Le jeudi de tous les dangers : Marche sabotée…

www.ccfis.org, 16 juin 2001

Comme il fallait s’y attendre, la grande marche d’Alger initiée par les « a’ârouchs » (comités de villages) de plusieurs wilayas du Centre, ce jeudi 14 juin, a été sabotée de la manière la plus machiavélique qui soit.

Des morts, des dizaines de blessés et de la casse… Bilan dramatique, produit d’une cabale fomentée par un régime qui a l’habitude de jouer avec le feu, au risque cette fois-ci de causer la dislocation pure et simple de l’Algérie.

La télévision d’état, « l’Unique » comme la surnomment avec dérision les algériens, était là comme par enchantement, dans les endroits précis où ça devait déraper…Dans un temps record, les images envoyées au monde entier ont eu pour objectif de prouver l’irresponsabilité supposée des marcheurs…qui, pourtant, sont venus à Alger pour réclamer un Etat de droit et dénoncer le caractère criminel de la junte au pouvoir.

Mais parce que les manifestants ont voulu marcher sur la Présidence, les plans d’infiltration et de sabotage du général Smaïn Lamari, le chef du contre-espionnage, ont été mis à éxécution.

Le ministre de l’intérieur, Zerhouni, avait déclaré la veille, mercredi 13 juin, que s’il advient que les manifestants insistent pour marcher sur la Présidence, ils porteraient « l’entière responsabilité de ce qui va arriver ». Le message a été on ne peut plus clair…Et cela s’est parfaitement vérifié, ce jeudi 14 juin.

Empruntant à pied l’autoroute de l’est, une gigantesque marée humaine, plus d’un million de personnes, organisée en immenses carrés, scandant des slogans hostiles au pouvoir et réclamant Liberté et Justice, avançait avec détermination et calme en direction d’Alger, ville assiégée, quadrillée par de très importantes forces de police et autres corps de sécurité. Toutes les casernes ont été mises en état d’alerte rouge .

Stoppé net, aux environs de 13h30 au niveau de la bretelle menant à la place du 1er mai, par de très fortes émanations toxiques de gaz déclenchées par un incendie criminel de l’usine des corps gras et autres incendies commis par des supplétifs du régime, ciblé par une pluie torentielle de bombes lacrymogènes et bloqué par un bouclage systématique de la zone, cet océan de manifestants devait faire jonction avec ceux, déjà forts nombreux, présents à la place du 1er mai.

Ces derniers subissant une attaque en règle de la part de groupes de professionnels de l’agitation, immédiatement « identifiés » par les commentateurs de « l’Unique » comme étant…des habitants de « Belcourt », quartier situé à proximité de la place du 1er mai.

La gigantesque colonne de fumée noire, subitement montée de l’usine des corps gras a obsurci le ciel bleu d’Alger deux heures durant et s’est arrêtée tout aussi brusquement dès que les manifestants eurent fini de rebrousser chemin sur l’autoroute.

Dix mille personnes environs, décidées, malgré tout, à rejoindre la masse déjà présente à la place du 1er mai, se sont néanmoins retrouvées bloquées sur l’autoroute, écrasées par une chaleur suffocante.
Pour le régime, il fallait absolument « démontrer » l’agressivité des manifestants… et les empêcher d’atteindre le palais présidentiel à El-Mouradia (Le Golf).

Au niveau de la place du 1er mai, les jets de grenades lacrymogènes ont tôt fait de tenter de disperser les Algérois, venus nombreux soutenir cette marche pour le rejet du régime dictatorial des généraux pyromanes et sanguinaires qui n’ont cessé de mépriser le peuple algérien et de narguer le monde entier…

La volonté du pouvoir de couper les Algérois du gros de la troupe des manifestants venus de l’est, principalement de kabylie, a été évidente. Et tous les moyens ont été utilisés pour y arriver.
La provocation outancière du régime à l’encontre des manifestants de ce jeudi 14 juin, prouve, si besoin est, l’inconscience des généraux et leur irresponsabilité.

C’est au peuple algérien tout entier qu’incombe, à présent, de s’organiser afin de faire tomber définitivement cette dictature qui, il faut par ailleurs le savoir, ne reculera devant rien pour protéger ses privilèges, quitte à brûler l’Algérie entière et à tuer des millions d’Algériens, comme elle n’a d’ailleurs pas hésiter à le faire, au grand jour, tout au long de cette dernière décennie, après le coup d’état de janvier 1992 à ce jour.

Tout porte à croire que le pire est à attendre dans les jours à venir…

 

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