Le gouvernement retire plus de 600 gendarmes de Kabylie

Le Monde, 29 mai 2001

Le gouvernement algérien a retiré lundi 636 gendarmes de Kabylie, dont 22 gradés, avec l'intention d'apaiser les esprits dans cette région de langue berbère en proie à des émeutes depuis six semaines.
Alors que les troubles se poursuivaient lundi à Tizi Ouzou, principale ville de Kabylie, 636 gendarmes ont été retirés de la province "dans le but de rétablir la relation de confiance avec la population", a précisé le quartier général de la gendarmerie dans une déclaration citée par l'agence officielle algérienne APS.
Dans un effort de pacification sans précédent, la gendarmerie a exprimé ses profonds regrets pour les conséquences tragiques des incidents qui ont affecté la population dans la province de Kabylie. "Le commandement de la gendarmerie nationale tient à exprimer au nom de l'ensemble du corps ses regrets les plus profonds devant les conséquences tragiques engendrées par les événements ayant affecté la population des wilayas (préfectures) concernées", indique un communiqué de la gendarmerie, qui ne précise pas à quand remonte exactement le retrait des gendarmes ni si ceux-ci vont être remplacés ou non.
Les émeutes se sont poursuivies lundi à Tizi Ouzou, à 90 km à l'est d'Alger et la situation restait tendue à Béjaïa, à 90 km de là, ont rapporté des témoins. Dans le village de Tadmait, à 20 km à l'ouest de Tizi Ouzou, des habitants ont indiqué que les gendarmes avaient abattu un manifestant et blessé trois autres.
Les forces de l'ordre auraient lancé des grenades lacrymogènes puis tiré sur les manifestants qui jetaient des pierres sur leur caserne.
Le gouvernement n'a pas réagi dans l'immédiat. Le président algérien Bouteflika a promis dimanche des sanctions exemplaires contre les personnes impliquées dans les violences de Kabylie. Les émeutes, attisées par des frustrations sociales et économiques, ont éclaté le 18 avril après la mort d'un adolescent retenu en garde-à-vue par les policiers.
Le gouvernement a admis que les forces de sécurité avaient abattu 52 manifestants et en avaient blessé 280 autres depuis le début des affrontements. Selon des journaux indépendants, au moins 80 personnes auraient trouvé la mort au cours des émeutes.

Avec Reuters

 

 

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