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La
justice française poursuit Khaled Nezzar
Maroc Hebdo International
- Semaine du 4 au 10 mai 2001
La saga dun général
aux mains sales
La plainte déposée
contre le général Khaled Nezzar, par les victimes de la repression
en Algérie, auprès du procureur de la République française
à Paris, révèle la nature dictatoriale et sanglante du
régime algérien. Le général en chef de la junte
militaire qui tient lAlgérie sous sa coupe est accusé de
tortures systématiques, de crimes organisés et de liquidations
massives. Le document est de maître William Bourdon du barreau de Paris,
avocat des plaignants.
Il peut être affirmé
que les très graves violations des droits de l'homme commises à
compter des années 1992 et notamment l'usage systématique de la
torture s'inscrivent dans le cadre d'un programme de harcèlement sinon
d'élimination systématique pour des mobiles politiques dont Khaled
Nezzar était le principal instigateur et artisan.
Les caractères massif ou systématique et organisé des crimes
commis en Algérie depuis octobre 1988, et particulièrement après
le 11 janvier 1992 et jusqu'à ce jour, ressortent suffisamment des faits.
Pour en comprendre la logique il nous paraît nécessaire d'en faire
un bref historique.
Dès octobre 1988, et surtout après le 26 décembre 1991
et jusqu'à ce jour, des milliers de civils sont arrêtés
en dehors des formes prescrites par la loi, séquestrés, déportés,
exécutés sommairement, empoisonnés ou condamnés,
torturés ou tués dans des conditions atroces: certains sont enterrés
anonymement avec «X» comme patronyme, parce que méconnaissables
après l'assassinat pendant la torture alors que d'autres victimes furent
brûlées vives
Exterminateur en chef
Le Général
Khaled Nezzar a occupé différents postes militaires lui permettant
toujours d'agir non seulement sur les troupes, mais sur toutes les autorités
civiles et militaires. Le général-major était, déjà
en 1982, chef de la 5éme Région militaire à Constantine.
Il devient chef des forces terrestres en 1986. Sa désignation au commandement
pour le rétablissement de l'ordre a eu lieu le soir du 5 octobre 1988,
en même temps que la signature du décret portant proclamation de
l'état de siège sur tout le territoire. Il dirigeait l'armée
lorsque celle-ci tire sur des émeutiers, en octobre 1988, parce qu'il
était le plus haut responsable de la gestion de l'état de siège
avec 600 morts et plusieurs centaines de victimes de tortures pratiquées
à une large échelle.
Répression systématique
Promu chef d'état-major
de l'armée en remplacement du Général Belhouchet, puis
général-major le 5 juillet 1990, il devient ministre de la Défense
le 27 juillet 1990, un poste réservé depuis 1965 au président
de la république, et le restera jusqu'au 10 juillet 1993. Comme ministre
de la Défense, il devient alors l'homme de toutes les décisions
au sein du pouvoir, il met sur pied une commission composée de généraux
influents en décembre 1990, c'est-à-dire après les élections
locales de juin 1990, chargée de contrer l'avancée du parti politique
Front islamique du salut. Il joue un rôle important pour limoger, le 5
juin 1991, le chef du gouvernement, le réformateur Mouloud Hamrouche,
- envers lequel il manifeste ouvertement son inimitié, et le fait remplacer
par Sid-Ahmed Ghozali. Après avoir protesté contre les résultats
d'élections libres, sous prétexte que le parti vainqueur des élections
avait l'intention de mettre en péril les valeurs démocratiques,
il contraint et force le président de la République élu,
Chadli Bendjedid, à la démission en janvier 1992, provoquant ainsi
une crise politique.
En juillet 2000, Khaled
Nezzar crée une société, au capital de 6 millions de dinars
(500.000 FF) avec trois de ses enfants. L'entreprise, Soft Link Com, est spécialisée
dans l'Internet, un marché encore vierge en Algérie. L'automne
2000, le général en retraite publie ses mémoires, et l'un
des chapitres s'intitule Comment j'ai nommé Zeroual, se reconnaissant
ainsi d'énormes pouvoirs puisque pouvant désigner, à la
place du suffrage universel populaire, les chefs d'État de l'Algérie.
Il résulte dun rapport sur la torture en Algérie que lorsque
Khaled Nezzar, était ministre de la Défense, pendant les années
1992 et 1993, la torture a été massivement utilisée soit
dans les lieux de détention contrôlés par l'institution
militaire soit dans les prisons militaires comme celle de Blida.
Cette situation est également décrite dans un rapport rédigé
par le Département d'État des États-Unis.
Anti-mémoires
accusatrices
Le caractère systématique
et massif des crimes de torture dans les années 92 et 93 résulte
également du Livre blanc sur la répression en Algérie.
Le rôle de Khaled Nezzar est décrit dans l'ouvrage Le livre noir
sur l'Algérie pages 115, 117, 143 et 144.
Le Comité des droits de l'homme des Nations Unies a constaté dans
son rapport de 1998 que «les autorités de la république
algérienne ont été dénoncées comme étant
responsables de l'utilisation de la torture et de mauvais traitements à
grande échelle (
) ».
Par la suite, il a occupé le poste de chef d'État dans une structure
collégiale -le HCE - avec quatre autres personnes.
Khaled Nezzar était le membre le plus influent du HCE qui avait des prérogatives
extrêmement importantes sous la direction duquel fut prônée
et appliquée une politique très répressive à l'encontre
de l'ensemble des opposants et notamment à l'encontre du FIS.
C'est publiquement et ouvertement que Khaled Nezzar a prôné et
encouragé cette politique de répression.
En tout état de cause, il est indiscutable et indiscuté que la
responsabilité en l'espèce du supérieur hiérarchique
qu'était le Général Khaled Nezzar quelles qu'aient été
ses fonctions, soit ministre de la Défense ou Président du HCE,
est gravement engagée du fait des fonctions qui étaient les siennes.
En effet, il est irréaliste d'imaginer l'usage aussi massif et systématique
de la torture, dans des lieux de détention militaires et/ou contrôlés
par des militaires ait pu intervenir sans son aval.
Par conséquent, à la responsabilité du Général
Khaled Nezzar en qualité de supérieur hiérarchique, se
double sa responsabilité pénale directe du fait d'être l'instigateur,
le coordinateur, l'organisateur présumé de la politique de torture
systématique commise dans les années 92, 93 et 94 dont ont été
victimes les parents des plaignants.
Bien entendu, le Général Khaled Nezzar ne saurait se prévaloir
d'une quelconque immunité dès lors qu'il apparaît avoir
été responsable de la commission de crimes internationaux pendant
qu'il exerçait les fonctions de ministre de la Défense et postérieurement
pendant qu'il exerçait le rôle extrêmement important qui
était le sien jusqu'au 30 janvier 1994 au sein du HCE.
Massacre à Bab
El Ouad
Le Général
Khaled Nezzar fait l'objet de nombreuses mises en cause précises et concordantes
soulignant sa responsabilité en qualité de ministre de la Défense
et ensuite en qualité de chef d'État de fait, dans le cadre collégial
du HCE, recueillies par les organes pertinents des traités des droits
de l'homme, ainsi que par les rapporteurs spéciaux et groupes de travail
de la Commission des droits de l'homme et, enfin, par de nombreuses organisations
non gouvernementales des droits de l'homme.
Responsable direct de l'exécution extrajudiciaire d'une cinquantaine
de victimes civiles à Bab-El-Oued (Alger), le requis, Khaled Nezzar,
présente lui-même les faits qui se sont déroulés
le 10 octobre 1988. Nous utilisons les propres propos du mis en cause. Les faits
et les déclarations du mis en cause sont tirés du livre Octobre
: ils parlent, Entretien réalisé par Ahmed Semiane, éditions
Le Matin, Alger, 1998.
Le massacre de Bab-El-Oued du 10 octobre est présenté ainsi qu'il
suit:
Au moment crucial, Khaled Nezzar se dérobe et décrit le massacre
comme une surprise, en tous les cas comme s'il n'avait pas donné l'ordre
de tirer. Des militaires ont tiré, comme ça, parce qu'ils
n'en avaient pas l'habitude, par peur. Il y a malheureusement eu de rares cas
où les militaires ont réagi de la sorte.
Mais il dévoile un peu plus loin le motif de l'ordre de tuer: Les
coups de feu qui avaient été tirés ont influé sur
le cours des événements. Ils étaient inattendus et ont
permis, en même temps, de mettre en sourdine les manifestations. Le jeu
s'est calmé peu à peu.
Cest dans ces conditions que les plaignants déposent plainte entre
vos mains, Monsieur le Procureur de la République, de chef de tortures
et traitements cruels, inhumains et dégradants, infractions commises
depuis temps non prescrit, à lencontre du Général
Khaled Nezzar.
La compétence des juridictions de Paris résulte du fait que le
Général Khaled Nezzar se trouve à Paris depuis un temps
indéterminé et en tous les cas sy trouvera dans la journée
du 25 avril 2001 à 18h30.
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