Procès en diffamation sur la Sale Guerre

Le général Nezzar débouté

Par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 28.9.02

La justice française a débouté hier le général à la retraite Khaled Nezzar - qui revendique la paternité du coup de force de janvier 1992 -, dans son procès en diffamation contre Habib Souaïdia, un autre officier de l'armée algérienne, auteur du livre la Sale Guerre, a-t-on appris de sources médiatiques en France. Le tribunal correctionnel de Paris a estimé qu'il "n'appartenait pas au tribunal" de juger l'histoire, se faisant ainsi l'écho des réquisitions du ministère public, qui, lors du procès, le 5 juillet dernier, avait reconnu la bonne foi de Habib Souaïdia et estimé qu'il ne revenait pas au tribunal de "faire l'histoire" de l'Algérie, indiquent les mêmes sources. Souaïdia, 33 ans, ex-lieutenant, avait accusé les généraux d'avoir confisqué le pouvoir en Algérie, de s'être enrichis sur le dos de la population et d'être responsables des massacres attribués aux islamistes. "J'espère qu'un jour ces généraux seront jugés devant une cour pénale internationale", a-t-il déclaré à l'issue de cette décision de la 17e chambre du tribunal correctionnel. Le général Nezzar n'était pas présent à l'audience. Sur le plan pénal, le tribunal a estimé que le délit de diffamation publique envers un particulier était prescrit au regard de la loi d'amnistie du 6 août 2002. Personnage clé du Haut Comité d'Etat (HCE, direction collégiale de 5 membres, mise en place après la déposition de Chadli Bendjedid), l'ancien ministre de la Défense, demandait 15 000 euros de dommages et intérêts. L'objectif de son action en justice visait, selon ses dires, à "défendre l'honneur de l'Algérie et de son armée".
"Si M. Nezzar a pu à juste titre s'estimer atteint dans son honneur", il doit, "pareillement, admettre" que des personnes comme Habib Souaïdia "ayant été personnellement impliquées dans ce conflit" puissent "faire part de leur expérience, fût-ce de façon virulente", estiment les juges.
L'initiative de Nezzar avait été plutôt mal accueillie dans le pays qui commémorait, le jour de
l'ouverture du procès, l'anniversaire de l'indépendance du pays. L'Organisation nationale des moudjahidine (ONM) avait même publié un communiqué pour dénoncer l'action de l'ex-homme fort de la "décennie rouge". Plusieurs politiques algériens sollicités par Nezzar pour témoigner au procès s'étaient rétractés et n'avaient pas voulu se déplacer à Paris. Chose qui fut relevée lors de sa récente conférence de presse, qui a servi de tribune pour une attaque des "réformateurs" accusés d'avoir, sous la direction de Mouloud Hamrouche, mis en selle le FIS et... Chadli Bendjedid, présenté comme le président le plus mauvais de l'Algérie indépendante, ce qui désormais... déclasse Bouteflika dans le classement général. L'interruption du processus électoral algérien en janvier 1992, dont le premier tour a été remporté par le Front islamique du salut (FIS dissous qui vient de tenir son congrès en Europe), s'est traduite pour l'Algérie par un nombre de morts avoisinant les 200 000, par plusieurs milliers de disparus et plus d'un million de personnes déplacées, alors que l'insécurité persiste dans des régions entières, que l'instabilité en touche d'autres et que la fragilisation de l'Etat se poursuit. M. Z.

 

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