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Entre
les lignes
Nasreddine Yacine,
algeria-watch, quinzaine du 27 juillet au 9 août 2001
Les monstres ne
se reposent jamais. Pas de congé... pour les victimes.
Bilan de cette quinzaine : 28 morts et 17 blessés. Les régions
du Centre (Boumerdes, Blida) et de l'Ouest du pays (Chlef, Mascara) sont
les plus touchées cette fois-ci. Onze personnes ont été
massacrées à Mouzaïa dans la wilaya de Blida. C'est
si loin de la capitale et du commandement de la 1ère région
militaire de l'ANP que dirige le général major Fodil Chérif,
ex-commandant des forces " anti-terroristes " du CCLAS.
Doit-on ajouter aux crimes classés " actes terroristes "
l'assassinat d'un jeune homme de Tébessa, âgé de 29
ans, à qui l'on a subtilisé (selon la presse) la somme de
470 millions de centimes (environ 47.000 francs français).
Pendant ce temps, des milliers de jeunes de plusieurs pays sont venus
assister au Festival International de la Jeunesse et des Etudiants. Ambiance
bon enfant ? Plutôt années soixante-dix, ornée d'un
discours " anti-impérialiste ". A part ça ? Le
soir on oublie les discours et l'on fait la fête !
Benflis découvre l'Algérie profonde
" Il est honteux que les filles n'aillent pas à l'école
" a déclaré le chef du gouvernement à Djelfa
(Quotidien d'Oran du 28 juillet 2001).
En tant que " chef " de l'exécutif, Ali Benflis ne devrait
pas se contenter de faire des constats (comme le fait tout le temps son
" chef " Bouteflika), mais plutôt de trouver des solutions.
Sait il au moins que si les filles (et dans une moindre proportion les
garçons) ne vont pas à l'école dans plusieurs contrées
du pays ce n'est pas par misogynie mais par " nécessité
économique " et/ou pour des raisons purement sécuritaires.
Il se trouve qu'il y a toujours des intelligents (dont les " élites
" bien pensantes) pour critiquer sans s'imprégner de la réalité.
Qui oserait envoyer sa fille dans une école qui se trouve à
plusieurs kilomètres dans une région non sécurisée
? Le choix entre la vie de son enfant et celle de sa scolarité
est vite fait. En outre, dans le cas des familles pauvres, les premières
qui sont effectivement sacrifiées sont les filles, mais rapidement
les garçons vivront le même sort. Lorsque l'élite
dirigeante (nous employons le terme " élite " par abus
de langage) aura réussi à éradiquer la pauvreté
et l'insécurité, et si le phénomène de déscolarisation
des filles persistera encore on pourra alors parler de misogynie ou de
traitement défavorisant "le sexe faible".
Il faut reconnaître que les mentalités ont beaucoup changé
en Algérie. Il n'y a qu'à constater le nombre impressionnant
de jeunes filles issues de l'intérieur du pays qui peuplent les
cités universitaires de la capitale et des grandes villes du pays.
Alors au lieu de critiquer faites votre travail d'abord, messieurs.
Comme un cheveu
dans la soupe
Le rapport du professeur Issaâd a quand même été
rendu public. Dans les salons algérois, on n'en revenait pas. "
Ils ont osé le publier " ! D'où la réaction
très tiède de la part de certains partis et de la "
société civile " (par actions).
Le RCD, par exemple, ne sait plus où donner de la tête. Ne
pouvant pas critiquer le rapport par ce que ce dernier rejette (momentanément)
la responsabilité des partis politiques dans les événements
de la Kabylie, ni l'accepter tel quel car il évoque des "
zones d'ombre " qui pourraient, si elles venaient à êtres
éclaircis, avoir de fâcheuses conséquences pour ce
parti, Saïd Sadi se contente de " jeter la pierre " sur
la gendarmerie nationale en lui imputant l'entière responsabilité
dans ces événements.
La presse affiliée à ce parti, en particulier Liberté
et Le Soir d'Algérie, a d'ailleurs bien exécuté la
partition du psychiatre du RCD. Sur la cinquantaine de pages du rapport,
ces deux quotidiens n'ont décelé qu'un " Haro sur la
gendarmerie ". Une lecture superficielle qui en dit long sur leurs
appréhensions.
Même si le rapport est qualifié de " préliminaire
" par le professeur Issaâd, Liberté veut aller vite
en besogne en réclamant, le lendemain même de la publication
du document (" A quand les sanctions ? ", Liberté du
30 juillet 2001), des " sanctions " contre la gendarmerie comme
si le dossier était clos.
" L'enquête n'est pas finie " répondra Issaâd
sur les colonnes du Matin (du 30 juillet 2001). Le quotidien de Benchicou,
qui semble avoir reçu 5/5 le message de Issaâd, titre déjà
sur " les difficultés des aârouchs " et de leur
" perte de vitesse ", réelles toutefois. Il s'est assez
mouillé jusque-là !
L'autre chantre de la liberté d'expression, et l'un des journaux
qui a fait des événements de la Kabylie un immense fonds
de commerce en envoyant au charbon des dizaines de milliers de jeunes,
El Watan prend le rapport de la commission Issaâd avec une certaine
distance, du genre " ana khatini " (je n'ai rien à avoir
là-dedans).
Si Issaâd n'est pas stoppé dans sa prochaine mission, la
suite risque d'être succulente.
" Gueux ",
je vous aime !
Qu'est ce qui passe ? " L'Algérie utile " (slogan utilisé
par les partisans de l'arrêt du processus électoral et démocratique
en 1992) a daigné prononcer des " mots de compassion "
pour les " gueux " (expression utilisée par le Son Excellence
le docteur Saïd Sadi, président... du RCD, pour qualifier
les Algériens qui n'ont pas su voter en 1992) de l'Algérie
profonde.
Dans sa chronique quotidienne " Contre Champ ", M. Hammouche
écrit (Liberté 29 07 01) :
" Il y a quelques années, on avait découvert, sur les
hauteurs de la côte qui relie Cherchell à Ténès,
des hommes qui parlaient une langue inconnue, des Algériens qui
ne connaissent pas encore la cuillère. On ignore ce qu'ils sont
devenus depuis, mais le plus probable, c'est que rien n'a changé
pour eux. C'est que l'Algérie ne regarde que ce qu'il y a d'utile
en elle. Un champ pétrolifère, un port, une caserne, une
résidence sécurisée, une station de télévision...
Quelques kilomètres carrés autour des pipelines, des autoroutes
et des quais retiennent l'attention de la nation... "
Nous attirons l'attention de tous ceux qui, par hasard, peuvent êtres
séduits par ce discours " humaniste " que le sieur Hammouche
pense exactement ce qu'il semble " dénoncer " maintenant.
Il fait partie des partisans de " l'Algérie utile ",
de " l'Algérie qui avance " (les démocrates autoproclamés)
contre " l'Algérie qui recule " (ceux qui ont mal voté
en 1992).
Ce qu'il semble " dénoncer " maintenant était,
et l'est encore, le discours quotidien des éradicateurs (RCD, MDS,
CCDR, RAFD, presse dite républicaine et démocratique, UGTA,
UNEP...), sauf depuis les événements de la Kabylie (pour
des raisons qu'il faudra expliquer ultérieurement). Ce n'est qu'à
partir du mois d'avril 2001 qu'ils ont découvert, " stupéfaits
", que les Algériens étaient en face d'une dictature
!
La théorie
de la " majorité silencieuse "
Les règles mathématiques ont très peu de chance de
trouver application dans le discours politique de certains partis. Collés
au poteau que ce soit lors d'élections libres (1990 et 1991) ou
lors d'élections où la fraude tient le haut du pavé,
le RCD, le MDS (ex-PAGS, ex-Ettahadi), l'ANR (de Rédha Malek),
et certains recalés de la politique (Sid-Ahmed Ghozali, Abdelhak
Brerhi...) caressent toujours l'espoir de séduire la " majorité
silencieuse " (Quotidien d'Oran du 30 07 01). C'est cette même
" entité " qui a été évoquée
pour justifier le refus des résultats des élections législatives
de décembre 1992 ", et voilà que 10 ans après
elle revient sur le plateau des " débats politiques "
à l'occasion de la création de la Coordination démocratique.
Il est vrai que certains débats relèvent plutôt de
la psychanalyse que de l'analyse politique.
Faites moins d'enfants
SVP !
Une des constantes des " élites " du tiers-monde, c'est
de cacher leurs incapacités intellectuelles à trouver des
solutions pratiques aux problèmes des populations, la peur de s'attaquer
aux véritables fléaux qui empêchent le développement
comme la corruption et la bureaucratie.
Invités donc à donner des explications à cette situation
de récessions économiques, sociales et culturelles, les
" élites " du tiers-monde brandissent comme unique cause
: La Démographie !
Lors d'une rencontre de spécialistes du secteur de la santé
et d'autres disciplines, consacrée à la politique nationale
de population (Quotidien d'Oran du 31 07 01), on continue encore à
professer ce genre de débilités qui consiste à considérer
la démographie comme unique responsable sur l'évolution
du développement.
Encore une aberration qui ignore, ou feint d'ignorer, d'autres facteurs
comme la corruption, les détournements de deniers publics, l'évasion
fiscale, la mauvaise planification et autres politiques absurdes en matière
d'industrialisation, d'aménagement du territoire et d'utilisation
des ressources naturelles.
Mais ne mettons pas tout le monde dans le même sac. Le journal rapporte
que certains intervenants ont exprimé leur désaccord avec
cette thèse.
" Est-ce qu'en réduisant le taux d'accroissement démographique
nous allons automatiquement renouer avec la croissance économique
et le plein emploi " s'interroge une intervenante ? Pas convaincue
de cette thèse, elle explique en citant l'exemple d'un pays voisin
qui "tout en appliquant une politique très rigoureuse en matière
de natalité, il n'a pu trouver des solutions à ses énormes
problèmes socio-économiques ". Il y a donc lieu, selon
elle, d'étudier l'ensemble des facteurs qui concourent à
un développement durable pour se faire une idée sur la problématique
et des solutions à trouver. "
AIS, GIA, et le
colonel Samraoui
Quelques jours avant la sortie médiatique du colonel du DRS, Mohamed
Samraoui dit Habib, le désormais ex-émir de l'AIS, Madani
Mezrag, déclare contre toute attente que " c'est le GIA qui
a perpétré les massacres collectifs " (Quotidien d'Oran
du 01 08 01).
Tout compte fait Mezrag n'a pas tort. L'explication se trouve dans la
déclaration du colonel Samraoui qui affirme que " c'est le
DRS qui a créé le GIA ".
Nous avons deux propositions : " le GIA a commis les massacres collectifs
" ET " le DRS a créé le GIA ". Par transitivité,
peut-on déduire la proposition suivante : " c'est le DRS qui
commis les massacres " ?
Cette question est adressée au mathématicien Anouar Benmalek.
Nettoyez votre
" Radar "
" Al Djazira remet ça " titre le Radar de Liberté
(05 08 01) pour dire que la chaîne Qatarie va diffuser la suite
de l'émission avec Samraoui le mercredi d'après.
Mais pourquoi toute cette gymnastique " intellectuelle " messieurs
de Liberté ? Il aurait été plus intelligent (Est-ce
trop vous demander ?) de regarder la bande-annonce de l'émission
" Bila Houdoud " pour savoir que l'émission suivante
n'était pas consacrée encore une fois à Samraoui
pour parler des massacres.
Et dire qu'on les paye pour écrire des conneries !
La presse et l'émission
d'El Djazira
Parmi tous les articles de la presse privée commentant le passage
du colonel Samraoui à l'émission Bila Houdoud, la meilleure
couverture, la plus exhaustive, a été assurée par
Kamal Zekri de Liberté (du 04 08 01).
ORASCOM, l'arabe
L'attribution de la 2e licence de téléphonie mobile (GSM)
à l'Egyptien ORASCOM a suscité de nombreux commentaires
franchement hostiles de la part d'El Watan et de Liberté en particulier.
Sur les trois concurrents pour l'obtention de la 2e licence GSM, en l'occurrence
Telefonica (Espagne-Portugal), ORASCOM (Egypte), et Orange (filiale France-Telecom),
c'est l'Égyptien qui a été retenu pour avoir fait
la meilleure offre de 733 millions de dollars. L'offre de Orange était
de 422 millions de dollars. Telefonica s'est retiré au dernier
moment de la course.
De l'avis de la Banque Mondial, du Financial-Times et même de Telefonica,
l'opération de l'ouverture des plis était d'une " transparence
exemplaire ". Liberté est allé jusqu'à censurer
le passage concernant la " transparence exemplaire " de la lettre
envoyée par Telefonica à l'autorité de régulation
(l'ARPT).
En d'autres circonstances, Liberté et El Watan auraient applaudi
à cette opération et auraient été fiers des
satisfecits de la Banque Mondiale et du Financial-Times. Mais comme le
perdant est Français et qu'en plus le gagnant est Arabe, c'est
la levée de bouclier pour évoquer un " contrat douteux
".
Liberté est allé jusqu'à dire clairement que le retrait
de Telefonica est dû à une affaire de bakchich. Ce que l'intéressé
lui-même (Telefonica) n'a pas évoqué dans sa lettre
à l'autorité de régulation.
Mais, il y a eu un retournement de situation quelques jours après
l'attribution de la 2e licence GSM. Liberté et El Watan ne semblent
plus hostiles à ORASCOM.
Miracle ? Non. Ils savent tout simplement que l'équipementier qui
va accompagner ORASCOM dans cette opération n'est autre que...
France-Telecom.
Plus hizb frança que ça tu meurs !
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