|
|||||
|
Un général
algérien accusé de tortures fuit Paris Jooneed Khan, La Presse (Montreal), 27 avril 2001 La fuite jeudi d'un général algérien de Paris, où des poursuites pour tortures venaient d'être ouvertes contre lui, a provoqué, selon le quotidien Libération, «un véritable séisme politique» à Alger, où l'attention est plutôt braquée sur la poursuite des émeutes sanglantes en Kabylie, avec au moins cinq autres morts. La fuite du général Khaled Nezzar, décrit par des familles de disparus comme «le parrain de la sale guerre» ayant fait depuis 1992 entre 100 000 et 200 000 morts en Algérie, a aussi provoqué une vive polémique en France, les avocats des plaignants accusant les autorités d'avoir fait jouer la «raison d'État» pour laisser s'échapper un «Pinochet» algérien. Pur produit de l'appareil militaire du régime FLN, Nezzar mena «l'effroyable répression des émeutes de 1988 à Alger», accuse l'Association Vérité et Justice pour l'Algérie, qui réunit une manifestation contre lui, mercredi à Paris. Plus de 500 personnes furent alors tuées et des milliers d'autres torturées. Nommé ministre de la Défense en 1990, il dirigea le coup d'État de janvier 1992 contre le président Chadli Bendjedid, annulant les législatives, instaurant le «Haut comité d'État» et l'état d'urgence, et engageant la guerre contre les islamistes et leurs sympathisants selon la stratégie de «l'éradication». À la retraite depuis 1993 mais toujours très influent au sein du pouvoir, Nezzar était à Paris pour faire la promotion d'un livre écrit par lui, Échec à une régression programmée. Il y justifie sa stratégie, et défend l'armée, écorchée par la parution récente d'ouvrages de deux anciens militaires : La Sale Guerre, de Habib Souadia, et Qui a tué à Bentalha?, de Nasroullah Yous. Mais le parquet de Paris jugeait recevables les plaintes, portées le matin même contre Nezzar, 64 ans, par deux anciens détenus et la famille d'un mort, Algériens résidant en France, en vertu de la Convention de 1984 contre la torture. Ce texte prie les États signataires à poursuivre tout présumé tortionnaire se trouvant sur leur territoire, quelle que soit sa nationalité. L'enquête préliminaire étant donc ouverte, la brigade criminelle devait entendre les plaignants jeudi, et vérifier le statut du général en France. Mais le quai d'Orsay, citant l'ambassade de France elle-même alertée par les autorités à Alger, annonçait aux avocats Antoine Comte et William Bourdon que Nezzar était «en mission officielle» en France. «Comment une personnalité qui vient faire en France la promotion de ses écrits, sans que son programme ne prévoie aucune rencontre avec des officiels français, pourrait-elle être considérée comme effectuant une mission officielle?» demande le journal Le Monde. Toujours est-il que le général Nezzar, pour éviter le sort de Pinochet en Grande-Bretagne ou du militaire mauritanien Ely Ould Dah en France, rentrait précipitamment en Algérie jeudi matin sans être le moindrement incommodé par les autorités françaises. Soulignant qu'«aucun obstacle juridique ne s'opposait à son arrestation en France», la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme) a «déploré qu'aucune mesure conservatoire n'ait été prise pour prévenir la fuite prévisible du général». Les avocats des plaignants ont estimé qu'il est grand temps que les responsables politiques français choisissent entre le cynisme de la realpolitik et l'universalité des droits qu'ils proclament dans les instances internationales. En Kabylie entre-temps, la police tuait trois jeunes par balles à El Kseur, et deux autres à Ifri Ouzelaguen et Ighzer Amokrane, atteints à la tête par des grenades lacrymogènes. Les blessés se comptaient par dizaines. Selon des journalistes rendus sur place, les émeutes étaient dirigées tant contre le mépris des autorités que pour l'identité amazighe et le droit au travail.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||