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«Tout
a été manipulé»
Un membre de la Ligue
algérienne pour la défense des droits de l'homme accuse les forces
de l'ordre d'avoir protégé les provocateurs, lors de la manifestation
de jeudi.
Recueilli par Ludovic
Blecher, 15 juin 2001
Aknine Arabe est un
Kabyle, membre de la Ligue algérienne pour la défense des droits
de l'homme. Il était présent, jeudi, à la manifestation
d'Alger.
Etes vous surpris de
la tournure qu'a pris la manifestation d'Alger de jeudi?
Absolument pas. Tout a été manipulé. La veille de la manifestation,
le ministre de l'Intérieur a donné une interview à une
télévision étrangère en faisant état d'informations
selon lesquelles il y aurait des actes de vandalisme. Ensuite, des communiqués
ont été diffusés pour annoncer que l'itinéraire
de la manifestation serait modifié, ce qui n'a pas été
le cas. L'objectif était de brouiller les pistes pour permettre aux forces
de l'ordre de mettre en place leur dispositif. Bien avant le début de
la manifestation, je me suis rendu compte que le quadrillage policier était
inhabituel. Il y avait des CNS (l'équivalent des CRS) en armes dans toutes
les petites ruelles qui longeaient l'itinéraire.
Ensuite les événements
se sont précipités...
Peu après 12h30, quand je suis arrivé sur le front de mer, un
entrepôt était en feu. Pendant ce temps, le quadrillage policier
s'est déployé dans tout Alger et les boutiques ont fermé.
J'ai vu alors arriver une Golf blanche à proximité d'un groupe
d'une cinquantaine de jeunes qui criaient des slogans hostiles aux manifestants.
De la voiture, deux hommes sont sortis, le visage à moitié cagoulé.
A la main, ils tenaient un fusil à lunette. J'ai pensé que des
choses inquiétantes se préparaient. J'ai essayé de me rapprocher
du port où il y avait des scènes de pillages. Les jeunes qui volaient
étaient des Algérois arabophones, pas des manifestants. Très
vite, je n'ai plus pu avancer et je suis retourné vers la kasbah de peur
que tout dégénère.
La marche avait pourtant
démarré très calmement?
Oui, jusqu'à ce que des jeunes se mettent à lancer des pierres
sur les manifestants. Ces groupes de provocateurs étaient couverts par
les forces anti-émeutes. Il y avait une connivence flagrante. C'est à
ce moment là que la foule a commencé à s'affronter avec
les forces de l'ordre. Dès le départ, le gouvernement a cherché
à provoquer le chaos. Comme la diabolisation du mouvement kabyle n'a
pas fonctionné, ils ont tenté de le faire dévier en mouvement
de casseurs. Il n'y a aucun doute: tout a été manipulé
pour nous faire passer pour des casseurs et des pilleurs.
Votre mouvement est-il
discrédité ?
L'Algérie ne peut supporter davantage un système obscur gangrené
par la corruption. Le gouvernement refuse d'appréhender le malaise et
d'apporter des réponses nouvelles. C'est un mouvement de jeunes qui réclament
simplement d'être aidés, d'être pris en charge. Je suis convaincu
que notre action est engagée dans la durée. La manipulation n'a
qu'un temps. Le pouvoir est aux abois, les seules réponses qu'il apporte,
c'est la violence, l'intox et la manipulation. Tout ça ne peut pas tenir
éternellement.
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