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Le
général Khaled Nezzar objet d'une information judiciaire à
Paris
Les
généraux aux abois
Avec l'affaire Khaled
Nezzar, la pinochisation des rapports entre Paris et Alger a de
très fortes chances de limiter sérieusement les déplacements
de la classe dirigeante algérienne en France, voire en Europe.
Mustapha
Tossa - Maroc Hebdo International - Semaine du 27 avril au 3 mai 2001
À Paris pour la
promotion de son livre Échec à une régression programmée
édité par Publisud, le général algérien Khaled
Nezzar a entamé cette semaine une tournée médiatico-politique.
Il fallait, en bavardant sur ses mémoires, tenter d'atténuer l'effet
désastreux des livres algériens qui imputent à l'armée
certains massacres spectaculaires. L'affaire a très vite mal tourné,
le général-écrivain a reçu un accueil vigoureux
dans la capitale française. Les familles des disparus et les membres
de lAssociation Vérité et Justice en Algérie n'ont
pas cessé de manifester à chaque apparition du général
très vite piteux et confus.
Massacres
Cette sortie dun
des hommes clefs du système algérien qui a tourné au cauchemar
obéissait à une stratégie de communication"
établie dans la précipitation par larmée algérienne
plus que jamais sous le choc de la publication par les éditions La Découverte
des deux livres qui ont infligé un choc aux généraux suspects
de génocide. Le premier Qui a tué à Bentalha?, de Nesrallah
Yous, enfonce les unités spéciales de l'armée algérienne
dans le sang des 300 morts du petit village de Bentalha, en 1997. Dans le deuxième,
La Sale guerre de lex-lieutenant Habib Souaâdia, ancien membre des
forces spéciales lui-même, accuse les généraux de
torturer, assassiner et planifier la terreur au même titre que les terroristes.
Avant darriver à Paris, le général Nezzar avait accordé
une interview au Figaro Magazine dans laquelle il avait inauguré un argumentaire
fantaisiste: larmée algérienne nest responsable daucun
de ces massacres quune presse malveillante essaie de lui attribuer
,
larmée avait mis fin au processus électoral qui avait vu
une victoire écrasante du FIS, en janvier 1992, pour empêcher une
talibanisation" de lAlgérie, la mort de Boudiaf fut
une grande catastrophe pour la hiérarchie militaire algérienne,
la vague terroriste est en régression et le bout du tunnel nest
pas loin. Tout pour écurer les plus bienveillants des auditoires.
Le contexte international a connu de notables modifications en ce qui concerne
la législation sur les crimes contre les droits de l'homme. Pinochet
et Milosevic en savent quelque chose.
La Justice internationale va rendre possible ce qui était inimaginable,
il y a une semaine: dans le cas algérien linimaginable est en train
de se produire. Dans la matinée du mercredi 25 avril 2001, deux avocats
parisiens, Maître Williams Bourdon et Maître Antoine Comte ont été
chargés par douze personnes dont quatre qui disposent de la nationalité
française de déposer, auprès du Parquet de Paris, deux
plaintes contre le général Khaled Nezzar pour séquestrations
avec tortures, assassinats prémédités et exécutions
extrajudiciaires entre les 5 et 12 octobre 1988 et entre 1992 et 1995.
La seconde plainte émane dun citoyen algérien contre Khaled
Nezzar pour séquestration avec torture, déportation et harcèlement,
du 16 janvier 92 à ce jour, sur la personne du plaignant et les membres
de sa famille. Dès le dépôt de cette plainte, le Parquet
parisien, qui sest déclaré compétent, a décidé
dauditionner les victimes. Le quai dOrsay, ministère des
Affaires étrangères, observait jeudi un mutisme total sur cette
question qui est loin darranger ses affaires. En effet, la diplomatie
française se trouve devant une situation à la fois inédite
et explosive: comment gérer ce genre de poursuite judiciaire qui a de
fortes chances de se reproduire aussi longtemps que des responsables avérés
de tortures et de séquestrations continuent à exprimer des envies
de voyages? On a dû attribuer le statut de diplomate à Nezzar pour
lui éviter des ennuis en France, de se faire embarquer comme un malfaiteur,
par exemple. La Fédération internationale des droits de l'homme
a déjà déploré qu'aucune mesure conservatoire
n'avait été prise à l'encontre du général
dont la fuite était prévisible
. Il est extrêmement
regrettable que Khaled Nezzar ait pu ainsi se dérober à ses responsabilités
sans être le moins du monde inquiété."
Séquestration
Avec l'affaire Khaled Nezzar,
la pinochisation" des rapports entre Paris et Alger a de très
fortes chances de limiter sérieusement les déplacements de la
classe dirigeante algérienne en France, voire en Europe. Du jamais vu.
Mais alors quel général enverrait encore des membres de sa famille
se soigner en France, puisque les visites au malade deviendraient périlleuses,
voire fatales à la liberté de se mouvoir des plus hauts galonnés
de l'armée algérienne?
Des sources algériennes à Paris ont expliqué à MHI
que cette situation de harcèlement judiciaire international était
prévisible et que pour avoir une sorte de paix juridique internationale",
la junte qui gouverne l'Algérie derrière Bouteflika est prête
à sacrifier quelques gros poissons pour calmer les ardeurs justicières
de certains milieux européens.
Impact
Les soucis d'Alger ne font
que commencer: les 5, 6, 7 mai prochain, près de soixante personnalités
participeront à La Haye (Pays Bas) à l'assemblée générale
constitutive d'une ONG contre l'impunité en Afrique, en Amérique,
en Europe et dans le Monde arabe, intitulée Justicia internationale".
Parmi les participants, on note la participation de Marocains, Me Mohamed Tarek
et Abderrahim Berrada, d'Algériens, Me Ali Yahia Abdennour en tête.
Cette ONG compte exploiter à fond la convention de New York de 1984 contre
la torture en vertu de laquelle Khaled Nezzar est poursuivi.
La France, qui a signé cette convention, souligne le communiqué
accusateur de maître Antoine Comte, a de plus introduit dans son droit
une disposition selon laquelle peut être poursuivie et jugée, si
elle se trouve en France, toute personne coupable de torture au sens de la convention.
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