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Aucune peine requise contre Souaïdia Le Parisien 6. 07. 2002 "On demande
à ce tribunal de juger l'histoire contemporaine de l'Algérie..."
Or Béatrice Angellil, procureur de la 17 e chambre correctionnelle
du tribunal de Paris, est nette : ce n'est pas ce qui est en question
dans le procès en diffamation intenté par le général
Nezzar, ancien ministre algérien de la Défense, contre l'ex-sous-lieutenant
Souaïdia. Pour la magistrate, le jeune officier n'a pas " attenté
à l'honneur " du général puisqu'il s'est seulement
exprimé lors d'un débat télévisé consacré
au livre qu'il avait publié : " la Sale Guerre ". Un
livre qui accuse l'armée algérienne d'être responsable
de certains massacres imputés aux islamistes." Pour tout ce
qui s'est dit, insiste la jeune femme, l'histoire jugera. Pour le reste,
nous sommes dans un débat d'idées, indispensable au caractère
démocratique de notre société. La liberté
d'expression doit rester le principe. " Catherine Tardrew
----------------------------------- L'armée algérienne devant la justice française "On a fait de nous une armée de sauvages" Le procès en diffamation intenté par le général Nezzar a fini par se retourner contre lui. Par Florence AUBENAS, Libération, samedi 06 juillet 2002 "On servait de chair à canon et on ne recevait même pas à manger. Et eux, ils comptaient leurs millions." Habib Souaïdia Un vieux général contre un jeune lieutenant. Une génération contre une autre. Le procès en diffamation, qui s'achève aujourd'hui à Paris, a pénétré une des citadelles algériennes les plus secrètes : l'armée, son fonctionnement, ses fractures. Pour la première fois à visage découvert, des officiers dissidents réfugiés en Europe, et cités par Habib Souaïdia, sont venus témoigner, comme lui, de la sale guerre. Pour la première fois aussi, un général, Khaled Nezzar, un de ces hommes de l'ombre du régime algérien, est apparu dans la lumière d'une salle d'audience. Ce déballage sur une institution taboue tombe au moment des cérémonies officielles du 40e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, vouées traditionnellement à la gloire militaire. "Cheptel". Quand témoignent les anciens ministres algériens ou les hauts fonctionnaires, surtout ceux venus le défendre devant la cour, il bâille, oeil mi-clos. Qu'est-ce qu'un général algérien peut attendre de civils, de cette classe politique, sinon de leur servir de paravent ? "Le cheptel", dit-il volontiers. "Pas un de bon", se fâche-t-il à l'audience. Eux qu'il vient de fusiller d'un mot, eux qui s'asseyent chaque matin au premier rang, eux l'applaudissent. Nezzar appartient à cette poignée de généraux qui, depuis l'indépendance et avec la toute-puissante Sécurité militaire, fait et défait les présidents, contrôle la rente pétrolière, coopte les futurs gradés qui assureront la survie du système. "En Algérie, ce n'est pas l'armée qui est au service de l'Etat, mais l'inverse, a lancé, à la barre, l'historien Mohamed Harbi. Dès la création du Front de libération national, les voies militaire et politique se sont confondues : un régime militaire à façade civile." Soudé face à ce qui la menace et pourrait mettre en cause sa pérennité, ce "bunker au pouvoir absolu" se déchire sur tout le reste, l'argent, le partage du pouvoir... "Des rapports de force permanents, incestueux, où se mêlent rivalité et complicité", explique l'économiste Omar Benderra. Quand on parle du
massacre de Benthala, 400 morts aux portes d'Alger en 1997 sans que l'armée
intervienne, Nezzar part dans un cours magistral sur les modèles
d'hélicoptères. L'ascension de cet homme "pas spécialement
adroit", comme dit pudiquement son avocat Jean-René Farthouat,
est révélatrice du fonctionnement du pouvoir algérien.
Pour conforter leur marge de manoeuvre, Boumédiène, le premier
président, puis Chadli ont toujours préféré,
à "l'armée des maquis", ces résistants
de la première heure, ceux qu'on appelle "les déserteurs
de l'armée française", plus dociles car moins légitimes.
Nezzar est l'un d'eux. A l'académie militaire de Cherchell, que dirige Chouchène devenu capitaine, s'enclenche une restructuration avec un programme de formation et des régiments spéciaux d'intervention. "Une partie des cours expliquait comment ne pas tomber sous le coup de la loi. L'un commençait ainsi : "Tu peux tuer ton bonhomme directement, mais tu dois en rendre compte. Ce qu'on va enseigner, c'est comment le faire sans être pris." Une nouvelle culture naît : il ne s'agit plus d'appliquer la loi mais de l'éviter. Il était clair que l'armée commençait à marcher à deux vitesses." Le compte à rebours démarre. Pendant la campagne des législatives à l'automne 1991, où tout le monde donne le FIS gagnant, l'Algérie est sous l'état d'alerte numéro 1. "Nous avons commencé à nous occuper exclusivement de la lutte contre l'intégrisme", raconte de son côté le colonel Mohamed Samraoui. Réfugié lui aussi. Témoin pour Souaïdia. "Notre mission était de le faire imploser par tous les moyens, chantage, corruption, menaces", poursuit celui qui fut l'adjoint du général Lamari, le patron du contre-espionnage. Lorsque le FIS remporte le premier tour, le processus est annulé le 11 janvier 1992, et le président Chadli "démissionné". Commencent les rafles, tortures, exécutions. "Les actions violentes n'avaient pas commencé, poursuit Samraoui. Nous avions établi la liste des personnes les plus dangereuses et demandé leur arrestation. En vain : on avait besoin d'eux pour créer des groupes terroristes. A la place, on a arrêté à tort et à travers. On cherchait à radicaliser le mouvement." Violence contre violence. "On commençait par infiltrer les noyaux des mouvements armés. Puis cela a pris une telle proportion qu'on ne savait plus qui était qui. Plus personne ne parvenait à contrôler tous ces groupes. Nous avons lutté contre le terrorisme avec des méthodes de terroristes. Ce n'était pas une tolérance, mais une méthode de travail. Sinon on n'aurait jamais atteint les 200 000 morts." Quand Lamari lui demande de préparer l'exécution de deux chefs du FIS en Allemagne, il refuse un ordre pour la première fois. "Nous sommes en Allemagne et pas en France, où vous avez des amitiés... En plus, je ne voulais pas servir de bouc émissaire en cas de pépin." Chair à canon. Entre 1993 et 1995, alors que désertions et insoumissions se multiplient, les troupes spéciales passent de 15 000 à 70 000 hommes. Habib Souaïdia est l'un d'eux, jeune lieutenant. Tout sauf un dissident : "J'avais 24 ans et je venais faire mon devoir : combattre les islamistes, sauver la nation. Au début, on parlait de maintien de l'ordre. Et, petit à petit, on a fait de nous une armée de sauvages. Le matin, on partait "à la chasse", aux êtres humains, des gens qu'on sortait de chez eux. On pouvait les tuer pour rien." Il est arrêté pour vol de voiture en 1995. "Il y en avait un qui avait été arrêté pour une cuisse de poulet. Personne ne demande pourquoi un soldat vole en Algérie ? Parce qu'il a faim. On servait de chair à canon et on ne recevait même pas à manger. Et eux, lance-t-il en désignant Nezzar, ils comptaient leurs millions." Sept ans plus tard, après avoir publié la Sale Guerre, son procès pour diffamation aura été le premier sur les responsabilités de ce conflit l ----------------------------------------- LE MONDE | 06.07.02 | 12h18 Le procès intenté à Paris par le général Nezzar s'est clos vendredi La coïncidence était trop symbolique pour n'être pas soulignée à maintes reprises : le procès pour diffamation intenté par l'ancien homme fort du régime algérien, le général Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, l'auteur de La Sale Guerre, s'est achevé, vendredi 5 juillet à Paris, le jour du 40e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Dans son réquisitoire,
le substitut du procureur, Béatrice Angelelli, a mis en garde le
tribunal. "Alors que les plaies ne sont pas complètement cicatrisées,
on vous demande de juger l'histoire contemporaine de l'Algérie,
ou du moins d'y contribuer." Il ne faut pas s'égarer, a-t-elle
ajouté. "On est sur le terrain de la diffamation. Il faut
recentrer le débat sur le plan juridique et juger des propos et
non pas des faits" - autrement dit l'histoire récente de l'Algérie. "UN DÉBAT
D'IDÉES" Les avocats de la défense n'ont pas été en reste. Me Bourdon s'est efforcé dans sa plaidoirie de discréditer les témoins cités par la partie civile. Entre "un journaliste flic", un "laquais du pouvoir", un "fou du roi", et une "âme damnée du général Nezzar", aucun chef de gouvernement, ministre, journaliste venu d'Alger n'a été jugé crédible. L'avocat a qualifié l'ancien ministre de la défense de "mandataire du quarteron de généraux au pouvoir à Alger", "l'homme qui a amené le cauchemar", celui qui a "saccagé les libertés publiques". "Vous êtes l'expression du pire de l'humanité. Et si quelqu'un a diffamé, c'est le général Nezzar. Il a diffamé le peuple algérien et l'humanité", a lancé Me Bourdon. Me Comte, l'autre avocat d'Habib Souaïdia, a pour sa part déclaré, à propos de la plainte en diffamation, au président du tribunal : "Les temps ont changé. Votre justice n'est plus sensible à la raison d'Etat. Il faut en tirer les conséquences." Le substitut du procureur
n'a pas demandé de peine contre l'auteur de La Sale Guerre. "Nous
sommes dans un débat d'idées, indispensable au caractère
démocratique de notre société. La liberté
d'expression doit rester le principe", a dit la magistrate. Le général
Nezzar, qui faisait l'objet d'une plainte pour "tortures", a
vu celle-ci rejetée jeudi par le parquet "en l'absence d'élément
grave ou concordant". "Le général Nezzar n'a plus
besoin pour l'instant de fuir la France puisque la France fuit ses responsabilités",
a commenté Me Bourdon. Jean-Pierre Tuquoi o ARTICLE PARU DANS
L'EDITION DU 07.07.02 ------------------------------------------------------------- Le Figaro, 6 juillet 2002
Fin,
à Paris, du procès de Habib Souaïdia, Pas de peine requise contre l'accusateur de l'armée Marie-Estelle Pech [06 juillet 2002] Les onze dernières
années de guérilla en Algérie ont été
mises à plat, cette semaine, au tribunal correctionnel de Paris,
devant une salle comble. Un procès opposant l'ancien sous-lieutenant
Habib Souaïdia, poursuivi pour diffamation, et le général
et ancien ministre de la défense Khaled Nezzar. Auteur d'un livre
à scandale, La Sale Guerre, Habib Souaïdia, petit homme tout
en nerfs, accusait le gouvernement algérien d'avoir laissé
l'armée prendre le contrôle du pays pour conserver le pouvoir,
après avoir interrompu le processus électoral qui avait
vu le Front islamique du salut (FIS) remporter le premier tour des législatives
de 1991. Aucune peine n'a été requise contre lui, le parquet
ayant implicitement reconnu sa bonne foi. ------------------------------- Algérie
Un attentat particulièrement sanglant endeuille les quarante ans
d'indépendance Une bombe sur un marché a fauché trente âmes à Larbaa, près d'Alger vendredi matin. Une façon sanglante pour certains de célébrer le quarantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. BAUDOUIN LOOS, 6 juillet 2002, Le soir (Bruxelles) Depuis vendredi, l'Algérie moderne a quarante ans. Il y a donc quatre décennies que le colonisateur français quittait le sol algérien après que, le 19 mars 1962, les fameux accords d'Evian eurent mis fin à une âpre guerre de libération nationale menée par le FLN contre l'armée française depuis 1954. L'événement, déjà fêté dans la morosité en raison d'une faillite socio-politique de grande ampleur, a donc encore été assombri par un terrible attentat perpétré hier matin dans un marché de Larbaa, à vingt kilomètres au sud d'Alger, dans la plaine de la Mitidja. Trente-six blessés ont été relevés en plus des trente tués. Des GIA (groupes islamiques armés) seraient toujours actifs dans la région. Ce tragique épisode vient rappeler, comme un sinistre " message à qui de droit ", que l'Algérie demeure en proie à une " sale guerre " depuis l'interruption des élections législatives de janvier 1992 décidée par l'armée algérienne, celle-là même dont les spécialistes persistent à penser qu'elle conserve depuis l'indépendance un rôle prépondérant. Dans l'ombre le plus souvent, mais bien prépondérant. Un procès s'est d'ailleurs déroulé cette semaine à Paris, qui mettait aux prises l'ex-général Khaled Nezzar, la partie civile (considéré comme l'un des " parrains " du régime), et l'ex-sous-lieutenant Habib Souaidia (auteur de " La sale guerre ", en 2001, vite devenu best-seller, qui mettait l'armée en cause dans divers massacres), accusé de diffamation par le premier pour avoir soutenu sur un plateau de télévision française que les généraux algériens avaient tué des milliers de gens, citant nommément le général Nezzar. Hier, le procureur a refusé de suivre l'accusation contre Souaidia et a estimé que l'histoire jugerait (le jugement est en délibéré). Rompant avec la tradition, la " grande muette " algérienne a du reste estimé qu'il était temps de sortir du bois, ce qu'elle a fait mardi à Cherchell, juste après le début du procès parisien, par la voix du chef d'état-major, le général Mohammed Lamari, l'un des hommes forts du pays. Sans du tout nier la responsabilité des militaires dans le coup d'État de 1992 les institutions mêmes de l'État étaient défaillantes, il s'agissait de sauver la république , le général a lancé à une brochette de journalistes algériens dont, sans doute, quelques sceptiques, qu'il n'y a aucun cabinet noir ni centre de décision occulte, contrairement à ce que dit la " vox populi ", car cette armée était une armée républicaine, nos prérogatives sont déterminées par la constitution ; il y a un exécutif et des institutions, et c'est à eux seuls de décider. S'agissant de la lutte antiterroriste, qui figure parmi ces prérogatives, Mohammed Lamari a estimé que le terrorisme vivait ses derniers jours. On avait affaire à 27.000 terroristes durant les années sombres. Actuellement, nous les estimons à 700. Une bête blessée est dangereuse (...). La situation est bonne, d'où une tendance à la baisse de la vigilance. Et d'ajouter, lourd de sens : Le terrorisme est vaincu mais l'intégrisme est intact, il fabrique encore des terroristes. L'AFP a répertorié le décès de 770 personnes dans des diverses violences. Les Algériens, on le voit, ne semblent pas près de voir la fin de leur calvaire. Si l'on y ajoute la révolte de la région kabyle contre le pouvoir central et la faillite sociale chômage massif, problèmes insolubles de logement, adduction d'eau défaillante, etc. , la morosité ambiante se mesure mieux. Certes, écrit
ainsi notre confrère " La Tribune ", le pouvoir est sauf,
mais le pays est exsangue, la société est atomisée,
les jeunes sont sans repères, l'économie est en panne, la
culture se meurt, l'identité éclatée, la politique
tâtonne. (...) Quarante ans après les sacrifices suprêmes
de leurs aînés, des milliers, voire des millions d'Algériens
continuent à se sacrifier sans raison, sans but, sans le vouloir.
Pourtant, en dépit de leur colère, de leurs rêves
brisés, ils portent l'Algérie au cur même s'ils
la voient s'éloigner chaque jour davantage.· -------------------------------
ALGERIE. Aucune peine n'a été requise par le procureur de la République du Tribunal correctionnel de Paris contre l'auteur du livre "La Sale Guerre", poursuivi en diffamation par un général en retraite. Le face-à-face Souaïdia-Nezzar ou le procès à Paris du rôle de l'armée algérienne Christian Lecomte, Alger , Le Temps (Suisse) Samedi 6 juillet 2002 C'est un procès inédit qui s'est achevé vendredi devant la 17e Chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il a opposé pendant cinq jours le général Khaled Nezzar, ex-ministre algérien de la Défense, à Habib Souaïdia, l'auteur du livre La Sale Guerre (éditions La Découverte). Cet ancien sous-officier réfugié en France accuse dans son ouvrage l'armée algérienne d'avoir commis des atrocités dans sa lutte contre les islamistes. Le général aujourd'hui en retraite a porté plainte en diffamation pour les propos qu'a tenus le sous-lieutenant le 27 mai 2001 sur la chaîne La Cinquième. "C'est eux qui décident (les généraux). Il n'y a pas de président. Ils ont tué des milliers de gens pour rien du tout", avait-il dit. Aucune peine n'a été requise vendredi. Le jugement a été mis en délibéré au 27 septembre. "Qui tue qui?"
Habib Souaïdia a relancé le débat sur le fameux thème du "qui tue qui?", lancinante question posée aussi par bon nombre d'organisations non gouvernementales. "J'ai vu des collègues qui s'habillaient en civils, portaient des barbes de trois ou quatre jours, sortaient dans des voitures banalisées et partaient faire la chasse aux Algériens, même pas aux terroristes", a-t-il affirmé. Il a été relayé par d'autres officiers dissidents qui ont évoqué des expéditions punitives auprès de civils pour venger la mort de militaires et la dérive des missions. Le capitaine Mohamed Samraoui, un ancien des services de contre-espionnage, a adressé la charge la plus rude: "On connaissait les Algériens formés en Afghanistan, on les pistait [...] ceux-là, on ne les a pas arrêtés car on en avait besoin pour créer des organisations terroristes." "Les GIA (Groupes islamiques armés), c'est la création des services de sécurité", a-t-il ajouté. Le témoignage surprise est venu de Hocine Aït Ahmed, 76 ans, le chef du plus ancien parti algérien d'opposition, qui réside à Lausanne. Sa présence jeudi devant le Tribunal avait été, semble-t-il, tenue secrète. Il a reproché à Khaled Nezzar d'avoir effectué un coup d'Etat en interrompant le processus électoral en 1992 après que le FIS (Front islamique du salut, aujourd'hui dissous) eut remporté le premier tour des législatives. Il a ainsi répondu à Sid Ahmed Ghozali, l'ex-premier ministre (de juin 1991 à juillet 1992) qui lundi avait défendu ce choix. "Notre conviction était que laisser le pouvoir aux islamistes, c'était laisser tomber l'Algérie [...] Ce ne sont pas les militaires seuls qui ont décidé d'interrompre le processus électoral. Le gouvernement et la société civile étaient sur la même ligne", avait-il martelé. "Seul rempart contre l'obscurantisme, l'armée algérienne a rempli son devoir. S'il est vrai qu'il y a eu des bavures, ce n'est pas une armée de barbares", a juré Khaled Nezzar. Aux témoins cités par la défense ont fait écho ceux venus parler pour le général et qui ont relaté les violences commises par les islamistes. Haj Haci Atikan, 21 ans, a raconté comment son père a été égorgé et comment elle et sa sur ont été entraînées dans le maquis puis violées. "Ce sont les militaires qui nous ont sauvées", a-t-elle dit. Les Algériens qui ont suivi le déroulement du procès au travers des journaux soutiennent dans une large majorité le plaignant. On préfère ici savoir l'armée, aussi controversée fut-elle, aux commandes plutôt que les hordes de "barbus". "L'armée a fait uvre de salut public en pourchassant les islamistes. En laissant sévir les clans terroristes dont les rivalités sont connues, l'Algérie serait devenue un second Afghanistan", affirme le journaliste Mohamed Issami qui enquête sur les réseaux terroristes. -------------------------------------- samedi 6 juillet 2002, 10h48 Une affaire de diffamation devient le procès du régime algérien PARIS (AFP) - Le procès qui a opposé cette semaine à Paris l'ancien homme fort du régime algérien Khaled Nezzar à un militaire dissident, Habib Souaïdia, a tourné au procès de toute une classe dirigeante. Pour l'ancien ministre de la Défense (de 1990 à 1993), le fait d'engager cette procédure en diffamation en France avait l'avantage de crédibiliser sa démarche. "Une procédure en Algérie, a-t-il expliqué, aurait été aux yeux de mes accusateurs un motif de suspicion supplémentaire". Mais avec de part et d'autre des témoins de très haute-volée (hommes politiques, militaires, historiens, intellectuels), le général a pris le risque de faire d'une banale affaire de presse un débat politico-historique, offrant une tribune sans précédent à ses détracteurs. Et sur le fond, l'armée algérienne, accusée par Souaïdia d'avoir commis des massacres et d'instrumentaliser les islamistes pour se maintenir au pouvoir, en a pris pour son grade. "Le GIA (Groupe islamique armé) c'est la création des services de sécurité", est ainsi venu dire, pour la première fois devant des juges, un ancien colonel des services de renseignement algérien, Mohamed Samraoui. Cet homme discret, ancien adjoint du général Smaïn Lamari, n°2 du Département des renseignements et de sécurité (DRS), a expliqué que bien avant l'interruption du processus électoral en janvier 1992 l'armée avait "infiltré" les groupes islamistes pour les manipuler. Ce travail, qui revenait notamment, a-t-il expliqué, à "créer la division", "amadouer" ou "corrompre" les islamistes était destiné à "casser le FIS (Front islamique de salut) en leur attribuant des actions". Selon lui, parallèlement, l'armée a "arrêté à tort et à travers des gens qui n'avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes", dans le but de terroriser les populations civiles. Dans un curieux télescopage, certains témoignages ont rappelé ceux entendus lors du procès à Paris, il y a quelques mois, de l'ancien militaire français Paul Aussaresses, poursuivi pour s'être vanté des tortures qu'il a commises durant la guerre d'Algérie (1954-1962). Abdelramane Mosbah, 32 ans, ancien étudiant à l'Institut d'études islamiques d'Alger, a raconté en larmes les quarante jours passés dans des locaux de la gendarmerie d'Alger, dans un bâtiment "face à l'Etat-major des forces armées" où il était quotidiennement forcé à garder au fond de la gorge un chiffon constamment imbibé d'eau. "Ces gens là, ils sont nuisibles à l'environnement humain de la planète !" a-t-il crié en désignant le général Nezzar, peu habitué à être traité de la sorte. Face à ces récits, les témoins venus soutenir le général, dignitaires intellectuels ou victimes du FIS, se sont succédés pour raconter l'incroyable violence des islamistes, dire que l'armée était "le seul rempart" contre le danger "d'afghanisation" du pays, que l'interruption du processus électoral était "la seule solution". Et au milieu de ce grand déballage sur la "2e guerre d'Algérie", le livre de Souaïdia est paradoxalement passé au second plan. Pourtant, de l'aveu même de certains de ses défenseurs, il n'était pas exempt de critiques, étant truffé d'erreurs, d'approximations ou d'incohérences. "Nous sommes
dans un débat d'idées, indispensable au caractère
démocratique de notre sociét. L'Histoire jugera", a
estimé au terme du procès la substitut du procureur, Béatrice
Angelelli, résumant la nature des débats. Jugement le 27
septembre.
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www.algeria-watch.org
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