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PROCÈS
NEZZAR-SOUAïDIA
Audition
des premiers témoins
El
Watan, 3 juillet 2002
Le premier
témoin du procès en diffamation introduit lundi par le général
à la retraite Khaled Nezzar contre l'ex-sous officier Habib Souaïdia
à être entendu par le tribunal correctionnel de Paris est
Sid Ahmed Ghozali. Cité par la partie civile, il a retracé
son parcours professionnel et a signifié d'emblée qu'il
n'a jamais eu que "l'Etat algérien comme patron". "Je
suis venu ici pour contribuer au rétablissement de l'image de mon
pays, et de l'honneur de l'ANP.
Je ne suis pas ici pour défendre un homme, il a les moyens de se
défendre lui-même s'il en était le cas. Je suis ici
pour parler de faits." "C'est faux de dire que le processus
électoral a été interrompu par les militaires. Il
s'agissait d'une décision des militaires, du gouvernement et de
la société civile d'un commun accord." "C'est
le Haut Conseil de sécurité, qui, sur la base de l'évolution
de la situation et de notre perception, a décidé de l'arrêt
du processus électoral." Il a ajouté qu'Ahmed Ben Bella
lui avait dit : "Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à
cette bête immonde." Il a souligné que bien que 60 %
des électeurs n'aient pas voté, les suffrages exprimés
pour le FIS avaient une signification, "un vomissement, un cri très
fort de rejet des Algériens de leurs conditions de vie, de la dégradation
de leur situation". Sid Ahmed Ghozali a rappelé que les violences
islamiques n'ont pas commencé avec l'interruption du processus
électoral en 1991, mais bien avant la légalisation du FIS
en 1989. "La stratégie des islamistes vise à exploiter
les situations de détresse, de frustration et de corruption qui
sont de la responsabilité du pouvoir en place, pour accéder
au pouvoir", a-t-il expliqué. Et pour cela, il faut "déstabiliser
l'armée, seul rempart" à l'islamisme. "L'Algérie
n'a jamais été un pays avec des militaires assoiffés
de pouvoir dictant des ordres à des civils. J'ai été
nommé par le chef de l'Etat. Je n'ai jamais été en
situation d'exécuter un ordre ni pour la nomination d'un ministre
ni pour quoi que ce soit."
Témoignages
Le témoignage de Ali Haroun ira dans le même sens. L'ancien
membre du HCE a expliqué comment cette instance collégiale
a été instituée dans le respect de la Constitution
après la démission du chef de l'Etat Chadli Bendjedid et
de la fin de la législature de l'APN. Mohamed Harbi a expliqué
comment dès 1957, après l'assassinat de Abane Ramdane, le
rapport entre le pouvoir militaire et le pouvoir politique a été
renversé au profit du premier. "Le processus historique algérien
a mené à la formation d'une armée ayant un Etat à
son service et non un Etat ayant une armée. Les fondateurs avaient
confondu la voie politique et la voie militaire." Mohamed Harbi a
ajouté qu'il a manifesté sans hésitation son opposition
à l'arrêt du processus électoral. "Je considérais
qu'il y avait suffisamment de ressources dans le pouvoir et la société
pour empêcher l'installation d'un Etat islamique." Il a aussi
indiqué qu'il avait été sollicité pour faire
partie du Conseil consultatif. "On m'a dit qu'il n'y a pas de problème,
le FIS est infiltré par la SM. On ne manipule pas un mouvement
de masse en colère." A la barre est appelé un témoin
de la défense de Souaïdia, l'ex-capitaine Ahmed Chouchène,
arrêté le 3 mars 1992 et condamné à 4 ans de
prison pour atteinte à la sûreté de l'Etat, aujourd'hui
réfugié à Londres et membre du MAOL. "Mon arrestation
était motivée par ma réputation dans les rangs des
troupes spéciales menaçant les missions que l'ANP allait
engager à partir de 1991." Il a rencontré à
trois reprises Saïd Makhloufi et Chebouti, en mai 1991, pour monter
des réseaux militaires et organiser des opérations de sabotage
contre l'ENTV et la Radio, a précisé le général
Nezzar. "Le capitaine Chouchène, je le connais, c'est un convaincu.
Je le respecte." L'ex-officier des forces aéroportées
ne dément pas. Il dit toutefois que les chefs islamistes évoqués
par le général Nezzar n'étaient pas recherchés,
ils étaient membres du FIS.
Missions
"Ces gens-là m'ont contacté, j'ai accepté de
discuter avec eux en tant que citoyens algériens. Je les ai convaincus
de ne prendre aucune initiative. Jusqu'à l'arrêt du processus
électoral. Avant moi, ils ont contacté d'autres officiers
et sous-officiers. Ma rencontre avec eux a stoppé l'opération
contre le commandement militaire." Il affirme que de hauts officiers
lui ont proposé de collaborer en assassinant des responsables islamistes.
"J'ai écrit une lettre au ministre de la Défense pour
dire mon désaccord avec les décisions de l'implication de
l'armée dans une confrontation avec la majorité du peuple
et collaborer avec tous les braves." Il y a eu également les
témoignages de Mohamed Sifaoui et Rezzag Bara, ancien président
de l'ONDH pour la partie civile, et Patrick Baudoin, ancien président
de la FIDH, pour la défense.
Par N. Bouzeghrane
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Ghozali
à la rescousse de Nezzar
"L'arrêt
du processus électoral ou la fin de l'Algérie"
Par Aït-Chaâlal
Mouloud, Le Jeune Independant, 3 juillet 2002
L'ancien chef
du gouvernement, Sid-Ahmed Ghozali, a affirmé que l'arrêt
du processus électoral de décembre 1991 était l'unique
parade pour sauver l'Algérie des griffes du Front islamique du
salut.
Appelé à
témoigner, hier, lors de la deuxième journée du procès
qui oppose, à Paris, le général à la retraite
Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, auteur de la sale guerre,
Ghozali a lancé : "laisser le pouvoir aux islamistes, c'était
la fin de l'Algérie", justifiant, ainsi, le coup de force
de janvier 1992 dont le général Nezzar revendique la paternité
.Ghozali, qui avait été maintenu à son poste de chef
du gouvernement après le démission forcée de Chadli
Bendjedid et la désignation de Mohamed Boudiaf à la tête
du haut comité d'Etat dans lequel Nezzar était membre, a
soutenu que "le FIS, avec la complicité d'un clan au pouvoir,
a manipulé les listes électorales et le scrutin ",
allusion au président Chadli qui se considérait nullement
inquiété par une prise du parlement par le FIS à
condition que ce dernier respecte les lois de la république.
Considéré comme un cacique du système pour avoir
été longtemps dans les rouages de l'Etat, Ghozali a estimé,
à la barre du tribunal correctionnel de Paris, que le résultat
du scrutin du premier tour des législatives constituait un "rejet
de tous ceux" que le peuple "considérait comme étant
responsables des difficultés dans lesquelles il était".
Dans son plaidoyer, Ghozali, qui a dû se retrouver, au lendemain
de la mort de Boudiaf et de sa démission du gouvernement pendant
près de six mois, ambassadeur non accrédité à
Paris, a ajouté que l'interruption du processus électoral
était une décision "des militaires, du gouvernement
et de la société civile d'un commun accord", en référence
au comité national de sauvegarde de l'Algérie initié
notamment par le secrétaire général de l'UGTA, Abdelhak
Benhamouda, assassiné en février 1997, et le leader du RCD,
Saïd Sadi, aujourd'hui virulent opposant au pouvoir.
De son coté,
le général Nezzar a justifié l'interruption des élections
de 1991 comme "une action de l'armée qui a eu pour but de
préserver l'ordre menacé par les islamistes [...]. Il fallait
éviter "l'Afghanisation" de l'Algérie, en un mot,
l'Etat taliban ", en référence à la milice islamiste
composée d'étudiants en théologie qui a pris le contrôle
de l'Afghanistan en 1996, mais inexistante en 1991. Nezzar poursuit en
justice Souaïdia pour des propos qu'il juge diffamatoires à
son égard tenus le 27 mai 2001 sur la chaîne la Cinquième
lors de l'émission "Droits d'auteur" consacrée
à l'Algérie. Il demande 15 000 euros de dommages et intérêts.
D'autre part, une nouvelle plainte pour tortures a été déposée
vendredi contre le général Nezzar par Mes William Bourdon
et Antoine Comte au nom de six plaignants qui l'accusent d'avoir couvert
de son autorité le recours à la torture après la
proclamation de l'état d'urgence en 1992.
Une plainte similaire avait été déposée par
les mêmes avocats au nom de trois plaignants l'an dernier au mois
d'avril, mais elle a été classée sans suite. A.-C.
M.
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2ème
jour du Procès Nezzar-Souaïdia
Ghozali,
Haroun, Baudouin et Chouchane témoignent
Par Merzak Meneceur, La tribune , 3 juillet 2002
Dans sa seconde journée,
le procès en diffamation intenté par Khaled Nezzar contre
Habib Souaïdia a pris de l'ampleur et de la dimension avec le passage
à la barre des premiers témoins cités par les deux
parties. Et c'est Sid Ahmed Ghozali qui a donné le ton au débat
contradictoire qui allait s'installer durant les deux séances du
jour de la 17ème Chambre du tribunal correctionnel de Paris. L'ancien
Premier ministre algérien a de suite indiqué que par son
témoignage au procès, il entendait "contribuer à
rétablir la vérité en ce qui concerne l'honneur de
l'ANP et [celui] de l'Algérie" qui, pour lui, "se confondent".
"Ma conviction profonde, a-t-il ajouté, est de rétablir
la vérité contre des assertions qui entrent dans le cadre
d'une stratégie de l'intégrisme qui, pour accéder
au pouvoir, table sur l'effondrement de l'Etat en utilisant la déstabilisation
de l'armée, seul rempart possible à ce projet." Rappelant
que l'intégrisme a usé de la violence bien avant l'interruption
du processus électoral en 1991, et sachant certainement que la
défense a choisi la tactique de focaliser le débat sur cet
événement, Sid Ahmed Ghozali l'a qualifié d'"acte
historique" qui a été décidé après
de mûres réflexions qui ont tenu compte des demandes de la
majorité des partis politiques du pays et de la société
civile. Il a révélé que même l'ancien président
Ahmed Ben Bella lui a déclaré qu'il ne faillait pas laisser
le pouvoir à "cette plaie qui monte". "On était,
a-t-il ajouté, dans une position dangereuse car ce n'était
pas seulement un simple changement de majorité. Notre conviction
était que laisser le pouvoir aux islamistes c'était la fin
de l'Algérie." Pour lui, il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat,
mais d'une réponse adéquate à une situation inédite
avec la fin de la législature et la démission du président
Chadli. En réponse à un avocat de la défense sur
la démission de ce dernier, Ghozali a déclaré qu'il
n'avait pas connaissance de pressions exercées contre lui mais
qu'il était très affecté et marqué par les
événements d'Octobre 88. "Depuis 1988, j'ai cru reconnaître
un président moralement démissionnaire", a encore déclaré
l'ancien Premier ministre. Le livre de Souaïdia ? "Je ne suis
pas venu témoigner contre Souaïdia qui est l'instrument d'une
opération médiatique et d'un matraquage qui ne date pas
de ce jour", a répondu Ghozali.C'est dans la même lignée
qu'est intervenu ensuite Ali Haroun. Pour l'ancien membre du HCE, l'ANP
a été "l'allié objectif" des démocrates
pour s'opposer ensemble aux "fous de Dieu".Après "les
ténors" de la politique, c'est un journaliste, Mohamed Sifaoui,
initialement co-auteur avec Souaïdia de la Salle Guerre qui passe
à la barre au début de la séance de l'après-midi.
L'ancien journaliste du Soir d'Algérie a d'emblée présenté
sa situation qui pourrait paraître atypique : un réfugié
politique opposé au régime algérien qui témoigne
en faveur d'un général algérien ! Il s'explique :
"Je pense que ce procès est d'une certaine gravité
pas contre Nezzar mais parce qu'il veut remettre en cause quelque chose
de fondamental : l'arrêt du processus électoral. J'ai toujours
combattu le système que représente Nezzar et je continuerai
à le combattre. Je veux dire à Nezzar que je tiens et j'assumerai
toujours cette position mais je tiens aussi à lui rendre hommage
d'avoir interrompu le processus électoral et évité
à l'Algérie d'être un nouvel Afghanistan."Pour
Sifaoui, le livre de Souaïdia n'a rien à voir avec le projet
initial. Il raconte leur parcours commun à Paris jusqu'à
la rencontre avec l'éditeur Gèze parce qu'après,
"ils ont travesti le manuscrit". Il donne des détails
sur "le vice" par lequel des modifications ont été
apportées au livre pour absoudre les islamistes et charger l'armée
algérienne.Place ensuite fut laissée aux témoins
de la partie adverse avec en premier lieu l'historien algérien
Mohamed Harbi. Avant d'indiquer qu'il était opposé à
l'arrêt du processus électoral "non sans hésitation",
il a donné en quelque sorte un cours d'histoire pour démontrer
que dès 1956, le pouvoir militaire avait pris le-dessus sur le
pouvoir politique avec l'assassinat de Abane Ramdane. Pour Harbi, tout
ce qui s'est passé ensuite n'est que la continuité d'un
rapport interrompu juste quelques années après l'indépendance.
Interrogé sur la montée de l'intégrisme, il a rappelé
que, "personnellement", il a expliqué à temps
que "la manipulation de la religion et de la langue pouvait amener
à des dérives dangereuses".Ensuite, l'avocat Me Patrick
Baudouin est intervenu en sa qualité d'ancien président
de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).
Le juriste a réitéré le contenu des rapports 1995
et 2000 de la FIDH qui sont nettement en défaveur du pouvoir algérien
sans apporter de faits nouveaux. En lui succédant, l'ancien capitaine
de l'ANP, Ahmed Chouchane, connu pour ses positions islamistes, a défendu
sa thèse qui consistait à éviter l'arrêt du
processus électoral mais sans se dévoiler politiquement.
Il fallait l'intervention de Nezzar pour savoir alors qu'il était
encore militaire, qu'il avait eu trois réunions avec des responsables
du FIS dissous au cours de l'année 1991 et qu'au départ,
il a été condamné par l'armée pour prosélytisme.
Enfin, qu'il avait reconnu être "un sympathisant du FIS et
pour un régime islamique". Chouchane a reconnu ces rencontres
mais en précisant que les personnes de l'ex-FIS n'étaient
pas encore recherchées et que ses visites étaient faites
en sa qualité de citoyen. Comme si un capitaine de n'importe quelle
armée du monde pouvait être un simple citoyen et nouer des
relations intimes avec un parti politique.La troisième journée
sera consacrée au passage à la barre d'autres témoins
des deux parties pour un procès qui prend assurément des
allures de plus en plus politiques, son objet, l'examen d'une citation
pour diffamation, devenant la toile de fond des séances.
M. M
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Le
procès Nezzar-Souaïdia se poursuit
Au deuxième
jour du procès Nezzar-Souaïdia, plusieurs témoins à
charge ont pris la parole. Sid-Ahmed Ghozali, Ali Haroun et Rezzag-Bara
ont ainsi été auditionnés.
Les
explications de Sid Ahmed Ghozali
De notre correspondante
à Paris, Naziha Benchicou, Le Matin, 3 juillet 2002
La deuxième
journée du procès, qui a débuté hier à
9 h 30, a été consacrée à l'audition de témoins
à charge du général à la retraite Khaled Nezzar,
en l'occurrence l'ancien Chef de gouvernement Sid-Ahmed Ghozali, qui a
présidé aux élections communales, et du premier tour
des législatives de 1991 Ali Haroun, membre du HCE, et Rezzag-Bara,
ex-président de l'Observatoire des droits de l'Homme. Les témoins
de Souaïdia : l'historien Mohammed Harbi, M. Chouchène, ancien
officier déserteur de l'ANP. La première intervention, la
plus attendue, est celle de Sid-Ahmed Ghozali qui, à l'instar de
Khaled Nezzar, durant l'ouverture du procès, a dû répondre
à des questions d'ordre politique de l'avocat de Souaïdia,
de Souaïdia lui-même autorisé par le président
et de l'avocat de Nezzar.
Sid-Ahmed Ghozali
: " Pourquoi j'ai été nommé Chef de gouvernement
"
D'emblée, l'ancien Chef de gouvernement, acteur principal des législatives
de 1991, justifie sa nomination en tant que Chef de gouvernement sa relation
avec le général Nezzar et l'arrestation de Abassi Madani
et de Ali Benhadj. Sur sa nomination, il répondra à l'avocat
de Nezzar : " On m'a imposé d'accepter la mission de Chef
de gouvernement alors que j'étais à l'extérieur du
pays, et j'ai été amené à avoir des relations
avec l'armée en tant qu'institution et individu. Mais c'étaient
des relations fonctionnelles et patriotiques et non de clans. " Les
questions de l'avocat de Souaïdia acculent Si-Ahmed Ghozali sur des
faits précis. Sur l'arrêt du processus électoral,
il dira, à l'instar de Nezzar : " Le gouvernement est l'armée.
Je réfute que dans le pays, il n'y a que l'armée et le peuple.
Les militaires n'ont pas décidé de l'arrêt du processus
électoral. C'est la société civile qui s'est trouvée
face au danger islamiste. " Il a souligné que sa " conviction
profonde est de rétablir la vérité contre des assertions
qui entrent dans le cadre d'une stratégie de l'intégrisme
qui, pour accéder au Pouvoir, table sur l'effondrement de l'Etat
en utilisant la déstabilisation de l'armée, seul rempart
possible à ce projet ". Il ajoute que l'ex-FIS a cherché
précisément à " déstabiliser l'armée
en s'attaquant à Khaled Nezzar, l'homme qui a incarné et
continue d'incarner les vraies valeurs de l'ANP ".
" Des élections
propres et honnêtes "
Mais sur cette question précise, deux points paraissent contradictoires
dans ses propos. Tout en insistant sur le fait que " le FIS a manipulé
les listes électorales des législatives ", il rappellera
: " J'avais dit à la presse qu'elles (les législatives)
étaient propres et honnêtes " Mea culpa ? Autocritique
? En tout cas, c'est sur la défensive et la justification que l'audition
de Sid-Ahmed Ghozali se poursuivra. A la question de l'avocat de Souaïdia
de savoir quelle était " la réalité du Pouvoir
" au moment de ses fonctions, des centres de détention, voire
d'extermination, Ghozali rétorque : " Je suis là pour
vous éclairer sur des faits vécus, pas sur des états
d'âme. Je n'ai pas à répondre à ces questions.
" Interrogé sur le livre de Souaïdia, M. Ghozali a tout
d'abord déclaré qu'il n'était pas venu témoigner
contre Souaïdia, qui est, selon lui, " l'instrument d'une opération
médiatique et d'un matraquage qui ne date pas de ce jour ".
Souaïdia
intervient
Souaïdia, après avoir obtenu l'accord du président,
intervient et pose cette question : " Qui était votre ministre
de l'Intérieur ? " Ghozali n'esquive pas la réponse
telle qu'attendue probablement par Souaïdia : " C'était
Rahal, ancien ministre, ensuite j'ai nommé Belkheir. " Pouvez-vous
donner sa biographie ? Et Ghozali de répondre : " On ne parle
pas des absents. " Et il quitte la barre. L'intervention de M. Chouchène
faite en arabe, témoin à charge de Souaïdia, fera réagir
le général Nezzar : " C'est par mon intervention, dira
Chouchène, que Nezzar a échappé à un attentat.
"
Harbi : "
C'est une militarisation du processus électoral "
Quant à l'historien Harbi, il se contentera d'expliquer "
la militarisation du processus électoral ". Appelé
à son tour à témoigner à la suite de M. Ghozali,
Ali Haroun, ancien ministre des Droits de l'Homme puis membre du Haut-Comité
d'Etat (HCE), a abondé dans le même sens en rendant hommage
à l'action de l'ANP qui a été, selon lui, "
l'alliée objective " des démocrates, en s'opposant
avec eux et avec l'ensemble des composantes de la société
algérienne au projet islamiste des " fous de Dieu ".
M. Ghozali a rappelé que le terrorisme a débuté en
Algérie bien avant 1992, avec des actions ciblées contre
l'armée, puis s'est étendu aux massacres de populations
que l'on voulait terroriser pour les forcer à accepter l'intégrisme,
en accusant l'armée d'être l'auteur des massacres, tout en
s'attribuant la paternité de l'horreur et du crime. " On a
voulu occulter totalement le phénomène islamiste, qui est
la plus grande idéologie totalitaire du siècle ", a
encore dit M. Ghozali, tout en rappelant qu'il est un musulman profondément
croyant.
Le président
: " Evitez la redondance "
Revenant sur l'interruption du processus électoral qu'il a pleinement
justifiée pour éviter à l'Algérie une catastrophe,
il l'a qualifiée d'" acte historique ". Suite à
des questions " informatives " de l'avocat de Souaïdia
sur le nombre de disparus, de morts attribués à l'interruption
du processus électoral, Ali Haroun n'aura pas de réponse
telle qu'attendu. Le président de la cour ainsi que l'avocat de
Souaïdia interviennent, invitent les témoins de Khaled Nezzar
" à ne pas faire de redondance, à être plus convaincants
et à donner des réponses objectives, strictes et claires
". Cette réaction du président de la cour donne le
ton à une troisième journée d'un procès qui
transforme la plainte déposée contre Souaïdia par Khaled
Nezzar en prétexte juridique pour devenir le procès de tous
les acteurs des décideurs algériens avant, pendant et après
le processus électoral de 1991.
N. B
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GHOZALI
AU PROCES NEZZAR-SOUÎDIA
"Je
n'ai pas voulu être le Chapour Bakhtiar de l'Algérie"
Le Soir d"Algerie,
3 juillet 2002
Au deuxième
jour du procès en diffamation intenté par le général
à la retraite Khaled Nezzar à Paris contre l'auteur de la
Sale Guerre, le militaire Habib Souaïdia, l'ancien Premier ministre
Sid-Ahmed Ghozali, appelé à la barre, a justifié
l'interruption du processus électoral en 1992, refusant d'être
"le Chapour Bakhtiar de l'Algérie". Chérif Bennaceur-
Alger (Le Soir) - Invité à témoigner par le plaignant,
l'ancien Premier ministre a déclaré, hier à la barre
du tribunal correctionnel de Paris, que son témoignage visait à
"contribuer à rétablir la vérité en ce
qui concerne l'honneur de l'ANP et de l'Algérie qui se confondent".
Toutefois, il a déclaré ne pas être venu témoigner
contre Souaïdia qui est, selon lui, "l'instrument d'une opération
médiatique et d'un matraquage qui ne date pas de ce jour".
A ce titre, il a souligné que "sa conviction profonde est
de rétablir la vérité contre des assertions qui entrent
dans le cadre d'une stratégie de l'intégrisme". Sid-
Ahmed Ghozali a aussi exprimé sa conviction que "laisser le
pouvoir aux islamistes, c'était laisser tomber l'Algérie".
A ce propos, il a estimé que l'armée algérienne était
"le seul rempart contre l'obscurantisme" et que l'Algérie
"n'est pas une république bananière avec, d'un côté,
des militaires assoiffés de sang et, de l'autre, des civils obéissants".
Démentant les accusations portées contre l'armée
et formulées par Habib Souaïdia, Ghozali a considéré
que cette thèse est "une invention des islamistes". Et
de préciser, en justifiant l'interruption du processus électoral,
que "la stratégie de l'islamisme, c'est de s'emparer du pouvoir
sur la base de l'effondrement de l'Etat en passant par la déstabilisation
de l'armée". "On était dans une position dangereuse
car ce n'était pas seulement un simple changement de majorité.
Le FIS, avec la complicité d'un clan au pouvoir, a manipulé
les listes électorales et le scrutin", a-t-il souligné
par ailleurs. Interrogé sur la démission du Président
Chadli Bendjedid, l'ancien Premier ministre a déclaré qu'il
n'avait aucune connaissance de pressions exercées sur lui pour
le pousser à partir. Cependant, connaissant son "état
d'esprit", il l'avait trouvé "très atteint par
les évènements d'octobre 1988". "Depuis 1988,
j'ai cru reconnaître un Président qui était moralement
démissionnaire." De même, il a déclaré
que l'intervention des militaires avait bénéficié
d'"un consensus très large de la société civile
et des milieux politiques". Une décision qui aurait bénéficié
aussi du soutien de l'ancien président de la République,
Ahmed Ben Bella, qui lui aurait dit à ce moment : "Mon fils,
tu ne vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde".
L'audition publique de l'ancien Premier ministre a été suivie
par celle de l'ancien ministre des droits de l'homme, M. Ali Haroun, qui
a déclaré avoir pris conscience du danger islamiste et qui
a décidé d'assumer "(ses) responsabilités et
(de) participer au gouvernement Ghozali, pour créer un précédent".
C.B./Agences
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SID-AHMED
GHOZALI AU PROCES NEZZAR-SOUAIDIA
"Nous
avons sauvé l'Algérie"
L'Expression,
3 juillet 2002
C'est un véritable
procès de l'Algérie qui est en train de se tenir à
la 17e Chambre correctionnelle de Paris.
Le procès en diffamation intenté par Khaled Nezzar à
Habib Souaïdia se transforme peu à peu en procès politique
contre l'Etat algérien entre l'arrêt du processus électoral
de 1991 et la sortie du livre La sale guerre.
La deuxième journée du procès a vu l'entrée
en scène de deux anciens hauts responsables, le Chef du gouvernement
sous Boudiaf, Sid Ahmed Ghozali, et l'ex-compagnon du général
Nezzar au HCE, Ali Haroun. SAG s'est présenté peu avant
10h devant le président de la cour pour dédouaner "l'armée
et Nezzar des accusations portées contre eux par Habib Souaïdia".
M.Ghozali, qui a affirmé qu'il n'est pas venu témoigner
contre Souaïdia, qualifié de "simple instrument dans
un grand complot qui le dépasse", a souligné qu'il
a lu attentivement son livre et sur les 200 pages de l'essai, il n'en
a retenu que 20 qui attaquaient le général Nezzar. "Le
reste n'était que des considérations politiques dictées
ailleurs pour favoriser la théorie du ''qui tue qui'' ?".
Appelé à s'expliquer par l'avocat de la défense,
Me Comte, sur les quatre décrets qu'il avait signés en tant
que Chef du gouvernement et qui, selon lui, "ouvraient la voie à
l'arbitraire avec notamment la création de centre d'internement
dans le Sud, les assignations à résidence, la création
de l'état d'urgence...et les arrestations arbitraires", Ghozali
a répondu avec calme que "c'est une décision politique
qui s'est inscrite en droite ligne avec la Constitution et que ce ne sont
pas des décrets arbitraires".
L'ancien Premier ministre a évoqué l'épisode de sa
rencontre avec les chouyoukh du FIS où il a leur précisé
qu'il n'était pas là pour détruire le FIS, mais s'ils
continuaient à alimenter la violence et l'intégrisme, leur
parti sera dissous. La défense de Souaïdia, habilement dirigée
par Me Comte, demande alors à SAG, devant l'étonnement général,
ce qu'il pense du fait que la lettre de démission de Chadli était
rédigée par le général Touati et Ali Haroun.
Surpris par la question, Ghozali précise qu'il était un
commis de l'Etat et qu'il lui arrivait de rédiger des lettres à
Chadli et à Boumediene.
Me Comte tente alors de jouer sur le passé de Ghozali et de prouver
qu'il avait des divergences avec le pouvoir.
Maître Comte: "l'Etat algérien ne repecte pas les lois.
Cette déclaration vous l'avez faite dans un quotidien algérois,
vous maintenez votre déclaration".
Ghozali: " C'est une appréciation faite sur la base d'une
position politique, mais je reste convaincu que depuis 1999 il y a une
dérive de mon pays." Acculé par les questions dérangeantes,
Ghozali perd patience et demande s'il était là en tant que
témoin ou accusé.
C'est alors que Souaïdia, déterminé, se lève
et interroge l'ex-Chef du gouvernement. "Où était votre
ministre de l'Intérieur?" Ghozali répond avec un calme
exemplaire. "C'était Abdelatif Rahal qui était mon
ministre de l'Intérieur, un vrai diplomate qui avait derrière
lui une grande carrière." Non content de la réponse,
Souaïdia poursuit en demandant de citer son parcours. Intervient
alors la défense de Nezzar qui précise que ce n'est pas
l'objet du procès, invitant Ghozali à conclure son témoignage.
L'ancien membre du HCE, M.Ali Haroun arrive pour apporter son soutien
à Nezzar: "C'est un procès d'abord pour défendre
l'honneur de l'Armée et Nezzar en tant que personne et en tant
qu'ancien chef de l'institution de l'armée, qui est de surcroît
la colonne vertébrale du pays. Donc, instinctivement, c'est le
pays qui est défendu." Avant d'entrer dans le vif du sujet,
Haroun précise qu'il était opposé au système
depuis 1963 jusqu'à 1991. L'ancien avocat poursuit sa critique
en dénonçant "le charlatanisme politico-religieux du
FIS". L'ex-ministre des Droits de l'Homme sous le gouvernement Ghozali
a tenté de prendre ses distances par rapport aux centres d'internement
du Sud. Les avocats de la défense ont fini d'enfoncer le clou en
lui faisant dire qu'il avait libéré les 4500 détenus
islamistes dont certains étaient venus le voir pour le remercier.
L'intervention la plus remarquée, mais aussi la plus controversée,
est venue de Sifaoui qui a demandé qu'on lui explique "comment
un réfugié politique se retrouve devant le tribunal pour
défendre un général". Il a tenu à rendre
"hommage au général Nezzar pour avoir arrêté
le processus électoral de 1991 et d'avoir évité à
l'Algérie un autre Afghanistan". Sifaoui, ancien journaliste,
a tenté tout au long de son intervention de discréditer
Souaïdia en le qualifiant de "mythomane professionnel"
et Gèze de "manipulateur". Il a tenté de se laver
de toutes "les accusations de collaboration avec les services aussi
bien algériens qu'étrangers". Il explique, avec force
détails, l'épisode où "Souaïdia a rencontré
en sa présence un agent de la DST qui lui avait proposé
de travailler pour ses services contre un appartement et de l'argent".
Souaïdia se lève pour démentir toutes ces accusations
en s'interrogeant: "Comment le colonel Philippe connaissait-il le
numéro de portable de Sifaoui?"
Interrogé au sujet du journaliste exilé, l'historien algérien
Mohamed Harbi précise qu' "il fallait être naïf
pour croire que Sifaoui était journaliste". Ce dernier surgit
du fond de la salle et demande à prouver ses accusations.
Mohamed Harbi qui s'exprime en défaveur du général
Khaled Nezzar précise à la cour qu' "il y a une militarisation
du politique depuis 56, date de l'assassinat d'un dirigeant politique
en l'occurrence Abane Ramdane". Harbi n'hésite pas à
dire que "la presse demeure le secteur le plus infiltré par
la SM et qu'en l'occurrence, elle demeure le meilleur allié de
l'armée".
Harbi termine son témoignage en précisant qu'il a été
le dernier exilé à recevoir son passeport.
Le procès se poursuivra aujourd'hui avec de nouveaux témoignages
aussi gênants qu'enrichissants pour l'Algérie.
Salim AGGAR
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SOUS
LE PRISME DES MEDIAS ETRANGERS
Un
sale procès pour "La sale guerre"
L'Expression,
3 juillet 2002
Les médias,
toutes tendances confondues, assimilent la plainte de Nezzar à
celle de l'armée algérienne.
Comme il fallait s'y attendre, le procès Nezzar-Souaïdia se
déroule à deux niveaux différents. Le niveau médiatique,
comme de juste, se taille la part du lion, puisque côté juridique
les enjeux ne sont guère à la mesure des peines encourues
par l'accusé, officier transfuge de l'armée algérienne,
condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la
justice algérienne et radié des rangs de l'ANP.
C'est sur le plan médiatique, donc, que la bataille s'annonce la
plus rude, qu'elle risque même d'être décisive. Il
est vrai, ce disant, que les choses ne sont plus ce qu'elles étaient.
Le recul très net des socialistes, connus pour être très
proches des thèses islamistes et du "Qui tue qui?", a
sensiblement réduit les marges de manoeuvres des partisans du retour
au processus électoral de 92. Si la droite a d'autres chats à
fouetter et n'est pas particulièrement intéressée
par le contrôle de ce qui se passe en Algérie, la gauche,
elle, connaît une véritable débandade qui la place
à mille lieues de ses anciennes préoccupations et de ses
anciennes amours comme n'a pas manqué de le souligner, non sans
amertume, le leader du FFS, Hocine Aït Ahmed. Sans ces facteurs,
particulièrement favorables au plaignant, le traitement médiatique
aurait été autrement plus mis en valeur. Aucun journal,
en effet, n'a accordé hier son ouverture au procès, préférant
le faire sur la "démission" de Messier, et la collision
aérienne qui a eu lieu entre deux avions au-dessus du sol allemand.
Des articles particulièrement "orientés" n'en
ont pas moins été faits. L'information brute, objective,
n'occupe que très peu de place dans la plupart de ces articles.
Un cachet politique très clair est collé au procès
alors que Nezzar ne mène bataille que pour une simple histoire
de diffamation. Ces orientations sonnent tellement faux que cette même
justice et ces mêmes médias avaient trouvé le moyen
de juger et de condamner le tortionnaire Aussaresses de "délit
de presse" alors qu'il reconnaissait avoir torturé et assassiné
durant la guerre de Libération nationale sous la bénédiction
et la protection de l'armée française et du pouvoir politique
de l'époque. Des journaux tels que Libération, Le Monde
ou même Le Figaro, particulièrement acquis aux thèses
de la droite, ont sous-entendu que Khaled Nezzar défend l'honneur
de toute l'armée algérienne à travers ce procès.
Les médias, il faut le craindre, ont donné une orientation
de mauvais aloi aux débats. Après un Nezzar qui a affirmé
être là "au nom de l'armée, du peuple et du pays"
alors que seul le Président de la République a les prérogatives
constitutionnelles pour agir et s'exprimer de la sorte, le témoignage,
hier, de Sidi-Ahmed Ghozali a contribué à enfoncer les débats
plus encore dans ces sentiers particulièrement dangereux et glissants.
Il s'est, en effet, aventuré sur le terrain politique, tentant
d'expliquer les raisons de l'interruption du processus électoral
en 92 alors que le propos n'a rien à voir avec cette question.
Une aubaine pour les médias proches des thèses des socialistes
et des ONG particulièrement hostiles à l'Etat algérien.
Diplomate de carrière et ancien Premier ministre, Ghozali ne doit
forcément pas ignorer que ses propos constituent la perche tant
attendues par certaines puissances étrangères afin de s'ingérer
dans les affaires internes de l'Algérie. Son témoignage,
concernant des faits précis, devait se borner à affirmer
que tant qu'il était Chef du gouvernement, entre 92 et 93, l'ancien
ministre de la Défense et membre du HCE n'a jamais torturé,
assassiné ou déporté des gens. Ces médias,
qui doivent déjà se lécher les babines, ne manqueront
pas d'en faire les gorges chaudes dans leurs prochaines éditions
en attendant, comme de juste, les témoignages pathétiques,
politiques et instigateurs des partisans de la défense. Ces derniers,
en effet, alimenteront jusqu'à l'overdose leurs "amis"
et feront même oublier à l'opinion ce pourquoi le procès
a été convoqué.
C'est ce genre de dérives verbales qui font dire à des observateurs
avertis que "le procès n'avait pas lieu de se faire dans un
pays étranger, qui plus est en France, et à une date aussi
symbolique que le 5 juillet".
Ali OUSSI
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Ghozali
au procès Nezzar-Souaïdia :
"L'arrêt
du processus électoral est un acte historique"
Liberté,
3 juillet 2002
L'ancien Premier
ministre a justifié sa présence au tribunal par sa volonté
de restaurer la vérité sur "l'honneur de l'ANP et de
l'Algérie."
La crise algérienne s'invite au tribunal correctionnel de Paris.
La deuxième journée du procès en diffamation qui
oppose l'ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, au sous-officier
Habib Souaïdia a été marquée par un principal
témoignage : celui de Sid-Ahmed Ghozali. Appelé à
la barre, I'ancien Premier ministre sous la brève période
de Mohamed Boudiaf délivre un discours politique. Il a d'abord
justifié sa présence au tribunal par sa volonté de
restaurer la vérité sur "I'honneur de l'ANP et de l'Algérie".
Devant une assistance scotchée à ses propos, Ghozali affirme
que sa "conviction profonde est de rétablir la vérité
contre des assertions qui entrent dans le cadre d'une stratégie
de l'intégrisme qui, pour accéder au pouvoir, table sur
l'effondrement de l'État, en utilisant la déstabilisation
de l'armée, seul rempart possible à ce projet". Son
intervention se focalise alors sur I'arrêt du processus électoral
en janvier 1992, dont l'évocation par Habib Souaïdia, lors
d'une émission sur la Cinquième, a fait sortir Khaled Nezzar
de ses gonds. La rupture du processus est "un acte historique",
justifie celui qui était chargé par Chadli Bendjedid, en
juin 1991, d'organiser des élections législatives "propres
et honnêtes". Suite au raz de marée du FIS dissous,
les autorités algériennes décidèrent alors
d'annuler le deuxième tour avec, à la clé, la "démission"
du président Chadli. Pourquoi une telle décision qui devrait
faire basculer l'Algérie dans la violence ? Sid-Ahmed Ghozali est
clair : "Notre conviction était que laisser le pouvoir aux
islamistes, c'était laisser tomber l'Algérie." Le 12
janvier 1992, alors que le FIS était aux portes du pouvoir, I'armée
oblige le Président à remettre sa démission. À
ce propos, I'ex-Chef du gouvernement affirme que la décision était
"mûrement réfléchie", décidée
à la suite des demandes pressantes de la société
civile et de la majorité des partis politiques qui étaient
venus le voir. Interrogé sur la démission du Président,
Ghozali écarte la thèse de pressions exercées à
l'encontre du chef de l'État. Il affirme n'avoir aucune connaissance
de telles pressions. Il indique que Chadli était "très
atteint par les évènements d'octobre 1988". "Depuis
1988, j'ai cru reconnaître un Président qui était
moralement démissionnaire." Et Ghozali de décrocher
une flèche assassine à l'encontre d'Ahmed Ben Bella qui
lui aurait dit : "Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à
cette bête immonde !" Depuis, l'ancien Président algérien,
renversé par Boumediene le 19 juin 1965, s'est rangé du
côté des réconciliateurs en participant activement
à l'élaboration du contrat de Rome.
Au passage, Ahmed Ghozali se fend d'un mea-culpa qui ne dit pas son nom.
"J'ai dit à l'époque que ce vote n'était pas
un vote, c'était un vomissement", affirme-t-il. Interrogé
sur le livre de Habib Souaïdia, La Sale Guerre, publié en
février 2001 en France, Sid-Ahmed Ghozali indique qu'il n'était
pas venu témoigner contre Souaïdia. "Il est l'instrument
d'une opération médiatique et d'un matraquage qui ne date
pas de ce jour", dit-il. Il a également estimé que
les hommes politiques algériens ne sont pas des polichinelles aux
mains des militaires algériens et que l'armée ne commet
pas de massacres. "La stratégie de l'islamisme, c'est de s'emparer
du pouvoir sur la base de l'effondrement de l'État, en passant
par la déstabilisation de I'armée", explique-t-il.
L'intervention de Sid-Ahmed Ghozali est quelque peu chahutée par
un intervenant au sein de l'assistance qui lance : "C'est vous qui
avez créé le GIA !" Le président du tribunal
rappelle I'impétrant à l'ordre. Le tribunal a, en outre,
entendu le témoignage d'Ali Haroun, ancien membre du HCE. La séance
s'est poursuivie avec l'audition d'autres témoins. Pour rappel,
Khaled Nezzar poursuit en justice pour diffamation l'ex sous-officier
Habib Souaïdia pour propos tenus au cours de l'émission Droits
d'auteur sur la Cinquième. L'ex-ministre de la Défense demande
15 000 euros de dommages et intérêts.
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