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AFFAIRE NEZZAR-SOUAIDIA Un procès inédit à paris El Watan, 2 juillet 2002 C'est un procès inédit qui s'est ouvert hier pour une durée d'une semaine devant la 17e Chambre du tribunal correctionnel de Paris. Au-delà de la plainte en diffamation du général à la retraite, ex-ministre de la Défense, Khaled Nezzar, contre l'ancien sous-officier Habib Souaïdia, auteur de la La sale guerre, pour des propos qu'il a tenus sur France 5 le 27 mai 2001, c'est un procès politique de par sa teneur, la personnalité du plaignant et la qualité de nombre des témoins. Le tribunal de Paris sera pendant cinq jours une tribune pour un débat contradictoire sur l'Algérie de ces dernières années, débat provoqué volontairement et voulu par le général Nezzar. Un débat qui n'a jamais été possible dans les médias français jusqu'ici. "Au-delà des propos diffamatoires à l'égard de ma personne, c'est en réalité sur tout un peuple, son gouvernement et son armée ( ) que les diffamateurs et leur porte-voix tentent de jeter l'opprobre", a dit le général Nezzar à la barre dans une déclaration préliminaire. "Nous n'avons pas engagé cette procédure pour rien. Nous entendons faire une large mise en perspective de tout ce qui s'est passé en Algérie ces dernières années", a déclaré l'un des avocats du général Nezzar, Me Jean-René Farthouat. Dans ses propos sur France 5, Souaïdia avait dit notamment : "C'est eux qui décident (c'est-à-dire les généraux). Il n'y a pas de président." "C'est eux qui ont décidé d'arrêter le processus électoral. C'est eux les vrais responsables." "Je ne peux pas pardonner au général, ex-ministre de la Défense, des crimes qu'il a commis." "Ils sont trop lâches. Un ministre de la Défense nationale qui dit qu'il a protégé la République. De qui ces gens parlent." "Lui quitte la France à minuit, il n'a pas le courage de dire "si vous avez quelque chose contre moi, je suis là jugez-moi " C'est pas un général major, c'est un djoundi, quelqu'un comme ça, il doit passer devant le tribunal." S'adressant au tribunal, le général Nezzar a expliqué sa démarche : "Il ne m'appartenait pas, en qualité d'ancien ministre de la Défense d'un pays indépendant, de plaider devant un tribunal étranger pour des faits relatifs à l'exercice de ma fonction. Seules les juridictions de mon pays auraient été normalement compétentes pour en connaître. Cependant, malgré les réticences de certains et les incompréhensions de beaucoup de mes compagnons, j'ai en toute conscience pris la décision de déposer ma plainte devant le tribunal de Paris, dès lors que les assertions de certains milieux médiatiques européens, et spécialement français, tentent de faire accroire à l'opinion mondiale que les odieux massacres perpétrés par les islamistes intégristes seraient l'uvre de l'armée algérienne, ou, à tout le moins, le résultat de son coupable laxisme. Une procédure en Algérie aurait été, aux yeux de mes accusateurs, frappée de suspicion, au motif maintes fois évoqué d'une justice subordonnée au pouvoir." Le général Nezzar a expliqué comment et pourquoi le processus électoral a été interrompu en janvier 1992. "Fallait-il épargner à la nation cette régression mortelle et dès lors interrompre le processus électoral ? Mais cette interruption était-elle une violation des principes démocratiques ? Tel était le terrible dilemme qu'il fallait absolument et sur-le-champ résoudre. Pour les démocrates, travailleurs, intellectuels, syndicalistes, anciens maquisards, pour les associations féminines, pour l'armée et les services de sécurité, l'Etat islamique intégriste est la négation de la démocratie. Aucun scrutin, même apparemment régulier, ne saurait le légitimer. Aussi, sans porter atteinte aux dispositions constitutionnelles comme il sera démontré au cours des débats le processus électoral a été interrompu, et une transition instituée, pour préparer le retour aux élections dès novembre 1995." Démission de Chadli Interrogé sur la démission de président Chadli, le général Nezzar répond que le président Chadli avait démissionné volontairement de ses fonctions pour les raisons qu'il avait exposées dans sa lettre du 11 janvier 1992 au Conseil constitutionnel. "Il s'en est d'ailleurs expliqué le 9 janvier 2001 dans son interview à un journal indépendant algérois." Plus loin, sur la lutte contre le terrorisme, il dira : "Ce sont (...) ces trois institutions, le Haut Comité d'Etat, le président de l'Etat puis le président de la République, auxquelles il incomba d'assurer la défense de la République contre les assauts du terrorisme intégriste, dont les chefs revenus d'Afghanistan entendaient soumettre l'Algérie au régime sanguinaire de l'Etat théocratique islamiste." Avant de terminer sa déclaration, le général Nezzar fera remarquer que "lorsqu'un acte terroriste est perpétré à Louxor, on l'attribue logiquement à la Djamaâ islamya ; lorsqu'il se produit à Madrid, on évoque sans hésiter l'ETA. A Londres, l'IRA ; à Washington et New York, l'on condamne Ben Laden et Al Qaîda, mais en Algérie, les promoteurs du livre publié par M. François Gèze et dont Souaïdia est censé être l'auteur, s'interrogent et finissent par accuser l'armée régulière. L'on a même vécu le paradoxe d'un attentat suicide contre le commissariat central d'Alger, fièrement revendiqué par Anouar Haddam, dirigeant du FIS et contesté par l'un de ses partenaires de Sant'Egidio qui l'attribue au pouvoir algérien." Habib Souaïdia semble avoir bien travaillé ses réparties. Adoptant tantôt un ton assuré, tantôt le registre de l'émotion, l'auteur de La sale guerre perd toutefois de cette assurance affichée lorsque les questions du président du tribunal deviennent trop précises. Il lance : "Si l'Algérie était une vraie démocratie, c'est lui qui serait jugé en premier", en montrant du doigt le général. Il est revenu sur le massacre de Zaâtria, affirmant qu'il se serait peut-être trompé de date dans son livre, mais il reste affirmatif sur le massacre qui serait commis par des militaires. Il affirme également avoir assisté à l'exécution d'un enfant de quinze ans, brûlé vif à Lakhdaria. Le père de cet adolescent se trouve parmi les témoins cités par la défense de Khaled Nezzar. La partie civile citera aujourd'hui des témoins factuels comme l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali, Mohamed Daho, le père de l'adolescent dont Habib Souaïdia affirme qu'il a été brûlé vif par les militaires, Ali Haroun, ancien membre du Haut Comité d'Etat, Mohamed Sifaoui, coauteur de La sale guerre qu'il a dénoncé et dont il est en procès avec La Découverte, et Rezzag Bara. Des victimes comme témoins La défense de Souaïdia produira comme premiers témoins Mohamed Harbi, Patrick Beaudoin, ancien président de la FIDH, Ahmed Chouchane, ancien militaire, membre du MAOL, Ghazi Hidouci, ancien ministre, et Hélène Flautre, députée européenne. Les autres témoins des deux parties seront entendus mercredi et jeudi. La journée de vendredi sera consacrée aux plaidoiries. Parmi les autres témoins de la partie civile, il y a des victimes du terrorisme, les anciens ministres Leïla Aslaoui et Ahmed Djebbar, l'écrivain Rachid Boudjedra, les témoignages écrits du Pr André Mandouze et de l'ancien Premier ministre Rédha Malek. La défense de Souaïdia citera Salima Ghezali, Malika Matoub, Nacéra Dutour de l'Association des familles de disparus, José Garçon qui a signé hier un article sur cette affaire dans Libération, Mohamed Samraoui, membre du MAOL, Omar Benderra. Par Nadjia Bouzeghrane ---------------------- Le général-major Nezzar fait l'objet d'une nouvelle plainte Le jeune independant, 2 juillet 2002 Le procès
en diffamation intenté par le général-major à
la retraite, Khaled Nezzar, contre Habib Souaïdia, ancien officier
de l'ANP, et auteur du livre la Sale Guerre, a débuté, hier,
devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, en France. Par
ailleurs, une nouvelle plainte a été déposée,
vendredi à Paris, par neuf Algériens contre le général-major
en question. L'ancien ministre de la Défense est accusé
par ces personnes de "tortures et traitements cruels, inhumains et
dégradants". Nezzar-Souaïdia, un procès particulier Par Slimane Zyadi, La Tribune, Mardi 2 juillet 2002 On a parlé
hier de la Sale Guerre dans le tribunal correctionnel de Paris. Ce livre
non vendu en Algérie peut être lu cependant à travers
le contre-livre écrit par Mohammed Sifaoui, disponible dans toutes
les librairies du pays. L'auteur du livre controversé des éditions
la Découverte, Habib Souaïdia, un ex-officier de l'armée
algérienne, devra donc répondre de l'accusation de diffamation
intentée par le général à la retraite et ancien
ministre de la Défense nationale, Khaled Nezzar. Ce dernier, toutefois,
n'incrimine pas le livre de Souaïdia, mais plutôt ses déclarations
qu'il a faites à la chaîne française, la Cinquième.
Souaïdia avait accusé la haute hiérarchie militaire
d'avoir perpétré les massacres de civils durant les années
de feu. Fait inédit, c'est la première fois qu'un ex-haut
responsable algérien comparaît devant une juridiction française
pour être confronté à un "compatriote",
réfugié politique en France, condamné au mois d'avril
dernier par le tribunal criminel de Sidi M'hamed. Le verdict d'Alger rendu
à l'encontre de Souaïdia : vingt ans de prison par contumace
pour "participation à une entreprise d'affaiblissement du
moral de l'ANP et de la sûreté de l'Etat" vient comme
conforter le général dans son rôle de représentant
de l'institution militaire des années 90. Pourquoi le procès
ne s'est pas tenu à Alger ? C'est la critique que n'ont pas cessé
d'émettre certains observateurs de la scène politique à
l'encontre d'une justice algérienne inapte à garantir un
tel événement. Aussi, des témoins de premier rang
seront convoqués par les deux parties en conflit à l'audience
qui se poursuivra jusqu'à vendredi. On aura ainsi réalisé
à Paris ce dont les avocats algériens ont toujours rêvé
de réaliser à Alger : interroger des responsables de premier
plan. Du reste, il semblerait que ce qui importe pour les avocats du général,
c'est moins le cas Souaïdia (accusé par l'armée d'être
un racketteur et un voyou) que de contrecarrer la campagne médiatique,
laquelle a porté un coup à la réputation de l'armée
algérienne. Il s'agira pour eux d'aller au-delà de ce livre
pour réhabiliter l'image de marque de l'Algérie. Mais il
est vrai, les cris parvenus de Kabylie, lieu où une féroce
répression s'était abattue sur la population, incitent à
beaucoup de prudence. Car le printemps noir avait établi que d'autres
Souaïdia couraient toujours les rues. Y aurait-il quelque relation
entre ce procès et toutes ces supputations qui ont circulé
ces derniers jours sur la professionnalisation de l'armée et la
désignation d'un civil au poste de ministre de la Défense
nationale ? Possible. "Je ne suis pas masochiste", avait répondu
Nezzar l'été de l'année 2001 à la question
de savoir s'il n'est pas poussé par un clan du pouvoir sur le terrain
de la justice pour servir de bouc- émissaire du régime.
C'est dire que le procès promet
Procès Nezzar-Souaïdia Vers un débat contradictoire sur l'Algérie des années 90 Pas moins de 17 témoins, dont des ex-cadres de l'Etat de haut rang, ont tenu à témoigner en faveur du général-major en retraite Par Merzak Meneceur, La TribuneMardi 2 juillet 2002 C'est dans la salle
d'audience de la 17ème Chambre du tribunal correctionnel de Paris
que s'est ouvert hier matin le procès en diffamation tant attendu
intenté par le général-major en retraite, Khaled
Nezzar, à l'ex-militaire Habib Souaïdia. En ouvrant la séance,
le président de la session, qui durera jusqu'à vendredi
prochain, le juge Stéphan, constate que pas une place des bancs
de la salle n'est inoccupée et l'intérêt que suscite
le procès ainsi que son enjeu peuvent se mesurer par la longue
et imposante liste des témoins de la partie civile et de la défense
qu'il fait citer. Pas moins de 17 témoins en faveur de M. Nezzar,
dont Sid Ahmed Ghozali et Reda Malek (ce dernier absent) anciens Premiers
ministres, Me Ali Haroun, ancien membre du HCE, Mme Aslaoui et Ahmed Djebbar,
anciens ministres, Khalida Toumi (absente aussi), ministre en exercice,
Rezzag Barra, Observatoire des droits de l'homme, Rachid Boudjedra, écrivain
et plusieurs personnes victimes du terrorisme. Pratiquement autant pour
Souaïdia, dont l'historien Mohamed Harbi, l'ancien ministre Ghazi
Hidouci, l'ex-PDG du Crédit populaire algérien, Omar Bandera,
et les journalistes José Garçon et Salima Ghezali.Une fois
les témoins ayant quitté la salle, où ils reviendront
selon les convocations du tribunal, le président Stéphan
a pu présenter l'affaire dans laquelle Nezzar accuse pour diffamation
non seulement Souaïdia mais aussi le patron de TV5, M. Marc Tessier,
et cette chaîne de télévision qui a diffusé
les propos jugés diffamatoires dans le cadre d'une émission
littéraire. Dans la lignée du contenu de son livre la Sale
Guerre, Souaïdia porte des accusations personnelles contre Nezzar
dans trois passages que le président Stéphan résume
en "trois imputations" : coupable d'interruption du processus
électoral en 1991. "Lâche" et "fuyard"
pour refus de s'assumer devant la justice en tant que ministre de la Défense
et enfin un déserteur de l'armée française qui a
plongé l'Algérie "dans l'anarchie et la faillite".
Contre toute attente, et certainement pour la forme, l'un des avocats
de Souaïdia, Me Antoine Comte, le premier à prendre la parole,
demande une annulation de la citation à comparaître de son
client en avançant des arguments juridiques tout en déclarant
sa volonté de faire du procès "un débat contradictoire
sur la période de dix ans en Algérie". C'est en s'appuyant
sur cette volonté que l'un des avocats de Nezzar, Me Jean-René
Farthouat, réfute la demande de Me Comte suivi en cela par le procureur
de la République. Le procès proprement dit peut commencer.Après
une interruption de séance, la salle a eu droit à une vision
des extraits de l'émission de TV5 pour que les déclarations
exactes de Souaïdia ne prêtent à aucune interprétation
par la partie civile ou par la défense. L'ancien militaire est
ensuite invité à la barre pour se présenter et défendre
sa cause. Alerte, tantôt serein, tantôt ému, parfois
nerveux, Souaïdia raconte sa vie de militaire, sa condamnation à
4 ans de prison en 1995, son arrivée en France et les circonstances
de la publication de son livre. Il ne renie rien de ce qu'il a écrit
ou dit auparavant. Ses accusations contre l'armée algérienne,
qui aurait commis des exactions contre la population algérienne,
sont réitérées. Il cite une descente dans la région
de Blida où l'armée aurait tué 12 personnes et l'enfant
de 15 ans brûlé vif à Lakhdaria. Prenant quelques
libertés avec les dates, il affirme qu'"en 1989, l'Algérie
était à feu et à sang". "En Algérie,
dit-il, il faut faire ce que disent les généraux sinon on
est un homme mort, on monte au maquis, c'est la prison ou l'exil".
Invité par le président de dire pourquoi c'est le général
Nezzar qu'il accuse nommément et non un autre officier supérieur
ou un membre du gouvernement, Souaïdia explique qu'"il ne veut
pas assumer devant la justice [
] fuir la justice veut dire être
lâche [
] il est le parrain des autres officiers". Après
avoir répondu aux questions posées par la défense
et la partie civile, Souaïdia se retire de la barre pour laisser
la place à Nezzar. Celui-ci a choisi de lire une déclaration
écrite dans laquelle il explique qu'"au-delà des propos
diffamatoires à l'égard de ma personne, c'est en réalité
sur tout un peuple, son gouvernement et son armée, confrontés
au terrorisme intégriste, que les diffamateurs et leurs porte-voix
tentent de jeter l'opprobre. Ces allégations ayant été
tenues et amplifiées dans la capitale de la France, j'ai saisi
la justice française, car je crois en la justice universelle".
Pour M. Nezzar, l'arrêt du processus électoral était
pour "éviter au pays la guerre civile et un glissement inéluctable
vers une afghanisation. En un mot, s'opposer à un Etat taliban".
Il affirme que Souaïdia n'apporte "aucune preuve de ces allégations"
et "pour échapper à une juste sanction, il tentera
de s'abriter derrière la bonne foi"."Lorsqu'un acte terroriste
est perpétré à Louxor, on l'attribue logiquement
à la Djamaa islamya, lorsqu'il se produit à Madrid, on évoque
sans hésiter l'ETA ; à Londres, l'IRA ; à Washington
et New York, on condamne Ben Laden et Al Qaïda. Mais en Algérie,
les promoteurs du livre publié par M. François Guez et dont
M. Souaïdia est censé être l'auteur s'interrogent et
finissent par accuser l'armée régulière", a
notamment ajouté le général en retraite qui conclut
en affirmant qu'il se doit "de défendre ici [son] honneur
comme [il a] l'obligation morale de défendre celui de l'armée
algérienne". Aujourd'hui, le procès donnera la parole
aux premiers témoins des deux parties. Les interventions d'un côté
de MM. Ghozali, Haroun et Barra et, de l'autre, de Mohamed Harbi et de
Hidouci sont particulièrement attendues. On pourrait assister au
début d'un grand déballage avec ce qui apparaissait en filigrane
hier. Pour les premiers, mettre fin à cette thèse de "qui
tue qui ?" en Algérie et que c'est grâce à l'armée
et aux démocrates que ce pays tient debout, les seconds pour accuser
le régime des pratiques les plus condamnables. Le général et le jeune officier Par M. Abdou Benabbou, Le Quotidien d'Oran, 2 juillet 2002 Dieu que la symbolique est terrible, à la limite du terrifiant ! Un vieillard bardé de gloriole, du nom de Nezzar, s'en va déposer plainte contre un homme qui aurait pu être son fils, le dénommé Souaïdia, qui a voulu, à sa manière, cracher la contradiction. La symbolique est d'autant plus affligeante que leur procès va se dérouler pendant cinq jours dans la capitale de l'ancienne puissance coloniale. Curieux paradoxe aussi que ce débat judiciaire particulier que d'aucuns assimilent, à tort, à une confrontation de générations où l'ancien général, ministre de la Défense, croise le fer avec un jeune officier, aux confins d'une Algérie qui célèbre ses quarante ans. N'y a-t-il pas là, dans cette bien curieuse confrontation, tous les attirails d'une situation "soufrée" d'une indépendance mal assumée et que les deux hommes ne seraient que des épouvantails de la petite histoire, convoqués sans inadvertance pour tracer les contours d'un drame d'un pays et d'un peuple meurtris ? A ce niveau, il ne s'agit plus de s'arrêter aux hommes, ni aux contingences, mais de s'élever au rang des grandes circonstances d'un pays pour comprendre, à l'occasion, que le procès de Paris est la parfaite illustration du déni de l'autre qui a poussé des Algériens à s'entre-égorger dans un délire d'irresponsabilité que personne ne veut assumer. Le procès intenté par l'ancien ministre de la Défense est, à l'évidence, un incroyable fouillis où chacun devra faire l'effort de puiser des raisons et des résonances d'une débandade et d'un échec dans le recouvrement d'une souveraineté que tous croyaient aisée et illimitée. Sans préjuger de son issue, et dans l'obligation de dépasser les petites et puériles accointances, sa symbolique a de quoi terrifier. ----------------------------- Le général défend l'armée devant la justice française Nezzar: "Il fallait éviter l'afghanisation de l'Algérie"
Le Quotidien d'Oran, 2 juillet 2002 Une foule nombreuse a assisté, hier, à l'ouverture du procès en diffamation, intenté par le général en retraite, Khaled Nezzar, contre l'ex-sous-officier, Habib Souaïdia, auteur du livre "La sale guerre". Le plaignant, l'ex-ministre de la Défense, a regagné la salle d'audience de la 15ème chambre correctionnelle de la cour de Paris par une porte latérale pour éviter la meute de journalistes venus couvrir ce procès, attendu de longues semaines. En plus de son écrit, l'accusé avait tenu des propos sur un plateau de télévision française, en mai 2001, jugés diffamatoires par le général Khaled Nezzar. Ce dernier s'est refusé de répondre aux sollicitations des médias présents sur les lieux du procès. Contrairement à lui, l'accusé ne s'est pas empêché de faire des déclarations. Ainsi, il s'interrogea en affirmant: "Je ne comprends pas pourquoi les généraux m'attaquent", et d'ajouter: "Je ne retire rien de ce que je dis". Lors de l'audience, l'ex-sous-officier a réitéré ses accusations contre le général et l'armée algérienne d'une façon globale. Il lancera à l'adresse de l'ex-membre du HCE: "L'histoire vous rattrapera dans votre tombe". Pour sa part, le plaignant s'est contenté de lire un texte préparé d'avance pour la circonstance. D'un ton mesuré, il dira: "Au-delà des propos diffamatoires à l'égard de ma personne, c'est en réalité sur tout un peuple, son gouvernement et son armée (...) que les diffamateurs et leur porte-voix tentent de jeter l'opprobre". Rappelons que Souaïdia avait mis Khaled Nezzar, Aussaresses et Massu sur le même pied d'égalité en affirmant: "Je ne peux pas pardonner au général Massu et au général Aussaresses les crimes qu'ils ont commis, comme je ne peux pas pardonner au général Nezzar". Comme faits prouvant les exactions commises par l'ANP, sous les ordres de Khaled Nezzar, il citera le cas d'un enfant de 15 ans brûlé vif. "On le met sur une décharge publique, on verse sur lui de l'essence et on allume avec du plastique", prétend-il. Et de s'exclamer: "Quel être humain peut faire ça?". Sur la même lancée, il prétend avoir été chargé d'assurer l'escorte de militaires, se passant pour des islamistes, pour commettre des crimes contre des civils: "J'ai vu ces collègues (...) dans des voitures banalisées pour faire la chasse aux Algériens", dira-t-il. Il est à rappeler que les enquêtes de la presse nationale et étrangère ont conclu que Douar Zaâtra n'a jamais vécu de tueries collectives, contrairement à ce qu'avance Souaïdia. Dans sa réplique, Khaled Nezzar a martelé: "L'armée algérienne n'est pas une armée de barbares". Il a justifié son intervention à la fin de 1991 en empêchant la poursuite du processus électoral, qui devait porter le parti dissous au pouvoir, en affirmant: "L'action de l'armée avait pour but de préserver l'ordre menacé par les islamistes". Développant son point de vue, il dira: "Il fallait éviter l'afghanisation de l'Algérie, en un mot, l'Etat taliban". Une manière de reconnaître qu'il assume pleinement l'acte en question. Soulignons que les avocats de Souaïdia ont déposé une plainte à l'encontre de l'ex-membre du HCE, au nom de neufs Algériens prétendus avoir subi des tortures par des éléments de l'ANP. En avril 2001, des plaintes similaires sont restées sans suite. Ziad Salah ---------------------------------- Le procès Nezzar-Souaïdia s'est ouvert hier Le Matin, 2 juillet 2002 Le procès
de Nezzar contre Souaïdia s'est ouvert hier au tribunal correctionnel
de Paris. Habib Souaïdia a dressé un réquisitoire contre
l'armée algérienne durant plus de quatre heures en défendant
les thèses contenues dans son livre La Sale Guerre. Khaled Nezzar
a dû répondre à une avalanche de questions qui sortaient
du strict cadre du contenu de la plainte. Un procès qui s'annonce
être véritablement un pamphlet contre la souveraineté
de l'Etat algérien. Un piège juridique ?De notre correspondante
à Paris, Naziha BenchicouLe procès Nezzar contre Souaïdia
s'est ouvert hier au tribunal correctionnel de Paris et durera jusqu'au
5 juillet. La pièce à conviction sur laquelle repose la
plainte en diffamation déposée par Nezzar contre l'auteur
de La Sale Guerre est l'émission diffusée sur la chaîne
de télévision française La Cinquième dans
laquelle Souaïdia a accusé le général d'avoir
été l'auteur de tortures en Algérie qui a été
projetée dans la salle. M. Tessier, le président du conseil
d'administration de cette chaîne a délégué
un substitut. Le président fait lecture de la plainte relatif au
" délit de diffamation publique contre particulier dans l'émission
droits d'auteur spécial Algérie " où les écrivains
algériens ont été invités à témoigner
de leurs livres sur les accusations contre les généraux.
Alors que Me William Bourdon, avocat de Souaïdia et des neuf Algériens
qui viennent de porter une nouvelle plainte contre Nezzar pour "
tortures ", aborde la question juridique - " Dans l'article
53 relatif à la presse, nous ne trouvons pas de lois qualifiant
la diffamation publique envers une personne physique " -, l'un des
avocats de M. Nezzar, Me Jean-René Farthouat, intervient après
lecture d'extraits du brûlot accusant les généraux
de massacre sur les populations en faisant remarquer, à partir
d'une phrase de Souaïdia : " Les généraux sont
trop lâches ", que le pluriel " les généraux
" est devenu singulier par métabolisme étrange "
et de constater : " S'il y a débat contradictoire, c'est parce
que Nezzar l'a voulu. " Le président lit quelques passages
du livre La Sale Guerre les plus explicites contre Nezzar, accusé
d'avoir mené le pays à la faillite. Après avoir cité
les noms des témoins des deux parties, Souaïdia est appelé
à la barre aux environs de 13 h. Il entre dans le vif du sujet
après s'être présenté : " Les généraux
décident pour le pays depuis quinze ans, et ça fait quinze
ans que n'avons plus de Président. Je ne peux pas pardonner à
Massu et à Aussaresses comme je ne peux pardonner à Nezzar.
" Sur sa lancée, Souaïdia accuse les autorités
françaises d'avoir été complices avec l'armée
algérienne : " Je dénonce les autorités françaises.
Il y eut blanchiment d'argent par les généraux avec la complicité
des banques françaises. " S'appuyant sur la nouvelle plainte
dont vient de faire l'objet Nezzar, il dira : " Je ne suis ni le
premier ni le dernier à accuser Nezzar. Il y a eu des propos plus
graves que les miens. Je ne vois pas pourquoi il ne s'attaque qu'à
moi qui me suis réfugié en France pour parler en toute liberté
car en Algérie, c'est soit la prison, soit l'exil ou le maquis.
Alors laissons les enquêteurs des ONG accomplir leurs missions.
" Il ira plus loin dans son réquisitoire contre l'armée
en traitant le général Lamari d'" odieux dans les actes
de torture qu'il a commis et auxquels j'ai assisté ". Brandissant
une copie de son livre La Sale Guerre dont il dira qu'il ne cesse de faire
l'objet de photocopies clandestines en Algérie, Habib Souaïdia
fusille du regard son adversaire et lui lance : " Je vous tiens comme
responsable. " Le président l'arrête brutalement. Son
intervention aura duré plus de quatre heures et demie en développant
essentiellement les thèses contenues dans son livre avant que la
partie plaignante n'intervienne. Les questions posées par le juge
à Nezzar ne sont pas dénuées d'impartialité
et ne semblent pas être conduites sur le contenu de l'objet de la
plainte. Elles sont toutes politiques et touchent à la souveraineté
de l'Etat algérien. Sommé de répondre sur l'arrêt
du processus électoral, Nezzar expliquera que c'est " la population
qui a demandé l'arrêt du processus électoral et l'armée
n'a fait qu'exécuter. Nous savions que le deuxième tour
des législatives serait l'afghanisation de l'Algérie. L'histoire
jugera. Les directives que j'ai données sont celles d'un Etat de
droit. Et l'armée algérienne n'est pas barbare. Les généraux
ont fait leur devoir durant la guerre de Libération nationale et
ils en portent les séquelles ". Pluie de questions. Démission
de Chadli ? " Il l'a décidée de sa propre initiative
". Du HCE (Haut-Comité d'Etat) ? " Je n'étais
pas préparé aux problèmes politiques et le mieux
placé pour désigner le nouveau ministre de la Défense.
" Pourtant, à une question se rapportant à sa désignation
par Boudiaf comme ministre de la Défense au sein du HCE, il précisera
qu'il ne pouvait qu'accepter la proposition de Boudiaf pour présider
aux destinées du pays. Le président de séance se
fait agressif et abrupt dans ses questions : " On dit que vous êtes
lâche. " Et Nezzar de rétorquer : " Ce sont les
propos de Souaïdia et de quelques personnes qui le sont. J'ai toujours
assumé mes responsabilités. L'an dernier, j'étais
venu en France avec un passeport diplomatique qui ne me permettait pas
d'affronter la justice. Aujourd'hui, je suis là devant vous. "
L'audition des témoins des deux parties doit commencer aujourd'hui
mardi. Parmi les témoins de la partie civile, l'on notera notamment
la présence de Mme Leïla Aslaoui et MM. Sid Ahmed Ghozali,
Rachid Boudjedra et Ahmed Djebbar.N. B. Yasmine Ferrroukhi ------------------- NEZZAR CONTRE-ATTAQUE Le procès du "qui-tue-qui ?" à Paris Le Soir d'Algérie, 2 juillet 2002 La 17e chambre du
tribunal correctionnel de Paris abrite, depuis hier lundi, le procès
de l'auteur "visible" de "la Sale Guerre" . Ce procès
en diffamation, individuellement assumé par Nezzar, n'en demeure
pas moins une affaire hautement politique. En ce qu'elle met le "quitue-
qui ?" au banc des accusés. Une première.Kamel Amarni
- Alger (Le Soir) - Cet autre combat contre le terrorisme que les autorités
algériennes n'ont jamais osé mener, a permis aux égorgeurs
du FIS et à leurs criminels d'alliés politiques nationaux
ou étrangers d'avoir le champ libre. Leur propagande est toute
simple : innocenter les troupes d'Ali Benhadj de tous les crimes commis
en Algérie depuis 1989. Mais, comme des dizaines de milliers de
personnes y ont été quand même massacrées,
il leur fallait bien un accusé. Il est vite trouvé : l'ANP
ainsi que les démocrates républicains qui ont résisté
à la déferlante terroriste de l'islamisme politique. La
complicité de l'Internationale socialiste aidant, il suffisait
à n'importe quel quidam d'affirmer que "c'est l'armée
qui tue en Algérie" pour voir son statut métamorphosé.
Il en est ainsi d'un certain Habib Souaïdia, radié des effectifs
de l'ANP pour avoir été condamné dans une honteuse
affaire de trafic de véhicules. Ce malfrat se trouve propulsé
au rang de "star". Il n'a pourtant contribué, dans l'ouvrage
de François Gèze, que par son nom. Le livre qui porte sa
signature, ce Souaïdia ne saurait même pas le lire, disent
de lui des gens qui le connaissent. Par ailleurs, et pour rappel, un confrère
du quotidien Liberté, M. Hammouche en l'occurrence, n'a-t-il pas,
tout simplement, ridiculisé l'auteur et son "best seller",
il y a une année. Il avait prouvé que les massacres narrés
dans le livre n'ont tout bonnement pas eu lieu ! C'est dire toute la fragilité
du "qui-tue-qui ?" pour peu qu'on daigne l'affronter. Khaled
Nezzar avait également fait l'objet, faut-il le rappeler, d'un
dépôt de plainte pour "tortures, traitements cruels
(...)". Cette histoire, exagérément médiatisée
par les sponsors du "qui-tue-qui ?" sera, étrangement,
subitement occultée depuis mai dernier. C'est-à-dire depuis
que la justice française - que l'on ne peut accuser d'être
manipulée par les généraux - avait classé
l'affaire sans suite. Les plaignants, d'anciens militants du FIS, et dont
certains traînent des antécédents terroristes, sont
revenus à la charge vendredi dernier, avec une plainte similaire.
Autrement dit, en désespoir de cause. A travers Nezzar, il est
vrai, c'est un choix politique lourd que l'on a voulu condamner, à
savoir l'arrêt salutaire du processus électoral de décembre
1991. Une entreprise, certes, largement facilitée par la concorde,
mais quelque peu contrariée depuis le 11 septembre.K. A. PROCÈS NEZZAR-SOUAIDIA La bataille de Paris La nouvelle République, 02-07-2002 La présence
d'un ancien ministre de la Défense algérienne dans un tribunal
français a créé l'événement, hier,
à la 17e Chambre correctionnelle. Un acharnement aveugle Salim AGGAR ------------------
À l'ouverture de leur procès, hier, à Paris Première passe d'armes entre Nezzar et Souaïdia Par Farid Alilat, Liberte 2 juillet 2002 La première
journée a été consacrée à la lecture
de l'arrêt de renvoi et à la présentation des témoins
à charge et décharge. --------------- Qu'est-ce que la Cour pénale internationale ? La Cour pénale
internationale est un tribunal permanent chargé d'enquêter
et de juger les individus accusés de violations massives du droit
international humanitaire et des droits de l'homme. ------------------ Une nouvelle plainte contre Khaled Nezzar Et de deux. Une nouvelle
plainte contre le général à la retraite Khaled Nezzar
a été déposée vendredi à Paris par
neuf Algériens pour "tortures et traitements cruels, inhumains
et dégradants". Selon une dépêche de l'AFP, les
plaignants demandent au procureur de la République l'ouverture
d'une enquête préliminaire pour qu'il "soit procédé
à l'interpellation et à l'audition du général
Khaled Nezzar". Ce dernier se trouvait hier au tribunal de Paris
pour un procès qui l'oppose à Habib Souaïdia. Dans
un texte, dont une partie a été citée par l'Agence
de presse française, les neuf affirment que c'est "sous sa
(Nezzar NDLR) direction que fut appliquée la politique de répression
systématique des opposants et notamment du FIS et c'est sous sa
direction encore que continuèrent à être commis de
façon massive des crimes de torture". Le texte de la plainte
qui n'a pas été rendu public indique également que
"les déportations, les meurtres collectifs, les exécutions
extrajudiciaires en série et surtout l'utilisation massive de la
torture se sont inscrits dans le cadre de la politique de répression
systématique inspirée par des raisons politiques dont Monsieur
Khaled Nezzar a été le principal instigateur et artisan".
En avril 2001, une plainte similaire a été déposée
en France contre l'ancien ministre de la Défense. Elle a fini par
être classée sans suite par le parquet de Paris après
audition du mis en cause, le 4 avril dernier, par la brigade criminelle
de Paris. Contacté par l'AFP, I'avocat de Nezzar, Me Jean-René
Farthouat qualifie la plainte de "nouvelle gesticulation". "ça
confirme mon idée que tout cela relève d'une opération
de montage", affirme-t-il. Cette plainte intervient quelques heures
après la mise en place officielle de la Cour pénale internationale,
opérationnelle à partir d'hier. Une nouvelle donne qui pourrait
influer sur le cours des événements. ------------------ |
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