|
|||||
|
La "sale guerre" civile algérienne en procès devant le tribunal correctionnel de Paris LE
MONDE | 01.07.02 | 18h45
Le général Nezzar, ex-homme fort d'Alger, accuse de diffamation un ancien officier réfugié en France. Etrange paradoxe
: c'est à un tribunal français que va revenir le soin de
trancher une querelle entre militaires algériens et, au-delà,
d'éclairer un pan de l'histoire récente du pays. Et pas
n'importe laquelle : celle qui a vu, en janvier 1992, l'interruption d'élections
législatives que les islamistes étaient en passe de gagner
haut la main. A l'origine du procès qui s'ouvre, lundi 1er juillet - en principe pour une semaine - devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, quelques phrases lâchées à la télévision française, en mai 2001, par un ancien officier, Habib Souaïdia. Les "généraux", avait-il déclaré, c'est eux les décideurs, c'est eux qui ont fait la guerre. C'est eux qui ont tué des milliers de gens pour rien du tout". "C'est eux qui ont décidé d'arrêter le processus électoral, c'est eux les vrais responsables [de la guerre civile]", avait-il ajouté. Cette grille de lecture, qui exonère pour partie les islamistes, continue à diviser aujourd'hui la société algérienne en deux camps irréductibles, tout comme ceux qui, en France, s'intéressent au sort de l'Algérie. Que cette prise de position débouche sur un procès qui s'annonce orageux tient également à la personnalité du plaignant et à celle du prévenu. Habib Souaïdia n'est pas n'importe qui. Militaire en rupture de ban, aujourd'hui réfugié politique en France, il est l'auteur d'un livre qui a fait scandale, à sa sortie, de part et d'autre de la Méditerranée. Dans La Sale guerre (Editions La Découverte), M. Souaïdia raconte avec précision comment, engagé volontaire en 1989, il a été témoin de tortures, d'exécutions sommaires et de massacres de civils dont il attribue clairement la paternité à l'armée. C'était la première fois qu'un témoignage venu de l'intérieur de l'institution militaire mettait ainsi ouvertement en cause l'armée. D'où le succès du livre en librairie (85 000 exemplaires vendus toutes éditions confondues) et, en avril 2002, la condamnation de son auteur, réfugié politique en France, à 20 ans de prison par contumace par un tribunal algérien pour "participation à une entreprise d'affaiblissement du moral de l'ANP [Armée nationale populaire] et de la sûreté de l'Etat". Dans l'entretien accordé à la Cinquième chaîne (ce qui explique que le président de France Télévision, Marc Tessier, est cité à comparaître), Habib Souaïdia ne s'en était pas uniquement pris à l'institution militaire. Il avait eu des mots très durs à l'encontre de celui qui, par sa position, incarnait le régime lorsque l'Algérie a sombré dans la violence, le général Khaled Nezzar. M. Souaïdia l'accusait de crimes et le comparait aux généraux français Massu et Aussaresses. Aujourd'hui à la retraite, Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense nationale, a donc décidé de porter plainte pour diffamation. Sa démarche, a-t-il précisé, n'engage que sa personne "même si l'enjeu concerne l'Algérie tout entière". Et c'est ainsi qu'un tribunal français va devoir se pencher sur une période tumultueuse et dramatique de l'histoire récente de la jeune Algérie. "Il s'agit du premier grand procès du régime militaire algérien", résume l'éditeur de La Sale guerre, François Gèze. Les débats promettent d'être passionnés. De part et d'autre, les témoins convoqués ont été des acteurs engagés et, pour certains, le sont encore. Défendu par Me Jean-René Farthouat, le général Nezzar a fait citer, entre autres personnalités, un ancien premier ministre, Sid Ahmed Ghozali, l'actuelle porte-parole du gouvernement, Khalida Messaoudi, le directeur de l'Observatoire des droits de l'homme, Rezzag Bara, une poignée d'universitaires (dont André Mandouze) et quelques journalistes. Les témoins de la partie adversaire, dont Me William Bourdon et Me Antoine Comte assureront la défense, ne sont pas moins intéressants. Ont été sollicités les historiens Mohammed Harbi et Pierre Vidal-Naquet, la députée du Parlement européen Hélène Flautre, la sur du chanteur kabyle assassiné Lounès Matoub, Malika Matoub, et surtout quatre militaires entrés en dissidence, dont deux appartiennent au MAOL, un mouvement d'officiers libres connu pour ses "révélations" diffusées sur Internet. Au total, pour les deux parties, pas moins de 38 témoins ont été cités. La situation personnelle du général Nezzar n'est pas faite pour calmer les débats. En novembre 2001, sous le coup de plaintes pour "tortures" déposées par des familles de victimes, il avait dû quitter précipitamment la France où il se trouvait en visite privée. Un an plus tard, il était auditionné par la brigade criminelle et son affaire a fait l'objet d'un "classement sans suite", selon son avocat. Mais une nouvelle plainte contre le général Nezzar a été déposée par six personnes, vendredi 28 juin, auprès du procureur de la République pour "tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants". A l'ouverture du procès, le statut de l'ancien ministre de la défense apparaît à nouveau incertain. Jean-Pierre Tuquoi L'armée algérienne "défend son honneur" en France RFI, 1 juillet 2002 Le procès en diffamation contre Habib Souaïdia, cet ancien officier algérien, auteur de l'ouvrage à succès La sale guerre qui dénonce notamment les exactions de l'armée algérienne contre des civils depuis l'interruption en janvier 1992 du processus électoral, s'est ouvert lundi après-midi devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Ce procès pour lequel le plaignant n'est autre que le général Khalid Nezzar, ancien ministre de la Défense et l'un des anciens hommes forts du régime algérien, sera dans l'esprit de l'accusation l'occasion de "blanchir" l'armée algérienne. La défense dénonce, elle, "le paradoxe d'un procès où l'accusé, Habib Souaïdia, est un homme extrêmement courageux qui dénonce des faits graves et la victime, une personne suspectée d'avoir couvert des exactions d'une extrême gravité". Ce n'est paradoxalement pas pour La sale guerre que Habib Souaïdia est poursuivi en diffamation par le général à la retraite Khalid Nezzar. L'ouvrage, qui a connu un franc succès avec 70 000 exemplaires déjà vendus, avait pourtant provoqué un séisme à Alger. Et même si le livre n'a pas été distribué dans les librairies algériennes, l'ouvrage a suscité un tel émoi que le chef d'Etat-major, le général Lamari, s'était senti obligé de réagir dans un communiqué à ses troupes. Il y dénonçait notamment une opération visant à donner de l'armée "un visage dictatorial" ainsi qu'un "rôle politique obscur et handicapant". Habib Souaïdia a d'ailleurs été condamné par contumace par un tribunal d'Alger à vingt ans de prison pour "participation à une entreprise d'affaiblissement du moral de l'armée et de la sûreté de l'Etat". Même si La sale guerre a été qualifiée de "tissu de mensonges" par les autorités algériennes, le général Khalid Nezzar a choisi d'attaquer pour diffamation son auteur pour une toute autre affaire. Il s'agit d'une déclaration diffusée par la chaîne de télévision française la Cinquième dans laquelle Habib Souaïdia affirme que "les généraux -les véritables décideurs- ont tué des milliers de gens pour rien". "Ce sont eux qui ont décidé d'arrêter le processus électoral, affirme-t-il, ce sont eux les vrais responsables". L'ancien officier n'hésite d'ailleurs pas à citer des noms et affirme qu'il ne peut pas "pardonner au général Nezzar" et qu'il faut "juger les coupables". L'occasion était
donc toute trouvée pour l'armée algérienne de "se
blanchir" puisque le général Nezzar veut "un procès
politique". Son avocat affirme en effet que le but recherché
est de "faire une large perspective de ce qui s'est passé
ces dernières années". Il s'agit dans l'esprit des
autorités algériennes de détruire "le complot
médiatique fait au régime". Pour l'ancien homme fort,
"les auteurs de ce complot, qui utilisent Habib Souaïdia comme
un simple pion, sont le Front islamique du salut (FIS aujourd'hui dissous)
et le Front des forces socialistes (FFS, principal parti d'opposition)".
Le procès qui s'est ouvert lundi à Paris risque donc de
traiter d'enjeux de politique intérieure algérienne auprès
d'une juridiction bien éloignée du territoire algérien.
---------------------------------- JUSTICE
Procès Souaïdia-Nezzar : Le journal permanent du nouvel obs (02. juillet 2002) Lors du procès en diffamation intenté contre lui par le général Khaled Nezzar, Habib Saouïda dénonce les exactions perpétrées par l'armée algérienne. ace au général
à la retraire Khaled Nezzar qui le poursuit en diffamation, Habib
Saouïdia, auteur du livre La Sale guerre, a réitéré
devant la justice française ses propos contre l'armée algérienne
qu'il accuse de massacrer la population de son pays. "L'Histoire
vous rattrapera dans votre tombe", s'est écrié l'ex-sous-lieutenant
en pointant un doigt vengeur vers l'ancien ministre algérien de
la Défense assis devant ses avocats. Khaled Nezzar poursuit Habib
Souaïdia pour des propos tenus le 27 mai 2001 sur la chaîne
La Cinquième lors de l'émission Droits d'auteur consacrée
à l'Algérie. Il demande 15.000 euros de dommages-intérêts.
----------------------------------------------------- Le tribunal doit entendre mardi à 9h30 Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien de juin 1991 à juillet 1992. (AP) FRANCE-ALGERIE Paris : nouvelle plainte contre Nezzar (01.juillet 2002) L'ancien ministre de la Défense algérien, qui se trouve actuellement à Paris, est accusé de "tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants". Une nouvelle plainte
a été déposée vendredi à Paris par
neuf Algériens contre l'ancien ministre de la Défense algérien,
Khaled Nezzar, pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants,
a-t-on appris lundi auprès de l'un de leurs avocats, Me William
Bourdon.
Un ex-Premier ministre algérien défend le rôle de l'armée PARIS (Reuters) - Sid Ahmed Ghozali, ex-Premier ministre algérien, a soutenu mardi au tribunal de Paris l'armée de son pays, qui a barré la route du pouvoir aux islamistes après les élections législatives de 1992. "Notre conviction était que laisser le pouvoir aux islamistes, c'était laisser tomber l'Algérie", a-t-il dit à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Il a estimé que l'armée était "le seul rempart contre l'obscurantisme" dans son pays. Il témoignait au procès en diffamation d'un ancien officier de l'armée algérienne, Habib Souaïdia, qui a soutenu dans un livre intitulé "La Sale Guerre" que les généraux algériens utilisaient la guerre civile et organisaient eux-mêmes des massacres de civils imputés aux islamistes, afin de monopoliser le pouvoir politique et économique. Pour Sid Ahmed Ghozali, qui était Premier ministre au moment de l'interruption du processus électoral en 1992 et au début de la guerre civile, qui a fait au moins 100.000 morts en dix ans, cette thèse est une invention des islamistes. "La stratégie de l'islamisme, c'est de s'emparer du pouvoir sur la base de l'effondrement de l'Etat en passant par la déstabilisation de l'armée", a-t-il dit. Il a affirmé que l'intervention armée de 1992 n'avait pas décidée par les militaires seuls mais avait bénéficié d'un consensus très large dans la société civile et les milieux politiques. L'ancien président Ahmed Ben Bella lui aurait d'ailleurs dit à ce moment: "Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde !". Le procès contre Habib Souaïdia a été initié par le général Khaled Nezzar, à qui on prête un rôle important dans l'interruption du processus électoral et qui se voit imputer des faits de tortures par des plaignants algériens. Le procès doit durer toute la semaine. Une vingtaine de témoins au total doivent venir déposer sur les différents aspects de la guerre civile algérienne. ____________ mardi 2 juillet 2002,
12h48 L'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali justifie la mise hors la loi du FIS PARIS (AP) - "Laisser le pouvoir aux islamistes, c'était la fin de l'Algérie". Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien, a justifié mardi l'interruption du processus électoral en 1991, au deuxième jour du procès qui oppose à Paris le général à la retraite Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, auteur de "La sale guerre". En 1991, il n'y avait d'autre choix, a-t-il affirmé que de mettre fin au processus électoral qui avait vu le Front islamique du salut (FIS) arriver en tête des élections législatives avec 26% des suffrages mais 60% d'abstention. "Le FIS, avec la complicité d'un clan au pouvoir, a manipulé les listes électorales et le scrutin", a-t-il soutenu à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Ce résultat était un vote de "rejet de tous ceux" que le peuple "considérait comme étant responsable des difficultés dans lesquelles" il était, a-t-il poursuivi. L'interruption du processus électoral n'a pas été décidé par les militaires seuls, a-t-il assuré, car il s'agissait d'une décision "des militaires, du gouvernement et de la société civile d'un commun accord". D'ailleurs, Ahmed ben Bella, l'un des père de la révolution algérienne lui aurait dit: "Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde". L'ancien ambassadeur d'Algérie en France, cité comme témoin à la demande du général Nezzar, a expliqué qu'il n'avait pas voulu être le Chapour Bakhtiar de l'Algérie" dans une allusion au dernier Premier ministre du shah d'Iran avant la prise de pouvoir de l'ayatollah Khomeini. "L'Algérie n'est pas une république bananière avec d'un côté des militaires assoiffés de sang et de l'autre côté des civils obéissants", s'est insurgé M. Ghozali qui refuse d'être pris pour un "apparatchik" inféodé aux militaires. Selon lui, les violences islamiques n'ont pas commencé avec l'interruption du processus électoral en 1991 mais remontent bien avant la légalisation du FIS en 1989. "La stratégie des islamistes vise à exploiter les situations de détresse, de frustration et de corruption, qui sont de la responsabilité du pouvoir en place, pour accéder au pouvoir", a-t-il expliqué. Et pour mieux accéder au pourvoir, estime l'ancien Premier ministre, il faut "déstabiliser l'armée, seul rempart aux projets islamiques". Les débats se poursuivent mardi après-midi avec l'audition de témoins de la défense et de la partie civile. AP pas/Bg ________________ mardi 2 juillet 2002,
11h09 "La sale guerre" de l'armée algérienne devant la justice à Paris PARIS (AFP) - Un ancien militaire algérien, Habib Souaïdia, auteur du livre "La sale guerre" poursuivi depuis lundi en diffamation à Paris par le général Khaled Nezzar, a répété au dignitaire les graves accusations qu'il porte contre son armée, l'accusant de "massacres" et de "tortures". Véhément, souvent confus, l'ancien officier, un petit homme de 33 ans, s'est même fait menaçant à l'encontre de l'ancien ministre de la Défense nationale (1990-1993), lui lançant: "l'Histoire vous rattrapera dans votre tombe !". Assis face à lui, le fixant du regard sans broncher, Khaled Nezzar, 64 ans, a longuement lu un texte. "Au delà des propos diffamatoires à l'égard de ma personne c'est en réalité sur tout un peuple, son gouvernement et son armée (...) que les diffamateurs et leur porte-voix tentent de jeter l'opprobre", a-t-il répliqué. Principal instigateur de l'interruption du processus électoral algérien en janvier 1992, M. Nezzar poursuit Habib Souaïdia devant la 17e chambre du tribunal correctionnel pour des propos qu'il a tenus lors d'une émission diffusée sur La Cinquième, en mai 2001. Soutenant la thèse selon laquelle l'armée algérienne organise des massacres dans la guerre civile qui secoue le pays depuis 10 ans, afin de se maintenir au pouvoir, M. Souaïdia avait notamment affirmé que "les généraux" ont "tué des milliers de gens". Dans un parallèle avec les exactions commises par l'armée française durant la guerre de décolonisation, il avait aussi lancé: "je ne peux pas pardonner au général Massu et au général Aussaresses les crimes qu'ils ont commis comme je ne peux pas pardonner au général Nezzar". Interrogé sur les exactions dont il dit avoir été témoin, il raconte au tribunal avoir vu des militaires brûler vif un enfant de 15 ans après l'avoir aspergé d'essence. "On prend l'enfant, on le met sur une décharge publique, on verse sur lui de l'essence et on allume avec du plastique (...). Quel être humain peut faire ça ?". Souaïdia dit également avoir été contraint d'escorter en mars 1993 des militaires déguisés en islamistes dans un village appelé Douar Ez-Zaatria, où ils auraient massacré 12 civils. "J'ai vu ces collègues habillés en civil avec des fusils de chasse, des poignards, portant la barbe et sortir dans des voitures banalisées pour faire la chasse aux Algériens !". Face à ces graves accusations, déjà rapportées dans son ouvrage (environ 70.000 exemplaires vendus), Khaled Nezzar a répondu que "l'armée algérienne n'est pas une armée de barbares". Il a aussi longuement justifié l'interruption du processus électoral et le rôle des militaires dans la lutte contre les islamistes. "L'action de l'armée a eu pour but de préserver l'ordre menacé par les islamistes (...). Il fallait éviter l'afghanisation de l'Algérie, en un mot, l'Etat taliban". Les avocat de Souaïdia, Mes William Bourdon et Antoine Comte, ont profité de la présence de Nezzar en France pour déposer à son encontre, au nom de neuf Algériens, une nouvelle plainte pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants. De précédentes plaintes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 ont été depuis classées sans suite. Mardi, les débats
reprendront à 09H30 avec l'audition de l'ancien Premier ministre
Sid Ahmed Ghozali (juin 91-juillet 92), cité par la défense
de Khaled Nezzar. Le procès doit s'achever vendredi. l'armée algérienne devant la justice française "Je n'arrive toujours pas à savoir comment on a fait ça" L'officier Souaïdia a raconté hier la sale guerre des généraux Par Florence AUBENAS, Libération, mardi 02 juillet 2002 "Pourquoi moi
?" Quand, il y a un an, un ex-sous-lieutenant, Habib Souaïdia,
a publié la Sale Guerre, racontant les exactions de l'armée
algérienne depuis 1992, il s'attendait à être attaqué
en justice, par un général ou un autre. Et rien. "D'autres
ont même dit pire que moi. Un ancien officier a écrit un
livre où il accuse le général Nezzar d'avoir tué
sa femme (1)." A ces mots, la salle de la 17e chambre correctionnelle
de Paris sursaute. Tous sauf Nezzar, impassible. Finalement, Souaïdia
est devant le tribunal, attaqué en diffamation par cet ex-ministre
de la Défense algérien pour une interview diffusée
sur TV5. (1) La
Mafia des généraux, par Hichem Aboud A Paris, le général Khaled Nezzar défend l'armée algérienne LE MONDE | 02.07.02
| 16h53
"Si demain il y a une démocratie, c'est vous qui serez jugé", lui lance l'ex-officier Habib Souaïdia. "Les débats
vont déborder", a prévenu le président de la
17e chambre du tribunal correctionnel de Paris peu après l'ouverture
du procès, lundi 1er juillet. Au départ donc, une plainte
en diffamation déposée à Paris par le général
Khaled Nezzar, l'homme fort du régime algérien il y a dix
ans, contre Habib Souaïdia. Cet ancien sous-lieutenant est l'auteur
d'un livre La vérité, il y a celle d'Habib Souaïdia. Elle est véhémente, dure, sèche, à l'image de ce jeune officier de petite taille, à la chevelure brune et au teint pâle, paquet de nerfs tendus comme s'il était en mission dans le maquis. "J'aime mon pays. Mais, en Algérie, lance-t-il en agitant ses mains, on n'a pas le droit de parler librement, c'est pourquoi je me suis réfugié en France. On faisait un sale travail pour lequel on n'était pas préparé. J'ai vu des collègues qui s'habillaient en civil, portaient des barbes de trois ou quatre jours, sortaient dans des voitures banalisées et partaient faire la chasse aux Algériens, même pas aux terroristes. J'en ai vu revenir avec des couteaux tachés de sang", dit-il. Il raconte, comme dans son livre, les tortures, les exécutions sommaires d'adultes et d'adolescents, les viols de jeunes filles et de vieilles femmes "par desmilitaires". "Je ne suis pas là pour dédouaner les islamistes", précise l'ex-officier avant de se tourner vers le général Nezzar qui l'écoute, la tête légèrement inclinée, impassible, et de lui lancer, à la satisfaction bruyante d'une partie de la salle :"L'histoire vous rattrapera. Si demain il y a unedémocratie en Algérie, c'est vous qui serez jugé." Bon tribun malgré son français parfois approximatif, l'ex-officier ne se démontera pas. Que le président ou l'un des avocats de la partie civile l'interroge sur les raisons de sa condamnation à quatre ans de prison par un tribunal militaire pour vols (le désir de vengeance aurait pu dès lors inspirer son livre), qu'il évoque les querelles qu'il a eues avec le"nègre" de La Sale Guerre sur le contenu de l'ouvrage, ou les conditions de son arrivée en France, Habib Souaïdia maintiendra deux heures durant la même ligne : celle qui veut que l'attaque soit la meilleure desdéfenses. Ce sera également le choix du général Nezzar, dans un autre registre, moins nerveux mais tout aussi ferme sur le fond. Costume de bonne coupe, cravate couleur bordeaux, chaussant de fines lunettes, portant beau malgré ses 67 ans, l'ancien ministre de la défense n'est pas habité par le doute et les remords. Cette armée, où il a fait toute sa carrière, il défend son honneur bec et ongles. "LEUR PART DE VÉRITÉ" "Au-delà des propos diffamatoires à l'égard de ma personne", dira-t-il dans une déclaration à la cour, c'est sur elle que "les diffamateurs et leurs porte-voix tentent de jeter l'opprobre. -Or- l'armée algérienne a rempli son devoir", jure-t-il. L'affaire est entendue : "S'il est vrai qu'il y a eu des bavures, ce n'est pas une armée de barbares." Accuser ses chefs - et donc lui-même - d'avoir manipulé les institutions et les responsables politiques ne tient pas debout, clame le général. Et d'expliquer que l'interruption du processus électoral en janvier 1992 par l'armée (après un premier tour remporté par les islamistes) ne faisait que répondre aux voux de "la majorité de l'opinion publique". Comment pouvait-on les connaître ? lui lance Me Bourdon, l'autre avocat d'Habib Souaïdia. "Par des sondages du ministère de la défense", répond tout à trac l'ancien ministre. Avec un égal aplomb, il jurera que le président Chadli - contrairement à la conviction d'une partie de l'opinion publique - n'a pas été poussé vers la sortie par les militaires, même si un officier supérieur a participé à la rédaction de la lettre de démission."C'est parce que Chadli était arabisant. Il ne maîtrisait pas bien le français", explique à la barre l'imperturbable général. De ces événements qui, dix ans après, pèsent sur l'Algérie, il sera question pendant trois jours à partir de mardi 2 juillet, avec le début du défilé des témoins. Une trentaine - un ancien chef de gouvernement, des ministres, des militaires, des intellectuels - sont annoncés et viendront dire "leur part de vérité". Jean-Pierre Tuquoi . ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 03.07.02 ---------------------- Algérie Le Parisien, 02/07/2002 EN PRINCIPE, il s'agit
d'un banal procès en diffamation. Seulement voilà : à
la veille, ou presque, du 40 e anniversaire de l'indépendance de
l'Algérie, le 5 juillet, un tribunal français est appelé
à se prononcer sur une affaire dont les deux protagonistes sont
des militaires algériens. Le général Khaled Nezzar,
ex-ministre de la Défense, longtemps considéré comme
l'homme fort d'Alger, estime son honneur bafoué par un sous-lieutenant.
Son nom : Habib Souaïdia. Dans son livre " la Sale Guerre "
(la Découverte), Souaïdia accuse l'armée algérienne
de massacres dont, depuis douze ans, les groupes armés islamistes
sont tenus responsables. Plus : il a affirmé que ce sont les généraux
(dont Nezzar) qui, en janvier 1992, ont " arrêté le
processus électoral ". Furieux, Nezzar a porté plainte
pour diffamation. Mais, hier, devant la 17 e chambre correctionnelle du
tribunal de Paris, personne n'est dupe. La question est : " Qui tue
qui en Algérie ? ". " Vider l'abcès " Le
sous-lieutenant Souaïdia, c'est " David contre Goliath ".
Condamné à quatre ans de prison pour vol qualifié,
rayé des cadres de l'armée, il s'est réfugié
en France et y a écrit son réquisitoire implacable. Petit
(1,62 m), il raconte : " Depuis 1992, il y a eu 200 000 morts, 7
000 disparus, des milliers de torturés. J'ai assisté à
l'exécution d'un enfant de 15 ans. On a versé sur lui du
kérosène. Un autre homme était attaché. Lui
aussi, à poil. Ils ont allumé avec du plastique, pour que
ça brûle mieux " En face de lui, " Goliath "
: le général Khaled Nezzar, 67 ans, costume de bonne coupe,
lunettes, moustache, cheveux poivre et sel. Une carrière impeccable.
Il a rejoint l'ALN (l'Armée de libération nationale) en
1958, pour devenir, trente ans plus tard, tout puissant ministre de la
Défense. S'il est là, c'est, lance-t-il, " pour vider
l'abcès " : car " au-delà de ma personne, c'est
tout un peuple, son gouvernement et son armée sur lesquels les
diffamateurs tentent de jeter l'opprobre ". Selon lui, Souaïdia,
sous influence d'intellectuels français, ne fait que répéter
les thèses du Front islamiste du salut (FIS). Le vieux soldat nie
être " un apparatchik assoiffé de pouvoir ". "
L'armée algérienne, insiste-t-il, n'est pas une armée
de barbares. " Les débats se poursuivent aujourd'hui. mercredi 3 juillet 2002, 19h36 Un ex-haut officier compare les méthodes de l'armée à celles des terroristes PARIS (AP) - Au jeu du "qui tue qui" en Algérie, le tribunal correctionnel de Paris, qui juge depuis trois jours la diffamation opposant Khaled Nezzar, général à la retraite, à Habib Souaïdia, auteur de "La sale guerre", doit perdre son latin: mercredi, un ex-colonel de la Direction des renseignements et de sécurité (DRS), Mohamed Samraoui, 52 ans, cité par la défense de M. Souaïdia, a accusé l'armée d'avoir utilisé les méthodes terroristes pour lutter contre les groupes islamistes. Un an et demi avant l'interruption du processus électoral en 1991, l'officier explique qu'on leur a demandé de se consacrer à la lutte contre l'intégrisme en infiltrant les groupes existants. "On avait crée des groupes, on avait infiltré. On se retrouvait avec des vrais groupes et des faux groupes. A un moment, l'armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui était avec qui". Interrogé sur ces faits, le général Khaled Nezzar n'a pas nié le principe des infiltrations des groupes islamistes mais a réfuté leur instrumentalisation par l'armée. Le général à la retraite, a admis que lorsqu'il était ministre de la Défense de 1990 à 1993, "c'est clair qu'il y a eu une tentative d'arriver au pouvoir avec le FIS", le Front islamique du salut. Toutefois, il ne dit pas qui dans l'ombre du pouvoir a joué ce jeu. Mardi, Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien, a tenu des propos similaires en accusant le FIS et un "clan au pouvoir" d'avoir manipulé les listes électorales et le scrutin". M. Samraoui, exilé depuis 1996 en Europe a ajouté que les militaires avaient arrêté "à tort et à travers des gens qui n'avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les violences". Omar Bendera, ancien conseiller du gouverneur de la banque d'Algérie, a souligné devant le tribunal que l'interruption du processus électoral avait coïncidé avec l'arrêt du processus économique; et qu'un petit groupe de généraux allouaient à leurs inféodés des prébendes financières. Reprise des débats jeudi matin à 9h30. AP pas/Bg Procès Souaïdia: un haut-gradé accuse l'armée de méthodes "terroristes" PARIS, 3 juil (AFP) Pour la première
fois depuis le début du procès en diffamation à Paris
de l'ancien sous-lieutenant algérien Habib Souaïdia, un ex-haut
gradé de l'armée, colonel dans les services de renseignements,
a accusé ses supérieurs "d'utiliser les méthodes
des terroristes" contre les islamistes. Les témoins cités
par les défenseurs de M. Souaïdia, poursuivi en diffamation
par l'ex-homme fort du régime le général Khaled Nezzar
et qui dans son livre "La sale guerre" accuse l'armée
de massacres, n'étaient pas, jusqu'à présent, des
militaires de haut rang. Suite du procès
jeudi à 09h30.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||