurs écoles, je connaissais le système
de maintien de l'ordre. Je sais que l'armée doit appuyer la police
dans l'état d'urgence et qu'elle assure les pouvoirs de la police
dans l'état de siège en usant des armes au besoin. Le président
ne possédait pas ces connaissances. Il s'est reposé sur
un responsable chargé du rétabli
ssement de l'ordre, c'est tout "
(A propos de la fusillade
par les militaires d'une manifestation, le 10 octobre 1988, à Bab
El Oued -une cinquantaine de morts) " Les coups de feu qui avaient
été tirés ont influé sur le cours des événements.
Ils étaient inattendus et ont permis, en même temps, de mettre
en sourdine les manifestations. Le jeu s'est calmé peu à
peu. "
Sid Ahmed Ghozali
(Premier ministre en 1991, puis Ambassadeur d'Algérie en France):
(Le Monde 12.1.2002) : " Depuis l'indépendance, la seule institution
qui tienne, c'est l'armée, le reste n'est que carton pâte
"
(Institut français
des relations internationales, octobre 1993) : " Il ne fait aucun
doute que 90 % de la population (algérienne) rejette à la
fois l'Etat et le pouvoir "
Ali Haroun
(membre du Haut Comité d'Etat)
(El Khabar, 29.6.1993) : " Chaque algérien patriote comprend
la situation avant de s'interroger sur les droits de l'homme ".
Rapport d'Amnesty
International sur l'Algérie, 25 octobre 1994 :
" Plus de 10'000 personnes ont été placées en
détention administrative sans inculpation ni jugement dans des
camps d'internement situés dans le désert sud du pays. Après
la proclamation de l'état d'urgence en 1992, plus de 10'000 personnes
se trouvaient dans des camps à Ouargla, Reggane, Aïn Saleh,
Bordj Omar Idriss, El Homr, El Menea, Aïn M'Guel, Oued Namous, Tsabit
et Tiberghamine.
(...)
(...) en 1991, après la proclamation de l'état de siège,
le 4 juin (...) (plus) de 1000 personnes, des partisans ou des sympathisants
présumés du FIS pour la plupart, avaient été
maintenues en détention administrative jusqu'à deux mois
durant dans cinq camps situés à Ould Fayet, Blida, Oran,
Aïn M'lila et Ouargla " (p. 8)
Ali Yahia Abdennour,
président de la Ligue algérienne de défense des droits
de l'homme (LADDH) :
(Le Jeune Indépendant, 10.12.2000) " Des dizaines de milliers
d'Algériens ont été torturés, depuis octobre
1988 et surtout de juin 1991 à nos jours, par des organismes tant
de l'autorité militaire que de l'autorité civile. "
Fédération
Internationale des Ligues des droits de l'Homme, rapport de la mission
internationale d'enquête sur l'administration de la justice et la
condition féminine, 26 avril-1er mai 1997 :
" Nous parlant du nombre de " terroristes détenus "
(18'000 sur 36'000 prisonniers), un interlocuteur officiel nous dira qu'ils
appartiennent à " la deuxième ou troisième périphérie
du terrorisme ". On devine ainsi aisément le sort réservé
au premier cercle. "
Rapport d'Amnesty
International sur l'Algérie, janvier 2001 :
" Depuis 1992, plus de 100'000 Algériens ont été
tués, des milliers de personnes ont été torturées
et des milliers d'autres ont 'disparu'. Toutes les catégories de
la société, toutes les générations et toutes
les classes sociales ont été touchées par la vague
sans fin d'homicides et d'autres atteintes aux droits fondamentaux qui
déferle en Algérie depuis près de dix ans. Même
les personnes les plus vulnérables dans la société
-les vieillards, les infirmes, les nourrissons et les femmes enceintes-
ont été victimes de la violence incessante. La population
civile a été terrorisée par des attentats à
l'explosif et des attaques au mortier contre des marchés, des cafés,
des trains, des autobus et d'autres lieux publics; elle a connu la peur
de circuler sur les routes à causes des barrages installés
par des hommes armés qui tuent sélectivement les passagers
des véhicules. Des hommes, des femmes, des enfants et des bébés
ont été tués individuellement ou lors de massacres
perpétrés par des groupes armés qui se définissent
comme des "groupes islamiques"; ils ont été abattus
par balle, décapités et mutilés, brûlés
ou déchiquetés par des bombes. Des femmes enlevées
par les membres de ces groupes ont été violées. Des
civils non armés ont été abattus, dans certains cas
chez eux en présence de leurs proches, par des membres des forces
de sécurité ou des milices paramilitaires. D'autres sont
morts après avoir été torturés. Les forces
de sécurité ont exposé dans des lieux publics les
corps, parfois mutilés ou défigurés, d'individus
dont elles affirment qu'ils ont été tués au cours
d'affrontements armés.
Pourtant, dans la majorité des cas, que les atteintes aux droits
humains soient imputables aux forces de sécurité, aux milices
armées par l'Etat ou aux groupes armés, la vérité
n'a pas été établie et peu de mesures ont été
prises pour obliger les responsables présumés à rendre
des comptes. Malgré les obligations de l'Algérie découlant
de la législation nationale et des normes internationales relatives
aux droits humains, les gouvernements qui se sont succédé
n'ont pas pris les mesures nécessaires pour veiller à ce
que des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales
soient menées sur les atteintes passées et présentes
aux droits humains et que les responsables présumés soient
traduits en justice. L'impunité généralisée
a permis à un grand nombre de personnes qui s'étaient rendues
coupables des crimes les plus atroces d'échapper à la justice
et elle a privé les victimes et leurs familles de la possibilité
d'obtenir réparation " (pp 28, 29)
" Des responsables
du ministère de l'Intérieur ont déclaré en
mai 2000 aux délégués d'Amnesty International que
4693 dossiers (de 'disparitions') avaient été transmis à
leurs services par les antennes mises en place dans chaque wilaya. (...)
le ministère de la Justice a reçu 3019 plaintes pour 'disparition'
et affirme en avoir élucidé 1146; l'ONDH, quant à
lui, a eu connaissance de 4150 cas, dont 2100 ont donné lieu à
une réponse des forces de sécurité " (p. 44)
Rapport 2001 de Human
Rights Watch :
Selon le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni (conférence
de presse du 20 janvier 2000), 4600 plaintes pour " disparition "
ont été recensées par le ministère. Selon
le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia (El Moudjahid du 21.5.2000), le
ministère a ouvert 3019 dossiers de " disparitions ".
Selon le président de l'Observatoire national des droits de l'Homme
(ONDH, organisme officiel), l'ONDH a ouvert 4146 dossiers de " disparitions
", tout antérieurs à 1999.
Farouk Ksentini,
président de la Commission nationale consultative de promotion
et de protection des droits de l'homme (CNPPDH, officielle) :
(El Watan 28.2.2002, déclaration faite lors du forum du quotidien
El Moudjahid) : 4670 cas de disparitions forcées sont répertoriés
par la CNPPDH.
(Algeria Interface
28.6.2002) : " L'Etat est responsable des disparitions puisque la
Constitution lui fait obligation de garantir la sécurité
des personnes et des biens ". Les différents corps de sécurité
bloquent " certainement et fatalement " les tentatives d'élucider
le sort des " disparus ".
Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), mission* du
29 mai au 9 juin 2000 en Algérie (communiqué final) :
" (.)
8. Concernant les disparitions forcées -pratique imputable à
l'Etat et à ses agents directs ou indirects, la mission a de sérieuses
raisons de penser que l'ampleur du phénomène, à ce
jour, a été largement sous-estimée. (.) La mission
est (.) en mesure d'affirmer que, outre l'ensemble des centres clandestins
de détention déjà recensés et qui restent
en fonction, plusieurs bâtiments publics ont été identifiés
qui ont servi illégalement de centres de détention et de
torture, tels, à Oran, la caserne militaire de Magenta, la caserne
CNS de Dar Al Beida, les locaux de la 2ème région militaire,
la prison militaire d'Al Marsa ; et à Constantine, le Centre territorial
de recherche et d'investigation de Bellevue ; la caserne CMI de Mansourah
et la brigade de l'ONRB de Sidi Mabrouk "
(La mission était composée du président de la FIDH,
Patrick Baudouin ; du Secrétaire général adjoint
de la FIDH et vice-président de la ligue française, Driss
El Yazami ; de l'avocate et vice-président de la ligue irlandaise,
Siobhan Ni Chulachain ; de l'avocat et responsable de la ligue colombienne,
Guillermo Perez Casas. Elle s'est rendue en Algérie du 29 mai au
9 juin 2000, à l'invitation du président Bouteflika, aux
fins de " s'informer sur la situation générale des
droits de l'Homme " dans le pays.)
Omar Belhouchet,
directeur d' " El Watan " :
(Le Parisien, 12.2.2001) : Il y a eu " infiltration des maquis, arrestations
arbitraires, exécutions sommaires et dérapages de la part
des militaires ".
Mohammed Ghoualmi,
Ambassadeur d'Algérie en France :
(Le Monde, 21.11.2000) : Après chaque massacre de population civile,
" l'opinion publique nationale et internationale s'est légitimement
interrogée sur la facilité déconcertante avec laquelle
les terroristes se sont volatilisés "
RAPPORT CONCLUSIF
DE LA COMMISSION D'ENQUETE SUR LES EVENEMENTS DE KABYLIE (Commission
présidée par Mohand Issaâd, et créée
par décision du président Bouteflika), décembre 2001
:
" (...)
1- Les textes sur l'état d'urgence sont d'une illisibilité
incertaine. Le décret présidentiel n° 92/44 du 9 février
1992 portant instauration de l'état d'urgence maintient ses prérogatives
à l'autorité civile. C'est le ministre de l'intérieur
et le wali qui sont habilités à prendre des " mesures
de préservation ou de rétablissement de l'ordre public "
(article 4). Le ministre de l'Intérieur peut seulement confier
par délégation à l'autorité militaire la direction
des opérations de rétablissement de l'ordre " à
l'échelle de localités ou de circonscriptions territoriales
déterminées " (article 9).
L'arrêté
interministériel du 10 février 1992 (Défense
nationale/Intérieur) maintient les pouvoirs du ministre de l'Intérieur
comme " responsable du maintien de l'ordre à l'échelon
national ", qui " assure la direction générale
de la mise en ouvre des mesures de préservation et de maintien
de l'ordre public... " (article 1er). Il est assisté d'un
état-major composé de représentants des forces participant
au maintien de l'ordre (article 2). Les commandants des régions
militaires et le commandant des forces terrestres pour la wilaya d'Alger,
" sont autorités militaires délégataires chargées
de la direction des opérations de rétablissement de l'ordre
public. conformément à l'article 9 du décret 92/44
du 9 février 1992 " (article 3). Le wali exerce les prérogatives
en matière d'ordre public "prévues par les dispositions
de l'article 4 du décret n°92/44 susvisé.". Il
"actionne" les services de police et de gendarmerie nationale
implantés sur le territoire de la wilaya relevant de son autorité
(article 6).
Or, l'article
4 du décret du 9 février 1992 vise aussi bien les mesures
de préservation que les mesures de rétablissement de l'ordre
public, qui relèvent de la compétence du ministre de l'Intérieur,
pour tout ou partie du territoire national, et du wali pour sa circonscription.
On ne trouve pas dans l'arrêté du 10 février 1992
les compétences du ministre pour le rétablissement de l'ordre.
Cet arrêté introduit une distinction entre, d'une part, la
préservation et la sauvegarde de l'ordre public et, d'autrepart,
le rétablissement de ce même ordre public, les premiers relevant
de l'autorité civile, le second de l'autorité militaire.
Distinction extrêmement difficile à observer sur le terrain.
Par ailleurs, il
introduit une double compétence, de l'autorité civile pour
la préservation et la sauvegarde de l'ordre public, et de l'autorité
militaire pour le rétablissement de cet ordre public, soit sur
délégation du ministre de l'Intérieur (première
lecture) soit en vertu de l'article 3 de l'arrêté du 10 février
1992 (deuxième lecture). Il semble que c'est la deuxième
lecture qui a prévalu, autrement cet arrêté n'aurait
pas beaucoup de sens. Mais celui-ci est contraire au décret, ce
qui est une violation de la règle de la hiérarchie des normes.
Immédiatement se pose la question de savoir quelle est l'autorité
qui apprécie et décide s'il s'agit d'une situation de préservation
ou sauvegarde de l'ordre public ou de rétablissement de l'ordre
public.
2. L'arrêté
interministériel (Défense nationale/Intérieur),
non publié, du 25 juillet 1993*, vient ajouter à la difficulté.
*Cet arrêté
à été signé par le général Nezzar
et le ministre de l'Intérieur de l'époque
- Il donne nettement délégation aux commandants des régions
militaires. Ceux-ci semblent tenir désormais leurs pouvoirs, non
d'une délégation du ministre de l'Intérieur comme
cela est prévu par l'article 9 du décret du 9 février
1992, mais de l'article 1e de l'arrêté du 25 juillet. Cet
arrêté est contraire au décret.
- Il lie les opérations
de rétablissement de l'ordre confiées à l'autorité
militaire à la lutte contre la subversion et le terrorisme. L'article
1er de cet arrêté déclare en fait: " En vertu
de l'article 9 du décret présidentiel n°92/44 du 9 février
1992 susvisé, délégation est donnée aux commandants
des régions militaires dans les limites de leurs circonscriptions
territoriales respectives, à l'effet de diriger les opérations
de rétablissement de l'ordre liées à la lutte contre
la subversion et le terrorisme ".
Ce lien est réitéré
dans l'article 2 de l'arrêté. L'article 3 ajoute
que la délégation entraîne au profit de l'autorité
militaire " une prérogative de contrôle opérationnel
visant à favoriser les conditions de coordination, de mise en ouvre
et d'emploi des forces concourant à la lutte contre la subversion
et le terrorisme ".
(...)
- La chronologie des textes permet de constater un glissement subtil de
l'état d'urgence vers ce qui s'apparente plutôt à
l'étal de siège. Les pouvoirs donnés par l'arrêté
de 1993 aux commandants des régions militaires sont des pouvoirs
propres, ce qui est caractéristique de l'état de siège.
(...)
- La liberté que certains agents de l'Etat, à tous les échelons,
continuent à prendre avec la loi montre, comme l'a dénoncé
la commission nationale de réforme de la justice, que le respect
de la loi n'est pas encore entré ans la culture des responsables.
(...) "
La législation algérienne sur le service national
(Rapport d'Amnesty International, section suisse, mai 1997)
" La loi algérienne n'autorise pas, à notre connaissance,
l'autorité militaire à contraindre un engagé à
renouveler son contrat. Mais il faut noter à ce propos que la pratique
actuelle, dans le contexte de violence extrême et de suspicion généralisée
qui prévaut en Algérie, diffère sensiblement du droit
positif. C'est ainsi que toute personne, engagée ou appelée
au sein de l'armée, est soumise à des pressions constantes
de la part de ses supérieurs pour prolonger son temps normal de
service.
Lorsqu'un engagé désire ne pas renouveler son engagement
il doit en principe le signaler un an à l'avance (selon des témoignages
de requérants d'asile, anciens militaires). La hiérarchie
militaire, et ceci est confirmé par de nombreux témoignages,
exerce une forte pression sur des soldats souvent démoralisés
et pas toujours très convaincus du bien fondé de leur engagement.
Lorsqu'un militaire demande à quitter les rangs de l'armée
il est ainsi, dans le meilleur des cas, soupçonné d'avoir
été soumis à des pressions de la part des 'islamistes'
et de n'être plus crédible. Dans le pire des cas, il sera
purement et simplement soupçonné d'avoir tourné casaque
et de vouloir rejoindre les rangs de l'opposition armée ce qui
ne manquera pas d'entraîner pour lui les plus fâcheuses conséquences.
Il pourra notamment être interrogé de manière 'musclée'
sur les raisons profondes de sa démission ; s'il devait s'avérer
que les soupçons de ses supérieurs soient fondés,
il sera alors torturé pour qu'il fournisse tous les renseignements
qu'il possède. (.)
Le cas des réfractaires est plus simple, il est réglé
par l'art. 254 CPM (Code pénal militaire). Ce dernier est formulé
de la manière suivante :
" Tout individu coupable d'insoumission au titre des lois sur le
recrutement dans l'armée est puni, en temps de paix, d'un emprisonnement
de trois mois à cinq ans.
En temps de guerre, la peine est de deux à dix ans d'emprisonnement
; le coupable peut être, en outre, frappé pour cinq ans au
moins et pour vingt ans au plus, de l'interdiction totale ou partielle
de l'exercice des droits mentionnés à l'article 8 du Code
pénal.
En temps de guerre, si le coupable est officier, la destitution peut,
en outre, être prononcée, le tout sans préjudice des
dispositions édictées par les lois sur le recrutement de
l'armée ".
La définition de l'insoumission est donnée à l'article
16 CSN (Code du service national) qui veut que " Tout citoyen appelé
pour accomplir ses obligations au titre du service national et auquel
un ordre de route a été régulièrement notifié,
est considéré comme insoumis s'il n'a pas, hors le cas de
force majeure, rejoint le lieu prévu par son incorporation trente
jours après la date fixée par l'ordre de route mentionné
ci-dessus ".
(.)
Les déserteurs et réfractaires algériens risquent,
au vu du droit en vigueur, de lourdes peines d'emprisonnement voire, dans
des cas bien précis, la peine capitale. Le climat actuel prévalant
en Algérie entraîne de plus un important risque de torture
du fait que déserteurs et réfractaires sont facilement assimilés
à des supporters des mouvements islamistes. (.) "
La désertion fait l'objet de dispositions complexes et détaillées,
qu'Amnesty International détaille ainsi (selon les art. 255 à
257 et 259 à 267 CPM), en précisant que tant que l'état
d'urgence proclamé le 9 février 1992 n'a pas été
levé, " les peines applicables (.) sont les peines applicables
en temps de guerre ", dont, le cas échéant, la peine
de mort, et que le Code pénal militaire ne fait aucune différence
entre les engagés (soldats professionnels) et les appelés
(soldats du contingent) :
Ø Désertion à l'intérieur du pays
En temps de paix : de six mois à cinq ans d'emprisonnement pour
les soldats, de six mois à cinq ans avec destitution possible pour
les officiers.
En temps de guerre : de deux ans à dix ans d'emprisonnement pour
les soldats, de deux ans à dix ans d'emprisonnement avec destitution
possible pour les officiers
Si la désertion se fait dans le cadre d'un " complot "
(c'est-à-dire en groupe), les peines prévues sont en temps
de paix de un à dix ans d'emprisonnement et en temps de guerre
de cinq à quinze ans d'emprisonnement.
Ø Désertion à l'étranger
En temps de paix : de deux à dix ans d'emprisonnement pour les
soldats, de cinq à dix ans de réclusion criminelle pour
les officiers.
En temps de guerre : de dix à vingt ans de réclusion criminelle
pour les soldats, vingt ans de réclusion criminelle pour les officiers.
Si la désertion se fait dans le cadre d'un " complot "
(c'est-à-dire en groupe) ou en armes (ou en emportant du "
matériel de l'Etat ") les peines prévues sont en temps
de paix de cinq à dix ans d'emprisonnement pour les soldats et
de dix ans de réclusion criminelle pour les officiers et en temps
de guerre de réclusion criminelle à perpétuité
pour les soldats et les officiers.
Ø Désertion à bande armée (vers un
groupe armé islamiste, par exemple)
La peine prévue est de 10 à 20 ans de réclusion criminelle
pour les soldats, et de 20 ans de réclusion criminelle pour les
officiers. Si la désertion se fait " avec complot " (en
groupe), la peine prévue est la réclusion criminelle à
perpétuité pour les soldats et les officiers. Si la désertion
se fait avec armes ou matériel, la peine prévue est la peine
de mort pour les soldats et pour les officiers.
Ø Désertion à l'ennemi
La seule peine prévue est la peine de mort, pour les soldats et
les officiers mais également " tout individu non-militaire
faisant partie de l'équipage d'un bâtiment de la marine ou
d'un aéronef ou d'un navire de commerce convoyé " (art.
266 CPM).
Ø Désertion en présence de l'ennemi
La peine prévue est de 10 à 20 ans de réclusion criminelle
pour les soldats et de la réclusion criminelle à perpétuité
pour les officiers. Si la désertion se fait " avec complot
" (en groupe), la peine prévue pour les soldats et les officiers
est la peine de mort.
2)
" ILS SONT TROP LÂCHES "
Habib Souaïdia
:
" Ils sont trop lâches. Un ministre de la Défense nationale
qui dit qu'il a protégé la République ! De qui ces
gens parlent ?
Lui quitte la France à minuit.
Il n'a pas le courage de dire : " Si vous avez quelque chose contre
moi je suis là, jugez-moi. " Voilà, ce n'est pas la
question des grades qu'il porte sur les épaules, car pour moi c'est
un (inaudible), c'est pas un général-major. Pour moi, quelqu'un
comme ça, il doit passer devant un Tribunal. Je condamne la France.
"
Avocat de Khaled
Nezzar :
" Monsieur Habib Souaïdia porte encore manifestement atteinte
à l'honneur et à la considération du général
Khaled Nezzar, en prétendant que ce dernier est un lâche,
un fuyard, qui n'a pas le courage de comparaître devant un Tribunal
pour répondre de ses actes. "
LES FAITS
Khaled Nezzar
dixit :
(La Tribune, El Watan, Liberté 23.8.2001) Le général
Nezzar déclare dans une conférence de presse le 22 août
à Alger avoir quitté la France " par souci de préserver
les bonnes relations existant entre l'Algérie et la France ",
et accuse les plaignants d'être partie prenante d'un " complot
médiatique " tramé contre le régime algérien
par les islamistes, l'Internationale socialiste, Hocine Aït Ahmed,
la chaîne de télévision quatarie El Djazira et le
Mouvement algérien des officiers libres (MAOL). Il affirme
avoir informé les autorités civiles et militaires algériennes
de son intention de saisir la justice française des déclarations
de Habib Souaïdia.
(Le Monde 10.10.2001)
La plainte déposée (par Khaled Nezzar contre Habib Souaïdia)
" n'est qu'un prétexte " pour réagir à
" ce que j'estime être une orchestration dirigée contre
moi et contre ceux qui ont interrompu le processus électoral en
1992 ". " De toute manière, le procès de l'Algérie
est déjà fait, et le pire c'est qu'il est fait essentiellement
par des Algériens ".
(Le Matin, 3.1.2002)
Nous allons porter le débat sur la crise algérienne dans
" le jardin français ". " Je savais en déposant
plainte contre Souaïdia que le procès allait prendre une autre
dimension politique ".
Général
Mohammed Attaïlia :
(Quotidien d'Oran 5.9.2001) Khaled Nezzar " porte atteinte à
l'institution militaire " en parlant " au nom de l'armée
alors que le chef d'état-major, Mohammed Lamari, lui a demandé
par trois fois " de se taire. Les déclarations de Khaled Nezzar
" affectent l'institution, l'armée et même sa personne
".
3)
NEZZAR EST UN DES DÉSERTEURS DE L'ARMÉE FRANCAISE QUI ONT
MENÉ L'ALGÉRIE VERS LA FAILLITE
Habib Souaïdia
:
" Nezzar " est un déserteur de l'armée française
", " ce sont les ex-déserteurs de l'armée française
qui ont mené le pays vers l'anarchie, vers la faillite "
Dialogue entre
le journaliste et Habib Souaïdia (H.S.)
" H. S.- Il ne faut pas oublier une chose, ces généraux
comme Nezzar, c'est un déserteur de l'armée française.
Journaliste.- Ce
que vous montrez très bien, c'est donc quand vous sortez vous découvrez
votre pays, vous remarquez que la guerre a profité à certains,
vous dites, militaires, douaniers, islamistes, hommes politiques, se sont
enrichis pendant ces années de guerre par je ne sais quel miracle.
C'est un livre très amer, votre carrière est brisée.
H. S.- Pas uniquement
moi tout seul, tous ces jeunes Algériens, mêmes les insoumis,
pas uniquement moi.
La guerre, les stratèges pensent la guerre, ce sont les fous qui
mènent cette guerre. Ce sont les lâches qui en profitent,
c'est exactement ce qui est arrivé, chez nous, ce sont les ex-déserteurs
de l'armée française qui ont mené le pays vers l'anarchie,
vers la faillite.
Ce sont eux les responsables. "
Avocat de Khaled
Nezzar :
" Monsieur Habib Souaïdia réitère ainsi des propos
gravement diffamatoires à l'encontre du général Khaled
Nezzar, qui l'accuse d'avoir mené son pays vers l'anarchie et vers
la faillite. [.] Les propos susvisés [.] portent manifestement
atteinte à l'honneur et à la considération du général
Khaled Nezzar. [.] En effet, (il) est clairement imputé au général
Khaled Nezzar d'être responsable de l'arrêt du processus électoral,
d'avoir commis des tueries et des crimes, d'être un lâche
auquel la guerre profite et
qui s'en enrichit, de faire partie des ex-déserteurs de l'armée
française responsables d'avoir mené l'Algérie vers
l'anarchie et la faillite. "
LES FAITS
Dans le mémoire
qu'il a adressé en réponse à la plainte déposée
contre lui pour torture et traitement inhumain, le général
Nezzar s'appuie, pour se défendre de ces accusations, sur la législation
coloniale française en matière de maintien et de rétablissement
de l'ordre :
- s'agissant de l'instauration de l'état d'urgence, il s'appuie
sur la loi n° 55-385 du 3 janvier 1955, modifiée par la loi
n° 551080 du 7 août 1955 et l'ordonnance n° 80-372 du 15
avril 1960 ;
- s'agissant de l'état de siège, il s'appuie sur la loi
du 9 août 1849, modifiée par la loi du 3 avril 1878, ainsi
que sur le décret du 16 juin 1940 et sur l'article 36 de la Constitution
de 1958.
Ø Biographie
de Khaled Nezzar
(Note : Les biographies officielles des généraux algériens
" passés " par l'armée française avant
1962 ne font pas mention de ce passage dans les forces armées françaises)
Né le 27 décembre
1937, d'une famille pauvre de Seriana, dans la région de Biskra.
Fils d'un militaire de carrière de l'armée française.
Ecole publique et medersa, école des enfants de troupe de Koléa,
écoles militaires de Strasbourg et de Saint-Maixent.
Sous-lieutenant des tirailleurs, affecté en Allemagne. Déserte
en avril 1958.
Instructeur de l'école des cadres de l'ALN, à la frontière
tunisienne, puis adjoint du colonel Chadli Bendjedid à Ghardimaou
(est).
1962 : responsable militaire à Alger
1964-1965 : Académie militaire de Frounze (URSS), formation de
cadres d'état-major.
1966 : A la tête de la 2ème brigade d'infanterie motorisée,
dans le Sahara
1971 : met sur pieds l'école de para-commandos de Biskra.
1975-76 : Ecole de Guerre de Paris, formation interrompue par son envoi
à Tindouf lors du conflit frontalier avec le Maroc.
Après la mort de Boumediene, Chadli Bendjedid le mute dans le Constantinois.
1984 : Adjoint au chef d'état-major
1986 : Chef des forces terrestres, puis chef d'état-major
1988 : responsable de l'état de siège et de la répression
(responsable du " rétablissement de l'ordre ") lors des
émeutes d'octobre
1990 : Ministre de la Défense dans le gouvernement Hamrouche en
août (après la victoire du FIS aux municipales). En décembre,
il met sur pieds une commission composée de généraux,
chargée de trouver les moyens de contrer l'avancée du FIS.
1991 : participe au limogeage du Premier ministre " réformateur
" Mouloud Hamrouche, remplacé par Sid Ahmed Ghozali.
1992 : Appuyé par d'autres généraux, Nezzar pousse
Chadli à la démission, après quoi il devient membre
du Haut Comité d'Etat (présidence collégiale), jusqu'en
juin.
1993 : cible d'un attentat en février à El Biar (Alger).
Cède le portefeuille de la Défense à Liamine Zéroual
à l'été, non sans avoir laissé derrière
lui à l'état-major des hommes qui lui sont acquis.
1994 : Se retire de la vie politique publique (mais pas de la vie politique
réelle).
1999 : Traite Abdelaziz Bouteflika de " cannasson " et de "
lâche " pour avoir refusé la présidence en 1994.
2000 : publie ses mémoires et créée (en juillet)
avec trois de ses enfants une société au capital de 6 millions
de DA (env. 600'000 FF, 100'000 E), " Soft Link Com ", spécialisée
dans l'Internet.
Khaled Nezzar
dixit :
(Mémoires, chapitre X) " S'il est incontestable que la question
de l'accès au pouvoir de certaines équipes a été
favorisée par leur passé militaire, il n'en demeure pas
moins que l'Armée, en tant qu'institution, y eut plus à
pâtir qu'à gagner. (.) Si parfois, il arrive que l'on se
prévale du poids moral de l'armée, ce ne fut que pour se
dépêtrer de problèmes " internes " épineux
et dans ce cas-là, le point de vue de l'armée se réduisait
à celui de quelques cadres choisis et consultés pour les
besoins de l
a cause "
(Figaro Magazine
21.4.2001) " Chengriha et Chibani, qui se sont succédés
à la tête de la division, sont passés par Saint-Cyr,
Saumur et l'Ecole de guerre. Ce sont des hommes remarquables. Quand je
lis leur portrait sous la plume de Souaïdia, je me dis : si cela
est vrai, si tous ces officiers sont ce qu'il en dit, c'est moi le responsable.
Si j'ai formé des monstres pareils, alors c'est que je suis un
monstre moi aussi ! Qu'il me désigne donc ! Or, curieusement, il
m'épargne ".
" Au niveau
du sommet (du pouvoir algérien), les responsables désignent
toujours celui qu'on peut facilement manipuler. On ne désigne pas
soi-même, on ne va jamais directement au feu. On désigne
quelqu'un d'autre. (..) Le moins brillant, le plus malléable. (...)
Lorsqu'un responsable ne possède pas les compétences nécessaires
à l'accomplissement de sa mission, il s'entoure de collaborateurs
de son niveau ou moins compétents que lui afin de dissimuler son
incompétence. Ce sont cependant des personnes ambitieuses prêtes
à tout accepter. C'est comme cela que des gens se sont retrouvés
au pouvoir, qui ministre, qui Premier ministre... (...) déléguer
des personnes compétentes revenait à se remettre en cause
".
(Entretien avec Ahmed Semiane, Octobre : Ils parlent, Alger 1998)
(El Watan, 15
mai 1996) " il est incontestable que (.) l'accès au pouvoir
de certaines équipes a été favorisé par leur
passé militaire ".
Général
Rachid Benyellès :
(Le Monde 17.6.2001) " Même si toute l'Algérie se soulevait
d'est en ouest pour demander (le départ du président Bouteflika)
il ne s'en irait pas" car les " décideurs " ne disposent
pas "d'un homme providentiel de rechange ".
Ø L'interruption
du processus électoral
Khaled Nezzar dixit :
" Déjà en décembre 1990, je désignais
le général Mohamed Touati conseiller auprès du ministre
de la Défense, avec le général Lamari et le général
Taghrirt Abdelmadjid, afin de proposer une démarche politique de
type état-major, compte tenu des dérives répétées
du FIS et de l'apathie des autorités publiques, annonciatrices
de graves dérives. "
(mémoires, chapitre IX)
" Notre démarche
consiste en une analyse suivie d'un certain nombre de mesures à
entreprendre. Je les livre ici telles que définies à l'époque.
(...)
En cas de pronostic défavorable à une échéance
déterminante du scrutin, provoquer par toutes voies appropriées
les conditions légales devant entraîner une neutralisation
des formations antidémocratiques des opérations électorales.
(...)
Le plan d'action global, à élaborer par une équipe
restreinte de haut niveau, doit s'articuler sur deux plans particuliers.
Chacun de ces plans visera à préserver l'enjeu national
par une voie distincte, selon le cas de figure préconisé
par la conception d'ensemble. (...)
Pour le plan A : à réaliser les conditions pour un succès
électoral de forces démocratiques avec participation des
formations extrémistes.
Pour le plan B : à neutraliser par les moyens légaux, les
formations extrémistes avant l'échéance des élections.
(...)
(Mobiliser le) FLN par :
. La capitalisation médiatique dans un but électoral des
innombrables réalisations de tout ordre au profit
- des institutions de l'Etat algérien;
- de l'édification du potentiel industriel, économique et
social;
- des acquis sociaux au profit des couches populaires;
- du rayonnement de l'Algérie au plan international. (...)
(Assister les) formations démocratiques par :
. l'allocation matérielle sous forme directe ou indirecte;
. les facilités d'ordre administratif leur permettant de développer
leur action politique;
. un meilleur accès aux médias, notamment la télévision;
. un encouragement à toute action solidaire avec le FLN.
(Lutter) contre les extrémistes par :
. la division des courants religieux en provoquant, en exploitant et en
avivant leurs antagonismes;
. la dépréciation de l'image du FIS vis-à-vis des
libertés démocratiques et des libertés individuelles,
ainsi que vis-à-vis de la nation et de l'Etat algérien du
fait de ses accointances avec l'étranger;
. l'exploitation de l'inculture des extrémistes en matière
de sciences politiques et de sciences modernes; (...)
. la mise en cause médiatique des leaders du FIS par la publication
d'images, de propos et discours attestant de leur incapacité à
traiter les grands problèmes économiques. (...)
Un programme d'action psychologique par :
. l'emploi judicieux et savamment orchestré des médias avec
l'assistance de professionnels mettant à profit les activités
culturelles, théâtrales, musicales et autres, en les orientant
vers un but électoral. "
(Mémoires, chapitre IX)
" Sitôt
les résultats du premier tour connus, une réunion groupant
les autorités militaires du pays de tint à Aïn Naddja
pour une appréciation de la situation. (.) Après le premier
tour, le ministre de la Défense nationale eut quatre entrevues
avec le Président de la République. Elles furent toutes
à l'initiative du ministre et toutes sur accord du président.
(.) à aucun moment n'a été évoquée
avec le président de la République la question de l'arrêt
du processus électoral. "
(El Watan, 15 mai 1996)
" A partir
du 30 décembre, l'Armée, d'une manière générale,
n'acceptait point de se résoudre à voir le FIS disposer
d'une majorité absolue au Parlement. (...)
Nous étions prêts à aller à des solutions extrêmes
pour sauver le pays car le résultat des analyses de l'époque
démontrait qu'on s'acheminait inexorablement vers la division et
l'anarchie. "
(Mémoires, chapitre X)
" Nous savions
que nous allions contrevenir à un processus légitime, engagé
par des autorités légitimes "
(Conférence du 24 avril 2001 au Centre culturel algérien
de Paris, relation par Mustapha Hadjarab, Algeria-Interface)
" Une fois le
principe de la démission du président acquis, le ministre
de la Défense nationale et ses principaux collaborateurs eurent
à débattre de la meilleure issue à cette situation.
Deux options se dégagèrent :
- soit l'instauration d'un état d'exception avec prise de pouvoir
directe par l'armée,
- soit envisager une formule transitoire à travers une suppléance
collégiale à prédominance civile.
(.) la deuxième fut retenue car elle pouvait mener au point de
non-retour vers la démocratie et le pluralisme. Ce fut à
un groupe constitué d'officiers de l'armée et de quelques
membres du gouvernement qu'échut le soin de présenter des
propositions dans ce sens "
(El Watan, 15 mai 1996)
(en réponse
à la question : " regrettez-vous d'avoir dû arrêter
le processus électoral en 1992 ? ") : " En aucun cas.
Ce serait à refaire, je le referais. Nous étions prêts
à accepter que le FIS participe à l'Assemblée à
hauteur de 30 % des sièges. Mais 70 % des sièges obtenus
dès le premier tour et en ballottage favorable au second tour grâce
à une fraude généralisée et une loi électorale
scélérate, ç'eût été le règle
des talibans en Algérie ! "
(Le Figaro Magazine, 21 avril 2001)
" L'armée
et les forces patriotiques n'avaient d'autre choix que de donner un coup
d'arrêt à un engrenage mortel remettant en cause une démocratie
balbutiante et faisant retourner l'Algérie, à coup sûr,
au moyen âge. Sans ce sursaut, la survie de tout un peuple était
condamnée pour des décennies et l'Algérie vers une
conflagration débouchant irrémédiablement sur une
guerre civile "
(Le Quotidien d'Oran 27.8.2001)
Résultats
officiels du premier tour des élections législatives algériennes
du 26 décembre 1991, tels que proclamés par le Conseil
constitutionnel le 30 décembre 1991
(Journal officiel de la République algérienne, No 1, 4 janvier
1992)
Electeurs inscrits
: 13'258'554
Votants : 7'822'625, soit 59 % des inscrits
Abstentions : 5'235'929, soit 41 % des inscrits
Suffrages exprimés et valides : 6'897'719, soit 88,18 % des votants
Bulletins blancs et nuls : 924'906, soit 11,82 % des votants
Nombre de sièges
attribués au premier tour : 232, soit :
Front Islamique du
Salut : 188 sièges, pour 3'260'222 voix (47,27 % des suffrages
exprimés)
Front des Forces Socialistes : 25 sièges, pour 510'661 voix (7,4
% des suffrages exprimés)
Front de Libération Nationale : 16 sièges, pour 1'612'947
voix (23,38 % des suffrages exprimés)
Candidats indépendants : 3 sièges (4,48 % des suffrages
exprimés)
N'obtiennent aucun
siège : (notamment)
Hamas : 368'697 voix,
5,35 % des suffrages exprimés
RCD : 200'267 voix, 2,9 % des suffrages exprimés
MNI (Ennahda) : 150'093 voix, 2,18 % des suffrages exprimés
MDA : 135'882 voix, 1,97 % des suffrages exprimés
PRA : 67'828 voix, 0,98 % des suffrages exprimés
Larbi Belkheir,
ministre de l'Intérieur le 20 décembre 1991 :
" Les élections auront bien lieu aux dates prévues
et seront libres, propres et transparentes ", et en cas de victoire
du FIS, " l'armée respectera les lois de la République
".
le 23 décembre
1991 :
Les élections se sont tenues dans des conditions " généralement
parfaites " avec seulement quelques incidents " sans grande
conséquence ".
Ali Haroun,
membre dès 1992 du Haut Comité d'Etat
(Confluences Méditerranée No 40, Hiver 2001-2002) "
Il est évident que le parti qui détient les deux tiers ou
les trois quarts des municipalités, dans un pays comme l'Algérie
où l'administration influe sérieusement sur la sincérité
du scrutin, est sûr de remporter les élections. Ne nous trompons
pas ! Nous ne sommes pas encore arrivés au stade d'élections
honnêtes propres, claires et représentatives de l'opinion
des électeurs. (.)
Je me rendais très bien compte, comme simple citoyen, que si aucune
mesure n'était prise, la majorité allait se prononcer en
faveur du FIS. En effet, beaucoup ont estimé que voter FIS -le
seul parti réellement structuré en dehors du FLN-, c'était
le moyen le plus sûr d'éliminer ce dernier, dont on subissait
l'oppression depuis vingt-neuf ans. (.)
Même une partie des travailleurs lassés de l'obéissance
inconditionnelle de l'UGTA au FLN avait adhéré au SIT, le
syndicat islamiste. "
Sid Ahmed Ghozali,
Premier ministre en 1991 :
(Le Monde, 12.1.2002) " mis à part le FFS, le FLN et le FIS,
tous les partis sans exception étaient à l'époque
venus nous supplier d'intervenir "
Khaled Nezzar
dixit (Mémoires, chapitre X) :
" Nous avions pris la décision de ne pas aller au deuxième
tour dès les premiers jours qui suivirent le premier ".
" A aucun moment
n'a été évoquée avec le Président de
la République la question de l'arrêt du processus électoral
"
" La fameuse
lettre de démission de Chadli lue à la télévision
le soir même fut rédigée par le général
Touati et Ali Haroun. "
" Larbi Belkheir
(.) frappa du poing sur la table à plusieurs reprises et déclara,
ferme : " si vous ne le faites pas, j'ordonnerai dès demain
aux walis d'arrêter le processus " (électoral) "
" Je reçus
Aït Ahmed entre les deux tours en sa qualité d'homme historique
de la Révolution afin d'avoir son point de vue. (.) Je lui demandai
ce qu'il pensait d'un éventuel arrêt du processus. Il s'y
opposa. (.) La seconde fois que je le revis, ce fut le soir de la démission
de Chadli. (.) A sa question de savoir ce qui allait se passer après
cela, je lui répondis qu'actuellement nous n'en savions rien, et
qu'un groupe de travail se penchait sur la question "
Ali Haroun
:
(" Confluences Méditerranée " N° 40, Hiver
2001-2002)
" Une seule personne est allée voir le président (Chadli,
pour lui demander de démissionner) : c'était Khaled Nezzar
. (.) En tant que ministre de la Défense et Chef d'état-major,
il a joué un certain rôle. C'était normal. "
(Le Matin 10.1.2002)
" Si Chadli Bendjedid était demeuré à son poste
de Président, il n'y avait aucun moyen d'interrompre légalement
et constitutionnellement le déroulement du scrutin "
Colonel Mohamed
Samraoui :
(Al Djazira 6.8.2001) " Le 10 janvier 1992, le général
Khaled Nezzar a proféré des menaces contre Chadli, lorsque
celui-ci voulait revenir sur son engagement précédent de
démissionner ".
Président
Abdelaziz Bouteflika :
(Radio Africa Numéro 1, 10 juillet 1999) : " Il m'est arrivé
de dire que l'arrêt du processus électoral en 1991 était
un acte de violence. Je confirme ".
Khaled Nezzar
dixit:
" Le conseil national pour la sauvegarde de l'Algérie (CNSA),
fut créé. Il était présidé par Abdelhak
Benhamouda. Ce fut le début de manifestations que nous décidâmes
d'encourager en lançant un appel à la société
civile, aux moudjahidine, aux partis démocratiques en particulier
le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) . "
(Algérie : Echec à une régression programmée).
(Le Soir, Alger,
31.10.2001) Après que le leader du parti RCD (Rassemblement pour
la culture et la démocratie), Saïd Sadi, ait affirmé
avoir été victime du tentative d'assassinat et ait laissé
entendre que ses instigateurs étaient des hommes des services spéciaux
du pouvoir, le général Nezzar s'est manifesté par
un téléphone au quotidien algérois " Le Soir
"), en dénonçant et réprouvant " catégoriquement
de telles pratiques que nous pensions révolues ", et en rendant
hommage à Saïd Sadi, " qui s'est tota
lement investi dans la sauvegarde de l'Algérie républicaine
et dans l'interruption du processus électoral " -manière
de revendiquer celui-ci.
Colonel Mohamed
Samraoui :
(Al Djazira 6.8.2001) " Le 1er janvier 1992, le général
Smaïn (qui était colonel à l'époque) m'a chargé
de contacter le général Mohamed Lamari. Contact pris, ce
dernier m'ordonne de choisir 7 ou 8 de mes proches collaborateurs en qui
j'aie totale confiance et de les ramener le 4 janvier pour " une
opération secrète ", me dit-il (...).
Le lundi 4 janvier, je suis arrivé avec les dossiers de tous les
membres du FIS. La séance de travail était présidée
par le général Aït Mesbah Sadek. Nous avions décidé
d'arrêter les éléments dangereux du FIS (membres du
Majlis Echoura, présidents d'APC, députés élus
et les candidats au 2ème tour). En tout 1100 personnes devaient
être arrêtées à Alger. L'opération n'a
pas eu lieu comme prévu. Un ordre d'annulation a été
donné, tard dans la soirée, par le général
Smaïn. Plus tard, le nombre des personnes à
arrêter a été revu à la hausse. Il est passé
à 12'500 entre militants et sympathisants du FIS sur le territoire
national. Ils ont raflé à l'aveuglette pour radicaliser
le mouvement et pousser à la haine de l'Etat "
Leïla Aslaoui,
sénatrice :
(Le Soir, Alger, 4.11.2001) " Mes souvenirs de 1991 me renvoient
l'image de ceux et celles - et ils étaient nombreux - qui "
défilaient " au palais du gouvernement ou au ministère
de la Défense, la larme à l'oil demandant à Mr Larbi
Belkheir, Khaled Nezzar, " de sauver l'Algérie, de faire quelque
chose, d'arrêter le processus électoral "
Chadli Bendjedid,
Président de la République en 1991 :
(Le Matin, 13.1.2001) " Nous avons tous été trompés
par les sondages officiels ou officieux " qui n'attribuaient au FIS
que moins du quart des suffrages aux élections législatives
de 1991, mais " le temps aurait travaillé pour la vérité
et aurait dévoilé la véritable face du FIS "
sans que l'on " bafoue le verdict des urnes " en interrompant
le processus électoral.
(Le Matin, 10.1.2002)
" Il fallait laisser les choses se faire et assumer notre erreur,
se mobiliser pour que la République reste debout, regarder l'avenir
et rattraper par la vigilance, le sérieux, l'attachement à
la démocratie et l'amour de la patrie, la défaite électorale,
et éviter que le pays ne sombre dans le camp des islamistes. Il
fallait faire confiance à l'avenir. Préserver la démocratie
pour les générations futures.
(la victoire du FIS) n'était pas insurmontable (...). Il fallait
continuer. Et le temps aurait dévoilé le FIS ".
Proclamation du
Haut conseil de sécurité présidé par le
chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, daté du 14 janvier 1992
instituant un Haut comité d'Etat (JORA N°003 du 15-01-1992)
:
" République
algérienne démocratique et populaire
Au nom de Dieu, le
Clément, le Miséricordieux
Proclamation du 14
janvier 1992 instituant un Haut comité d'Etat
Le Haut conseil de
sécurité, en tant qu'institution constitutionnelle comptant
parmi ses membres les autorités des institutions visées
aux articles 24, 75, 79, 129 et 130 de la Constitution, réuni en
session permanente depuis le dimanche 12 janvier 1992 ;
1) considérant
la déclaration du Conseil constitutionnel selon laquelle la Constitution
ne prévoit pas le cas de conjonction de la vacance de l'Assemblée
populaire nationale par dissolution et la vacance de la présidence
de la République par démission ;
2) en application
de la déclaration du Conseil constitutionnel, notamment en son
dernier paragraphe précisant qu'il incombe aux institutions investies
des pouvoirs constitutionnels en vertu des articles 24, 75, 79, 129, 130
et 153 de la Constitution de veiller à la continuité de
l'Etat et de réunir les conditions nécessaires au fonctionnement
normal des institutions et de l'ordre constitutionnel ;
3) rappelant sa déclaration
du 12 janvier 1992 ;
4) suite à
la réunion consultative qui s'est tenue le 14 janvier 1992 au palais
du Gouvernement entre les institutions visées aux articles 24,
75, 79, 129, 130 et 153 de la Constitution ;
- après consultations
et débats ;
le Conseil constitutionnel
et le président de la Cour suprême consultés ;
le chef du Gouvernement
entendu,
DECLARE
- que la situation
exceptionnelle que traverse le pays ne saurait perdurer sans risques graves
pour l'Etat et la République, - que la continuité de l'Etat
exige de pallier la vacance de la présidence de la République
par l'institution de tel organe de suppléance disposant de tous
les pouvoirs et attributs dévolus par la Constitution au président
de la République,
PROCLAME
1 - Il est institué
un Haut comité d'Etat composé de cinq membres :
- Mohamed BOUDIAF,
président,
- Khaled NEZZAR, membre,
- Ali KAFI, membre,
- Tedjini HADDAM, membre,
- Ali HAROUN, membre,
2 - Le Haut comité
d'Etat exerce l'ensemble des pouvoirs confiés par la Constitution
en vigueur au président de la République.
3 - En cas d'empêchement
au sens constitutionnel du président du Haut comité d'Etat,
de décès ou de démission, le Haut comité d'Etat
élit en son sein un nouveau président.
4 - Le Haut comité
d'Etat accomplit sa mission jusqu'à réunion des conditions
nécessaires au fonctionnement normal des institutions et de l'ordre
constitutionnel.
Cette mission ne saurait excéder la fin du mandat présidentiel
issu des élections de décembre 1988.
5 - Il siège
à Alger au palais de la présidence de la République.
6 - Le Haut comité
d'Etat est assisté d'un Conseil consultatif national.
7 - La réunion
permanente du Haut conseil de sécurité prend fin dès
la prestation de serment des membres du Haut comité d'Etat.
8 - La présente
proclamation, acte constitutif du Haut comité d'Etat, sera publiée
au Journal officiel de la République algérienne démocratique
et populaire.
Fait à Alger,
le 14 janvier 1992.
Signé : les
membres du Haut conseil de sécurité :
Le chef du gouvernement,
ministre de l'Economie, Sid Ahmed Ghozali
Le ministre de la Défense nationale, général-major
Khaled Nezzar
Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales,
Larbi Belkheir
Le ministre de la Justice, Hamdani Benkhelil
Le ministre des Affaires étrangères, Lakhdar Brahimi
Le chef d'état-major de l'ANP, général-major Abdelmalek
Guenaïzia "
Général
Rachid Benyellès :
(Le Matin 10.1.2002) " La victoire démesurée du FIS
était loin de refléter son poids effectif dans la société.
Son éloignement de la réalité politique du pays rendait
l'arrêt du processus électoral inéluctable. Je ne
m'y étais donc pas opposé. En revanche, j'étais contre
la manière dont la crise avait été gérée
par la suite, à savoir l'installation théâtrale d'une
direction collégiale avec des responsabilités diluées
au moment où il fallait précisément faire le contraire,
des arrestations aussi massives qu'injustifiées de militants et
sympathisants du parti vainqueur, leurs interrogatoires souvent musclés,
leur déportation par milliers dans des camps en plein désert
et dans des conditions inhumaines, la réduction de la crise à
un aspect de maintien de l'ordre public, le refus de consulter les hommes
de bonne volonté. (...) la relation de cause à effet (...)
entre la décision d'arrêter le processus électoral
et le refus du FIS de respecter la règle du jeu démocratique
une fois au pouvoir n'est pas fondée.
(...) Si le FIS avait ouvertement affirmé qu'il ne respecterait
pas la règle du jeu démocratique une fois au pouvoir, ce
n'est pas ce parti qu'il (faudrait) blâmer, mais les autorités
officielles qui auraient dû non seulement lui retirer son agrément,
mais aussi interdire à ses militants de se présenter à
toute élection. Or c'est le contraire qui s'est produit puisque
le FIS, qui avait initialement décidé de ne pas participer
à ces élections, avait été soumis à
de fortes pressions pour le faire changer d'avis. "
Général
Attaïlia
(Quotidien d'Oran, 26 mars 2000) " Ceux qui ont ouvré à
l'arrêt du processus électoral assument la responsabilité.
Car cette opération a été à la base de la
crise algérienne. (.) il fallait laisser le FIS gouverner dès
lors que le président dispose de toutes les prérogatives
constitutionnelles pour rétablir les choses en cas de déviation,
car il est difficile de porter un jugement sur un parti qui n'a pas gouverné
".
Commission parlementaire
d'enquête sur la fraude électorale lors des élections
d'octobre 1997
(Algeria-Interface, 29 mars 2001)
" 3. L'administration locale n'a pas respecté le devoir d'impartialité
édicté par la Constitution et les lois de la République.
Elle a failli à sa fonction essentielle en utilisant tous les moyens
matériels et humains de l'Etat et en mobilisant la force publique
pour changer la réalité des résultats exprimant la
volonté des électeurs dans les communes et les wilayas du
territoire national au profit du RND.
(...)
9. Les résultats annoncés officiellement sont faux et ne
reflètent pas, dans la plupart des communes et des wilayas, le
nombre des voix et les sièges obtenus par chaque candidat; ils
constituent une fraude grave et une confiscation de la volonté
des électeurs.
10. La commission a établi que l'opération électorale
du 23 octobre 1997 a connu des infractions et des dépassements
graves ayant un caractère généralisé et orienté,
donnant des résultats truqués et une carte politique fausse
qui ne reflète pas la volonté des électeurs "
Amnesty International,
rapport " Algérie : la population civile prise au piège
de la violence ", novembre 1997 :
" Le décret d'urgence " relatif à la lutte contre
la subversion et le terrorisme ", promulgué en septembre 1992
et officiellement abrogé au début de 1995, a été
pratiquement incorporé dans son intégralité au Code
pénal (CP) et au Code de procédure pénale (CPP).
Ce décret, ainsi que les amendements introduits en 1995 dans le
CP et le CPP, ont élargi le champ d'application de la peine de
mort, ramené à seize ans l'âge de la responsabilité
pénale et prolongé la durée de la garde à
vue de quarante-huit heures à douze jours. Il donne une définition
très large et très vague des actes " terroristes "
ou " subversifs " et élargit les atteintes à la
sûreté de l'Etat à la reproduction d'écrits
" subversifs " ou à leur diffusion, ainsi qu'à
l' " apologie du terrorisme par quelque moyen que ce soit "
et aux " activités à l'étranger au sein d'une
association, d'un groupe ou d'une organisation terroristes ou subversifs
". La formulation très vague des dispositions du Code pénal
amendé favorise leur utilisation abusive.
Elles n'indiquent pas clairement ce qui est interdit, et des personnes
sont jugées et condamnées en l'absence d'éléments
suffisants démontrant qu'elles ont commis une infraction prévue
par le Code pénal. Les procès violent systématiquement
les normes d'équité internationalement reconnues. Les tribunaux
retiennent régulièrement à titre de preuve des aveux
rétractés à l'audience par les accusés qui
affirment qu'ils leur ont été arrachés sous la torture
et ils refusent d'ordonner un examen médical des détenus
qui se plaignent d'avoir été torturés. Les juges
n'ordonnent aucune enquête sur le maintien en détention prolongée
au secret des accusés par les services de sécurité
et ils refusent de citer les témoins à charge dont les déclarations
écrites sont utilisées contre les accusés et dont
la présence est réclamée par la défense soucieuse
de procéder à un contre-interrogatoire. "
Kamel Rezzag Bara,
président de l'Observatoire national des droits de l'homme (organisme
officiel algérien) :
(El Khabar, 7.2.1994) " Les Cours de Justice fonctionnent dans le
cadre de la justice algérienne avec des méthodes spéciales
".
Note du ministère
de l'Intérieur du 7 juin 1994 sur le " traitement de l'information
à caractère sécuritaire (Recommandations adressées
aux médias nationaux) "
" A. Rappel des axes principaux de la politique médiatique
des pouvoirs publics (...)
2) Réduire la portée psychologique attendue par les commanditaires
du terrorisme en :
- banalisant les informations sur les actes terroristes et subversifs
et en évitant d'amplifier leurs résultats;
(...)
C. Recommandations
1) Terminologie
Une terminologie appropriée sera mise à la disposition des
médias par la cellule de communication.
Il est recommandé d'en utiliser les concepts pour éviter
de recourir inconsciemment à une terminologie favorable à
l'idéologie et à la propagande de l'adversaire.
(...)
3) Importance de l'information
(...)
Banaliser et minimiser l'impact psychologique de l'action terroriste et
subversive et préserver le moral de la nation.
(...)
5) Dissuasion des candidats volontaires ou obligés à l'enrôlement
(dans les groupes armés islamistes)
Mettre en évidence :
- qu'aucun crime ne reste impuni et qu'il n'y a, au bout du chemin, que
la prison ou la mort;
- l'efficacité des forces de sécurité qui, même
si elles n'arrivent pas à prévenir tous les crimes, arrivent
toujours à retrouver les coupables;
- les pertes de l'adversaire;
- la délation et la lâcheté de ceux qui sont arrêtés;
- la lourdeur des peines prononcées en cours spéciales;
- le rejet par l'opinion du recours à la violence à visée
politique;
- la désaffection des citoyens à l'égard des idées
généreuses de certains dès lors que ces derniers
pratiquent le terrorisme.
(...)
7) Mise en relief de la collusion avec l'étranger
(...)
Appels à boycotter l'Algérie et à nuire à
ses intérêts économiques vitaux.
Contacts avec les puissances étrangères pour négocier
leur soutien en contrepartie de promesses ou d'engagements de servir les
intérêts de ces puissances en Algérie.
(...) "
Ø L'Algérie
en anarchie et en faillite
Khaled Nezzar
dixit :
(Le Figaro Magazine, 21.4.2001) : " le terrorisme est moins fort
qu'hier, mais plus agressif ".
(Le Figaro Magazine,
21,4,2001) (en réponse à la question : " Regrettez-vous
d'avoir dû arrêter le processus électoral en 1992 ?
") : " En aucun cas. Ce serait à refaire, je le referais
".
(Le Matin 10.1.2002)
" Nous étions prêts à tout pour arrêter
une élection qui s'est avérée une mascarade qui menaçait
et la démocratie et le pays. "
(Figaro Magazine
21,4,2001) Quelle politique faut-il adopter envers les terroristes qui
refusent la concorde civile ? " la seule solution, c'est de les éradiquer
". C'est-à-dire les exterminer ? " C'est-à-dire
les combattre jusqu'au bout et mettre le prix qu'il faut ".
Comité
des droits de l'homme de l'ONU :
(Observations adoptées le 29 juillet 1998, 1696ème séance,
ref. CCPR/C/SR) : " En Algérie (.) Le Comité est vivement
préoccupé par les massacres généralisés
d'hommes, de femmes et d'enfants, dans un grand nombre de villes et de
villages (.). (Il est) également préoccupé devant
l'absence de mesures opportunes ou préventives de protection des
victimes, de la part des autorités de police et du commandement
de l'armée dans le secteur concerné ".
(Observations finales
du Comité des droits de l'homme de l'ONU, ref. CCPR/C/79/Add.95
, 18 août 1998, texte français -original : anglais) :
" 1. Le Comité
a examiné le deuxième rapport périodique de l'Algérie
(CCPR/C/101/Add.1) à ses 1681e, 1682e, 1683e et 1684e séances,
tenues les 20 et 21 juillet 1998 (CCPR/C/SR.1681 à 1684) et il
a adopté les observations finales ci-après à sa 1696e
séance, tenue le 29 juillet 1998 (CCPR/C/SR.1696) :
A. Introduction
2. Le Comité
félicite l'État partie pour avoir traité les problèmes
sur lesquels le Comité avait mis l'accent dans les observations
finales (CCPR/C/79/Add.1) adoptées après l'examen du rapport
initial de l'Algérie (CCPR/C/62/Add.1) en 1992. Il note que le
deuxième rapport périodique de l'Algérie a été
présenté avec un retard de plus de deux ans. Tout en reconnaissant
que des renseignements supplémentaires ont été fournis
dans le rapport et des déclarations ultérieures au sujet
des lois et règlements adoptés par le Gouvernement algérien
pour donner effet aux dispositions du Pacte, le Comité relève
l'insuffisance de données précises sur la crise actuelle
en matière de droits de l'homme. Le Comité regrette que
la délégation n'ait pas pleinement répondu à
nombre de ses questions et se félicite de l'engagement de l'Algérie
de présenter des informations supplémentaires par écrit
pour répondre aux questions soulevées par les membres du
Comité au cours de deux journées de dialogue caractérisé
par un sentiment de solidarité du Comité à l'égard
des souffrances du peuple algérien.
B. Facteurs et difficultés
entravant la mise en ouvre du Pacte
3. Les attaques aveugles
et généralisées perpétrées contre la
population civile qui provoquent d'innombrables pertes de vies humaines
ainsi que le climat général de violence accroissent les
responsabilités de l'État à l'égard du rétablissement
et du maintien des conditions nécessaires à la jouissance
et à la protection des droits et libertés fondamentaux en
Algérie.
C. Facteurs positifs
4. Le Comité
se félicite de l'établissement de l'Observatoire national
des droits de l'homme ainsi que du Médiateur de la République,
qui a compétence pour recevoir les plaintes des particuliers au
sujet des violations des droits de l'homme.
5. Le Comité
accueille avec satisfaction l'établissement du Comité national
pour la protection et la promotion des femmes, ainsi que la participation
accrue des femmes à la vie publique.
D. Principaux sujets
de préoccupation et recommandations
6. Le Comité
est vivement préoccupé par les massacres généralisés
d'hommes, de femmes et d'enfants dans un grand nombre de villes et de
villages.
Le Comité
est aussi gravement préoccupé par le fait que des femmes
ont été non seulement assassinées mais aussi victimes
d'enlèvements, de viols et de graves sévices.
Le Comité
est également préoccupé devant l'absence de mesures
opportunes ou préventives de protection des victimes de la part
des autorités de police et du commandement de l'armée dans
le secteur concerné, ainsi que devant les allégations persistantes
de collusion de membres des forces de sécurité dans la perpétration
d'actes de terrorisme.
Le Comité
demande instamment à l'État partie d'adopter des mesures
efficaces pour :
a) empêcher
ces attaques et, si elles se produisent quand même, intervenir rapidement
pour protéger la population;
b) garantir que des
enquêtes appropriées soient menées par une instance
indépendante en vue d'identifier les coupables et de les traduire
en justice; et
c) faire en sorte
que, dans tous les cas de massacres, une enquête indépendante
soit menée sur le comportement des forces de sécurité
à tous les échelons, du plus bas jusqu'au plus élevé,
et que des sanctions pénales et disciplinaires soient prises à
leur encontre, selon qu'il convient.
7. Le Comité
est en outre préoccupé, au vu des réponses de la
délégation qui sont loin d'être satisfaisantes, par
les innombrables informations reçues faisant état d'exécutions
arbitraires ou extrajudiciaires, dont certaines auraient eu lieu en détention
provisoire et d'autres seraient associées d'une manière
ou d'une autre à des groupes terroristes.
L'État partie
devrait, de manière urgente, faire en sorte que :
a) des mécanismes
indépendants soient créés pour examiner toutes les
violations du droit à la vie et à la sécurité
des personnes;
b) les contrevenants
soient traduits en justice;
c) l'accès
soit accordé dès que possible au CICR et à d'autres
observateurs indépendants.
8. Le Comité
se déclare préoccupé par le fait que le Gouvernement,
à la fois dans son rapport, dans la présentation orale qu'il
en a faite et dans ses réponses aux questions posées par
le Comité, n'a fourni que de maigres renseignements concernant
l'organisation des " groupes de légitime défense ",
leur reconnaissance officielle, leur compétence, la supervision
à laquelle ils sont soumis et leur formation. De graves questions
se posent quant à la légitimité du transfert par
l'État à des groupes privés d'un tel pouvoir, étant
donné en particulier le pouvoir que l'État lui-même
leur concède et le risque très réel que l'exercice
de ce pouvoir, conjugué aux risques d'exactions non sanctionnées,
fait peser sur la vie et la sécurité des personnes.
Le Comité
recommande que le Gouvernement prenne d'urgence des mesures visant à
maintenir au sein de ses forces de police et de ses forces armées
la responsabilité du maintien de l'ordre public et de la protection
de la vie et de la sécurité de la population et que, dans
l'intervalle, il veille à ce que ces groupes de défense
soient placés sous le contrôle strict et effectif des organes
de l'État responsables et promptement traduits en justice en cas
d'exactions.
9. Bien que la délégation
algérienne ait nié que certaines autorités recourent
à la torture, le Comité est profondément préoccupé
par les allégations persistantes de torture systématique.
Le Comité déplore le fait que des juges semblent admettre
couramment les aveux obtenus sous la contrainte, alors même qu'il
existe des preuves médicales attestant que des actes de torture
ont été perpétrés, et il demande à
l'État partie de prendre toutes mesures pour remédier à
cette situation.
Le Comité
prie instamment l'État partie de :
a) mettre en place
un système crédible qui permette de suivre le traitement
de tous les détenus afin de s'assurer qu'ils ne sont soumis ni
à la torture ni à un traitement cruel, inhumain ou dégradant;
b) faire en sorte
que toutes les allégations spécifiques fassent l'objet d'une
enquête par un organe impartial et que les résultats de cette
enquête soient publiés;
c) faire en sorte
que les fonctionnaires mêlés à des actes de torture
soient poursuivis et s'ils sont reconnus coupables, sévèrement
punis.
10. Vu le caractère
insatisfaisant des réponses fournies par la délégation
et le nombre de plaintes émanant des familles, le Comité
exprime les graves préoccupations que lui inspirent le nombre des
disparitions et l'incapacité de l'État à réagir
de manière appropriée, ou à répondre tout
simplement, à des violations aussi graves. Les disparitions peuvent
mettre en cause le droit à la vie consacré par l'article
6 du Pacte ainsi que, lorsque les personnes disparues sont toujours en
vie et détenues au secret, le droit garanti par l'article 16 du
Pacte, qui dispose que chacun a droit à la reconnaissance en tous
lieux de sa personnalité juridique. Dans cette situation, ces personnes
sont également privées de leur capacité d'exercer
tous les autres droits reconnus par le Pacte ainsi que de toute possibilité
de recours. Qui plus est, les disparitions constituent une violation de
l'article 7 pour ce qui est des familles des disparus.
Le Comité
demande instamment à l'État partie d'adopter de mesures
pour :
a) établir
un registre central pour enregistrer tous les cas de disparition signalés
et toutes les démarches effectuées au jour le jour pour
retrouver les disparus;
b) aider les familles
concernées à retrouver les disparus.
Le Comité
demande en outre que, dans son prochain rapport périodique, l'État
partie donne des renseignements sur le nombre de cas signalés,
les enquêtes menées et les résultats obtenus.
11. Le Comité
a noté que le décret de 1992 portant état d'urgence
pour faire face à " la subversion par le terrorisme "
a été abrogé, mais que certaines de ses dispositions
ont été incorporées dans la législation pénale
ordinaire. Les dispositions en question augmentent le nombre d'infractions
passibles de la peine de mort, abaissent à 16 ans l'âge à
partir duquel une personne peut être condamnée à cette
peine, font passer de 2 à 12 jours la durée pendant laquelle
un suspect peut être gardé administrativement au secret et
donnent des activités " terroristes " ou " subversives
" une définition qui se prête à des abus.
Le Comité
recommande que les modifications apportées à la législation
pénale soient alignées rigoureusement sur les articles 6
et 9 du Pacte.
12. L'Observatoire
national des droits de l'homme a reconnu dans son rapport annuel pour
1996 qu'il existe des lieux de détention qui échappent au
contrôle stipulé par la loi. Ceci renforce les allégations
émanant de plusieurs sources concernant la garde à vue de
personnes qui ne sont pas inscrites sur des registres et qui ne sont pas
déférées aux tribunaux, contrairement à ce
qu'exigent à la fois la législation algérienne et
l'article 9 du Pacte.
L'État partie
doit veiller à ce que :
a) nul ne soit arrêté
ni détenu "hors du cadre prescrit par la loi";
b) les plaintes concernant
ces arrestations ou ces détentions fassent l'objet d'une attention
immédiate et que les familles, amis ou avocats des personnes détenues
soient en mesure de faire valoir un recours utile, y compris l'examen
de la légalité de la détention;
c) toutes les personnes
arrêtées soient placées dans des lieux de détention
officiellement désignés; que leurs familles soient informées
immédiatement; que ces personnes puissent entrer immédiatement
en contact avec un avocat; et qu'elles soient promptement inculpées
et traduites en justice;
d) la durée
de la garde à vue ne dépasse pas la limite fixée
par la loi et que les personnes qui font l'objet de cette mesure aient
le droit de passer une visite médicale au début et à
la fin de la garde à vue. "
Khaled Ziari (ex-officier
supérieur de la Direction générale de la sûreté
nationale) :
(Le Matin, Alger, 11.11.2001) " L'analyse de la situation sécuritaire
de ces derniers mois, à travers les chiffres supposés réels
de la DGSN (885 victimes), sans compter les rackets et autres dommages
matériels causés soit aux édifices publics, soit
aux biens privés, pour la seule période du 1er janvier au
1er septembre, permet de conclure en l'existence d'un terrorisme plus
orienté, donc mieux réfléchi et structuré,
par conséquent, plus dangereux qui semble se départir de
ses éléments perturbateurs qui ne versent que dans l'agitation.
(...) la cohabitation avec le terrorisme est incontournable et (ce) dernier
semble effectivement élire domicile pour le long terme, n'en déplaise
aux tenants du mensonge et de la démagogie. Quand on sait qu'une
seule bombe suffit à faire des dizaines de victimes, la multiplication
est désastreuse et on ose parler encore de résiduel quand
on ne cesse de reprendre les appels à la vigilance des citoyens.
(...) Autrement dit, nous continuerons à cohabiter avec le terrorisme,
à avoir nos lots quotidiens de cadavres et de destructions, d'autant
que rien n'est fait sur les plans politique, social, économique
et surtout sur celui des droits de l'Homme, des libertés individuelles
et collectives qui connaît un pourrissement total, générateur
de nouvelles formes de contestation hautement préjudiciable aux
intérêts supérieurs de la nation, et particulièrement
de la majeure partie de la population lasse de continuer à subir
les inconséquences de ses dirigeants, leurs forfaitures et déconfiture
au moment où l'Etat se devait de faire l'économie d'un amateurisme
trop repris et d'un vernissage aveuglant. Il va sans dire que la violence
intégriste se nourrit et s'abreuve à la source des conflits
sociaux, de la misère, de l'exclusion, des inégalités,
de l'injustice. Et l'Etat lui offre sur le plateau justement tous ces
ingrédients. "
Sid Ahmed Ghozali,
ancien Premier ministre
(Le Matin, 27.12.2000) " Que vivons-nous aujourd'hui depuis que l'interruption
du processus de 1991 est officiellement qualifiée de violence juridique,
justifiant la violence intégriste ? Une dérive totalitaire,
sans précédent, l'interdiction non avouée du pluralisme,
le refus de la sensibilité démocratique, l'abandon et le
mépris du citoyen à ses problèmes et à son
malheur, la légitimation officielle de la violence intégriste
et la compromission avec les tenants de cette violence "
Amnesty International,
rapport " Algérie : la population civile prise au piège
de la violence ", novembre 1997 :
" En janvier 1997, le Premier ministre algérien a signé
le décret exécutif 97-04 fixant les conditions d'exercice
de l'action de légitime défense dans un cadre organisé,
qui officialisait l'existence des milices et définissait un cadre
à leurs activités. Des groupes d'individus recrutés
sur la base de critères arbitraires, qui agissent en dehors du
cadre de la législation relative au maintien de l'ordre et en l'absence
de la formation et de la supervision nécessaires, sont ainsi chargés
de tâches de maintien de l'ordre qui devraient relever de la seule
responsabilité de l'Etat.
Ce décret, promulgué près de deux ans après
la création des milices, ne mentionne pas l'obligation, pour les
milliers de milices existantes, de rendre compte de leurs activités.
Il ne prévoit pas leur démantèlement ni le respect
par les milices de normes fondamentales relatives aux droits de l'homme.
Il ne renferme aucune des dispositions essentielles énoncées
dans les traités relatifs aux droits de l'homme, et notamment le
PIDCP, la Convention contre la torture, la Charte africaine, les Principes
de base sur le recours à la force et l'utilisation des armes à
feu par les responsables de l'application des lois (...) et le Code de
conduite pour les responsables de l'application des lois (...), adoptés
par les Nations unies.
Ce décret ne renferme aucune disposition relative au recrutement
et à la formation des membres des " groupes de légitime
défense ", ainsi que l'exigent l'article 5 de la Convention
contre la torture et les principes 18 et 21 des Principes sur le recours
à la force et aux armes à feu. Il ne contient aucune disposition
en vue de garantir que les membres de ces groupes respectent les droits
de l'homme et les protègent, ainsi que l'exige l'article 2 du Code
de conduite, ni aucune disposition prévoyant d'ouvrir des enquêtes
sur les plaintes pour atteintes aux droits fondamentaux imputées
aux membres de ces groupes et de traduire en justice les responsables
de tels agissements, ainsi que l'exigent l'article 2 du PIDCP, les articles
12 et 13 de la Convention contre la torture et l'article 7-1-e de la Charte
africaine. Le décret ne renferme enfin aucune disposition prévoyant
le droit de désobéir aux ordres de recourir à la
force et aux armes à feu, énoncé au principe 25 des
Principes sur le recours à la force et aux armes à feu.
"
Fédération
Internationale des Ligues des droits de l'Homme, rapport de la mission
internationale d'enquête sur l'administration de la justice et la
condition féminine, 26 avril-1er mai 1997 :
" Le Secrétaire général du ministère
de l'Intérieur, interrogé sur ce point, (répond)
qu'il est dans l'incapacité de communiquer le nombre, même
approximatif, des miliciens appartenant aux GLD alors que toute création
de GLD est désormais soumise à l'autorisation du wali (préfet)
après avis des forces de sécurité. Ou bien il s'agit
là d'un mensonge, ou bien, fait plus inquiétant encore,
cela signifie que le pouvoir ne contrôle pas réellement,
comme il le prétend, les GLD ".
Rapport d'Amnesty
International, janvier 2001 (" Un pays pris au piège de
l'impunité ") :
" Aucune information précise et fiable, de source officielle
ou autre, n'est disponible concernant le nombre exact de personnes qui
appartiennent aux milices armées par l'Etat depuis 1994. Selon
différentes estimations, ces milices pourraient compter 100'000
à plus de 200'000 hommes. La seule fois où un représentant
de l'Etat algérien a donné un chiffre remonte à février
1998. Le Premier ministre de l'époque, Ahmed Ouyahia, avait alors
déclaré à l'Assemblée nationale que plus de
5000 milices, également appelées Groupes de légitime
défense (GLD) ou " patriotes " avaient déjà
été formées et que d'autres seraient crées
".
Ahmed Ouyahia,
Premier ministre, devant l'Assemblée nationale
déclare que 5000 groupes de légitime défense ont
été formée depuis 1993, ainsi que 2313 brigades de
gardes communaux, ce qui laisse supposer que GLD et gardes communales
ensemble totalisent un effectif supérieur à celui de base
de l'armée (environ 130'000 hommes, dont une moitié de conscrits).
Amnesty International,
rapport de mars 1993 :
" La torture, qui avait été pratiquement éliminée
en Algérie, est maintenant très répandue et peut-être
systématique dans beaucoup de centres de détention ".
Julia Iliopoulos-Strangas,
expert du Comité contre la torture de l'ONU :
(Conclusions du Comité contre la torture de l'ONU à propos
du rapport périodique fourni par le gouvernement algérien,
1996) : La torture paraît " institutionnalisée "
par les autorités algériennes.
Farouk Ksentini,
président de la Commission nationale consultative de promotion
et de protection des droits de l'homme (CNPPDH, officielle)
(El Watan 28.2.2002, déclarations faites lors du forum du quotidien
El Moudjahid) : " Il est acquis que l'Algérie est un pays
où l'on torture. Où il n'y a pas de droit. "
(Algeria-Interface
28.6.2002) : " Pour avoir une justice de qualité, il faut
des magistrats de qualité. Or il faut dire ce qu'il en est : les
magistrats n'ont pas de culture générale ou juridique suffisante.
Ils bâclent les dossiers et jugent avec leur inculture. Résultat
: des erreurs judiciaires ! "
Observatoire national
des droits de l'homme (organisme officiel algérien), rapport
pour les années 1994 et 1995 :
Les délais légaux de garde à vue " sont fréquemment
dépassés et, durant ces périodes de garde à
vue abusivement prolongées, les personnes gardées sont isolées,
et ne peuvent communiquer avec leurs proches. Leurs familles, qui sont
tenues dans l'ignorance de l'identité du service ayant opéré
l'arrestation, sont également dans l'ignorance du lieu de la détention
pendant la garde à vue ". Des centres secrets d'internement
existent dans " des endroits que la loi n'a pas prévus pour
ce rôle. Il s'agit surtout (...) de commissariats de police ou de
casernes militaires transformés en lieux de détention. Les
détenus ont été libérés après
plus de trois mois de détention secrète dans ces établissements
".
Ahmed Ouyahia,
ministre de la Justice, ancien Premier ministre, chef du Rassemblement
national démocratique (parti majoritaire jusqu'en 2002):
(El Watan 10.12) Selon une note du ministre de la Justice lui-même,
Ahmed Ouyahia, les juges d'instruction et les procureurs algériens
ignorent le principe de la présomption d'innocence et abusent de
la détention provisoire, alors que la loi lui assigne un "
caractère exceptionnel ". Le ministre écrit dans sa
note que " le suivi de l'actualité judiciaire atteste de la
persistance de réflexes malheureusement bien ancrés, outrepassant
le caractère exceptionnel de la détention provisoire ",
qui ne peut être ordonnée " que dans les conditions
expressément définies par la loi ", et ne peut être
utilisée " comme simple acte de procédure conservatoire
" sauf à commettre un acte " abusif et attentatoire non
seulement à la présomption d'innocence mais aussi à
la liberté du prévenu ". Le ministre rappelle que "
l'existence de voies d'appel contre la détention provisoire ne
saurait décharger le magistrat de l'obligation légale mais
aussi morale de considérer la présomption d'innocence comme
étant la règle et de considérer la liberté
comme le bien le plus précieux de chaque individu, fut-il prévenu
". Le ministre dénonce en outre l'exercice " systématique
et sans discernement " par les représentants du parquet du
droit de faire appel contre des décisions de relaxe ou de non-lieu,
ce qui " risque de vider cet acte procédural de sa substance
". Le ministre invite donc les représentants du parquet à
fonder leurs appels sur " des motifs objectifs et sérieux
" puisés dans le dossier, ce qui, a contrario, suggère
qu'actuellement les appels ne sont pas fondés sur de tels motifs
" objectifs et sérieux ".
Farouk Ksentini,
président de la Commission nationale consultative de promotion
et de protection des droits de l'homme (CNPPDH, officielle)
(El Watan 28.2, déclarations faites lors du forum du quotidien
El Moudjahid) : La corruption est un " véritable sport national
" au sein de l'appareil judiciaire-
Haut Commissariat
des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) :
(La Tribune, 27 février 2001) 7974 ressortissants algériens
ont demandé le statut de réfugiés pour la seule année
1999, dans les différents pays européens (sans compter donc
les demandes déposées hors d'Europe), dont 7073 dans des
pays membres de l'Union européenne : 1494 demandes ont é |