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Bouteflika survivra-t-il au «printemps dAlger» ? Elio Comarin, RFI, 15 juin 2001 Au lendemain de la manifestation historique du 14 juin le président Bouteflika paraît dépassé. Son sort dépend tout autant des généraux qui lont mis au pouvoir que des jeunes qui ont été empêchés de le conspuer. Alger a vite retrouvé son visage habituel, ce vendredi matin, au lendemain dune «marche pour la démocratie» historique qui sest transformée en violente émeute dès la mi-journée, lorsque les forces de lordre ont littéralement pris dassaut les manifestants de la Place du 1er Mai. La télévision algérienne, na montré que des images des dégâts provoqués la veille. Pas les foules. Les balayeurs étaient à pied duvre dès laube et les électriciens ont vite remplacé les boules des lampadaires de la rue Didouche Mourad et les enseignes arrachées ou brisées du centre ville. Près du port et sur la route du front de mer les traces de lémeute ont été effacées, les carcasses de voitures calcinées enlevées. Alger a ainsi retrouvé un semblant de calme, même si des manifestations sporadiques étaient signalées, notamment près de la casbah. Le pouvoir militaire a apparemment gagné son pari. Son ordre a été respecté. Le palais présidentiel na pas été atteint par les centaines de milliers de manifestants. Le président na pas été conspué ou traité de «fantoche». Mais Abdelaziz Bouteflika apparaît plus quen sursis. Il est ittéralement - et même physiquement - prisonnier dun régime militaire qui na jamais osé safficher ouvertement, préférant tirer toutes les ficelles du pouvoir réel à lombre dun président fantôme qui na même pas cru opportun (ou pu) prendre la parole. Le «printemps
berbère» évolue en «printemps algérien»
Mais ce qui inquiète aussi le pouvoir en place depuis la révolte sanglante de 1988 (500 morts) cest que, cette fois-ci, il a en face un mouvement dont les organisateurs réels ne sont pas visibles ni véritablement connus. Comme si eux aussi avaient choisi la discrétion de lombre pour mieux sopposer aux «clans politico-militaires» et provoquer ainsi une démocratisation réelle de la société algérienne, en dehors des deux «pouvoirs » que connaît le pays : le régime militaire et lIslam radical. Le «cerveau» de la révolte, cest-à-dire la société berbère représentée à Tizi Ouzou par une coordination issue de chaque wilayas (département) et comprenant nécessairement de membres de partis différents (sinon opposés), na probablement pas été surpris outre-mesure par la violence de la riposte policière du pouvoir, lors de la marche pacifique du 14 juin. Pour cela il avait annoncé davance quil ne renoncerait pas à la destination finale de ce défilé : le palais présidentiel et un président sans pouvoir qui, au lendemain de lavant-dernière marche, avait déjà donné sa démission aux généraux qui lont choisi il y a un peu plus de deux ans. Lors de ce «conclave» les généraux avaient refusé cette démission, faute de remplaçants crédibles, dit-on à Alger. Auparavant, plusieurs semaines avant le début de la révolte en Kabylie, un nom circulait déjà pour occuper la place de président de la République : celui de lancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali. Cétait au moment où la quasi-totalité de la presse algérienne attaquait quotidiennement le président, « coupable » à ses yeux de trop favoriser la mouvance islamiste et une réconciliation nationale profitant beaucoup plus aux terroristes repentis quaux milliers de victimes civiles. Depuis, la Kabylie sest lancée dans une révolte que le régime a de plus en plus de mal à maîtriser. Parce quil na plus darguments politiques, il nutilise que la force brutale. Comme en 1988-89, lorsque une révolte (très peu spontanée, semble-t-il) de jeunes sest vite transformée en véritable émeute, et larmée - pas la police - est intervenue, provoquant un véritable massacre. Un certain général Khaled Nezzar parvient alors à se hisser tout en haut de la pyramide, dabord en tant que commandant de létat de siège. A ses côtés on retrouve déjà deux autres généraux clé: Mohammed Betchine, et Mohammed Lamari. Aujourdhui le président Bouteflika se retrouve dans la même situation que tous ses prédécesseurs. Il est à la merci tout autant des généraux que des jeunes manifestants qui nont plus rien à perdre. Labsence presque totale de réaction de la part des pays directement concernés par les événements dAlger montre bien que tout le monde retient son souffle. En attendant la suite.
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www.algeria-watch.org
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