Dans les couloirs de l’hôpital Mustapha

Mustapha Ahmed, Quotidien d'Oran, 16 juin 2001

Des blessées par centaines sont admis en urgence à l’hôpital Mustapha. Les voitures de la Protection civile et du SAMU arrivent chaque deux à trois minutes. Dans leur majorité, les blessés sont des jeunes manifestants venus de Kabylie. Ils ont tous été blessés à l’arme blanche. Ceux touchés à la tête sont plus nombreux. Parmi eux, certains ont eu le crâne fracturé, alors que d’autres sont blessés suite à des coups de couteaux ou de haches.

Un des médecins exerçant au niveau du pavillon des urgences de l’hôpital Mustapha confirme l’information selon laquelle un grand nombre de manifestants ont été blessés à l’arme blanche. Certains ont été touchés au ventre, au bras et même au dos. Les cinq salles qui composent le pavillon des urgences sont pleines de monde. Les services paramédicaux de l’hôpital sont tous mobilisés. Les premiers soins sont prodigués aux blessés légers. D’autres, dont l’état a été jugé critique, sont admis d’urgence au service des soins intensifs.

Belaïd, Hend, Abdennour et les autres n’arrivent toujours pas à croire ce qui leur est arrivé. Le premier est blessé à la tête: il a été touché d’une pierre à la rue Hassiba Ben Bouali, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le bus qui l’avait amené de Kabylie. Les deux autres ont été touchés par des coups de couteaux respectivement au ventre et au dos.

«Après l’éclatement des émeutes, on s’est retrouvé face à des jeunes qui nous menaçaient avec des couteaux. D’autres avaient en leur possession des gourdins et des troncs d’arbres et nous demandaient de l’argent. Les scènes se produisaient sous le regard de policiers qui n’ont rien fait pour intervenir et éviter les agressions et les affrontements entre les civils.

C’était des gens manipulés et décidés à commettre l’irréparable. Ils n’avaient rien des jeune Algérois qui, eux, étaient dans leur majorité avec nous dans la manifestation. Il est vrai que parmi les manifestants, il y avait certains qui étaient excités et jetaient des pierres sur des magasins. Mais cette situation s’est produite lorsque la tension a atteint son paroxysme. Si les services de police avaient intervenu pour éviter la confrontation entre les citoyens, on aurait évité beaucoup de dégâts», témoigne Belaïd qui attendait son tour pour subir une radiographie.

Jusqu’à dix-sept heures, les voitures du SAMU ou de la Protection civile continuent d’évacuer les blessés. Ces derniers sont ceux qui ont été attaqués par des «voyous» au moyens de jets de pierre au niveau de la passerelle qui donne accès au quartier Belouizdad et se trouvant sur la route moutonnière. Dans leur majorité, ils ont reçu des coups de pierres à la tête. A l’extérieur, dans la grade cour qui fait face au pavillon des urgences, une foule nombreuse est à l’affût de la moindre information. Des amis et des parents s’inquiètent de leurs proches.

Pendant ce temps, de folles rumeurs circulent parmi ces derniers. On annonce des morts et beaucoup de blessés transférés vers d’autres hôpitaux de la capitale. Quelques minutes après, on fait état de la mort de deux journalistes. «C’est les seuls cas enregistrés durant toutes les émeutes», déclare un officier de police à un groupe de journalistes. Parmi les journalistes, c’est la consternation. Apprenant la nouvelle, une journaliste tombe à terre en s’évanouissant. Un climat de douleur règne au sein des journalistes présents à l’hôpital Mustapha. La douleur est grande et la consternation totale. Aux dernières nouvelles, nos deux confrères ont été renversés par un bus de l’entreprise ETUSA.

Admis en urgence aux CHU Mustapha Bacha, ils décèdent quelques minutes après.

 

 

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