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La révolution judiciaire en marche Le Canard enchainé, 2 mai 2001 L'indépendance de la justice est une merveilleuse avancée pour l'Etat de droit. Prenons l'exemple récent de la plainte pour tortures contre le général algérien Nezzar. Il fut un temps où, pour des raisons de haute diplomatie, le garde des Sceaux aurait donné au procureur de Paris l'ordre de ne rien faire et de laisser le dignitaire s'envoler tranquillement. C'était l'époque de la justice asservie. Aujourd'hui, en toute indépendance, sans consigne de quiconque, et sans la moindre préoccupation politique, le procureur de Paris décide de ne rien faire et de laisser s'envoler le dignitaire tortionnaire. Ça a une autre allure non ? L'Algérie sur voie de garage au Quai À deux reprises, et en moins de cinq jours, les dirigeants français, Hubert Védrine en tête, ont démontré leur incapacité à réagir normalement dès qu'il s'agit de l'Algérie et des droits de l'homme. Le 25 avril, le chef du Quai d'Orsay, avec l'accord de l'Elysée et de Matignon, s'est beaucoup démené en faveur du général Khaled Nezzar, ex-président du Haut Conseil d'Etat. Il fallait éviter que cet ancien patron du pays, en visite à Paris, ne soit interrogé, voire retenu par la police, à la suite d'une plainte déposée par des Algériens. Lesquels l'accusent d'avoir cautionné ou ordonné les tortures dont ils ont été les victimes. La plainte justifiée par la Convention des Nations unies est rendue recevable par l'article 77 du Code français de procédure pénale. La petite comédie diplomatique montée à ce propos fut d'un ridicule achevé. Une fois la plainte enregistrée au parquet de Paris, le procureur adjoint demandera aux policiers d'interroger les plaignants. Puis de " localiser " le général Nezzar. Aimable plaisanterie : chacun pouvait savoir que, le soir même, ce valeureux soldat devait faire la " promotion " d'un livre dont il est l'auteur au Centre culturel algérien. Trois heures quarante-cinq minutes après le dépôt de la plainte, c'était l'affolement sur l'autre rive de la Méditerranée. Après concertation avec le cabinet d'Hubert Védrine, les collaborateurs de Bouteflika expédiaient un fax à l'ambassade de France d'Alger. Le secrétaire général de la présidence y affirmait avec impudence que Nezzar était " en mission officielle " sur le territoire français. Objectif convenu entre Alger et Paris : faire bénéficier de l'immunité diplomatique ce soldat aux cinq étoiles. Sauvez le soldat Nezzar ! Du coup, les apparences étaient sauves pour le Quai d'Orsay et le parquet de Paris. Et un avion, dépêché d'Alger en catastrophe, atterrissait au Bourget pour sauver le général. Commentaire ironique de Sas, un humoriste apprécié à Alger : " Nezzar a commencé sa carrière militaire par une désertion (officier de l'armée française, il avait rejoint le FLN), il a terminé sa carrière politique par une fuite. " Cinq jours après cette retraite sans gloire d'un militaire aux abois, Hubert Védrine se voyait contraint de réagir face à la crise que connaît l'Algérie. Mais il pesait soigneusement ses mots, alors que les quelques 80 morts et les très nombreux blessés par balles en Kabylie auraient mérité un autre genre de compassion. Tout en déplorant " l'immense tragédie " que vivait l'Algérie, Hubert Védrine se limitait à déclarer sur l'antenne de radio J : " l'histoire entre la France et l'Algérie ne peut prédispose pas la France a distribuer des bons et des mauvais points ( ) à donner de loin des leçons, à condamner. " Chacun peut se demander quels " bons points " seraient à distribuer aux militaire de ce pays. Et c'est à croire que, dans les déclarations officielles des autorités françaises, un mort algérien ne pèse pas le même poids qu'un mort palestinien. Pourtant, dans un cas comme dans l'autre, on sait qui tire sur qui. Claude Angeli S'ils crient " Pouvoir assassin ! ", les Kabyles de Tizi-Ouzou et de Paris ne s'insurgent pas seulement contre les tirs dont leurs frères sont victimes. Ou contre la misère et la corruption. Le livre " La sale guerre " (éditions La Découverte) se vend comme des petits pains en France et circule sous le manteau en Algérie, y compris en photocopie. Ne reste plus qu'à tirer sur les photocopieurs
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www.algeria-watch.org
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