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Entre
les lignes
Nasreddine Yacine,
algeria-watch, semaine du 22 au 28 juin 2001
Une semaine
infernale en Kabylie. Encore des morts (quatre au moins) et des dizaines
de blessés. La presse privée, 4 titres en particulier, en
fait l'essentiel de leur information. Ces titres ne réservent pas
moins de 5 à 6 pages par jour à ces événements.
Sur le plan sécuritaire, on a enregistré 35 morts et 7 blessés
à Guenzet (Sétif), Tidjelabine (Boumerdes), Relizane, Chetaibi
(Annaba), Mascara, Jijel et Médéa. 27 parmi ces morts appartiennent
à des groupes armés. Les plus gros bilans ont été
enregistrés à Relizane (15 morts) et à Chetaibi (7
morts).
Fattani change de fusils d'épaule
Pour ceux qui ne lisent pas le quotidien L'Expression de Ahmed Fattani
(ex-directeur de Liberté) puisque le journal n'est pas sur le Net.
Il est donc utile de leur rappeler que c'est un des rares journaux francophones,
et à un degré moindre Le Jeune Indépendant, à
s'être opposé à l'idée de départ des
gendarmes de la région de Kabylie. Mais, ne voilà-t-il pas
que, de retour d'un reportage dans cette région, M. Fattani change
complètement de registre et titre en Une dans l'édition
du samedi 23 juin : " Retirez vos gendarmes monsieur le Président
".
Que s'est-il donc passé pour que L'Expression modifie aussi radicalement
sa position en ce qui concerne la revendication du retrait des gendarmes
? Et pourquoi s'adresse-t-il directement à Bouteflika sachant que
cette décision n'est nullement de son ressort ?
L'argent commence-t-il à faire tourner la tête à Si
Ahmed ? Depuis deux semaines, ce journal engrange environ 6 à 8
pages de publicité par jour. Les distributeurs de la manne publicitaire
ont-ils fait pression sur lui pour changer de cap ?
" Démocrates
" par défaut
Ils reviennent cette semaine. Le " réalisateur " leur
a fait appel pour figurer dans une phase importante du tournage de son
dernier film. Les " démocrates " par défaut (ANR,
CCDR, FD, MDS, MLD, RCD) appellent à une " entreprise de sauvegarde
nationale " (in El Watan 23 juin 2001), une sorte de CNSA-bis (Comité
National de Sauvegarde de l'Algérie, né pour réclamer
l'arrêt du processus électoral en 1992) ou d'un MPR-bis (Mouvement
pour la République, qui théoriquement existe encore et est
présidé par Saïd Sadi et co-présidé par
Khalida Messaoudi).
Pour ceux qui ne connaissent pas ces sigles voici un rapide topo. L'ANR
(Alliance Nationale Républicaine) est présidée par
M. Rédha Malek, l'homme qui a fait changer la peur de camp. Ancien
ministre, président d'un Parlement désigné (CCN),
membre du Haut Comité d'Etat (après l'assassinat de Boudiaf)
et chef de gouvernement. Cet ancien défenseur du fameux article
120 du temps du parti unique qui interdisait l'accès à des
postes de responsabilité à ceux qui ne sont pas membres
du FLN, est subitement devenu " démocrate ". Lui-même
ne sait pas comment.
CCDR (Comité des Citoyens pour la Défense de la République)
animé par d'anciens pontes du régime : Abdelhak Brerhi (ancien
ministre de l'Enseignement Supérieur), Boubnider (l'homme qui a
suivi de près la fraude électorale des législatives
et des locales de 1997) et le commandant Azzedine (dont on attend encore
les réponses à propos des accusations de délation
pendant la guerre de libération nationale, portées contre
lui par le parti de Nahnah), bailleur de fonds du MDS.
Le FD (Front Démocratique) de Sid Ahmed Ghozali, ancien patron
de la Sonatrach, ministre de l'économie et chef du gouvernement.
Son parti, injustement non agréé, est tout de même
autorisé à animer des conférences de presses et signer
des communiqués !
Le MDS (Mouvement démocratique et social) de Hachemi Chérif
est le digne héritier du PCA (Parti communiste en Algérie),
devenu PAGS (Parti d'avant-garde socialiste) puis Ettahadi (défi).
Ce parti a accompagné tous les pouvoirs depuis 1962.
MLD (Mouvement pour les Libertés Démocratiques) de Sofiane
Djilali est né à la suite d'un litige autour de la présidence
du PRA après l'accès de son président, Noureddine
Boukrouh, au poste de ministre dans le gouvernement de Bouteflika.
Quant au RCD de Saïd Sadi, il n'est plus à présenter.
Vous avez sans doute remarqué la présence significative
de l'élément féminin parmi les animateurs de ces
formations politiques dites démocratiques.
La vérité
sort de la bouche de... Hachemi Chérif
" Le RND est un appareil du pouvoir " aurait affirmé
le premier secrétaire du MDS (in El Watan du 23.06.2001). Encore
une " découverte " pareille et le prix Nobel n'est pas
très loin ya si El Hachemi !
Le Décodeur
de Saïd Bouamama
Savez-vous pourquoi manifestent les jeunes de la Kabylie et de quelques
wilayas du pays ? Vous n'êtes pas surs ? Alors lisez l'édito
du Matin du 24 juin 2001.
Dans une interview accordée à ce journal, Saïd Bouamama,
présenté comme " sociologue algérien installé
à Lille " attribue aux jeunes manifestants des revendications
inaperçues jusque-là. De Lille (de France) on aperçoit
sans doute mieux que des monts du Djurdjura.
En réponse à la première question sur le " danger
une nouvelle fois que les intégristes sortent gagnants dans l'affaire
", notre sociologue répond : " (...) Le mouvement populaire
a su jusqu'à aujourd'hui répondre à ces différentes
stratégies (de manipulation du pouvoir - ndlr) en s'organisant
en comités de village et de citoyens, en avançant une plate-forme
de revendications nationale et démocratique, en s'étendant
en dehors de la Kabylie. Cette organisation en comités citoyens
peut être la base d'un véritable front populaire démocratique
mettant en avant un programme de rupture comportant des dimensions économiques
de justice sociale, politiques de rupture avec le système (abrogation
du code la famille, des amendements du code pénal, des lois restreignant
les droits associatifs, syndicaux, et politiques, reconnaissance de toutes
les langues algériennes...), des aspects de rupture idéologique
avec le projet démocratique (réforme du système scolaire
et juridique...). Ce programme de front populaire et démocratique
porté par une organisation à la base des citoyens aura à
être soumis à l'ensemble des associations, partis démocratiques
(les SIX évoqués plus haut ? - ndlr) forces syndicales...
afin de se transformer en alternative crédible (comment ? - ndlr)
à court terme. "
Dans cet entretien, notre sociologue n'évoque à aucun moment
le recours aux élections pour valider le " programme "
qu'il vient d'esquisser le temps d'un entretien. Le combat serait selon
à qui des " intégristes " ou des " démocrates
" arriveront à convaincre le pouvoir de leurs projets respectifs.
Il n'est nullement question de peuple et de suffrages.
Si les " démocrates " estiment que ce " programme
" est l'émanation de tous les citoyens algériens, qu'est
ce qui les empêche donc de réclamer d'aller aux urnes ?
Comités
fantômes
Des communiqués émanant du : " Rassemblement des femmes
algériennes libres " (RAFAL), " Comité de citoyens
de la commune de Dar El Beïda ", " Comité de citoyens
de la commune de Aïn Bénian " ou " Comité
des citoyens d'Alger Centre " sont régulièrement publiés
dans certains titres de la presse privée depuis quelques jours.
Anonymes, ces communiqués ne sont pas signés. On ne leur
connaît pas officiellement des animateurs.
A moins que les animateurs de ces " comités " aient choisi
la clandestinité, ces manipulations sont tout à fait ridicules.
En effet, tout le monde reconnaît qu'en Algérie, depuis 1992,
il n'est pas aisé de se réunir quand on est une association
ou un parti politique dûment agréés. Qu'en est-il
alors d'entités fantômes ?
De quelle manière ces comités ont-ils étaient créés
? Les citoyens se sont-ils réunis en Assemblées Générales
pour désigner leurs représentants ? Rien de cela n'a eu
lieu.
Mais le mystère n'est tout de même pas entier. Les quelques
animateurs du comité de Aïn Bénian, par exemple, sont
tous militants du MDS.
Qu'en est-il pour les autres comités ?
Mutants
" Faisons une mutation ", réclame Hachemi Chérif
du MDS (in El Watan du 26 juin 2001).
Depuis le temps que l'ex-PCA fait des mutations (PAGS, Ettahadi, MDS)
pour demeurer en fin de compte le même, un parti stalinien de pure
souche !
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