COMMUNIQUE DU GENERAL-MAJOR NEZZAR

«Le terroriste sanguinaire est devenu ‘‘monsieur Hattab’’»

Il est regrettable que certains milieux aient souligné la coïncidence des plaidoiries lors du procès intenté contre Souaïdia avec la date du 5 Juillet, jour de l’Indépendance de l’Algérie. Je tiens à préciser qu’en aucun cas les magistrats français n’ont eu à retenir eux-mêmes cette date. Au contraire, le procès, devant se tenir au mois de février de cette année pendant deux jours, cela ne me permettait pas d’apporter les éclairages suffisants sur les questions algériennes difficiles et complexes à la fois. C’est ainsi qu’à travers mes avocats, le bâtonnier Farthouat et Me Gorny, j’ai demandé son report à une date ultérieure et pour une durée plus longue. Deux dates me furent proposées : du 1er au 5 juillet ou au mois de septembre. C’est donc moi, et moi seul qui ai choisi cette date et personne d’autre. Il est navrant de s’apercevoir que des Algériens continuent à fonctionner au sentiment et à faire de l’amalgame une pratique. La tenue du procès à cette date pour laquelle j’ai donné mon sang ne m’importait guère. L’essentiel pour moi étant de crever l’abcès une fois pour toutes, d’autant que pendant douze ans, nous avons eu à subir les coups de boutoir des médias et de certains cercles aujourd’hui connus. Le procès a permis à des Algériens patriotes et convaincus de défendre encore une fois l’Algérie, comme ils ont eu à la défendre pendant la période coloniale. Je rejoints tout à fait Mme Leïla Aslaoui pour dire que ce procès, bien avant les délibérations du 27 septembre, a déjà atteint ses objectifs. Il faut simplement reprendre un passage de ma déclaration : “Monsieur le Président, avant de terminer, je voudrais dire à l’attention du tribunal que cette plainte n’a pas été déposée entre vos mains, sans cas de conscience. En ma qualité de général major, ancien ministre de la Défense, il m’a été pénible de poursuivre un ancien subordonné, sous-lieutenant de surcroît. S’il ne s’était agi que d’écart de langage, provoqué par l’amertume d’une carrière brisée par sa condamnation à quatre années d’emprisonnement, je me serais abstenu. Car ce faisant il s’appuie sur les maîtres à penser de l’intégrisme selon qui “plus le mensonge est gros, plus il a de chance d’être crédible.” En outre, madame le substitut du procureur, dans son réquisitoire, a bien précisé que nous sommes devant deux thèses, et non plus une seule comme il a toujours été suggéré. Les tenants de la thèse adverse sont maintenant connus ; il s’agit du binôme FFS-FIS et de quelques trotskistes. Ces derniers, qui ont prétendu avoir défendu les colonisés que nous étions, ont en réalité défendu les valeurs de la France. Tout ce monde, qui ne représente en fait qu’une infime partie des Algériens, croit défendre toute l’Algérie. La présence inopinée et impromptue de Hocine Aït-Ahmed au procès en faveur de Souaïdia a fait tomber les masques. Le résultat de ce procès permettra, à l’avenir, aux Algériens patriotes et convaincus de s’attaquer à tous ceux qui, au-delà de la Méditerranée, veulent faire du sang des malheureuses victimes du terrorisme un fonds de commerce. Une brèche est désormais ouverte qui permettra à l’avenir une meilleure communication. Ce procès aura aussi réussi à lever l’épée de Damoclès qui pesait sur l’ensemble des Algériens patriotes qui ont dit non à l’intégrisme. Autre point important, le classement sans suite d’une dizaine de plaintes déposées par le binôme FFS-FIS. L’objectif est donc atteint. Il s’agissait d’expliquer et de défendre l’arrêt du processus électoral par d’autres moyens. Revenons à cette affaire du 5 Juillet. Il est malheureux que beaucoup de nos concitoyens, qui ignorent la symbolique de cette date, ne s’en rappellent que parce que c’est une journée chômée et payée. Il est tout aussi malheureux que certains s’érigent en donneurs de leçons à l’endroit de gens qui ont combattu armes à la main pour que ce jour soit. Je considère ce procès comme un défi lancé à ceux-là mêmes qui continuent à croire que l’Algérie est un pays encore sous leur domination, corvéable et taillable à merci, qu’elle est une république bananière et que ses militaires sont des “barbares” comme l’ont été les militaires français pendant la guerre d’Algérie. Il est permis de se demander pourquoi “le livre de Souaïdia” a été publié en même temps que celui du général Aussaresses. Beaucoup d’interrogations me viennent à l’esprit : n’y a-t-il pas un rapport avec l’ouverture d’une partie des archives relatives à la guerre d’Algérie, lesquelles mettent à nu les véritables tortionnaires des Algériens ? Triste comparaison avec l’armée algérienne pour tenter d’échapper à un jugement pour crimes contre l’humanité dont se sont rendus coupables les responsables politiques et militaires français. S’agissant de la cabale contre les généraux algériens, elle a été montée de toutes pièces par des Algériens et à partir de l’Algérie, ces trois dernières années ; depuis que l’arrêt du processus électoral est devenu “un délit et une violence”, que le terroriste sanguinaire est devenu “Monsieur Hattab”. Plus récemment encore, devant un parterre de cadres de la Nation, au lieu de faire le bilan de ces trois dernières années, on continue à parler de la décennie noire de Abdelhamid Brahimi et à assimiler l’arrêt du processus électoral à “une interruption de grossesse”. Tout a été dit et fait pour que le terrorisme revienne en force. Le peuple algérien se souviendra et un jour il demandera des comptes. J’ai récemment déposé une plainte contre le journal L’ Expression qui, dès l’annonce de mon procès, a touché à ma dignité en me traitant de “bourreau du peuple”. Le directeur de ce journal répondit à une remontrance qui lui fut faite par un haut responsable en ces termes : “Je croyais être dans la ligne !”. Lors du procès qui aura lieu devant un tribunal algérien, contre le directeur de ce journal, la vérité éclatera.
Fait à Alger le 10 juillet 2002
G. Khaled Nezzar

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LE GENERAL A LA RETRAITE S’EN PREND A LA CONCORDE CIVILE

Nezzar épingle Bouteflika

Le Soir d'Algérie, 11 juillet 2002

Khaled Nezzar revient à la charge. Et un peu comme en cet automne d’incertitude de 1998, l’ancien ministre de la Défense s’en prend vertement à Bouteflika. Sans le nommer mais en des termes crus, Nezzar évoque le locataire d’El-Mouradia à qui il impute la responsabilité de la résurgence brutale de l’intégrisme et de son prolongement naturel, le terrorisme.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - L’ex-homme fort de l’ANP et membre du Haut-Comité d’Etat, qui réagissait ce mercredi via un communiqué, fait bien la part des choses. Concernant bien sûr le procès qu’il avait intenté contre un certain Souaïdia, ainsi que la signification politique réelle de son initiative. “Le procès a permis à des Algériens patriotes et convaincus de défendre encore une fois l’Algérie comme ils ont eu à la défendre pendant la période coloniale”. Khaled Nezzar, qui assume avec force conviction l’arrêt salutaire du processus électoral suicidaire de décembre 1991, la finalité de l’initiative est de faire voler en éclats la stratégie de la propagande intégriste “selon qui plus le mensonge est gros, plus il a de chance d’être crédible”.Nezzar se revendique alors d’une “deuxième thèse” désormais admise outre- Méditerranée. “Les tenants de la thèse adverse sont maintenant connus, il s’agit du binôme FFS-FIS et de quelques troskistes”. Le général à la retraite va au fond des choses : “Ce procès aura aussi réussi à lever l’épée de Damoclès, qui pesait sur l’ensemble des Algériens patriotes qui ont dit non à l’intégrisme. Autre point important, le classement sans suite d’une dizaine de plaintes déposées par le binôme FFS-FIS. L’objectif, écrit-il encore, est donc atteint. Il s’agissait d’expliquer et de défendre l’arrêt du processus électoral par d’autre moyens”. L’ignoble interrogation “qui tue qui ?” avait , il est vrai, jusque-là la voie libre en Occident. Cela dit, Nezzar n’en restitue pas moins l’équation en ces termes exactes : “S’agissant de la cabale contre les généraux algériens, elle a été montée de toutes pièces par des Algériens et à partir d’Alger, ces trois dernières années”. La précision de l’élément “temps” n’est bien entendu pas fortuite : trois années, c’est l’âge de la concorde et de la grâce amnistiante. Mais aussi d’un “certain discours politique ambiant” (dixit la fameuse source autorisée du MDN qui se confiait fin juin dernier au Soir d’Algérie). Et pour paraphraser Nezzar “depuis que l’arrêt du processus électoral est devenu “un délit et une violence”, que le terroriste sanguinaire est devenu “monsieur Hattab” (...) que l’arrêt du processus électoral est assimilé à une interruption de grossesse”. Nezzar ira plus loin encore et accuse : “Tout a été fait pour que le terrorisme revienne en force. Le peuple algérien se souviendra et un jour il demandera des comptes”. L’ancien ministre de la Défense exprime, différemment seulement, l’appréciation que fait le MDN de la gestion du phénomène intégriste en général, terroriste en particulier, par les autorités publiques, et donc le Président Bouteflika. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, que depuis quelques jours, certains médias proches de la Présidence s’en prennent vertement à la haute hiérarchie de l’ANP. Le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, est, de temps à autre, la cible de véritables “brûlots” inimaginables jusque-là. Idem pour Khaled Nezzar qui confie, dans le même communiqué, avoir déposé plainte contre un quotidien qui “dès l’annonce de mon procès, écrit-il à propos du journal dont il cite le nom, a touché à ma dignité en me traitant de “bourreau du peuple”. Le directeur de ce journal répondit à une remontrance qui lui fut faite par un haut responsable en ces termes : “Je croyais être dans la ligne !”. Lors du procès qui aura lieu devant un tribunal algérien contre le directeur de ce journal, la vérité éclatera”. Nezzar entamera- t-il l’étape “visible” de ce qui s’apparente à un véritable feuilleton de l’été ?
K. A.

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