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Entre
les lignes
Nasreddine Yacine, algeria-watch,
semaine 1er au 7 juin 2001
De quoi peuvent êtres
fiers les gouvernants algériens, civils et militaires, lorsqu'ils rencontrent
des étrangers ou se rendent dans d'autres pays ? Quels exploits peuvent-ils
invoquer devant leurs interlocuteurs ? On ne sait pas vraiment de quoi ils parlent.
Sont-ils fiers de " gérer " un pays où chaque jour que
Dieu fait des Algériens meurent soit assassinés, soit massacrés,
soit lors de manifestations, ou alors pour cause d'effondrement d'un vieil immeuble.
Tous les jours, sans exception.
Sur le terrain sécuritaire, on a compté onze (11) morts et 5 blessés
au courant de cette semaine. Parmi ces morts, un policier a été
assassiné à Boghni (wilaya de Béjaïa). La presse (Le
Quotidien d'Oran du 2 juin 2001) attribue cet assassinat à " un
groupe de terroristes ".
Attendez, la liste des morts et des blessés n'est pas terminée.
À trois jours d'intervalle (les 2 et 5 juin 2001), un immeuble s'est
effondré à Oran ainsi qu'une maison à Mostaganem. Dans
le premier cas, on dénombre 6 morts et 8 blessés, et dans le second
1 mort et 4 blessés,... sous les applaudissements de la République.
La constante nationale de tous les Algériens, leur dénominateur
commun est, de toute évidence, LA MORT sous toutes ses formes.
Remaniement.
Annoncé depuis plusieurs semaines par les apprentis analystes de la presse
algérienne, le remaniement ministériel n'a pas apporté
beaucoup de nouveautés. Le lendemain de ce remaniement, toute la presse
s'en est allée dans les commentaires, sans même se soucier d'un
minimum de cohérence avec les " prémonitions " qui ont
précédé ce " changement " dans l'exécutif.
Tous ceux qui, par exemple, juraient à longueur de colonnes et de radars
que Boukrouh était " partant " et qu'il aurait " demandé
un poste d'ambassadeur " n'ont pas jugé utile d'expliquer leur débâcle
analytique et informationnelle. Ce qui atteste d'un flagrant mépris envers
le lecteur.
Grim fidèle à
Benachenhou.
Nordine Grim explique (El Watan 2 juin) les raisons du départ de son
désormais ex-patron. Journaliste-collaborateur au quotidien El Watan,
Grim est en fait un des collaborateurs de l'ex-ministre des finances. Dans le
milieu de la presse algéroise, on l'appelle " monsieur chita "
(brosse reluisante).
Parmi les raisons avancées pour expliquer le " départ "
(plutôt un limogeage !) de Abdellatif Benachenhou, Nordine Grim évoque
un litige autour du système bancaire.
Selon lui, Benachenhou serait pour l'assainissement des portefeuilles des banques
par le Trésor public avant toute opération de privatisation, alors
que Temmar (ancien ministre de la Participation et de la Coordination des Réformes
- MPCR) pense qu'il soit possible de trouver des acquéreurs étrangers
sans assainissements " pour peu que le ministre des Finances en exprime
la volonté ".
L'analyse de Grim ne tient pas debout pour au moins une raison : Benachenhou
n'est pas l'homme à mettre des sous dans le secteur public (il n'y a
d'ailleurs aucune raison de renflouer les caisses des banques pour que l'argent
parte dans les poches de qui vous savez sous forme de prêts bancaires).
Le ministre qui a refusé d'augmenter de quelques centaines de dinars
(2000 DA environ) les salaires des enseignants de l'enseignement Supérieur,
acceptera-t-il de débourser plusieurs centaines de milliards de centimes
pour assainir des banques ?
Xénophobie ?
Le directeur de la publication du Quotidien d'Oran, Abdou Benabbou, se plaint
que son journal soit " victime d'un délit de faciès "
(Q.O. 3 juin 2001). Il crie au " sabotage ". " Le tirage du journal
a été réduit de plus de moitié hier, pénalisant
l'ensemble de notre lectorat de France et de toute la Kabylie... ", écrit-il
dans l'édito de cette édition, sans toutefois expliquer les raisons
de la réduction de tirage.
Devenu depuis peu le premier quotidien national francophone, le tirage du Quotidien
d'Oran est passé à plus de 150.000 exemplaires. Mais venir jouer
dans la cour des grands " démocrates républicains "
n'est pas une tâche aisée. " Liberté de la presse "
d'accord, mais pas pour les petits bougnouls qui viennent nous déranger
sur notre terrain.
Non mais, franchement, le directeur du Q. O. se rend-il compte qu'il vient d'El
Hamri (quartier d'Oran) jeter la h'chouma sur ouled Club des Pins qui "
ont payé de leurs vies leur soutien à la République "
et leur prendre des parts de marché sur leur territoire ?
C'est inconcevable !
El Watan, Boucebci,
la langue arabe et la violence.
Ne vous inquiétez pas, il n'y a pas le feu, sauf dans la tête de
Amnay Idir d'El Watan. Dans son édition du 3 juin 2001, le journal de
Belhouchet livre à ses lecteurs (de Club des Pins) un dossier intitulé
: " Violence de l'Etat et contestation par la violence ". Plusieurs
articles et un entretien composent ce dossier. Tous sont relatifs à la
violence (de l'Etat, des émeutiers...) sauf un, intitulé : "
Boucebci avait tiré la sonnette d'alarme ". A propos de quoi ?
L'article évoque une étude " une réflexion sur les
problèmes d'ordre psychopathologiques " de la société
algérienne réalisée par feu Boucebci. Jusque-là
rien d'anormal. Mais, lier " les problèmes d'ordre psychopathologiques
" à l'enseignement de la langue arabe et insinuer qu'elle puisse
être la source de la violence, c'est carrément débile même
si c'est effectivement le professeur Boucebci qui en est arrivé à
cette conclusion.
" Pour schématiser, écrit A. Idir, Boucebci remet en cause
le système scolaire qui fait de l'école un transfert de responsabilité
des parents vers "l'Etat-père". Et l'adaptation scolaire est
autant plus délicate que la langue de base enseignée, l'arabe
classique, introduit au moins pour la génération actuelle une
rupture entre le milieu familial, dont la langue d'expression est l'Arabe dialectal,
le Kabyle ou le Français, et l'école ".
Chapeau, s'il faut faire ce genre d'études pour être nommé
professeur, je suis candidat.
Résumons : pour ne pas " choquer " nos enfants, il ne faut
pas leur enseigner l'Arabe classique. Ok ! Il reste donc l'Arabe(s) dialectal
(d'Alger, d'Oran, de Tlemcen, d'Annaba, de Skikda, de Jijel...), le Kabyle (avec
ses trois ou quatre variantes) et LA LANGUE FRANÇAISE unique et unifiée.
Après s'être débarrassé de l'arabe classique qui
" choque " nos enfants et qui leur donne accès à de
la " littérature subversive ", il faut, pour enseigner les
mathématiques, la physique et les sciences naturelles, une langue structurée.
Quelle sera l'heureuse élue d'après vous ?
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