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Mémorandum
à l'intention du gouvernement algérien
AMNESTY INTERNATIONAL, 23 Août
2000 (publié dans El Moudjahid, 18 septembre 2000)
Au courant de la dernière
année, Amnesty International a publiquement salué l'importante
diminution du nombre des arrestations effectuées dans des conditions
contraires aux dispositions des lois en vigueur, ainsi que celui des cas de
détention au secret et de garde à vue prolongée au-delà
de 12 jours permis par la loi algérienne.
L'organisation a salué l'engagement
pris par le Président Abdelaziz Bouteflika durant la campagne qui a précédé
son élection et dans la période post-électorale d'adopter
des mesures visant à faire la lumière sur le sort des personnes
"disparues".
Amnesty International est consciente
de la crise que vit l'Algérie depuis plusieurs années et de l'ampleur
du drame auquel a été confrontée la population civile,
profondément touchée dans son ensemble.
Aussi, Amnesty International a salué les mesures positives prises par
les autorités algériennes au cours de ces dernières années
dans le domaine des droits humains et notamment : la suspension des exécutions;
la ratification de la Convention pour l'élimination de toute forme de
discrimination à l'égard des femmes; l'engagement à résoudre
le problème des «disparitions»; la libération de milliers de prisonniers
condamnés dans des procès inéquitables, après la
révision des procès ou par des mesures de grâce; la nomination
de la Commission de la réforme judiciaire ; et l'annonce récente
de nouvelles mesures interministérielles entre les ministères
de la Justice, de la Défense et de l'Intérieur concernant le renforcement
des prérogatives de la justice dans le domaine du contrôle et de
la surveillance de l'action de la police judiciaire, l'obligation, sauf en cas
de refus de détenu, de visite médicale à la fin de la période
de garde à vue, et l'identification des lieux de garde à vue.
Le débat qui a eu lieu en Algérie, notamment au courant des derniers
18 mois, concernant le retour à la paix et les mesures à prendre
à cette fin, a permis à la société civile d'exprimer
avec force son espoir et son désir de tourner la page de cette période
longue et douloureuse. Le défi constitué par la gravité
de la situation ne peut être facilement relevé. Des mesures courageuses
et parfois difficiles à prendre sont nécessaires pour faire face
à la situation et pour restaurer et renforcer l'Etat de droit et la protection
des droits humains.
La satisfaction du besoin de vérité et de justice des victimes
et de leurs familles constitue la base essentielle d'une société
juste et équitable. Seul l'Etat a la capacité de prendre les mesures
nécessaires pour mettre fin à l'impunité et redonner confiance
à la société civile en la justice et l'Etat de droit. A
cette fin, il est important que des enquêtes approfondies soient menées
concernant toutes les violations passées, que les conclusions de ces
enquêtes soient rendues publiques et que tous les responsables des violations
soient traduits en justice en conformité avec les traités internationaux
et régionaux des droits humains dont l'Algérie est partie.
C'est dans un esprit de coopération que ce mémorandum confidentiel
est soumis aux autorités algériennes. L'Organisation espère
qu'un dialogue franc, constructif et fructueux en découlera en matière
de protection et promotion des droits humains en Algérie et ailleurs.
Les préoccupations dont il est fait état dans ce mémorandum
font l'objet d'un suivi approfondi et continu depuis plusieurs années
de la part d'Amnesty International. La plupart des questions soulevées
dans ce mémorandum ont été abordées auparavant par
l'Organisation, aussi bien dans des courriers confidentiels adressés
aux autorités algériennes que dans des rapports publics. N'ayant
à ce jour reçu aucune information détaillée concernant
les mesures qui auraient été éventuellement prises pour
répondre aux doléances des victimes concernées, Amnesty
International estime que ces préoccupations demeurent en souffrance.
Aussi, toute information que les autorités algériennes voudront
bien fournir concernant ces préoccupations sera reçu avec gratitude
et sera incluse dans le prochain rapport sur l'Algérie que l'Organisation
rendra public dans les prochains mois. Par ailleurs, suite à la décision
des autorités algériennes de lui permettre, ainsi qu'à
d'autres organisations internationales des droits humains, de se rendre en Algérie
en mai dernier, Amnesty International espère que la brève visite
qu'elle a pu effectuer puisse être suivie d'autres visites dans un futur
proche afin que sa présence en Algérie redevienne régulière.
Dans cet esprit, Amnesty International souhaiterait qu'une délégation
de haut niveau se rende en Algérie très prochainement afin de
poursuivre et de développer le dialogue entre les autorités algériennes
et notre Organisation sur des sujets d'intérêt commun.
Application de la loi sur la concorde civile et l'amnistie présidentielle
Suite à l'entrée en vigueur de la Loi Nº 99-08 du 13
juillet 1999 relative au rétablissement de la concorde civile et des
Décrets exécutifs nº 99-142, Nº 99-143 et Nº 99-144 du 20 juillet
1999 déterminant les modalités d'application des différents
articles de ladite loi et suite au Décret présidentiel Nº 2000-03
du 10 janvier 2000 portant grâce amnistiante, il a été fait
état par différentes autorités gouvernementales, dans des
discours publics et dans des déclarations aux médias, de la reddition
de plusieurs milliers de personnes ayant appartenu à des groupes armés.
Les responsables gouvernementaux avec qui ont pu s'entretenir les délégués
d'Amnesty International en mai 2000 ont également fait état de
la reddition de plusieurs milliers de membres de différents groupes armés
dans le cadre de ces dispositions juridiques. Selon les informations que nous
avons reçues, la grâce amnistiante aurait concerné les membres
de l'Armée islamique du salut (AIS) et de la Ligue islamique de la da'wa
et le djihad (LIDD), qui auraient bénéficié de l'exonération
totale de poursuite judiciaire, alors que les membres du Groupe islamique armé
(GIA) et autres groupes, se seraient rendus sous la Loi de la concorde civile
et auraient fait l'objet des mesures appropriées décidées
par les Procureurs généraux territorialement compétents
et par les autres autorités chargées de l'application de ladite
loi. Toujours selon les informations reçues, le nombre des membres des
différents groupes armés qui se sont rendus serait d'environ 5.500,
dont plus d'un millier auraient bénéficié de la grâce
amnistiante. En ce qui concerne ceux qui se sont rendus dans le cadre de la
Loi sur la concorde civile, environ 350 d'eux auraient fait l'objet de poursuites
judiciaires, selon les informations reçues. Par ailleurs, de nombreuses
familles de personnes assassinées par des groupes armés affirment
avoir reconnu les responsables de l'assassinat de leurs proches parmi les membres
des groupes armés qui se seraient rendus dans le cadre de la Loi sur
la concorde civile et qui n'auraient fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire,
ainsi que parmi ceux qui ont bénéficié de la grâce
amnistiante. Plusieurs associations de familles de victimes assassinées
ou enlevées par des groupes armés ont fait état d'information
allant dans le même sens et ont exprimé leur inquiétude
face l'impunité dont bénéficieraient des anciens membres
de groupes armés qui se seraient rendus coupables de meurtres et d'autres
crimes graves et qui, selon les termes de la Loi sur la concorde civile, ne
peuvent bénéficier de l'exonération de poursuites judiciaires.
Concernant les délais d'application de la Loi sur la concorde civile,
nous entendons que ladite loi est entrée en vigueur le 13 juillet 1999
pour une durée de six mois et a expiré le 13 janvier 2000.
Cependant, selon différentes sources, y compris des sources judiciaires,
des personnes ayant appartenu à des groupes armés qui se seraient
rendues après l'expiration des délais de la Loi sur la concorde
civile auraient néanmoins bénéficié de l'application
de ladite loi.
Le manque d'informations officielles détaillées et précises
ne permet pas une appréciation complète de la situation concernant
l'application de la Loi sur la concorde civile. Nous souhaiterions recevoir
des précisions concernant :
- le nombre des membres de l'AIS, de la LIDD et d'autres groupes ayant bénéficié
de la grâce amnistiante accordée par le Président de la
République en janvier 2000;
- les critères selon lesquels a été établie la liste
des bénéficiaires de la grâce amnistiante;
- le nombre des membres du GIA ou d'autres groupes armés qui se sont
rendus avant le 13 janvier 2000 ;
- le nombre de ceux qui ont bénéficié de l'exonération
de poursuites judiciaires, en dehors de ceux qui ont bénéficié
de la grâce amnistiante ;
- le nombre de ceux qui ont été traduits en justice et, parmi
eux le nombre de ceux qui ont été acquittés et de ceux
qui ont été condamnés pour quels crimes et à quelles
peines ;
- le nombre des membres de groupes armés qui se sont rendus après
le 13 janvier 2000 et les poursuites judiciaires dont ces personnes ont fait
l'objet.
Conditions d'arrestation et de maintien en garde à vue
Au courant de la dernière année Amnesty International
a publiquement salué l'importante diminution du nombre des arrestations
effectuées dans des conditions contraires aux dispositions des lois en
vigueur, ainsi que celui des cas de détention au secret et de garde à
vue prolongée au-delà de 12 jours permis par la loi algérienne.
Aussi nous avons pris connaissance avec intérêt de l'annonce récente
de nouvelles dispositions qui pourraient contribuer à améliorer
sensiblement les garanties des personnes arrêtées et détenues
en garde à vue. Selon les informations que nous avons reçues au
moment de la préparation de ce mémorandum, ces dispositions ont
été prises par instruction interministérielle, entre les
ministères de la Justice, de la Défense et de l'Intérieur
et concernant : le renforcement des prérogatives de la justice dans le
domaine du contrôle et de la surveillance de l'action de la police judiciaire
; l'obligation, sauf en cas de refus du détenu, de visite médicale
à la fin de la période de garde à vue ; et l'identification
des lieux de garde à vue. Nous souhaiterions recevoir copie des textes
de ces nouvelles dispositions, ainsi que des textes régissant leur application.
Cependant, Amnesty International demeure inquiète du fait que des cas
de détention au secret prolongée au-delà de la limite permise
par la loi algérienne continuent de se produire. Au court des derniers
mois, l'Organisation a contacté les autorités gouvernementales
compétentes, notamment les ministères de la Justice et de l'Intérieur,
concernant de tels cas mais n'a pu recevoir les informations nécessaires
sur le sort des victimes.
A titre d'exemple nous pouvons citer les cas de :
- Malik MEDJNOUN, arrêté le 28 septembre 1999 ;
- Samir HAMDI-PACHA, arrêté le 22 décembre 1999 ;
- Oualid DJELLABI, arrêté le 15 janvier 2000 ;
- El Hadj M'LIK, arrêté le 14 avril 2000 ;
- Ali MEBROUKINE, arrêté vers le 25 mai 2000.
Malik Medjnoun et Samir Hamdi-Pacha ont été détenus au
secret jusqu'aux premiers jours de mai 2000, soit sept mois pour le premier
et plus de quatre mois pour le second. Malik Medjnoun se trouve à la
prison de Tizi-Ouzou et Samir Hamdi-Pacha à la prison militaire de Blida.
Durant toute la période de leur détention au secret, tous les
services de sécurité et autorités judiciaires et pénitentiaires
contactés par les familles et les avocats de ces deux détenus
ont, soit nié leur arrestation et détention, soit affirmé
n'avoir aucune connaissance des cas.
Dans ces cas, comme dans d'autres, les membres des services de sécurité
ayant procédé à l'arrestation de ces personnes étaient
habillées en civil, utilisaient des véhicules banalisés
et n'ont présenté aucune pièce d'identification ni mandat
d'arrêt. De telles pratiques, surtout dans la situation que vit actuellement
l'Algérie, entretiennent la confusion entourant la responsabilité
de certains actes. Les familles de ces détenus avaient reçu des
informations, y compris des informations confidentielles de sources officielles,
confirmant que leurs proches avaient été arrêtés
par des service de sécurité et se trouvaient en détention.
En même temps, certains services de sécurité et autorités
contactés par les familles et les avocats de ces personnes, lors des
démarches entreprises pour localiser les détenus, auraient indiqué
que les détenus avaient probablement été enlevés
par des groupes armés. La même explication a été
donnée à Amnesty International dans de nombreux cas de personnes
dont il a été confirmé par la suite qu'elles avaient été
arrêtées par les services de sécurité. Ali Mebroukine,
actuellement détenu à la prison militaire de Blida, a été
détenu au secret pendant un mois ; il lui a été permis
de recevoir la visite de son avocat pour la première fois le 28 juin
2000 mais il n'a pu recevoir la visite de sa famille que plusieurs jours plus
tard. A ce jour, il n'a pas été possible d'obtenir des informations
sur le sort de Oualid Djellabi et El Hadj M'lik. Seule une personne détenue
au centre de sécurité de Ben Aknoun affirme avoir vu El Hadj M'lik
dans ce centre au cours de la dernière semaine du mois d'avril 2000.
Amnesty International a écrit à plusieurs reprises au gouvernement
algérien concernant ces cas et regrette de n'avoir reçu aucune
réponse à ce jour. De telles pratiques sont contraires aussi bien
à la législation algérienne qu'aux normes internationales.
L'article 51 du Code de procédure pénale algérien limite
le maintien en garde à vue des personnes arrêtées à
un maximum de 12 jours et stipule que tout moyen doit être mis à
disposition de la personne gardée à vue pour lui permettre de
communiquer immédiatement et directement avec sa famille et de recevoir
ses visites. L'article 6 de la Charte africaine des droits de l'homme et des
peuples stipule que toute personne détenue doit être promptement
présentée à la justice et informée des chefs d'inculpations
retenus contre elle.
La règle 92 de l'Ensemble des règles minima pour le traitement
des détenus adoptées par les Nations unies stipule que :
«Un prévenu doit immédiatement pouvoir informer sa famille de
sa détention et se voir attribuer toutes les facilités raisonnables
pour pouvoir communiquer avec celle-ci [.]». L'article 10 de la Déclaration
des Nations unies sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées ou involontaires exige que tout détenu soit incarcéré
dans un centre de détention reconnu et que ses proches et ses avocats
soient informés sans délai du lieu où il se trouve.
Dans tous les cas, toute détention par quelque service de sécurité
que ce soit doit être soumise au contrôle des autorités judiciaires.
L'article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP),
ratifié par l'Algérie, stipule que :
«1. [.] Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n'est
pour des motifs, et conformément à la procédure prévue
par la loi.
2. Tout individu arrêté sera informé, au moment de son arrestation,
des raisons de cette arrestation et recevra notification, dans le plus court
délai, de toute accusation portée contre lui.
3. Tout individu arrêté ou détenu du chef d'une infraction
pénale sera traduit dans le plus court délai devant un juge ou
une autre autorité habilitée par la loi à exercer des fonctions
judiciaires, et devra être jugé dans un délai raisonnable
ou libéré. [.]»
Par ailleurs, l'article 51 du Code de procédure pénale algérien
stipule que «La violation des dispositions relatives aux délais de garde
à vue [.] expose l'officier de police judiciaire aux peines encourues
en matière de détention arbitraire». Cependant, selon les informations
disponibles à ce jour ceoncernant les cas cités plus haut, aucune
enquête n'a été menée afin de traduire en justice
et sanctionner les responsables de cette violation. Au cours de ces dernières
années Amnesty International et d'autres organisations nationales et
internationales des droits humains ont déploré à plusieurs
reprises les violations auxquelles ont été soumis des détenus
durant la détention en garde à vue.
En août 1998 le Comité des droits de l'homme des Nations unies
a également exprimé son inquiétude à ce sujet et
a demandé au gouvernement algérien de prendre les mesures nécessaires
pour y remédier. Les informations qu'Amnesty International a pu recueillir
auprès des différentes autorités algériennes concernant
les procédures d'arrestation et de détention en garde à
vue indiquent que, d'une part, le degré de contrôle effectif de
l'appareil judiciaire sur les différents services de sécurité
(police, gendarmerie et sécurité militaire) demeure limité
et que, d'autre part, la centralisation des informations relatives aux arrestations
et des détentions en garde à vue opérées par les
différents services de sécurité est insuffisante. Cela
semble être à l'origine des difficultés dans la localisation
des détenus en garde à vue dans certains cas, les autorités
judiciaires n'étant pas en général informées de
l'arrestation et du maintien en garde à vue qu'au moment où les
personnes interpellées sortent de la garde à vue pour être
traduites en justice. Dans les cas où les détenus sont libérés
par les services de sécurité sans être traduits devant la
justice, les autorités judiciaires ne sont souvent pas informées
de ces détentions.
En fait, dans l'écrasante majorité des cas Amnesty International
a soulevé avec les autorités judiciaires ou les autorités
desquelles dépendent les services de sécurité en question
(le ministre de l'Intérieur pour la police et le ministère de
la Défense pour la gendarmerie et la sécurité militaire)
l'Organisation n'a pu obtenir aucune information avant la traduction en justice
ou la libération de la personne interpellée. Les familles et les
avocats des personnes détenues ont fait face au même problème.
Durant la période de la garde à vue, les détenus étant
particulièrement vulnérables du fait de leur isolement du monde
extérieur, ils encourent un risque majeur d'être soumis à
la torture et aux mauvais traitements. Des mesures doivent donc être prises
afin d'assurer le respect des lois dont l'application peut constituer une protection
efficace pour la sécurité des personnes détenues. Par ailleurs,
les juges et les magistrats du Parquet sont tenus d'ordonner des enquêtes
sur les transgressions de la loi qui sont portées à leur connaissance
de façon à garantir le droit des prévenus à un procès
équitable et le bon fonctionnement de la justice. Sans cela l'indépendance,
l'impartialité et l'engagement des magistrats en faveur du respect des
droits humains demeureront sujets à caution.
Les «disparitions»
Une évolution positive est à noter en Algérie,
où le nombre de «disparitions» signalées au cours des deux dernières
années a singulièrement diminué. Cela étant, la
question des «disparitions», qui ravage le pays depuis plus de sept ans, demeure
un motif de préoccupation important. Amnesty International a reçu
des informations concernant environ 4 000 cas de personnes «disparues» depuis
1994. Ce nombre correspond aux dossiers concernant des personnes dont on est
sans nouvelles depuis le jour où elles ont été enlevées,
par des membres des forces de sécurité ou des milices paramilitaires,
à leur domicile, leur lieu de travail ou ailleurs, souvent en présence
de voisins, de membres de leur famille, de collègues ou de simples passants.
L'Organisation ne fait figurer une personne sur sa liste de «disparus» que s'il
existe des motifs bien fondés de penser qu'elle a été détenue,
éventuellement dans des centres de détention secrets, par des
forces de sécurité ou des milices paramilitaires armées
par l'Etat, et que celles-ci nient par la suite détenir la victime, refusant
ainsi de révéler où elle se trouve et ce qu'il est advenu
d'elle.
Si l'Organisation découvre par la suite qu'une personne a réapparu
après avoir été, par exemple, détenue au secret
pendant un certain laps de temps, elle ne la considérera plus comme «disparue».
Amnesty International reconnaît que sa liste n'est pas exhaustive et que
le nombre de «disparus» en Algérie est peut-être, dans la réalité,
nettement plus élevé. Certaines familles n'ont pas souhaité
ou n'ont pas pu signaler la «disparition» d'un proche à des organisations
nationales ou internationales.
Certaines d'entre elles continuent à craindre qu'une action de ce type
ne les expose, elles-mêmes et la personne «disparue», à des risques
de persécution ; d'autres ignorent l'existence de ces organisations ou
sont dans l'incapacité de les contacter parce qu'elles vivent dans des
régions éloignées. Cela explique aussi pourquoi, dans la
plupart des cas, les familles ont eu tendance à ne signaler les «disparitions»
que longtemps après. Amnesty International voudrait signaler aux autorités
algériennes que, si elles en expriment le souhait, l'Organisation mettra
sa liste de «disparus» à leur disposition.
De l'avis d'Amnesty International, le fait que les autorités ont, depuis
1998, reconnu la réalité des «disparitions» et que des mesures
ont été prises par la suite pour permettre le dépôt
de plaintes, constitue un pas dans la bonne direction. Ainsi, lorsque le ministère
de l'Intérieur a ouvert dans chaque wilaya (province) des bureaux pour
l'enregistrement de plaintes pour «disparition», en novembre de cette même
année, et que les autorités se sont engagées à faire
ouvrir des enquêtes sur ces cas, les proches des «disparus» ont repris
espoir.
L'Organisation a également salué l'engagement pris par le Président
Abdelaziz Bouteflika durant la campagne qui a précédé son
élection et dans la période post-électorale, d'adopter
des mesures visant à faire la lumière sur le sort de ces personnes.
D'autre actions positives entreprises par les autorités, notamment la
remise en liberté de plus de 2000 personnes, amnistiées par le
Président en juillet 1999, ont ravivé les espoirs.
Nous avons pris connaissance
avec intérêt de l'annonce récente de nouvelles dispositions
qui pourraient contribuer à améliorer sensiblement les garanties
des personnes arrêtées et détenues en garde à vue.
Selon les informations que nous avons reçues au moment de la préparation
de ce mémorandum, ces dispositions ont été prises par instruction
interministérielle, entre les ministères de la Justice, de la
Défense et de l'Intérieur et concernent : le renforcement des
prérogatives de la justice dans le domaine du contrôle et de la
surveillance de l'action de la police judiciaire ; l'obligation, sauf en cas
de refus du détenu, de visite médicale à la fin de la période
de garde à vue.
Amnesty International note l'augmentation du nombre d'organisations non - gouvermentales
(ONG) et d'associations présentes en Algérie, au niveau national
et local, et qui agissent dans différents domaines. En mai dernier les
responsables des Libertés publiques au ministère de l'Intérieur
ont informé les délégués d'Amnesty International
que le nombre de telles ONG et associations est passé de moins de 200
en 1991 à environ 55 000 à l'heure actuelle.
Cela étant, aucune mesure
concrète visant à mettre sur pied un mécanisme indépendant
pour enquêter sur les cas de "disparition" et déterminer le sort
réservé aux "disparus" ainsi que l'endroit où ils se trouvent
n'a été constatée à ce jour.
Les appels lancés par les mères des "disparus" ont par la suite
été rejetés par le Président Bouteflika et d'autres
autorités qui ont déclaré qu'il était temps de "tourner
la page".
Amnesty International est déçue de constater que malgré
le nombre écrasant de preuves du contraire, les autorités gouvernementales
continuent à soutenir que, dans la plupart des cas, les déclarations
faites par les familles des "disparus" sont sans fondement, bien que ces dernières
affirment que leurs proches ont été enlevés par des membres
des forces de sécurité ou de milices paramilitaires.
Au cours de leur séjour en Algérie, au mois de mai 2000, les délégués
d'Amnesty International ont, lors de chaque réunion avec des représentants
des autorités, soulevé la question des "disparus" et évoqué
le fait que très peu d'enquêtes ont été engagées
à ce sujet.
Ils ont écouté avec une attention particulière les représentants
du ministère de la Justice et de l'Observatoire national des droits de
l'homme (ONDH) parler des cas qu'ils soutiennent avoir élucidés.
Le délégué du ministère de la Justice a fait savoir
que celui-ci a reçu 3 019 plaintes pour "disparition" et que 1146 d'entre
elles ont été élucidées et réparties en plusieurs
catégories : 82 personnes sont ou ont été détenues
; 833 sont recherchées par les autorités pour des actes de "terrorisme";
92 ont été tuées dans des affrontements armés avec
les forces de sécurité ; neuf ont été tuées
par d'autres groupes armés ; 74 vivent chez elles avec leur famille ;
49 ont été arrêtées puis remises en liberté
; cinq ont soit bénéficié de l'amnistie de janvier 2000
concernant les membres de l'Armée islamique du salut (AIS), soit été
déclarées à l'abri de toute poursuite dans la cadre de
la Loi sur la concorde civile ; enfin, deux personnes ont été
élargies à la faveur de l'amnistie présidentielle de juillet
1999.
Les représentants de l'Etat ont fourni à Amnesty International
les noms et dates de naissance des sept personnes entrant dans les deux dernières
catégories, à l'exclusion de tout autre renseignement.
La délégation a demandé à obtenir une liste de tous
les cas que le ministère de la Justice déclare avoir élucidés,
accompagnée d'un minimum d'informations devant permettre l'identification
de ces personnes, notamment leurs dates de naissance et de "disparition".
Ce faisant, les autorités devaient donner à Amnesty International
la possibilité de vérifier l'exactitude de sa liste de "disparus"
et de s'assurer qu'elle ne contenait pas le nom d'une personne qui, par exemple,
aurait "disparu" mais serait ensuite réapparue.
Malgré les assurances que ces données seraient fournies, Amnesty
International n'a reçu aucune information en ce sens.
L'Organisation espère recevoir prochainement les informations qu'elle
avait demandées lors de ses réunions avec les autorités
en mai 2000 puis par courrier en juin 2000.
Sur les sept cas dont les noms et dates de naissance ont été fournis,
une seule figurait sur la liste des quelque 4 000 "disparus", quoique avec une
date de naissance légèrement différente.
Le ministère de la Justice n'ayant apporté aucune autre précision,
l'Organisation n'a pas été en mesure de vérifier si ces
deux dates concernaient bien la même personne.
En même temps, l'ONDH informait la délégation de la réception
d'environ 4 150 déclarations de "disparition", dont il a transmis la
plupart aux forces de sécurité.
Ces dernières ont répondu à propos de quelque 2 100 cas,
souvent à peu près un an plus tard. L'ONDH avait réparti
ces personnes en plusieurs catégories : celles qui étaient décédées
; celles qui étaient incarcérées ; celles qui étaient
recherchées par les autorités ; celles qui avaient été
mises en liberté après une période de détention
; celles qui avaient été enlevées par un groupe armé
inconnu ; celles qui s'étaient rendues d'elles-mêmes aux autorités
dans le cadre de la Loi sur la concorde civile; celles qui avaient été
relâchées après avoir été retenues pour être
interrogées; celles qui avaient "disparu" dans des circonstances inconnues;
et celles dont les familles n'étaient pas satisfaites des réponses
des forces de sécurité que l'ONDH leur avait fait suivre.
L'ONDH a fourni à Amnesty International le nom de quelques personnes
de chacune de ces catégories et, pour certaines d'entre elles, la date
à laquelle, selon les déclarations de leurs proches, elles auraient
été arrêtées. La plupart de ces noms ne figuraient
pas sur la liste d'Amnesty International. Lors de sa première réunion
avec la délégation de l'Organisation en mai 2000, l'ONDH avait
promis de lui faire parvenir une liste des cas de "disparition", sur lesquels
il se penchait, avec leur répartition par catégories, mais Amnesty
International n'a pas reçu ces information à ce jour.
L'Observatoire n'a fourni aucune indication pouvant laisser entendre qu'il s'était
renseigné ailleurs qu'auprès des forces de sécurité
sur les "disparitions" que les familles de victimes lui avaient signalées.
En ce qui concerne les familles qui ont porté plainte officiellement
dans le cadre du système judiciaire, certaines d'entre elles ont été
convoquées et interrogées par des procureurs et des juges d'instruction,
mais rien n'indique que des enquêtes en bonne et due forme aient été
menées dans aucune affaire de "disparition", si ce n'est que dans certains
cas les plaintes ont été transmises aux forces de sécurité
pour commentaires. Souvent, il existe non seulement des témoignages de
parents, de voisins ou de passants attestant la véracité de l'enlèvement
par des membres des forces de sécurité, mais aussi d'autres éléments
de preuve pouvant éventuellement constituer le point de départ
d'une enquête exhaustive.
Dans quelques cas certains des membres des forces de sécurité
qui ont procédé à l'enlèvement, si ce n'est tous,
étaient connus des témoins, qui ont signalé leur nom dans
leurs témoignages aux autorités.
Dans d'autres, les témoins ont fourni d'autres informations devant permettre
d'identifier les auteurs des enlèvements, telles que les numéros
d'immatriculation des voitures dans lesquelles les membres des forces de sécurité
ont emmené leur victime, ou la brigade ou la division à laquelle
ils appartenaient. Il arrive aussi que le premier lieu de détention du
"disparu" soit connu de la famille, soit parce qu'elle a réussi à
suivre la voiture jusqu'à une caserne ou jusqu'à une autre base
des forces de sécurité, soit parce qu'elle a appris de sources
non officielles, par des prisonniers libérés, que leurs proches
y étaient détenus.
L'une des preuves les plus frappantes de la participation des forces de sécurité
à des cas de "disparition" figure dans des documents que certaines familles
ont reçus des autorités. Ainsi, en octobre 1994 la famille de
Salah Saker avait signalé à de nombreuses autorités que
celui-ci avait "disparu" après avoir été arrêté
par la police chez lui, à Constantine le 29 mai de cette même année.
N'obtenant aucune réponse à leurs lettres, en janvier 1996 les
proches de Salah Saker ont déposé plainte, auprès des autorités
judiciaires de Constantine, contre la police judiciaire de la wilaya de Constantine.
La première réponse des autorités, datée du 27 février
1997, contenait une copie d'un procès-verbal du 4 septembre 1996 confirmant
que la police judiciaire de la wilaya de Constantine avait effectivement arrêté
Salah Saker, né le 10 janvier 1957, avant de le transférer, le
3 juillet 1994, au Centre régional des investigations de la 5e Région
militaire.
La famille avait écrit à l'ONDH le 27 septembre 1996 pour demander
son aide et protester contre les difficultés auxquelles elle se heurtait
pour obtenir des informations de la part des autorités.
Le 10 décembre 1998, l'ONDH a répondu que, selon les informations
reçues des services de sécurité, Salah Saker avait été
"enlevé par un groupe armé non identifié".
Bien qu'ayant épuisé toutes les voies de recours possibles dans
le cadre du système judiciaire, la famille n'a toujours pas été
informée des raisons ayant motivé l'arrestation, il y a six ans,
de Salah Saker.
Elle n'a reçu aucune indication quant au sort qui lui a été
réservé ni sur l'endroit où il se trouverait, ni aucune
explication sur les contradictions évidentes entre la déclaration
de la police fournie par les autorités et les informations contenues
dans la réponse de l'ONDH. Il lui est particulièrement difficile
de comprendre la raison pour laquelle les autorités n'on pas ouvert une
information judiciaire sur cette affaire, malgré toutes les preuves disponibles
et malgré l'obligation qui en incombe à l'Algérie, tant
aux termes du droit algérien que des normes internationales.
Préoccupée par l'absence d'enquêtes approfondies sur les
cas particuliers de "disparition" et sur le phénomène général
des "disparitions", Amnesty International déplore également l'absence
manifeste de coordination entre les différentes autorités en ce
qui concerne les rares informations disponibles à ce sujet. Diverses
instances se sont vu remettre, en nombre variable, des plaintes portant sur
des "disparitions". Des responsables du ministère de l'Intérieur
ont indiqué, en mai à la délégation d'Amnesty International
que 4 693 dossiers avaient été soumis à leurs services
par l'intermédiaire des antennes créées dans chaque wilaya.
Comme cela a déjà été indiqué, le ministère
de la Justice a reçu 3 019 plaintes relatives à des "disparitions"
et déclare en avoir élucidé 1 146 ; l'ONDH, quant à
lui, a eu connaissance de 4 150 allégations, dont 2 100 ont donné
lieu à une réponse des forces de sécurité. Par ailleurs,
le ministère de la Justice et l'ONDH utilisent deux systèmes différents
pour classer les cas qu'ils ont examinés.
De plus, certaines incohérences apparaissent lorsqu'on compare les informations
fournies par le ministère de la Justice et celles qui émanent
de l'ONDH. Trois des sept cas de "disparition" présentés par le
ministère de la Justice à la délégation d'Amnesty
International, au cours de sa visite de mai 2000, comme des exemples de cas
élucidés ont été également mentionnés
par l'ONDH.
Il s'agit des cas de Fathi Merabtine, Yassine Boudjemrine et Mohamed Yazid Benkherrab
; des versions différentes de ces affaires ont été données
par ces deux institutions. Selon le ministère de la Justice, les trois
hommes étaient des membres de groupes armés, qui s'étaient
rendus aux autorités après l'entrée en vigueur de la Loi
sur la concorde civile ou qui avaient bénéficié de l'amnistie
de janvier 2000. L'ONDH indiquait également que les trois hommes appartenaient
à des groupes armés mais, selon cet organisme, ils s'étaient
livrés aux autorités à l'occasion de la Qanoun El Rahma
(Loi portant mesure de clémence) de février 1995.
Au début de l'année 2000, les autorités avaient assuré
que de nombreux "disparus" étaient réapparus parmi des membres
de groupes armés qui s'étaient rendus aux autorités à
la suite de l'amnistie de janvier 2000 ou de l'entrée en vigueur de la
Loi sur la concorde civile. Ces affirmations semblaient destinées à
rendre plus convaincant l'argument selon lequel de nombreux "disparus" auraient
orchestré volontairement leur propre disparition pour rejoindre des groupes
armés. Certains journaux algériens se sont fait l'écho
de ces affirmations : c'est ainsi que dans le numéro de El Watan du 1er
février 2000, un article donne les prénoms de certaines personnes
censées être réapparues.
Amnesty International a demandé par écrit aux autorités
algériennes, en février, les noms complets des "disparus" censés
être réapparus, ainsi que des informations complémentaires.
A ce jour, cependant, aucune réponse n'est parvenue de la part des autorités
et, à la connaissance d'Amnesty International, les familles des personnes
figurant sur la liste de "disparus" établie par l'Organisation n'ont,
en aucun cas, été informées par les autorités de
la réapparition d'un parent "disparu". Au cours de ces derniers mois,
des familles de "disparus" ont été convoquées par les autorités
judiciaires et se sont vu délivrer un certificat de disparition relatif
à leur parent "disparu". Certaines familles ont volontiers accepté
ce document, car il constitue l'élément initial d'un processus
qui devrait aplanir certains des problèmes bureaucratiques rencontrés
par les femmes dont le mari a "disparu" et par leur famille. Ces problèmes
sont liés au fait que de nombreuses démarches administratives,
en Algérie, par exemple l'inscription des enfants à l'école
ou l'obtention de passeport ou de différents papiers pour ces mêmes
enfants, ne peuvent aboutir qu'avec le signature du père, sauf si le
père est déclaré mort, ce qui n'est pas le cas des «disparus».
D'autres familles affirment qu'elles ont été menacées par
les forces de sécurité et contraintes de se présenter devant
les autorités pour recevoir le certificat en question.
Les autorité disent traiter la question des «disparitions» par deux méthodes
simultanées en enquêtant sur les cas et en régularisant
la situation juridique des familles de «disparus», mais de nombreuses familles
craignent que la seconde voie ne soit un moyen de remettre à une date
indéfinie et peut-être d'éluder complètement toute
enquête relative au sort de leur parent «disparu». Amnesty International
est préoccupée par l'absence d'information centralisée
sur les cas de «disparition» et d'enquête à leur sujet; elle exhorte
le ministère de la Justice, à qui incombe la responsabilité
des enquêtes judiciaires en Algérie, à prendre les mesures
suivantes :
- amalgamer les diverses informations sur les cas de «disparition» réunies
par le ministère de la Justice, le ministère de l'Intérieur
et l'ONDH et éliminer les discordances portant sur le nombre de cas de
«disparition» recensés par ces trois organismes et sur leurs circonstances;
- constituer un registre central recensant tous les cas de «disparition» signalés
à toutes les autorités algériennes et les résultats
des enquêtes sur le sort de chaque «disparu», en précisant les
démarches effectuées pour vérifier les éléments
d'information fournis par les forces de sécurité;
- vérifier qu'une enquête exhaustive et indépendante a été
menée pour connaître le sort de chaque «disparu» et que la famille
de la personne «disparue» a été informée du résultat
de l'enquête;
- veiller à ce que les cas de «disparition» nouvellement signalés
et les conclusions des enquêtes menées à leur sujet soient
consignés dans le registre central.
Amnesty International appelle le gouvernement algérien à s'assurer
que les ressources adéquates sont disponibles pour la mise en ouvre de
ces mesures dans les plus brefs délais. Si ces mesures ont déjà
été prises, dans leur totalité ou partiellement, Amnesty
International souhaite recevoir de la part des autorités toute information
les concernant. Elle souhaiterait tout particulièrement recevoir une
liste détaillée de tous les cas de «disparus» qui ont été
signalés aux autorités - que le signalement initial ait été
fait auprès du ministère de la Justice, du ministère de
l'Intérieur ou de l'ONDH - et être informée des conclusions
des enquêtes relative au sort de chacune de ces personnes. À cet
égard, Amnesty International rappelle au gouvernement algérien
que, en août 1998, le Comité des droits de l'homme a formulé
plusieurs recommandations concernant les «disparitions», indiquant en particulier
que l'Algérie devrait :
«(...) adopter des mesures pour a) établir un registre central pour enregistrer
tous les cas de disparition signalés et toutes les démarches effectuées
au jour le jour pour retrouver les disparus; b) aider les familles concernées
à retrouver les disparus 2».
L'Organisation rappelle également aux autorités que l'Algérie,
en tant que membre des Nations unies, est tenue de se conformer à la
Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées, adoptées sans vote le 18 décembre 1992 par l'Assemblée
générale des Nations unies. La Déclaration dispose, à
l'Article 13, que :
«Tout Etat assure à toute personne disposant d'informations ou pouvant
invoquer un intérêt légitime, qui allègue qu'une
personne a été victime d'une disparition forcée, le droit
de dénoncer les faits devant une autorité de l'Etat compétente
et indépendante, laquelle procède immédiatement et impartialemnt
à une enquête approfondie. Lorsqu'il existe des raisons de croire
qu'une personne a été victime d'une disparition forcée,
l'Etat défère sans délai l'affaire à ladite autorité
pour qu'elle ouvre un enquête, même si aucune plainte n'a été
officiellement déposée. Cette enquête ne saurait être
limitée ou entravée par quelque mesure que ce soit.
«Tout État veille à ce que l'autorité compétente
dispose des pouvoirs et des ressources nécessaires pour mener l'enquête
à bien, y compris les pouvoirs nécessaires pour obliger les témoins
à comparaître et obtenir la production des pièces pertinentes
ainsi que pour procéder immédiatement à une visite sur
les lieux».
Quant à l'Article 19, il est ainsi libellé :
«Les victimes d'actes ayant entraîné une disparition forcée
et leurs familles doivent obtenir réparation et ont droit d'être
indemnisées de manière adéquate, notamment de disposer
des moyens qui leur permettent de se réadapter de manière aussi
complète que possible. En cas de décès de la victime du
fait de sa disparition forcée, sa famille a également droit à
indemnisation».
En ce qui concerne le cas de Salah Saker, Amnesty International souhaite être
informée des démarches entreprises par le ministère de
la Justice pour examiner la contradiction entre le procès-verbal du 4
septembre 1996 confirmant que la police judiciaire de la wilaya de Constantine
avait arrêté Salah Saker et l'avait transféré au
Centre régional des investigations de la 5e Région militaire le
3 juillet 1994 et la lettre de l'ONDH en date du 10 décembre 1998 informant
la famille de Salah Saker que, d'après les renseignements fournis par
les services de sécurité, il avait été «enlevé
par un groupe armé non identifié».
Liberté d'association, d'expression et d'action pour les victimes
et les défenseurs des droits humains
Amnesty International note l'augmentation du nombre d'organisations
non - gouvermentales (ONGs) et d'associations présentes en Algérie,
au niveau national et local, et qui agissent dans différents domaines.
En mai dernier les responsables des Libertés publiques au ministère
de l'Intérieur ont informé les délégués d'Amnesty
International que le nombre de telles ONGs et associations est passé
de moins de 200 en 1991 à environ 55 000 à l'heure actuelle.
Les ONGs et les associations issues de la société civile peuvent
jouer un rôle important dans la protection et la promotion des droits
humains et contribuer à la construction d'un meileur avenir pour le pays.
Ainsi, le développement et le renforcement du tissu associatif ne peuvent-être
considérés que comme une avancée positive-à condition
que les critères d'octroi de l'autorisation nécessaire pour exister
et opérer soient appliqués à toutes les ONGs et associations
de manière équitable. Cela doit naturellement inclure les ONGs
et les associations dont l'action, ou une partie de l'action, consiste à
critiquer le gouvernement et sa politique, en quelque domaine que ce soit.
Cependant, force est constater que parmi les quelques 55 000 ONGs et associations
qui existent dans le pays, la dizaine d'ONGs et d'associations des droits humains
qui ont pris des positions critiques à l'encontre de l'action et de la
politique des autorités gouvernementales ont eu et continuent de faire
face à de nombreux problèmes et restrictions. Ceux-ci vont du
refus par les autorités aussi bien locales que nationales de l'octroi
de l'autorisation nécessaire pour exister à l'interdiction de
la tenue de réunions ou d'autres activités publiques. Dans plusieurs
cas, aussi bien au cours des années précédentes que cette
année, des manifestations organisées par ces associations ont
été empêchées ou dispersées par la force par
les services de sécurité qui ont brutalisé et/ou arrêté
les organisateurs et/ou participants.
A titre d'exemple, à ce jour, ni l'Association nationale des familles
des disparus (ANFD) ni l'Association des familles de disparus de la wilaya de
Constantine n'ont pu obtenir l'autorisation d'exister. S'il est vrai que les
manifestations hebdomadaires des mères des «disparus» ont généralement
été tolérées, les manifestantes ont été
dispersées à plusieurs reprises par la force, battues et maltraitées
et/ou arrêtées par les services de sécurité. Cela
fut notamment le cas en avril 2000 à Oran, et en d'autres occasions à
Alger.
Cette situation concerne le plus souvent les activités d'associations
non reconnues ouvrant en faveur des victimes de violations de droits humains
imputées aux services de sécurité, ainsi que des associations
ouvrant en faveur des victimes des groupes armés et dont les activités,
auparavant tolérées et parfois encouragées, sont aujourd'hui
en opposition avec la politique gouvernemenale en la matière-notamment
concernant la Loi sur la concorde civile et l'amnistie des membres de groupes
armés. Par exemple, l'augmentation de la répression des activités
de la Fondation Matoub Lounès, a coïncidé avec ses critiques
de plus en plus sévères envers les autorités.
L'association des familles de victimes enlevées par les groupes armés,
Somoud, fait également état de nombreuses difficultés rencontrées
pour obtenir l'autorisation et mener à bien ses activités.
D'autres ONGs reconnues par les autorités, tels la Ligue algérienne
de défense des droits de l'homme (LADDH) et le Rassemblement Action Jeunesse
(RAJ), se voient depuis des années systématiquement refuser la
permission de tenir toute réunion, conférence ou autre activité
publique et les salles publiques ne leur sont jamais octroyées alors
que d'autres ONGs et associations peuvent les obtenir.
Amnesty International
est consciente de l'ampleur de la crise qu'a vécue l'Algérie au
cours des années passées. Elle est également consciente
que le nombre des victimes et la complexité de la situation constituent
un obstacle pour mener à bien les enquêtes dans des délais
raisonnables.
Amnesty International a connaissance des dispositions en vigueur cooncernant
l'indemnisation des victimes assassinées par des groupes armés
et a reçu des informations à ce sujet des différentes associations
de familles de victimes des groupes armés, ainsi que des familles de
ces victimes.
Cependant, à la même
période, une autre réunion publique, organisée par des
membres d'un des partis politiques de la coalition gouvernementale et dont l'objet
était de critiquer Amnesty International et son travail sur l'Algérie,
a pu avoir lieu. S'il est tout à fait possible que des situations comme
celles citées relèvent dans certains cas de coïncidences
ou de malentendus, l'ampleur et la constance du phénomène font
craindre qu'il ne s'agisse souvent de pratiques délibérées
ayant pour objectif d'imposer des restrictions aux revendications des victimes
et aux activités des défenseurs de droits humains.
Ces restrictions sont en contradiction avec l'esprit de la Déclaration
sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de
la société de promouvoir et protéger les droits de l'homme
et les libertés fondamentales universellement reconnus, adoptée
par l'Assemblée générale des Nations unies (résolution
53/144) à sa 85e réunion plénière, le 9 décembre
1998. Ladite Déclaration stipule :
«Article premier:
Chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, de promouvoir
la protection et la réalisation des droits de l'homme et des libertés
fondamentales aux niveaux national et international.
«Article 2 :
1. Chaque Etat a, au premier chef, la responsabilité et le devoir de
protéger, promouvoir et rendre effectif tous les droits de l'homme et
toutes les libertés fondamentales, notamment en adoptant les mesures
nécessaires pour instaurer les conditions sociales, économiques,
politiques et autres ainsi que les garanties juridiques voulues pour que toutes
les personnes relevant de sa juridiction puissent, individuellement ou en association
avec d'autres, jouir en pratique de tous ces droits et de toutes ces libertés.
2. Chaque Etat adopte les mesures législatives, administratives et autres
nécessaires pour assurer la garantie effective des droits et libertés
visés par la présente Déclaration.
«Article 5
Afin de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés
fondamentales, chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres,
aux niveaux national et international :
a) De se réunir et de se rassembler pacifiquement ;
b) De former des organisations, associations ou groupes non-gouvernementaux,
de s'y affilier et d'y participer :
c) De communiquer avec des organisations non-gouvernementales ou inter-gouvernementales.
Ainsi, dans l'intérêt du développement de la protection
et de la promotion de droits humains, tels qu'universellement reconnus, il est
souhaitable que des mesures concrètes soient prises afin de garantir
de manière équitable et effective le droit d'association, d'expression
et d'action pour toutes les victimes et leurs familles des victimes ainsi que
pour tous les défenseurs des droits humains.
Le statut des milices paramilitaires
Amnesty International a exprimé à maintes reprises ses inquiétudes
concernant l'action des milices paramilitaires, dites «Groupes de légitime
défense» ou «Groupes d'autodéfense» ou «Patriotes», constituées
par des groupes de citoyens armés par l'Etat depuis au moins 1994 et
dont le nombre exact demeure inconnu. Le Décret exécutif 97-04
fixant les conditions d'exercice de l'action de légitime défense
dans un cadre organisé, qui officialisait l'existence des milices et
définissait en quelque sorte le cadre de leurs activités, au lieu
de diminuer les préoccupations concernant l'existence et les agissements
de ces milices, a soulevé de nouvelles préoccupations. En effet,
le Décret ne respecte pas les dispositions essentielles énoncées
dans les traités et normes relatifs aux droits humains, et notamment
le PIDCP, la Convention contre la torture, la Charte africaine, les Principes
de base sur le recours à la force et l'utilisation des armes à
feu par les responsables de l'application des lois et le Code de conduite pour
les responsables de l'application des lois, adoptés par les Nations unies.
Il ne contient pas de dispositions relatives au recrutement et à la formation
des membres de ces groupes ni de dispositions relatives à l'obligation
pour les membres de ces groupes de rendre compte de leurs activités.
De plus, certaines dispositions de ce décret ont été et
continuent d'être violées. Alors que ledit décret stipule
que les membres des groupes de légitime défense peuvent recourir
à la force et utiliser des armes à feu «en cas d'agression, de
tentative d'agression et lorsqu'ils sont chargés d'aider des personnes
en danger», les membres de ces groupes ont souvent mené ou participé
à des embuscades, ratissages et autres opérations militaires soit
seuls, soit conjointement avec l'armée et les forces de sécurité.
La violation des dispositions dudit décret se produit donc avec le consentement
des autorités responsables de son application.
Selon les informations disponibles à l'heure actuelle, de nombreux abus
graves, y compris des meurtres, commis par des membres de ces milices paramilitaires,
sont restés impunis. Dans certains cas les enquêtes ouvertes initialement
n'ont pas été poursuivies et dans d'autres cas aucune enquête
n'a été ouverte.
Des membres de milices paramilitaires mis en examen pour assassinats et autres
crimes graves ont été promptement mis en liberté provisoire,
mesure qui n'est généralement pas accordée aux personnes
accusées de tels crimes.
Amnesty International souhaite réitérer les recommandations qu'elle
a adressées aux autorités algériennes dans le passé.
Il faut procéder au démantèlement de toutes les milices
paramilitaires et veiller à ce que les opérations de sécurité
soient menées exclusivement par des responsables de l'application des
lois ayant reçu la formation nécessaire et agissant dans un cadre
les obligeant à répondre de leurs actes. L'Organisation souhaiterait
également recevoir des informations concernant le nombre exact des membres
des différentes milices paramilitaires.
- Enquêtes concernant des cas de torture, exécutions extrajudiciaires,
morts en détention, massacres, meurtres et autres abus
Le passage des mois et des années n'a pu effacer ou diminuer la douleur
des victimes et des familles des victimes ni n'a réduit leur soif de
vérité et de justice. Ainsi, la nécessité d'établir
la vérité, d'identifier les responsables, de s'assurer que justice
soit faite et que les victimes bénéficient des idemnisations auxquelles
elles ont droit - dans tous les cas et pour toutes les victimes - demeure une
priorité. Amnesty International est consciente de l'ampleur de la crise
qu'a vécue l'Algérie au cours des années passées.
Nous sommes également conscients que le nombre des victimes et la complexité
de la situation constituent un obstacle pour mener à bien les enquêtes
dans des délais raisonnables. Il est compréhensible qu'il ne soit
possible à l'heure actuelle de connaître les réponses à
toutes les questions ni de disposer de l'ensemble des éléments
permettant d'établir les faits et les responsabilités dans chaque
cas. Cependant, si les efforts nécessaires sont consacrés, il
est possible de faire la lumière sur nombre de cas en souffrance.
L'Organisation estime que la mise en application des recommandations qu'elle
a adressées aux autorités algériennes, ainsi que des recommandations
émises par le Comité des droits de l'homme des Nations unies en
août 1998, pourraient contribuer à apporter des réponses
et des solutions aux nombreuses préoccupations évoquées
dans ce mémorandum.
La majorité des familles des victimes avec lesquelles Amnesty International
a pu être en contact au cours des dernières années, y compris
durant sa récente visite en Algérie, ont affirmé n'avoir
pu obtenir les informations nécessaires concernant les circonstances
de la mort de leur proche et/ou concernant les enquêtes qui auraient été
menées pour identifier les responsables de ces crimes.
Ces informations et précisions ne pourront certes suffire à soulager
la douleur des familles des victimes, mais elles font partie des éléments
nécessaires pour que ces familles puissent commencer à faire leur
deuil. Les doléances dont nous ont fait part les familles des victimes
peuvent être divisées en quatre catégories :
- Les familles des personnes qui ont été enlevées par des
groupes armés et qui ont été informées, souvent
des mois ou des années plus tard, que leurs proches avaient été
tués, et qui dans certains cas ont reçu des certificats de décès,
mais n'ont ni reçu les corps ni n'ont été informées
du lieu d'inhumation. La majorité de ces familles n'ont pu obtenir aucune
information concrète concernant les circonstances exactes dans lesquelles
leurs proches ont été tués, ni concernant l'identification
des victimes.
- Les familles des personnes assassinées par des groupes armés
individuellement ou dans des massacres et qui dans certains cas connaissent
l'identité des assassins mais n'ont pu obtenir aucune information concernant
les enquêtes qui auraient été menées.
Dans certains cas, les autorités ont annoncé, soit aux familles,
soit par le biais de déclarations publiques, que les responsables de
ces assassinats ou massacres avaient été tués ou-dans certains
cas-arrêtés, mais ont refusé de communiquer aux familles
toute information sur les enquêtes leur ayant permis d'arriver à
ces conclusions.
- Les familles des personnes qui ont été tuées, soit dans
des confrontations armées ou après avoir été arrêtées
par des services de sécurité ou des milices paramilitaires et
qui ont été informées, souvent des mois ou des années
plus tard, que leur proche avaient été tués, et qui dans
certains cas ont reçu des certificats de décès, mais qui
n'ont ni reçu les corps ni n'ont été informées du
lieu d'inhumation, ni des circonstances du décès, ni de la manière
ayant permis l'identification des corps.
- Les familles des personnes ayant «disparu» après avoir été
enlevées par des services de sécurité ou par des milices
paramilitaires, et dont les autorités ont par la suite affirmé
qu'elles avaient été enlevées et assassinées par
des groupes armés mais qui n'ont jamais reçu les corps ni ont
été informées du lieu où les corps ont été
enterrés, ni des circonstances des décès, ni de comment
il a été procédé à l'identification des corps.
Selon les informations rendues publiques par les différentes autorités,
les charniers découverts
au courant des deux dernières années contenaient les corps d'hommes
et de femmes enlevés et assassinés par des groupes armés.
Selon d'autres sources, y compris des personnes ayant participé à
l'extraction des cadavres de certains charniers, ceux-ci contenaient également
les corps de membres de groupes armés. Selon les informations reçues
des familles des victimes et de leurs associations, les autorités n'ont
jamais fait appel à elles-notamment aux familles de la région-pour
identifier les cadavres, et ont souvent refusé de communiquer toute information
aux familles qui, ayant appris la découverte de charniers, les ont contactées.
Les informations concernant le nombre de corps retrouvés dans les charniers
découverts à ce jour sont parfois contradictoires. Concernant
le charnier de Haouch Hafidh, selon les informations communiquées par
les autorités judiciaires locales à la délégation
d'Amnesty International qui s'est rendue que les lieux en mai dernier, 52 corps
ont été exhumés et un seul a pu être identifié
par la famille de la victime qui avait elle-même pris contact avec les
autorités. Selon le rapport de l'ONDH, 64 corps ont été
exhumés. Le manque d'informations, d'une part, et l'existence d'informations
contradictoires, d'autre part, contribuent à augmenter la confusion et
l'angoisse des familles des victimes. Celles-ci ont de la peine à comprendre
comment les autorités ont pu arriver à la conclusion que les cadavres
retirés des charniers étaient ceux de leurs proches enlevés
et assassinés par des groupes armés, surtout en l'absence de toute
information sur l'identification de ces victimes, alors qu'en même temps
les autorités locales leur disent que la majorité ou la totalité
des cadavres n'ont pu être identifiés.
De nombreuses questions ont également été soulevées
concernant le nombre des victimes depuis le début du conflit. En février
1998, le Premier ministre algérien a déclaré que 26 536
civils et membres des services de sécurité avaient été
assassinés antre janvier 1992 et fin 1997. En juin 1999, le Président
de la République a déclaré que 100 000 personnes avaient
été tuées depuis le début du conflit. D'autres sources,
y compris des partis politiques de la coalition gouvernementale, avancent des
chiffres supérieurs-entre 120 000 et 150 000. En même temps, le
recoupement des informations officielles faisant état aussi bien des
assassinats et des massacres commis par des groupes armés que des opérations
des services de sécurité ayant entraîné la mort de
membres de groupes armés depuis le début du conflit ne permet
nullement d'arriver à un tel chiffre.
Cependant, le chiffre de 26 536 civils et membres des services de sécurité
tués jusqu'à la fin 1997 avait été considéré
comme inférieur à la réalité aussi bien par Amnesty
International que par d'autres organisations des droits humains internationales
et algériennes, y compris toutes les organisations et associations algériennes
de familles des victimes des groupes armés, avec lesquelles se sont entretenus
les délégués d'Amnesty International durant leur visite
en Algérie en mai 2000 et auparavant. Le manque d'informations complètes
et précises et l'existence d'informations contradictoires ont souvent
contribué à entretenir la confusion et ont donné lieu à
des spéculations qui ont augmenté l'angoisse des familles des
victimes. Ainsi, si les informations nécessaires, et notamment les précisions
suivantes, étaient rendues publiques cela permettrait de clarifier la
situation et de mettre fin aux spéculations :
- des précisions sur les différents chiffres donnés par
les autorités concernant le nombre des victimes du conflit depuis 1992,
notamment le nombre des personnes, civiles ou militaires, assassinées
par des groupes armés ainsi que le nombre des membres des groupes armés
ou autres tués par les services de sécurité et par les
milices paramilitaires, et les circonstances dans lesquelles ils ont été
tués;
- des précisions concernant les corps retrouvés dans les charniers
découverts à ce jour, notamment le nombre exact des dépouilles
et des détails sur les enquêtes, et les résultats de celles-ci,
pour identifier les corps.
Concernant les cas d'allégation d'actes de torture qui auraient été
commis par des membres des services de sécurité, aucun des cas
dont Amnesty International a connaissance ne semble avoir fait l'objet d'une
enquête ni avoir donné lieu à des poursuites judiciaires
à l'encontre des responsables de la torture.
À ce jour il n'a pas été possible d'obtenir une seule information
sur le suivi de plaintes pour torture. Les personnes qui ont déposé
de telles plaintes n'ont jamais été entendues par les autorités
judiciaires. Les seules informations qui ont pu être obtenues auprès
des autorités algériennes à ce sujet sont des références
d'ordre statistique selon lesquelles un certain nombre de membres des services
de sécurité auraient fait l'objet de poursuites judiciaires et
certains auraient été condamnés.
Des responsables au ministère de la Justice ont informé la délégation
d'Amnesty International lors d'une rencontre en mai 2000 qu'entre 1993 et février
2000, 348 membres des services de sécurité ont été
poursuivis en justice, dont huit ont été acquittés, pour
différents crimes, y compris ceux d'homicide volontaire et de coups et
blessures contre des personnes détenues en garde à vue.
Cependant, aucune précision n'a pu être obtenue concernant l'identité
de ces personnes ou des victimes, la nature des violations, les enquêtes
engagées et les conclusions de celles-ci, ou les procès dans lesquels
ces personnes ont été condamnées. L'administration de la
justice étant un sujet d'intérêt public il n'y a aucune
raison pour que les membres des services de sécurité qui se sont
rendus responsables d'actes de torture et qui ont été condamnés
en raison de ces crimes bénéficient d'un anonymat dont ne bénéficie
aucun autre citoyen condamné en vertu des lois en vigueur.
Par ailleurs, en ce qui concerne les cas de torture commis par des groupes armés,
notamment le viol de femmes, il n'a pas été possible à
ce jour d'obtenir des informations sur les cas où les individus coupables
de ces crimes auraient été arrêtés, traduits en justice
et condamnés. Cette doléance a été exprimée
aussi bien par les victimes que par les associations de femmes, qui de plus
se plaignent de l'absence d'indemnisation et de prise en charge et de suivi
pour ces victimes. Étant donné la nature particulièrement
sensible de ce type de crime, aussi bien en terme de traumatisme pour les victimes
qu'en terme des tabous qui entourent la question, des efforts particuliers doivent
être déployés pour créer les conditions nécessaires
pour assurer que justice soit faite et que les victimes puissent bénéficier
d'une prise en charge adéquate pour surmonter le traumatisme physique
et psychologique, ainsi que d'indemnisations, au même titre que les autres
victimes des groupes armés. Nous souhaiterions recevoir toute information
concernant les dispositions existantes pour la prise en charge et l'indemnisation
des femmes victimes d'enlèvement et de viol de la part des groupes armés.
Amnesty International a connaissance des dispositions en vigueur concernant
l'indemnisation des victimes assassinées par des groupes armés
et a reçu des informations à ce sujet des différentes associations
de familles de victimes des groupes armés, ainsi que par des familles
de ces victimes;
Cependant, l'Organisation n'a jamais pu recevoir d'information concernant une
éventuelle indemnisation de victimes des services de sécurité.
Dans aucun des cas de torture, de décès en garde à vue,
ou d'exécutions extrajudiciaires, survenues dans les huit dernières
années et répertoriés par Amnesty International, les victimes
ou leurs familles n'ont reçu une quelconque indemnisation. Aucune indemnisation
n'a été versée par les autorités aux familles des
personnes ayant «disparu» après avoir été enlevées
par des services de sécurité ou par des milices paramilitaires,
et dont les autorités ont par la suite affirmé qu'elles avaient
été enlevées et assassinées par des groupes armés.
De telles pratiques sont contraires aux normes internationale en la matière,
notamment aux dispositions du PIDCP, qui stipule dans son Article 2 que :
«3. Les Etats parties au présent Pacte s'engagent à :
a) Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans
le présent Pacte auront été violés disposera d'un
recours utile, alors même que la violation aurait été commise
par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ;
b) Garantir que l'autorité compétente, judiciaire, administrative
ou législative, ou toute autre autorité compétente selon
la législation de l'Etat, statuera sur les droits de la personne qui
forme le recours et développer les possibilités de recours juridictionnel
;
c) Garantir la bonne suite donnée par les autorités compétentes
à tout recours qui aura été reconnu, justifié».
et dans son Article 9 que :
«5. Tout individu victime d'arrestation ou de détention illégale
a droit à réparation».
Nous souhaiterions recevoir des informations sur les personnes qui ont bénéficié
d'indemnisation, qu'elles soient victimes de violations des droits humains de
la part des services de sécurité ou des milices paramilitaires,
ou familles de ces victimes, si ces dernières sont décédées.
Si effectivement des mesures ont été prises, il serait opportun
de faire en sorte que celles-ci soient connues afin de restaurer la confiance
et l'espoir des victimes et de leurs familles. Aussi, Amnesty International
souhaiterait recevoir les informations disponibles sur les mesures qui auraient
éventuellement été prises, afin de pouvoir intégrer
ces éléments dans ses analyses et ses rapports.
Nous souhaiterions plus particulièrement recevoir les informations suivantes
:
- la liste de 340 membres des services de sécurité condamnés
pour torture, exécutions extrajudiciaires et autres violations commises
et les détails des enquêtes et de procès (date et lieu des
procès, chefs d'inculpation retenus contre les responsables des violations
et condamnations imposées), ainsi que de tout autre cas en sus des 340
mentionnés par le ministère de la Justice ;
- les informations disponibles concernant des cas de poursuites et condamnations
de membres de groupes armés responsables de viols et d'autres actes de
torture ainsi que les informations concernant les enquêtes menées
dans tels cas.
Fin
1. Le Comité a examiné
le deuxième rapport périodique de l'Algérie (CCPR/C/101/Add.1)
au cours de ses 1681e, 1682e, 1683e et 1684e séances, tenue les 20 et
21 juillet 1998 (CCPR/C/SR, 1681 à 1684). Dans ses observations finales,
adoptées à sa 1696e séance, le 29 juillet 1998 (CCPR/C/SR.1696)
le Comité a demandé aux autorités algériennes :
«De faire en sorte que toutes les allégations spécifiques fassent
l'objet d'une enquête par un organe impartial et que les résultats
de cette enquête soient publiés».
2. Comité des droits de l'homme (63e session), août 1998, CCPR/C/79/Add.95,
Algérie. Examen des rapports présentés par les Etats parties
conformément à l'Art. 40 du Pacte. Observations finales du Comité
des droits de l'homme. Algérie, paragr.10.
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