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Entre
les lignes
Nasreddine Yacine, algeria-watch,
semaine du 13 au 19 avril 2001
Bouteflika a bouclé
la deuxième année de sa cooptation à la tête de la
Présidence de la république des généraux. Deux années
de tchatche et des tonnes de discours. Mais, à lire les chapelets de
critiques de la presse privée, indépendante de sa volonté,
à son encontre, il est difficile de ne pas croire à un lâcher
de " chiens de garde " orchestré par qui vous savez.
Cela dit, quel crédit accorder aux journaux, aux journalistes et aux
partis politiques qui ont, dès le début, été favorables
à l'" élection " de Bouteflika, pourvu qu'il fasse barrage
à certains candidats gênants, et qui l'ont ensuite soutenu dans
toutes ses démarches pour se mettre à le critiquer violemment
le temps d'une campagne ? Une campagne sur commande qu'exécutent les
partis politiques de la coalition: RCD, MSP, Nahda, FLN et RNDC'est en tout
cas la politique qui en prend un sacré coup.
Passons aux "faits divers" maintenant. La situation sécuritaire
quant à elle continue de produire ses lots de victimes. Toujours selon
un décompte de presse on a enregistré, cette semaine, 32 morts
et 11 blessés.
Les explications de
Sadi.
Le docteur Saïd Sadi a effectué un pèlerinage en Afrique
du Sud. On espère qu'il a compris que l'apartheid ne sert à rien.
Que tôt ou tard les " gueux " finissent par prendre le pouvoir.
Mais à lire ses déclarations devant le South African International
institute of Affairs on se rend vite compte qu'il est loin de se rendre à
cette évidence. Saïd Sadi expliquait à ses interlocuteurs
sud-africains que les défis majeurs de l'Algérie sont : "
le renouvellement de la classe politique, la redéfinition des priorités
stratégiques du pays, la modernisation de l'Etat dans ses institutions
et sa culture, et l'adaptation au nouvel environnement international "
(Le Quotidien d'Oran du 14 avril).
Pour ce qui est du " renouvellement de la classe politique " S. Sadi
n'entend nullement passer par les urnes. Les expériences passées,
avec ou sans le FIS, l'ont assez marqué pour se risquer à un exercice
qui lui est très défavorable. Sadi réclame ce qu'il n'a
cessé de quémander au "système" depuis 1992 :
sa cooptation à la magistrature suprême ou, pour le moins, au poste
de chef de gouvernement pour pratiquer sa version très stalinienne de
la démocratie et de la modernité.
On dit que quand Sadi, Nahnah, Hachemi Chérif et autres consorts cauchemardent,
ils voient des... URNES, des vraies !
Ferhat explique Sadi.
A l'opposé de son ex-compagnon, Ferhat Mehenni déclare, lors du
Forum d'El Youm (14 avril), que l'urgence est de " travailler à
la construction d'une alternative démocratique nationale ". Là
il n'hésite pas à reprendre à son compte le slogan du 3e
congrès du FFS. Le chanteur avoue que lors des événements
d'octobre 1988 le clan proche, de ce qui est devenu quelques mois plus tard
le RCD, c'est-à-dire lui-même, Mokrane Aït Larbi, Saïd
Sadi, et un futur dissident du FFS, Naït Djoudi, ont été
manipulés par le pouvoir. " L'erreur, disait-il, était de
créer le RCD lors des assises du MCB. " " C'était un
putsch, comme ceux de 1962 et 1965, ou celui que tentait le FIS. " Et d'ajouter
: " Autant le MCB aspirait à la démocratie, autant il n'avait
pas de compétences pour la vivre. "
Ferhat ne tarit pas d'éloges à propos de Sadi. Il est, dit-il,
" totalement intégré dans les clans du pouvoir ". Et
non sans une pointe d'humour il ajoute : " Je me suis fourvoyé dans
une secte (le RCD - ndlr) ".
Pour ce qui est de l'arrêt du processus démocratique en janvier
1992, Ferhat reconnaît : " nous avons été manipulés
par la situation ".
Il rappellera également que le PAGS (devenu Ettahadi, puis MDS) avait
dénoncé le mouvement du 20 avril 1980 le considérant comme
" une question bourgeoise " (alors que maintenant il s'en félicite
- ndlr). Fondamentalement Hachemi Chérif n'a pas changé de position,
il a seulement modifié ses " arguments ". De l'" anti-bourgeoisie
", il passe à la " défense de la république "
et à la " modernité ". Mais l'essentiel y est : point
de démocratie.
Précisons que seul le Quotidien d'Oran, par la plume de Abed Charef,
a fait un compte rendu assez large des déclarations de Ferhat au Forum
d'El Youm. Comprenez quand même la gêne des autres quotidiens. Critiquer
Sadi n'est pas chose aisée.
Abou sondages.
El Watan, Le Quotidien Indépendant, passe pour être le spécialiste
des sondages d'opinion commandés.
Vous voulez élire Zeroual ? El Watan se charge de sonder des Algériens
âgés entre 18 et 65 ans, vivants de préférence, et
habitant au Club des Pins pour plus de crédibilité. En un tour
de main, Zeroual sera élu à une grande majorité.
Zeroual ne vous plaît plus. Vous vous êtes rappelé que c'est
un général, que son conseiller l'est également. Alors faites
appel à El Watan qui vous fournira un autre sondage pour estimer les
chances de Bouteflika, appelé à remplacer Zeroual, dans la "
course " à la magistrature suprême. Les résultats du
sondage n'envieront rien aux résultats officiels des " élections
" présidentielles de 1999.
Bouteflika vous a déçu à son tour ? Pas de problème.
El Watan (du 14 avril) vient à la rescousse. Habitué comme il
l'est à sonder les Algériens, les chiffres n'ont aucun secret
pour lui.
Après avoir été soutenu par les intellectuels, les démocrates,
les modernistes et la " famille qui avance ", Bouteflika ne semble
satisfaire, selon El Watan, que " les femmes au foyer et les sans niveaux
". Sans craindre le ridicule (mais pourquoi le craindraient-ils, puisqu'il
ne tue pas !), les gars d'El Watan déclarent : " Les universitaires
et les sans niveaux constituent respectivement 43,9% et 57,7% des voix qui se
sont exprimés en faveur de la politique de Bouteflika. Par contre, ceux
qui sont insatisfaits ont plutôt le niveau supérieur " (passage
extrait d'un article signé par Salima Tlemçani).
Etant contre la politique de Bouteflika, Salima Tlemçani n'est donc ni
universitaire, ni sans niveau, mais simplement " supérieure ".
Fallait y penser.
Bonjour, Maître
!
M. Mokrane Aït Larbi, membre du conseil de la nation, vient de faire une
extraordinaire découverte : " La parenthèse d'octobre vient
d'être fermée " avec la nomination de Messaâdia à
la présidence du Sénat.
En suivant le raisonnement du sénateur " indépendant ",
avant la venue au Sénat du légendaire Messaâdia la parenthèse
d'octobre n'était pas encore fermée !
C'est rassurant d'avoir des hommes politiques de cette trempe.
Un général
pas comme les autres.
Un général favorable à des élections non truquées,
souveraines, c'est très rare. Vous l'aurez deviné, il s'agit bien
de Rachid Benyelles, général à la retraite. Fervent opposant
à Bouteflika au moment où celui-ci est chef de l'Etat, comme il
avait réclamé le départ de Chadli au moment où Chadli
était Président, Benyelles ne perd pas le nord. Il estime qu'avec
toutes les tares qu'on lui reconnaît, Bouteflika reste un pion entre les
mains de l'armée. C'est en ce sens qu'il s'adresse directement à
ses ex-collègues, à l'occasion d'un article publié sur
les colonnes du Matin (du 15 avril) : " Les militaires doivent se rendre
à l'évidence et reconnaître que la solution à la
crise est d'abord et avant tout politique et que les recettes préparées
dans le secret de certaines officines n'ont aucune chance d'aboutir... "
Brerhi démocrate
?
Dans un entretien qu'il a accordé au quotidien le Matin (du 16 avril),
l'ex-ministre de l'Enseignement Supérieur des années du parti
unique s'interroge " comment sortir de la malédiction qui nous frappe
depuis l'indépendance, celle d'un système obsolète de la
cooptation et du consensus ? " Est-ce pour proposer une issue démocratique
? Ya latif, ça va pas !
Pour avoir été ministre nommé par ce même système,
Brerhi nous fait-il l'aveu de sa cooptation " où les critères
de la compétence, de l'intégrité et du patriotisme n'ont
pas été, loin s'en faut, ceux qui contribuaient au choix des hommes
et à l'attribution des responsabilités " ?
Mais, l'homme de science qu'il est également, traîne avec lui un
grave schisme, celui qui consiste à voir une différence en l'armée
et le pouvoir. A l'inverse du second, la première serait sans reproches.
Le circuit logique de ce membre du CCDR (Comité des Citoyens pour la
défense de la République) se trouve également très
atteint, puisqu'il ne peut se rendre compte qu'il dit la chose et son contraire.
Que faire ? lui dit le journaliste du Matin. Extraits de la réponse de
Brerhi : " ... la politique de la cooptation et du consensus a montré
ses limites, le temps de l'improvisation et des calculs en vase clos est définitivement
révolu. (...) Si l'institution militaire, dernier rempart de défense
de la République, demeure encore un élément incontournable
du système, une alternative républicaine doit lui être proposée
par un collectif citoyen crédible (sic !) et représentatif (le
CCDR par exemple ? - ndlr) pour en débattre avec elle... "
L'alternative selon lui " repose sur deux fondements essentiels : l'assurance
de la pérennité de la République par des balises constitutionnelles
mettant hors-jeu de manière définitive toute issue islamiste intégriste...
(et) l'édification d'un Etat démocratique respectueux des libertés
démocratiques."
Brerhi ajoute sans rire : " La sortie de crise implique de mettre la citoyenneté
à l'ordre du jour... "
Jetez vos dictionnaires !
Ventes d'armes
Le spécialiste des questions sécuritaires du plus francophone
des journaux arabophones, El Khabar (17 avril), Anis Rahmani, croit savoir,
de sources généralement bien autorisées à informer,
que la vente d'armes sera bientôt autorisée " sous certaines
conditions ". Beaucoup d'argent en perspective pour les marchands d'armes
algériens.
Usurpation de fonction
!
Des individus ont été appréhendés à Tiaret
en flagrant délit d'usurpation de fonction de... terroristes. C'est ce
que nous apprend El Watan du 19 avril. " Un groupe de quatre individus
armés qui se faisaient passer pour des terroristes. Ces individus spécialisés
dans le vol de bétail, ont attaqué un berger, l'ont roué
de coups et ligoté, avant de s'en prendre au troupeau... "
Pas de chance, les " faux terroristes " ne portaient pas la tenue
réglementaire des "vrais terroristes", c'est-à-dire
ni qamis, ni barbes et ne scandaient pas "Allah Akbar". Résultat,
ils se sont fait attraper comme des bleus.
Il y a disparus et "
disparus ".
La bêtise est humaine ? Non. Elle a un nom : Kamel Amarni, journaliste
au Soir d'Algérie. Ce dernier croit savoir que la nouvelle "commission
nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme"
comptera parmi ses membres un représentant de " l'association Somoud
des disparus enlevés par les groupes armés islamistes " écrit-il
dans l'édition du 19 avril. Mais il prend le soin de mettre des guillemets
lorsqu'il évoque " l'autre catégorie des "disparus".
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