PROCÈS NEZZAR-SOUAÏDIA

"Deux thèses, deux vérités"

El Watan, 6 juillet 2002

Vous êtes en face de deux thèses, de deux vérités. Pour tout ce qui s'est dit, je reprendrai la formule du général Nezzar : l'histoire jugera." "Il n'appartient pas au tribunal de faire l'histoire". "Ce que vous avez à juger ce sont des propos et non les faits eux-mêmes." C'est sur ces mots que le procureur de la République, Béatrice Angelli, concluant son réquisitoire, s'est adressé au tribunal correctionnel.
La représentante du parquet n'a pas requis de peine à l'encontre de Souaïdia, laissant au tribunal le soin de prendre une décision. La magistrate a décrit Habib Souaïdia, ancien sous-lieutenant des forces spéciales de l'ANP, comme "un homme qui témoigne", "un acteur d'une période". Se situant sur le plan juridique et plus particulièrement de la jurisprudence en matière de diffamation, la représentante du parquet a indiqué que la jurisprudence restreint les critères de bonne foi dans un témoignage. "Souaïdia peut s'affranchir du devoir de prudence auquel est tenu un journaliste." "Dans l'émission télévisée, il livre son analyse tirée de son témoignage dans son livre." "Pendant ce procès, nous avons entendu d'autres témoins, d'autres acteurs (...)", a-t-elle dit. Elle ajoute : "M. Nezzar est venu en France faire la promotion de son livre... C'est un débat d'idées. La liberté d'expression doit rester le principe." "Pourquoi ce procès en diffamation ? Pourquoi ce procès à Paris ? Sa coïncidence avec le 40e anniversaire de l'Indépendance, n'étant qu'une simple concordance de calendrier. Pourquoi un procès fait particulièrement à M. Souaïdia ? Pourquoi sur une émission de télévision et non sur le livre du prévenu, La sale guerre". "Il ne vous sera pas demandé, même si elle a fait l'objet d'un débat contradictoire, de porter un jugement sur la politique de l'Algérie. Il vous est demandé de constater qu'au-delà de la polémique, on s'est livré à des attaques personnelles contre le général Nezzar. Non, il n'était pas possible de se laisser traiter de "lâche", de "traître", de "corrupteur"." C'est le début de la plaidoirie du bâtonnier Jean-René Farthouat, un des deux avocats de la partie civile. "Un procès contre le général Nezzar et la nomenklatura est largement instruit en France par un petit groupe de médias et d'intellectuels honorables, mais très orientés", a-t-il ajouté. Puis il dénonce ceux qui "cultivent l'amalgame". "J'ai été libéré par la déposition théâtralisée, dans la manière où elle a été présentée par la défense, qui montre que Aït Ahmed est un instrument entre les mains d'une faction. Je ne dis pas qu'elle n'a pas le droit de s'exprimer. On nous avait caché le témoignage de Aït Ahmed, nous a-t-on dit, dans la crainte de mettre sa vie en péril. Ce n'est ni convenable ni convaincant. Il vit librement sur le continent européen, il s'est rendu en Algérie dans les conditions connues de tous." "L'arrivée de M. Aït Ahmed, c'est la levée des masques." Le second défenseur de la partie civile, maître Bernard Gorni, a relevé les nombreuses contradictions et invraisemblances contenues dans le livre de Souaïdia. L'avocat a aussi estimé que le débat autour du "qui tue qui?" est une invention extraordinaire, notamment des médias." "Si l'initiative de M. Nezzar a permis de témoigner à des victimes qui n'ont pas la parole, ni la possibilité de s'exprimer, c'est un succès. Vous les avez entendues, avec des mots simples, sans discours politiques." Faisant référence aux témoins de la partie civile, l'avocat souligne qu'"il ne s'agit pas de témoignages de journalistes militants, de personnes confortablement installées en France ou qui vivent confortablement de leurs droits d'auteur." Un des axes des plaidoiries de la défense de Souaïdia a été de dire que les propos tenus par Souaïdia sont contenus dans le livre, que "les deux parties ici présentes sont passionnées, attachées à leurs pays", "que le débat ouvert depuis cinq jours a pour origine une décision politique, l'arrêt du processus électoral, les massacres, une conséquence de cette décision. C'est un débat d'idées politique", a dit l'avocat du PDG de la Cinquième, maître Stephan. "Souaïdia n'est pas l'homme d'une seule pensée, il renvoit dos à dos les responsables des crimes commis… Le général Nezzar a inventé une histoire, celle d'un peuple en danger dont il serait le sauveur", a dit William Bourdon,autre défenseur de Souaïdia. "On a tout fait pour pérenniser la guerre civile, pour pérenniser le sauvetage des généraux." "Le 11 septembre est venu comme une aubaine justifier l'arbitraire." "Comment donner crédit à la condamnation de Souaïdia (pour droit commun) dans le royaume des preuves fabriquées et des faux témoins." De précédentes plaintes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 contre M. Nezzar ont depuis été classées sans suite par le parquet de Paris. Le verdict du procès a été renvoyé en délibéré au 27 septembre.

Par Nadjia Bouzeghrane

Rectificatif : Mohamed Samraoui, ex-lieutenant colonel, était témoin de la défense et non de la partie civile comme nous l'avons écrit par erreur dans notre édition de jeudi.

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Nezzar - Souaïdia

Les leçons d'un procès

Par Farid Alilat, Liberté, 7 juillet 2002

On ne lave pas son honneur et celui de l'armée algérienne en croisant le fer avec un soldat banni.Ce qui devait être un simple procès en diffamation, s'est transformé en réquisitoire contre l'armée algérienne. Le général Khaled Nezzar voulait laver son honneur et celui de l'ANP dans un tribunal parisien, il s'est retrouvé finalement à la place de l'accusé, contraignant son avocat, maître Farthouat à clore sa plaidoirie par cette supplique : "Ministre de la Défense, on fait de l'un des chefs militaires les plus prestigieux, du général Nezzar, un bouc émissaire parce que, à la demande des autorités, il a mené la lutte antiterroriste. Son but comme, celui de l'armée, c'était de protéger les populations".On croit rêver ! L'ancien ministre de la Défense algérien, victime de "propos diffamatoires" est obligé de justifier ses actes, voire prouver son patriotisme.C'est la grande leçon de ce procès en diffamation qui a opposé, pendant 5 jours, au tribunal de Paris, le général à la retraite Khaled Nezzar à l'ex-sous-officier Habib Souaïdia, auteur du livre La Sale Guerre. Parti laver l'opprobre et redorer l'image des militaires, Khaled Nezzar s'est vu malmené tant par les multiples accusations proférées à la cour que par les témoignages des témoins de la partie civile. Sans doute, la première erreur de ce procès est qu'il n'avait pas lieu d'être. Particulièrement, à la veille de la fête de l'Indépendance. Certes, il est légitime qu'un homme, se sentant blessé et offensé, recoure à la justice pour demander réparation. Mais en face du général, il y avait un ex-sous-lieutenant, algérien, réfugié politique en France, condamné par la justice de son pays à 20 ans de réclusion "pour atteinte à l'image de l'Algérie et de l'armée", un "militaire félon" ayant purgé une peine de prison de 4 ans pour vol avant d'être dégradé et rayé des effectifs de l'ANP.On ne lave pas son honneur et celui de l'armée algérienne en croisant le fer avec un soldat banni. Et de surcroît devant une juridiction française. Pour avoir bien connu l'hostilité de la presse française et d'un certain milieu politique français à l'égard de l'Algérie, les avocats du général Nezzar mesurent toute la difficulté de l'exercice qui consiste à prouver que l'ANP n'est "pas une armée de barbares", pour reprendre l'expression même du plaignant.Et ce ne sont pas les témoignages des personnalités citées par la partie plaignante qui allaient renverser le cours du procès. Ni Sid Ahmed Ghozali, ni Ali Haroun, ni Leïla Aslaoui, n'ont pu sauver la face. Pis, ils ont donné du grain à moudre à une défense, trop heureuse d'enfoncer le clou en fustigeant les multiples contradictions des intervenants. Ils étaient partis défendre un général, une armée et un pays, ils se sont empêtrés dans l'inextricable complexité du pouvoir algérien. Quelle suprême humiliation que de devoir entendre l'avocat de Souaïdia traiter Ghozali, Haroun et Aslaoui respectivement de "fou du roi", "laquais du pouvoir " et d'"âme damnée du général Nezzar" ! Dernière coquetterie de la défense, le témoignage inattendu mais savamment planifié de Hocine Aït Ahmed, président du FFS, venu solder ses comptes avec les généraux, après avoir traité, la veille, sur le plateau de la chaîne El Djazira, Nezzar de "criminel". Un procès retentissant, c'est aussi une bataille de communication. Maintenant que le procès s'est achevé sans que la Cour retienne une quelconque peine à l'encontre de l'accusé, que va-t-on retenir pour l'Histoire ? Peut-être une phrase, une seule phrase prononcée par l'avocat du général Khaled Nezzar.Dans un superbe élan théâtral, Me Farthouat donne le coup de grâce : "Si le général avait été un dictateur, il ne serait pas ici, mais à la tête de l'État algérien." Autrement dit...

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PROCÈS NEZZAR-SOUAÏDIA

Aït Ahmed défend le petit lieutenant

L'expression, 6 juillet 2002

Le leader du FFS a été cité comme témoin pour défendre Souaïdia contre Nezzar.

Le FFS était présent aux côtés du sous-lieutenant des forces spéciales de Beni Messous dès le premier jour du procès. En effet, la citation à la barre par les avocats de la défense, de José Garçon, considéré comme un proche d'Aït Ahmed, de Nacéra Dutour, présidente de SOS-Disparus, connu pour ses relations étroites avec la direction du FFS, de Salima Ghozali, membre du fameux cabinet noir du parti d'Aït Ahmed, de Yous Nasrallah auteur du livre polémique Qui a tué à Bentalha?, militant actif du Front des forces socialistes et enfin la présence inattendue du président du FFS, ainsi que celle de Ahmed Djeddaï, en tant qu'observateur, aux côtés de quelques militants venus, eux aussi, d'Alger conforter cette thèse développée par Souaïdia. Ce parrainage du FFS est, par ailleurs, exprimé sur un ton à peine voilé par l'accusé Habib Souaïdia qui revendique l'envoi d'une commission internationale en Algérie pour enquêter sur les exactions et les dépassements de certains éléments de l'armée.
Durant plus d'une heure, M. Hocine Aït Ahmed n'a cessé de dénoncer l'intrusion de ce qu'il qualifie de coup d'Etat militaire qui se cacherait derrière une façade démocratique. "On a créé 60 partis pour amuser la galerie pour faire croire à l'existence d'une démocratie", a indiqué Aït Ahmed qui a précisé qu'il avait cru à une ouverture démocratique, mais qui, finalement, n'a servi que de tremplin au système pour rebondir.
Moment historique et anecdotique: le général Nezzar s'est levé pour répondre "face à face" à Aït Ahmed, lui indiquant qu'il respectait sa vision et qu'ils avaient une différente interprétation de la situation politique. Aït Ahmed d'une arrogance infinie regarde le général et lui répond: "L'écart qu'il y a entre vous et moi, c'est un fleuve de sang." Nacéra Dutour, quant à elle, s'est adressée à Nezzar, lui demandant de lui rendre les milliers de personnes qui ont disparu depui 1994. La défense de Souaïdia a tiré de ses témoins le maximum de déclarations accablant le général Nezzar. Les avocats de Souaïdia ont usé de tous les stratagèmes pour descendre en flammes les témoins haut de gamme cités par la partie civile. C'est ainsi que devant une assistance médusée Me Comte a qualifié l'ancien Chef du gouvernement Ghozali de "marionnette des militaires", Boudjedra de "bouffon du roi" et Nezzar d'un mandataire de quarteron des généraux d'Alger.

Pour les avocats de la partie civile, Mes Bernard Gorny et Ferhat ont insisté sur le danger islamiste et la nécessité d'arrêter le processus électoral. A ce propos, les avocats de Nezzar insistent: "Si l'Armée n'avait pas combattu le FIS, l'Etat algérien n'aurait pas existé aujourd'hui." La partie civile voulait faire allusion à l'alliance entre le FIS et le FFS.
Quant au procureur, son intervention a été inscrite dans une ligne purement impartiale puisqu'elle avait estimé que la jurisprudence n'exigeait pas de prendre dans le propos et que l'émission de la Cinquième, centre du procès, est un débat d'idées démocratiques et que, par conséquent, la liberté d'expression doit être impérativement respectée.
Une conclusion sur un procès qui en dit long sur les conséquences médiatiques et politiques d'une affaire qui a confronté le FFS et Nezzar et qui a lavé le linge sale algérien dans une bassine française. Verdict le 27 septembre 2002 à 13 heures.

Salim AGGAR

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Jugement mis en délibéré pour le procès de Souadia

APS (Alger), 6 juillet 2002

Paris - Dans le procès en diffamation intenté par le général-major à la retraite, Khaled Nezzar, à Souadia, qui s'est achevé vendredi à Paris, le jugement a été mis en délibéré par le président de la 17eme chambre du tribunal correctionnel de Paris.Le président du tribunal, M. Stephan a indiqué au terme des plaidoiries des avocats de la défense que le jugement sera prononcé le 27 septembre prochain.
Les avocats de la partie civile Me Jean-Rene Farthouat et Me Gorni ont calmement démonté tout l'argumentaire de Souadia et ont mis en relief les multiples contradictions, mensonges, contre-vérités, approximations et ragots qu'il rapporte aussi bien dans le livre écrit par d'autres sous sa signature que celles qui a avance devant le tribunal.

Me Farthouat a rappelle le témoignage du journaliste Mohammed Sifaoui, auteur d'une première version du livre qui été réécrite, introduisant des manipulations incluses par l'éditeur Geze, grand "manipulateur" ont relevé que tous les passages ayant trait aux crimes des islamistes ont été soigneusement gommes.

Pour l'un des avocats de la défense, Souadia est "un mythomane" amené en France pour régler des comptes et faire le jeu de ceux qui développait la thèse du "qui tue qui", dont les chauds partisans se sont succédés a la barre pour accabler l'état algérien, blanchissant par la même le terrorisme.

Me Farthouat, a d'ailleurs relevé l'apport en ce sens de Hocine Ait Ahmed et son apparition "théâtrale" devant le tribunal jeudi pour reprendre ses litanies sur l'arrêt du processus électoral, mais aussi les contre vérités qu'il a soutenues allant jusqu'à dire que son parti avait organise une grande manifestation a Alger pour s'opposer a l'arrêt du processus électoral.

Omar Lounis, ancien responsable du comité national de sauvegarde de l'Algérie avait rappelle devant le tribunal qu'il avait été l'un des organisateurs de cette manifestation, a laquelle tous les algériens ont adhéré pour revendiquer l'arrêt de l'aventure et du processus électoral.

Leila Aslaoui, a également témoigne dans le même sens rétablissant la vérité historique, avant de relever que tous les partisans de San Egidio s'étaient mobilises pour Souadia.

Jusqu'au leader du Ffs qui a comparé Souadia aux militants de l'OS (organisation spéciale) mise en place par Boudiaf et les pères de la révolution algérienne.

Dans ce procès qui est devenu celui de l'arrêt du processus électoral, comme si ce débat avait encore sa place en Algérie ou ailleurs, a fait observer l'un des conseils algériens du général Nezzar, toutes les contre-vérités étaient bonnes à prendre.

Comme ces deux hauts responsables algériens du secteur économique, "exilés" en France qui sont venus faire le procès d'une politique dont ils ont pourtant été les acteurs et qui se qualifient eux mêmes de "réformateurs".

L'un des avocats de M. Nezzar a résumé en une belle formule la stratégie de la défense et de ses témoins en déclarant que le débat autour du "qui tu qui" - lancé en France et notamment par une journaliste acharnée dans sa haine contre l'Algérie- est une "invention diabolique".

"Si les deux tours jumelles de New York étaient à Alger ont auraient dit que leur chute est le fait de l'armée algérienne", a souligne plein d'humour Me Farthouat.

Il a également rendu hommage à l'action du général-major Khaled Nezzar, "un homme intègre", a-t-il dit et à celui de l'armée algérienne, sans laquelle "l'état algérien n'existerait plus", a-t-il affirmé. Il a rappelé également que l'armée algérienne n'est pas une armée de mercenaires composée a près de 70 pc d'appelés, qui peuvent témoigner mieux que quiconque sur la réalité barbare du terrorisme intégriste.

A la reprise de l'audience, le procureur du tribunal Mme Béatrice Angelelli, a relevé la coïncidence du procès avec le 40eme anniversaire de l'indépendance de l'Algérie en estimant que l'on demande au tribunal de "juger l'histoire contemporaine de l'Algérie".

"Il n'appartient pas a ce tribunal de faire l'histoire ou d'y contribuer", a-t-elle ajouté avant de reprendre la formule du général Nezzar: "l'histoire jugera".

Le procureur qui n'a requis aucune peine contre Souadia pour ces propos jugés diffamatoires par le général Nezzar, tenus sur la chaîne de télévision la 5e en mai 2001, a implicitement admis "la bonne foi" du prévenu qui ne tombe pas sous la juridiction en matière de diffamation relative aux journalistes.

Enfin, les avocats de la défense et en particulier Me William Bourdon, qui lors de sa plaidoirie a frôlé l'hystérie, a défendu bec et ongle son protégé Souadia, allant jusqu'à l'insulte à l'égard de Mme Aslaoui, "indigne, selon lui, du titre de magistrat", de MM. Ali Haroun et Ghozali qu'il a qualifié de "supplétif" du pouvoir ou encore de M. Rezzag Bara qu'il a traité de "laquais".

M. Rezzag Bara avait révélé devant le tribunal que Bourdon avait été secrétaire général de la Fidh (fédération internationale de défense des droits de l'homme).Il est également l'un des avocats de la Licra, connue pour ses positions hostiles à l'Algérie.

Tout au long de sa plaidoirie il a défendu l'islamisme et a pratiquement blanchi le terrorisme pour s'en prendre à l'état algérien et à ses institutions, comme s'il regrettait de voir un pays encore débout malgré la tragédie qu'il a subie. Une tragédie encore présente au moment ou Me bourdon développait impudemment ses arguments fallacieux, une bombe endeuillait à nouveau l'Algérie en ce 40eme anniversaire d'indépendance.

[Aps 06/07/02 14:45:25]

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AFFAIRE NEZZAR-SOUAIDIA

Procès de l'arrêt du processus électoral

El watan, 7 juillet 2002

L'arrêt du processus électoral a été un thème récurrent du procès en diffamation (de lundi à vendredi) intenté par le général Nezzar à Habib Souaïdia, auteur de La sale guerre, pour des propos diffamatoires qu'ils a tenus dans une émission télévisée de la Cinquième. C'est sur cette question que la défense de Habib Souaïdia a construit son argumentaire, soit que l'interruption du processus électoral est à l'origine du terrorisme.
Aucune référence à l'intégrisme, au projet politique et idéologique nourri par le FIS alors. La partie civile, pour sa part, a fait valoir que "l'interruption du processus électoral a été une conséquence d'une situation insurrectionnelle du fait du FIS", que "cette interruption a eu lieu à la demande de larges couches de la société parce que l'issue du processus électoral menaçait directement les fondements et les valeurs de la République" et que le terrorisme islamiste ce point a été développé, entre autres, par Mme Leïla Aslaoui, qui, du temps où elle était magistrat dans les années 80, a eu à instruire des affaires impliquant des islamistes a fait son apparition bien des années auparavant. Le débat a été contradictoire, on a entendu des témoins, des arguments, des analyses sur deux thèses d'une réalité dramatique, voire tragique. "Le mérite de ce procès, c'est de nous permettre de dire ce que nous essayons de faire depuis 10 ans... La situation la plus injuste, c'est ce discours de désinformation qui met sur le même plan victimes et assassins, qui n'emploie pas le terme de terrorisme islamiste. L'islamisme n'est pas une opposition mais une idéologie et un projet de société..." "Je n'ai pas eu le luxe de compter les morts, je les enterre. Si on continue à se tromper de cible, on n'aura rien compris aux attentats du 11 septembre." "Le premier dossier que j'ai eu entre les mains en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports a été la fermeture des salles de sports dans les communes gérées par le FIS", a témoigné Leïla Aslaoui.

Solution à la turque

Aït Ahmed, et avant lui José Garçon, avant de déclarer l'un et l'autre qu'on aurait pu choisir une solution à la turque, ont avancé qu'il fallait poursuivre le processus électoral, "il y avait eu un sursaut, une mobilisation dans la société (José Garçon)". "Les élections étaient déjà gagnées par le FIS, relève l'avocat de la partie civile, le FIS avait remporté plus de 200 sièges, le FFS 25 et le FLN 18. Sur les 200 sièges qui restaient à pourvoir, le FIS était placé de telle manière qu'il était assuré d'une majorité relative sans problème. Quant à l'hypothèse d'un troisième tour (Aït Ahmed avait évoqué plus de 30 recours), je n'ai jamais cru que les démocraties reposeraient sur un troisième tour." Selon le leader du FFS : "Les législatives devaient se tenir en juin, le FIS était perdant du fait de la loi électorale et de notre présence dans la plupart des wilayas. Les champions de la manipulation, la SM et les chefs tribaux, ont convaincu les deux chefs du FIS de l'arrêt du processus électoral. D'où leur appel à l'élection présidentielle et à la grève générale. Hamrouche pouvait maîtriser la situation. Nous mêmes, on avait constitué des brigades pour que les commerçants ne soient pas obligés de fermer et pour que les étudiants puissent aller à l'université." "Je ne peux pas comprendre comment le FIS a perdu des élections législatives alors qu'il a gagné les élections communales et qu'il demande une élection présidentielle, comme l'affirme M. Aït Ahmed. L'explication ne tient pas la route", relève l'avocat de la partie civile, le bâtonnier Jean-René Farthouat. Leïla Aslaoui souligne que "le contrat de Rome, c'est l'application de la loi légitime. On nous dit que c'est la Constitution". Le premier secrétaire du FFS a dit dans une interview "nous étions fatigués, on a laissé passer". Il s'est ensuite retracté. Mais Anouar Haddam, dirigeant du FIS qui s'exprime librement aux Etat-Unis, lui a écrit dans une longue lettre dans laquelle il lui rappelle qu'ils étaient d'accord sur la charia. "Comment des démocrates peuvent-ils s'associer avec des gens qui veulent l'application de la charia." Dans un échange (lire encadré) Aït Ahmed, s'adressant à Khaled Nezzar, lui demande : "Pourquoi ne pas négocier une solution politique. Il faut éliminer les solutions inefficaces." La question des droits de l'homme, de la torture a été centrale. Des témoignages poignants de part et d'autre, traduisant la profondeur de la tragédie populaire. Cette question se doit d'être traitée dans toute sa complexité, dans sa globalité tant par les institutions nationales que par les organisations internationales des droits de l'homme. La raison d'être d'une ONG des droits de l'homme n'est-elle pas d'entendre toutes les violations des droits de l'homme, s'en tenir à la neutralité et se garder de toute lecture politique ? Pourquoi certaines victimes seraient-elles plus crédibles que d'autres, aussi effroyable qu'ait été le calvaire que les unes et les autres ont pu endurer ? Aussi grande leur douleur et celle de leurs proches ? Faut-il douter du témoignage de cette mère qui a perdu ses trois fils et qui, avant de s'effondrer, dit devant le tribunal : "Les assassins sont du quartier, ont été élevés avec nos enfants", ou de celui des deux sœurs qui ont raconté les affres de leur séquestration pendant neuf mois, leur viol.

Par Nadjia Bouzeghrane

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Aït Ahmed à Nezzar :

"Pourquoi ne pas négocier une solution politique ?"

El watan, 7 juillet 2002

Annoncé à la dernière minute "pour des raisons de sécurité", selon la défense de Souaïdia qui l'avait sollicité - raisons que la défense de la partie civile a trouvées inconvenantes et non convaincantes - Aït Ahmed, le président du FFS.

Après une longue déposition, le président du FFS a eu un échange avec le général Khaled Nezzar, à la demande de ce dernier qui avait demandé la parole. Khaled Nezzar : "J'ai un souvenir douloureux du 19 mars 1962. C'est dommage pour le CNRA qui, au lieu de ramener la clé pour ouvrir la porte, on est obligé de la défoncer. Vous avez une responsabilité. On étaient jeunes." "Entre 1985 et 1988, il y a eu un tremblement de terre. Je suis un militaire, ce n'est pas moi qui l'ai provoqué. J'ai fait mon possible pour l'arrêter. Les jeunes savent d'où vient le mal, pas de moi." (…) "Le FIS disait qu'il voulait le pouvoir avec le cercueil ou le fusil. Vous étiez venu me voir, nous-mêmes étions surpris par la démission de Chadli. Vous m'avez dit que c'était un coup d'Etat, je vous ai répondu que non, Chadli a voulu partir." (…) "Une chose nous sépare", affirme-t-il à l'adresse du leader du FFS. "Un fleuve de sang", le coupe ce dernier. Aït Ahmed : "Le 16 juin 1965, il y a eu un accord entre le FLN et le FFS. La presse nationale avait publié l'accord qui avait suscité un immense espoir. Trois jours après, c'était le coup d'Etat. Ceux qui ont négocié avec nos délégués sont venus me voir en prison pour me demander de dissoudre le FFS. Chaque fois qu'il y a une possibilité de changement, vous intervenez ; il y a une direction occulte qui s'impose et intervient. Après Rome, il y a eu un coup de force auprès de chaque parti. C'est un miracle que nous existons. C'est vous qui décidez de tout. Ce dont je suis fier, ce sont les deux ans de l'OS pour préparer la Révolution. J'ai failli craquer de pleurs quand j'ai rencontré Souaïdia pendant la préparation de son livre. Pour moi, c'est un cadre de l'OS, comme les 2000 cadres de l'OS. Il est là pour s'élever contre l'humiliation, l'injustice. N'ont-ils pas le droit de vivre ?"… "Au bout de deux ans à l'OS, nous sommes arrivés à définir les formes de lutte : on avait condamné le terrorisme. On avait passé en revue tout ce qui ne doit pas être fait. Après, on s'est dit qu'il faut former des cadres pour encadrer la population." (…) "Je vous interpelle comme citoyen, les Algériens ne sont pas des citoyens ni du temps de la France ni aujourd'hui pourquoi ne pas négocier une solution politique ? Il faut éliminer les solutions inefficaces."

Par N. B.

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Promotion d'officiers supérieurs de l'ANP

Le président Bouteflika remet des grades et des médailles

Jeune Independant, 7 juillet 2002

Le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, chef suprême des forces armées, a remis jeudi matin au siège du ministère de la Défense nationale des grades et médailles à des généraux-majors, généraux et colonels. Deux généraux ont été promus au grade de général-major, huit colonels au grade de général et un groupe d'officiers supérieurs ont été promus du grade de lieutenant-colonel au grade de colonel. Le président de la République a remis également des médailles d'honneur et des médailles d'ordre de mérite militaire à un autre groupe d'officiers ainsi que des médailles de l'Armée nationale populaire sans chevrons au personnel civil assimilé.
La cérémonie s'est déroulée en présence du général de corps d'armée, Mohamed Lamari, chef d'état-major de l'ANP, des commandants des forces terrestres, aériennes et navales, de la défense aérienne du territoire ainsi que le commandant de la Gendarmerie nationale. Etaient également présents à cette cérémonie, le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, les chefs de départements au ministère de la Défense et de l'état-major, les directeurs et chefs de service centraux au ministère ainsi que les chefs des bureaux états-majors de l'ANP.

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Procès Nezzar-Souaïdia

Les faits saillants

Le Matin, 7 juillet 2002

Lundi 1er juillet s'est ouvert au tribunal correctionnel de Paris le procès Nezzar contre Souaïdia. Le général de l'armée algérienne avait déposé une plainte en diffamation contre l'ex-sous-officier de l'ANP Habib Souaïdia pour les propos insultants tenus à son encontre, et à l'encontre de l'armée algérienne en général, lors d'une émission de la chaîne française La Cinquième.De notre correspondante à Paris, Naziha BenchicouLa plainte a également cité le directeur général de cette chaîne. Dès l'ouverture du procès, lundi dernier, l'opinion publique retiendra la partialité du juge qui laisse parler Souaïdia durant plus de quatre heures pour défendre la thèse de son brûlot La Sale Guerre : " Les généraux décident pour le pays depuis quinze ans, et cela fait quinze ans que nous n'avons plus de Président. Je ne peux pas pardonner à Massu et Aussaresses, comme je ne peux pardonner à Nezzar. Nezzar, de son côté, avait dû répondre à une multitude de questions qui lui ont été posées par le même Souaïdia, le président et les avocats des deux parties. Il dira à propos de l'arrêt du processus électoral : " C'est le peuple algérien qui a demandé l'arrêt du processus électoral, et l'armée n'a fait qu'exécuter. Nous savions que le deuxième tour des législatives serait l'afghanisation de l'Algérie. L'histoire jugera. Les directives que j'ai données sont celles d'un Etat de droit. " Les deux séances du mardi 2 juillet ont été consacrées à l'audition des témoins à charge de Nezzar, parmi eux, l'ancien Chef de gouvernement Sid- Ahmed Ghozali, Ali Haroun et Rezzag Barra. M. Ghozali, ancien Chef de gouvernement et principal acteur des législatives de 1991, reprendra, pour l'essentiel, les propos de son ancien ministre de la Défense " () Les militaires n'ont pas décidé de l'arrêt des législatives, c'est la société civile qui s'est trouvée face au danger islamiste. " Les témoins à décharge ont été l'historien Mohamed Harbi et M. Chouchane, ancien officier déserteur de l'ANP. M. Harbi dénoncera à la barre ce qu'il appelle " la militarisation du processus électoral ".Des familles des victimes du terrorisme ont également apporté leurs témoignages. La même journée a été consacrée à l'audition de Mme Leïla Aslaoui, magistrat et ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, témoin à charge de Nezzar. Jeudi, 4 juillet, c'est la surprise à l'audience. Hocine Aït Ahmed, le leader du FFS, partagera les thèses de Habib Souaïdia et accuse sans détour Nezzar. Vendredi, dernier jour du procès, l'audience commence par les plaidoiries des deux avocats de Nezzar : " La première victoire de ce procès, c'est qu'on en parle () C'est le général Nezzar qui a mené la lutte antiterroriste () M. Souaïdia a été condamné à vingt ans de prison par contumace pour avoir menacé les militaires à main armée, et avoir porté atteinte à leur honneur () L'assimilation du général Nezzar à Aussaresses et Massu n'est pas dans son contexte () M. Nezzar n'est pas un homme d'affaires, il ne sait pas en faire, et n'en fera jamais. " Le réquisitoire du procureur : " M. Le président, () Ce que vous avez à juger ce sont des propos et pas des faits eux-mêmes. " L'avocat de Souaïdia dira dans sa plaidoirie : " Ce que dit M. Souaïdia est vrai. Le général Nezzar n'est pas le sauveur de l'Algérie, comme il le dit, mais il en est le destructeur, on ne peut pas louer un faux sauveur, quelqu'un qui a mené la société dans le chaos. "N. B.

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Nezzar - Souaïdia

Les leçons d'un procès

Par Farid Alilat, Liberté, 7 juillet 2002

On ne lave pas son honneur et celui de l'armée algérienne en croisant le fer avec un soldat banni.Ce qui devait être un simple procès en diffamation, s'est transformé en réquisitoire contre l'armée algérienne. Le général Khaled Nezzar voulait laver son honneur et celui de l'ANP dans un tribunal parisien, il s'est retrouvé finalement à la place de l'accusé, contraignant son avocat, maître Farthouat à clore sa plaidoirie par cette supplique : "Ministre de la Défense, on fait de l'un des chefs militaires les plus prestigieux, du général Nezzar, un bouc émissaire parce que, à la demande des autorités, il a mené la lutte antiterroriste. Son but comme, celui de l'armée, c'était de protéger les populations".On croit rêver ! L'ancien ministre de la Défense algérien, victime de "propos diffamatoires" est obligé de justifier ses actes, voire prouver son patriotisme.C'est la grande leçon de ce procès en diffamation qui a opposé, pendant 5 jours, au tribunal de Paris, le général à la retraite Khaled Nezzar à l'ex-sous-officier Habib Souaïdia, auteur du livre La Sale Guerre. Parti laver l'opprobre et redorer l'image des militaires, Khaled Nezzar s'est vu malmené tant par les multiples accusations proférées à la cour que par les témoignages des témoins de la partie civile. Sans doute, la première erreur de ce procès est qu'il n'avait pas lieu d'être. Particulièrement, à la veille de la fête de l'Indépendance. Certes, il est légitime qu'un homme, se sentant blessé et offensé, recoure à la justice pour demander réparation. Mais en face du général, il y avait un ex-sous-lieutenant, algérien, réfugié politique en France, condamné par la justice de son pays à 20 ans de réclusion "pour atteinte à l'image de l'Algérie et de l'armée", un "militaire félon" ayant purgé une peine de prison de 4 ans pour vol avant d'être dégradé et rayé des effectifs de l'ANP.On ne lave pas son honneur et celui de l'armée algérienne en croisant le fer avec un soldat banni. Et de surcroît devant une juridiction française. Pour avoir bien connu l'hostilité de la presse française et d'un certain milieu politique français à l'égard de l'Algérie, les avocats du général Nezzar mesurent toute la difficulté de l'exercice qui consiste à prouver que l'ANP n'est "pas une armée de barbares", pour reprendre l'expression même du plaignant.Et ce ne sont pas les témoignages des personnalités citées par la partie plaignante qui allaient renverser le cours du procès. Ni Sid Ahmed Ghozali, ni Ali Haroun, ni Leïla Aslaoui, n'ont pu sauver la face. Pis, ils ont donné du grain à moudre à une défense, trop heureuse d'enfoncer le clou en fustigeant les multiples contradictions des intervenants. Ils étaient partis défendre un général, une armée et un pays, ils se sont empêtrés dans l'inextricable complexité du pouvoir algérien. Quelle suprême humiliation que de devoir entendre l'avocat de Souaïdia traiter Ghozali, Haroun et Aslaoui respectivement de "fou du roi", "laquais du pouvoir " et d'"âme damnée du général Nezzar" ! Dernière coquetterie de la défense, le témoignage inattendu mais savamment planifié de Hocine Aït Ahmed, président du FFS, venu solder ses comptes avec les généraux, après avoir traité, la veille, sur le plateau de la chaîne El Djazira, Nezzar de "criminel". Un procès retentissant, c'est aussi une bataille de communication. Maintenant que le procès s'est achevé sans que la Cour retienne une quelconque peine à l'encontre de l'accusé, que va-t-on retenir pour l'Histoire ? Peut-être une phrase, une seule phrase prononcée par l'avocat du général Khaled Nezzar.Dans un superbe élan théâtral, Me Farthouat donne le coup de grâce : "Si le général avait été un dictateur, il ne serait pas ici, mais à la tête de l'État algérien." Autrement dit...

   
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