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«La cabale parisienne», Souaïdia, le FFS, la Kabylie, et le MAOL... Les explications dun général Mounir B., Le Quotidien d'Oran, 26 mai 2001 Un mois, jour pour jour, après sa mésaventure parisienne, le général à la retraite Khaled Nezzar rompt le silence lors dune rencontre restreinte organisée par son éditeur algérois «Chihab Editions». Tenue dété kaki, teint reposé et une silhouette toujours aussi massive, le général Nezzar avait de faux airs dun sexagénaire de retour de vacances. Le personnage dégageait une sérénité pesante que seule le rythme effréné de consommation de cigarettes trahissait légèrement. Nezzar baigne dans cette atmosphère soft, loin des tumultes de ce 25 avril où il partit précipitamment de Paris après une plainte déposée contre lui pour «torture», après avoir tenté de présenter sa suite des mémoires «Echec à une régression programmée» (Chihab Editions). Depuis son retour, Nezzar na pas évoqué cette «cabale parisienne». Lhomme, qui naime pourtant pas les dérobades, revient sur ces évènements et dautres sujets dactualité avec franchise de ton. Certains avaient interprété son silence comme le fait que «Nezzar a été sommé de se taire». Lancien ministre de la Défense affirme: «Personne ne peut me censurer». Morceaux choisis dune rencontre particulière.
LA PLAINTE ET LE DEPART DE PARIS
Khaled Nezzar était impatient dévoquer cet épisode. Néanmoins, il a souligné quil «navait pas besoin de recul pour le faire. 36 heures avant darriver en France, je le savais. Il sest trouvé des cercles, des leviers très puissants, dont lInternationale socialiste, qui mattendaient de pied ferme ce 25 avril. Je savais quil y aurait quelque chose. Mon souci, surtout durant la conférence (au Centre culturel algérien), est quelle soit interrompue par quelque chose avec larrivée de toutes les télévisions et la présence de 80 journalistes dans la salle». Depuis ce jour-là, Nezzar a digéré cet affront et contre-attaque en donnant quelques précisions sur les auteurs de la plainte: «Il y a Boukezouha Abdelwahab. Un activiste notoire au sein de groupes terroristes, qui a participé au vol dune recette où il a empoché 25 millions de centimes. Il a entraîné son fils de 15 ans, actuellement stagiaire à Air Algérie, dans cette aventure. Son malheureux fils a purgé sa peine, alors que lui a été condamné par contumace puisquil a fui en France, bénéficiant dune carte de résidence et se permettant même de porter plainte (...). Le second est Laribi Lyès. Il a été interné dans un camp pour détention et diffusion de tracts subversifs et a même comparu devant le tribunal militaire de Blida pour destruction de matériel de larmée. Libéré, il sest enfui en France (...). Quant au troisième, Si Mozrag, cest un terroriste notoirement connu qui a été expulsé par la France elle-même au Burkina Faso. Cette famille me reproche la mort de leur fils alors que javais quitté le HCE et le MDN à lépoque des faits». Mais le général Nezzar va au-delà dévoquer le CV de ses accusateurs: «Ils sont connus et je connais même ceux qui sont derrière», lâche-t-il. Le conférencier se crispe, consulte ses notes, réfléchit et livre un nom: Djaffer Aït Mokrane. Un chercheur au CNRS français qui «a fait la campagne de Wafa», le parti non autorisé dAhmed Taleb El-Ibrahimi. Nezzar sarrêtera là: «Il y a dautres noms. Je verrai par la suite si je les dévoile».
«UN JOUR, JE RETOURNERAI EN FRANCE»
Pourtant, Nezzar dira des noms et dira que ce qui sest déroulé lors de cette journée du 25 avril est «une affaire dEtat». Au passage, il écorne Ahmed Djeddaï, membre de la direction du FFS, qui avait déclaré à Sétif que «les généraux algériens ne pourront plus sortir». «Moi, je ressortirai», dira-t-il, suivi dun rire sarcastique: «Je fais de lhumour comme M. Djeddaï a dit en faire. Cest un funambule qui a craint la diffamation. Je ne sais pas à qui voulait-il en venir». Plus sérieusement, Nezzar expliquera que ceux qui sont derrière cette affaire sont ceux qui étaient, en 1992, «contre larrêt du processus électoral. Moi, je le revendique». Il précisera en évoquant son départ tumultueux de Paris: «Moi, jétais prêt à rester. Jai des arguments pour me défendre face aux moyens de la justice. Il y a de nombreux Algériens qui ont salué larrêt du processus électoral et qui sont venus mapporter leur soutien. Je ne suis pas seul dans cette affaire». Evoquant un possible retour en France, Khaled Nezzar tranche: «Il faudra bien un jour que je retourne. Ce nest pas de la provocation mais demain je peux voyager».
«DURE SERA LA CHUTE POUR SOUAIDIA»
En revenant sur lépisode de Habib Souaïdia, auteur de «La sale guerre», que Nezzar était tout disposé à en évoquer les «mensonges» lors de son passage mouvementé à Paris, lancien ministre de la Défense sest comme pris de pitié pour cet ancien sous-lieutenant. «Je le plains. Souaïdia est sur un nuage mais dure sera la chute. Après quon lait pressé comme un citron, on le jettera aux oubliettes. Dailleurs, il ne fait plus recette. Il fuit les personnes qui ont des arguments. Il a refusé de rencontrer, face à face sur un plateau de télévision, lécrivain Yasmina Khadra (commandant Moulesshoul, Ndlr), qui avait quitté lANP en 2000 et qui est un opérationnel qui était au bureau de reconnaissance de la deuxième Région militaire». Toutefois, Nezzar regrette que des amis de lAlgérie aient été trompés par ce livre et prône à cet effet une plus grande communication de linstitution militaire et de ses officiers afin «dapporter la contradiction à tous ces mensonges». Il cite, à ce propos, un cas typique de «manipulation». «Souaïdia évoque un certain commandant Boukhari. Or, il y en a deux dans larmée. Le premier est un procureur militaire à la retraite qui est un administratif. Cela ne peut donc être lui. Le second est son ancien directeur décole. Sil sagit de lui, ce serait la preuve que Souaïdia use de procédés ignobles puisque ce commandant est mort en opération dans la région de Bel-Abbès, donnant sa vie pour son pays».
«LE MEMORANDUM DU FFS EST TENDANCIEUX»
Khaled Nezzar développe par la suite une analyse sur ses ennuis parisiens et leurs répercussions sur larmée algérienne et les relations algéro-françaises. «Cest une affaire qui ne sarrête pas uniquement à Nezzar. Jai toujours voyagé en France. Je descends toujours au même hôtel. Pourquoi cette fois-ci il y a eu des problèmes ? Ce problème se posera à tous les officiers de linstitution militaire. Pas uniquement pour de vieux officiers comme moi, mais pour les jeunes militaires également. Le problème se posera pour eux. Il y a des lobbys importants qui veulent une cassure entre lAlgérie et la France». Evoquant le mémorandum du FFS envoyé par Aït Ahmed à la présidence, au MDN et au DRS, Khaled Nezzar indique quil nen a pas pris connaissance: «Cest une manipulation politique. Cela suppose quimplicitement larmée interfère dans les problèmes politiques du pays. Le fait de ladresser aux militaires est déjà tendancieux. En quoi larmée est concernée ? Quest-ce que cela veut dire que de lenvoyer au DRS, qui nest dailleurs pas la seule institution de renseignements de notre pays ? Il y a un amalgame quon veut créer pour faire croire aux gens que cest larmée qui prend les décisions. Dans tous les Etats du monde, larmée participe à la prise de décision».
«ON NE DOIT PLUS TIRER SUR LES JEUNES EN KABYLIE»
La Kabylie ? Khaled Nezzar, même sil ny était pas préparé, répond à ce sujet dans son style direct. «Ces évènements nous interpellent. Cest une situation difficile qui na pas lair de vouloir sarrêter. Des jeunes sont morts, fauchés à la fleur de lâge. Je mincline humblement devant leur mémoire et tout le monde doit soutenir leurs familles dans cette détresse (...). Est-ce une crise ? Pas jusque-là. Jespère quon laissera sexprimer les opinions en Algérie. Maintenant, le président a parlé. Il y a un président de commission denquête qui a été installé (Me Issaâd, Ndlr) qui est un homme très sage et très intègre. Laissons-le travailler. Je comprends quon veuille sexprimer pour cette liberté, mais pacifiquement, surtout dans une situation marquée par la subversion intégriste». Sur ce fait, Nezzar compare ces évènements à «un oued qui vient en crue, balayant tout sur son passage», et situe le problème au niveau des libertés: «Si les libertés sont garanties, et cest le b.a.-ba de la démocratie, leurs revendications pourront se faire pacifiquement». Néanmoins, Nezzar indique quà partir de cette fois, «le peuple algérien nacceptera plus quon puisse tirer sur les jeunes et par derrière. Les Français lavaient compris en 1962, lors du massacre de la rue dIsly. Il y a un problème psychologique. La société algérienne a évolué. En 1988, on avait pensé à une chaîne de balles en caoutchouc, un peu ce qui se passe lors des manifestations en Corée du Sud qui sont généralement très violentes, mais où on na jamais tiré sur la foule». Lancien militaire évoque un problème de moyens pour «canaliser» ces émeutes. «Les moyens existent, il faut équiper les forces de sécurité pour ne plus avoir à tirer sur nos compatriotes». Quant à la notion de légitime défense invoquée par la Gendarmerie nationale, Nezzar dira: «Cela peut être dans certains cas de la légitime défense, mais je ne connais pas les détails de ces évènements en Kabylie. Cest à la commission Issaâd den faire la lumière».
LE MAOL
En présentant son livre, Khaled Nezzar a fait un exercice de communicateur assez équilibré quil défend. Prônant une communication offensive, le général à la retraite cite le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres), constitué de déserteurs, comme un contre-exemple. «Cest un site de propagande qui a eu un certain crédit car les gens ne communiquent pas. Ce site parle du général Djouadi et dune réunion, en 1992, de 450 officiers présidée par le général Gaïd Salah. Non seulement à cette réunion il ny avait que 25 officiers supérieurs, mais cétait moi qui les présidais ! Si on se donnait la peine de communiquer et dapporter la contradiction, comme je tente de le faire par mes livres, à Paris ou avec vous ici, des mensonges pareils nauront plus cours». Après une heure de temps, Nezzar clôture cette rencontre en allant au-devant de ses lecteurs, venus en nombre, au siège de Chihab Editions, pour une séance dédicace. Après avoir refusé, durant tout un mois, les nombreuses sollicitations de journalistes algériens et étrangers, Nezzar revient, un brin provocateur, sur les sujets qui fâchent, comme pour insinuer quil nest pas homme à se taire. Ni à se faire censurer.
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www.algeria-watch.org
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