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LA GENDARMERIE
NATIONALE EN QUESTION
Bientôt
la plaque matricule
El Watan, 6 juin 2001
Au commandement de la
Gendarmerie nationale, on sefforce de ne pas «voiler le soleil avec
le tamis». Oui, les évènements de Kabylie, par leur aspect
dramatique et sanglant, ont bien mis en évidence un grave problème
: celui de la nature du rapport entre services de sécurité, en
général, et citoyens.
Le porte-parole de ce corps
de plus de 70 000 hommes, et alors que les affrontements se poursuivaient en
Kabylie, a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.
Bien sûr, il ne faut pas attendre du colonel Hallab, lofficier des
relations publiques de la Gendarmerie nationale, quil se mêle à
la curée.
Néanmoins, une apparence dautocritique transparaît dans ses
propos. Mais, en vérité, la réflexion est aujourdhui
nationale concernant lensemble des services de sécurité
de lEtat, y compris les corps paramilitaires comme la Sûreté
nationale et les Douanes.
Partout dans les régions du pays, notamment en zones rurales, les gens
en ont gros sur le cur quant aux agissements, quils qualifient dinconsidérés,
de ces corps.
Les citoyens voient, sans quils osent trop se plaindre, lenrichissement
inexplicable de membres de ces corps. Ils en soupçonnent lorigine
sans être sûrs des voies de recours, réputées se retourner
injustement contre ceux qui les empruntent. Cest la triste réalité,
hélas ! En Kabylie, depuis un mois et demi, la goutte a fait déborder
le vase. En réponse aux revendications politiques et sociales de la population,
de la jeunesse surtout, le président de la République sest
dessaisi de ses missions pour se reporter sur la Gendarmerie nationale et la
mettre dans une position de face-à-face sanglant avec la population.
La répression sest alors substituée à la réponse
politique et a créé une situation inédite, celle où
les jeunes ont pour ennemis dautres jeunes comme eux, les gendarmes mis
en position de défendre une politique et une position auxquelles ils
sont étrangers.Au commandement de la Gendarmerie nationale, on ne nie
pas que des dépassements ont été commis. Bien sûr,
la légitime défense est un argument invoqué, parce que,
dit-on, lusage des armes est régi par la loi en ce sens que le
gendarme ne doit y avoir recours quen cas de légitime défense.
Néanmoins, on promet des surprises au moment où les commissions
denquête parlementaire et celle dIssaâd
rendront publiques leurs enquêtes. Réfutant absolument lusage
de balles explosives, le porte-parole promet des surprises à lissue
des autopsies et des enquêtes balistiques : «Vous verrez les trous
que fait dans la chair humaine la chevrotine, une munition que la gendarmerie
nutilise pas.»
Le colonel Hallab poursuit : «Où sont les enquêtes ? Où
sont les autopsies ? Quel type de balles a tué telle personne ? Il ny
a que la justice sereine et les commissions denquête qui pourront
déterminer de manière claire et scientifique, en préservant
les droits des uns et des autres, la vérité.»
Est-il vrai que les gendarmes, en Kabylie, sont cantonnés dans leurs
brigades et donc privés dapprovisionnement ? Ce qui laisserait
croire quils pillent les magasins pour se nourrir ? Du côté
de lorganisation et de la logistique, je puis vous assurer que nous sommes
bien pris en charge. Nous navons pas besoin des magasins pour nous approvisionner.
Mais alors, quel est votre problème en Kabylie où les populations
demandent votre départ ?
La Gendarmerie agit au nom de la loi
et ne se soumet quà elle. Nous reconnaissons, toutefois, souffrir
dun déficit relationnel avec la population. Nous avons besoin de
reconstruire les ponts coupés. Nous sommes prêts à nous
remettre en cause. A propos des trafics en tout genre dans lesquels la population
dit les gendarmes impliqués, le porte-parole donne des chiffres : «Dabord
je vais vous donner les statistiques des traitements de la répression
liée au trafic de sable à Boumerdès. En janvier 2001, quarante-cinq
affaires traitées, trente et un mandats de dépôt, 531 m3
de sable récupéré. En février il y a eu cinq cent
dix-huit affaires traitées, cinquante-sept mandats de dépôt,
856 m3 de sable saisis. Mars : quarante-sept affaires, trente-neuf mandats de
dépôt et 537 m3 saisis alors quau mois davril nous
avons traité cinquante-huit affaires et cinquante-deux mandats de dépôt
ont été signés et 584 m3 saisis. Mai : cinquante-sept affaires,
quarante-neuf mandats de dépôt, 706 m3 saisis. Ce qui donne un
total de 285 affaires traitées, 220 mandats de dépôt et
3430 m3 de sable saisis. En ce qui concerne limplication de gendarmes
dans ce trafic à Boumerdès, nous avons ouvert une enquête
après la publication de lun de vos articles sur le chef de brigade
de Baghlia et il a été écroué. En plus de ce cas,
je peux vous citer celui de Béjaïa, où un gendarme, et ceci
sur dénonciation de citoyens, a été mis sous mandat de
dépôt pour son implication avec un entrepreneur dans le trafic
de sable. Pour les affaires liées à la prostitution, les statistiques
montrent que la répression contre ces infractions a toujours été
de mise. En 2000, nos unités de Béjaïa ont traité
trois affaires liées à la prostitution, à lissue
desquelles six personnes ont été mises sous mandat de dépôt
et cinq autres mises en liberté provisoire. En 2001, il y a eu une seule
affaire, au cours de laquelle neuf personnes ont été écrouées....»
Concernant les sanctions prises contre les gendarmes défaillants dans
leur mission, à un titre ou un autre, les chiffres sont relatifs, rapportés
à lensemble des effectifs, soit plus de 70 000 hommes et 1200 brigades
: depuis le 1er janvier 2001, cent soixante-cinq mandats de dépôt
ont été prononcés, alors que pour 2000, 777 éléments
ont été radiés, contre 118 en 2001. Au sujet de la brutalité
qui caractérise le comportement de beaucoup de gendarmes dans leurs rapports
avec la population, le commandement, sans nier les faits, les explique par les
aléas de la situation sécuritaire : «Depuis 1991, nous avons
perdu 998 gendarmes. Le nombre de blessés est de 1583 dont 128 handicapés
à vie. Ce sont des pertes qui laissent immanquablement des traces dans
les comportements.»
Par S. Tlemçani
et A. Samil
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