Une résolution du Parlement européen est vivement critiquée à Alger

Le Monde, 22 mai 2001

Le Parlement européen n'a pas eu la main heureuse en rédigeant une résolution à caractère ethnique, plutôt que politique, sur "la répression en Kabylie". Le texte, adopté le 17 mai, a suscité la désapprobation générale, tant au sein des partis proches du pouvoir que dans les rangs de l'opposition démocratique. Parler de "peuple berbère" comme il est dit dans la déclaration est interprété ici, sinon comme une volonté de mettre en question l'unité du peuple algérien, du moins comme une très forte maladresse.

Le premier à exprimer son indignation a été le Front des forces socialistes (FFS), qui a remis une note de protestation à la délégation du Parlement européen en visite à Alger depuis vendredi dernier. Pour le FFS, l'usage du vocable "peuple berbère" est une manière de "pervertir le sens politique véritable de cette mobilisation" – les événements de Kabylie – et de "conforter les intentions stratégiques du pouvoir algérien, qui a de tout temps tenté de créer une diversion berbériste en Kabylie".

Pour le parti de Hocine Aït Ahmed, le fait que la résolution dise "s'en remettre et se féliciter de la mise en place de commissions d'enquête nationales revient à se rendre complice de l'opacité et de l'impunité (…), ce qui nous autorise aujourd'hui à nous interroger sur le degré de complicité de certains partenaires de l'Algérie avec le pouvoir algérien".
La colère du FFS est d'autant plus remarquable qu'il est, sur la scène politique algérienne, le seul à défendre une implication plus active de la communauté internationale dans la crise algérienne.

FAUX PAS RÉVÉLATEUR

Du côté des opposants à l'internationalisation de la crise, la colère est tout aussi grande. Le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune s'insurge contre cette approche "ethnique" et souligne que "l'Algérie est le pays d'un seul peuple, le peuple algérien, d'origine berbère, mais riche de deux composantes linguistiques arabophone et amazighophone, brassées dans toutes les régions du pays". Pour sa part, le FLN voit dans la résolution du Parlement une "ingérence dans les affaires intérieures de l'Algérie" et dénonce "avec force les déclarations tendancieuses du Parlement européen qui visent à saper l'unité nationale dans ses dimensions géographique, humaine et culturelle".

Lors de leur séjour à Alger, les membres de la délégation européenne se sont efforcés de réparer ce faux pas, révélateur, pour beaucoup ici, de leur manque de connaissance de la réalité algérienne. Pour preuve supplémentaire : un des députés n'a pas hésité à déclarer à la télévision que la situation en Algérie lui paraissait "plutôt bonne"…

"S'abstenir de toute mesure de répression"

Dans une résolution adoptée le 17 mai, le Parlement européen se déclare "préoccupé par le grand nombre d'Algériens tués par les forces de l'ordre" dans la région de Kabylie, par la dégradation de la situation économique et sociale, ainsi que par les restrictions au "droit des médias". Le texte se félicite néanmoins des décisions de M. Bouteflika et de l'Assemblée populaire nationale "de constituer des commissions d'enquête".

La résolution demande par ailleurs aux autorités algériennes de "s'abstenir de toute mesure de répression envers la population kabyle", de mettre fin à la violence, sous toutes ses formes, de traduire en justice les responsables des massacres de civils et de prendre d'urgence des mesures pour garantir la sécurité des citoyens. Elle invite enfin "instamment les autorités algériennes à procéder aux réformes qui s'imposent, afin de permettre au peuple berbère de jouir pleinement de ses droits culturels et linguistiques".

 

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