Le procès Nezzar embarrasse à Alger

La presse algérienne attaque l'ex-officier Souaïdia, sans défendre le général.

 

Par L.D.S., Libération, 09 juillet 2002

«Le tabou de lèse-système qui est tombé à Paris, ne pouvait-il donc pas être levé en Algérie ?» Le quotidien francophone «El Watan»

Pourquoi Khaled Nezzar, un général-major considéré il n'y a pas si longtemps comme l'un des «parrains» du régime algérien, intente-t-il un procès en diffamation à Paris, qui s'est achevé vendredi soir, contre un sous-lieutenant, Habib Souaïdia, auteur d'un livre à succès dénonçant les exactions de l'armée pendant la «sale guerre» ? Il est difficile, au vu des quotidiens algériens francophones, de comprendre pourquoi ce général a pris le risque de provoquer un débat sur les responsabilités dans ce conflit, la pratique systématique de la torture et les manipulations des groupes islamistes armés par les services de sécurité.

Critiques. L'embarras des uns qui, à l'instar du Quotidien d'Oran, du Matin et de la Tribune, dénoncent Souaïdia sans défendre Nezzar, et les critiques sévères de Liberté et d'El Watan contre ce général semblent indiquer que ce dernier est d'ores et déjà tenu pour responsable d'audiences qui se sont transformées en procès du régime. La plupart des quotidiens publient ainsi des récits qui, pour tronquer les propos des témoins en faveur de Souaïdia, font néanmoins preuve de prudence. Signe qui ne trompe pas : le commentaire du Matin n'a pas été repris, qui présentait le président du tribunal comme «partial dès l'ouverture du procès».

Les principaux quotidiens francophones, qui ont soutenu le refus d'Alger d'accepter une «commission d'enquête internationale» sur les massacres au nom de la «souveraineté nationale», ont surtout compris que cet argument pèsera peu, après qu'un général eut été à l'origine d'un tel déballage à l'étranger. «Le procès a fini par sortir de son cadre, mettant à rude épreuve des principes non négociables, comme le respect de la souveraineté nationale, écrivait hier El Watan. [Il] n'aurait jamais pu prendre [cette] tournure si Nezzar, dont on ne pourrait pas imaginer qu'il n'ait agi que pour son propre compte, ne l'avait pas voulu, et s'il avait le moindre doute qu'il allait être épinglé (...)Le tabou de lèse-système qui est tombé à Paris ne pouvait-il donc pas être levé en Algérie ?»

Marionnette. Le quotidien Liberté, proche du RCD de Saïd Sadi, qui a quitté la coalition gouvernementale après les émeutes de Kabylie, s'en prend, lui, aux personnalités citées par Nezzar - Sid Ahmed Ghozali, Ali Haroun, Leila Aslaoui - qui n'ont «pu sauver la face». Habituées à rencontrer des visiteurs étrangers peu enclins à les contredire, l'une d'entre elles - Ghozali - s'est exclamée, après une question certes sans complaisance, mais banale : «Suis-je ici comme témoin ou comme accusé ?» Et Liberté de dénoncer «la suprême humiliation» qu'aura constituée la démythification par William Bourdon, l'un des avocats de Souaïdia, de ces témoins, décrits le premier comme une «marionnette des militaires», le second comme un «chambellan qui passe les messages à Nezzar», la troisième comme «ne pouvant prétendre au titre de magistrate dans un état de droit».

Mais, surtout, Liberté regrette la mise en cause de l'armée. «On ne lave pas son honneur et celui de l'armée en croisant le fer avec un soldat banni. De surcroît devant une juridiction française. Ce qui devait être un procès en diffamation s'est transformé en réquisitoire contre l'armée. Parti laver l'opprobre et redorer l'image des militaires, le général Nezzar s'est retrouvé finalement accusé (...). La première erreur de ce procès est qu'il n'avait pas lieu d'être.»

   
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