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Des unités
spéciales en renfort
De notre envoyée
spéciale à Béjaïa, Abla Cherif, Le Matin, 27 mai 2001
Plusieurs villages de Béjaïa
se trouvent depuis quelques jours sous contrôle d'unités spéciales
identifiées comme étant des bérets rouges par la population
de ces localités, que ce soit à Aokas, Feraoun, Takrietz, Sidi
Aïch, Seddouk ou Akbou. Les citoyens affirment avoir assisté à
l'arrivée de forces spéciales de nuit soit par hélicoptère,
comme à Feraoun, ou par route, comme à Takrietz, à une
cinquantaine de kilomètres de Béjaïa. Dans cette région,
indique-t-on, vers 2 h du matin « des hommes en tenue para et coiffés
de bérets rouges sont arrivés à bord d'une quarantaine
de fourgons et deux cars ». « A ce moment-là, il y avait
encore des affrontements dans la rue », témoignent les habitants
de Takrietz. « Lorsque le premier fourgon est arrivé, le chef des
troupes, apparemment un commandant, est sorti par la fenêtre pour rassurer
la population. J'étais moi-même présent sur les lieux quand
il nous a demandé de ne pas céder à la panique et de libérer
le chemin pour que les véhicules puissent traverser la ville. »
Mais ce n'est pas à Takrietz que ces unités spéciales se
sont arrêtées. Une partie s'est dirigée vers Akbou, où
les jeunes encore en émeutes malgré l'heure tardive les ont vu
arriver à la brigade de gendarmerie et crier « Air, mer et terre
» (le slogan des bérets rouges) au moment où ils rentraient
dans la bâtisse.
Depuis leur arrivée, les méthodes utilisées pour tenter
de mater les manifestants ont d'ailleurs radicalement changé. A Akbou,
nous avons pu constater que les policiers, sans armes depuis deux jours, les
CNS et les gendarmes ne sont plus sur la ligne de front comme auparavant. Les
CNS sont cantonnés devant les édifices publics, comme le Palais
de justice, que les jeunes ont promis d'incendier, tandis que les gendarmes
n'interviennent que très peu, presque uniquement de nuit pour rechercher
les manifestants jusque dans leur domicile.
La ville est par contre livrée à des commandos qui ont revêtu
la tenue de gendarme et dont le rôle est de patrouiller sans cesse à
pied. Ils surgissent de manière inattendue au milieu des groupes leur
assènant des coups de matraque ou de pied très violents. Le plus
grave est qu'ils ne s'attaquent pas seulement aux émeutiers mais à
toutes les personnes qu'ils rencontrent sur leur route. Le procédé
a réussi à vider la ville de ses habitants dimanche après-midi,
mais pour quelques heures seulement puisque les jeunes, résolus à
ne pas plier, ont fini par ressortir à la nuit tombée armés
de cocktails Molotov et de bouteilles remplies d'acide et de sel, un mélange
qui dégage une terrible fumée semblable à celle des gaz
lacrymogènes. C'est à ces unités spéciales qu'on
impute aussi les graves dépassements qui ont eu lieu samedi soir à
l'hôpital d'Akbou. Des hommes, en tenue de gendarme, mais ne figurant
pas parmi les éléments de la brigade connus de la population ont
fait intrusion vers 20 h dans l'enceinte de cet hopital provoquant une grande
panique au pavillon des urgences. « Ils ont fracassé les portes
et se sont mis à fouiller partout à la recherche des manifestants.
» Une ambulance qui arrivait à ce moment-là a été
également fouillée, mais le plus grave est que le chauffeur, accusé
d'avoir transporté des blessés, a été jeté
par terre et roué de coups.
Des infirmiers qui se trouvaient sur les lieux au moment des faits dénoncent
les propos vulgaires proférés et les graves menaces qu'ils ont
lancées : « Faites très attention, les Kabyles sont seulement
trois millions, si vous ne vous calmez pas, nous pouvons vous exterminer. »
Hier, les médecins de l'hôpital, soutenus également par
leurs confrères privés, ont manifesté à Akbou contre
tous ces graves dérapages, mais aussi pour dire « halte aux tueries
».
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