Hélène Flautre, députée européenne, vice-présidente de la délégation Maghreb s'est rendue en Algérie (18 au 22 mai 2001) avec la délégation des députés européens dans le cadre des relations interparlementaires. Le mardi 22 mai, elle est allée à Tizi-Ouzou, contre l'avis des autorités algériennes. Elle a rencontré des familles, des blessés, des associations, des élus.

Nous enterrons nos enfants, ils enterrent la vérité " disent les pères de Kabylie.

" Quand les gendarmeries sont menacées, il faut tirer, c'est la Loi " dit le général. " Les jeunes épris de liberté marchent au devant des fusils, chemise ouverte poitrine offerte " dit l'égérie du Président. Le pouvoir ment. Deux commissions d'enquête sont diligentées… l'une par l'assemblée populaire, l'autre par le Président. " Nous enterrons nos enfants, ils enterrent la vérité " disent les pères de Kabylie.

Les jeunes ne croyaient pas aux balles réelles, ils pensaient qu'elles étaient en caoutchouc comme à la télé contre les Palestiniens. Les balles sont réelles, explosives, tirées au fusil mitrailleur, du toit des gendarmeries. Elles touchent le cou, elles sont tirées dans le dos, elles visent une femme derrière les persiennes qui a donné du vinaigre aux jeunes contre les gaz lacrymo, elles visent un jeune qui fuit, un autre dans la forêt qui porte secours à un ami, elles arrivent souvent en même temps que le renfort de gendarmes, parfois c'est la police. Elles sont sorties des fusils le même jour, à plusieurs endroits, distants de plusieurs dizaines de kilomètres, comme si le coup d'envoi des balles réelles sur les jeunes avait été sifflé.

Une semaine avant, des lettres officielles mentionnaient la présence de groupes islamistes déguisés, exigeaient des dispositions de sécurité renforcées. Personne ne les a vus, personne n'y croit, les groupes islamistes en Kabylie ne massacrent pas les civils, ils tuent des personnes ciblées des forces de sécurité. Qui a fait circuler cette nouvelle ? Pourquoi ?

Les jeunes se révoltent contre la HOGRA, pour la liberté, maintenant aussi contre le "pouvoir assassin ". Les forces de sécurité tuent, elles humilient et elles profanent les lieux de culture, de mémoire. La population souhaite le départ des " gendarmes " parfois de la gendarmerie. Elle veut s'organiser de manière citoyenne. Les adultes et leurs organisations sont interpellés " nous avons, individuellement, démissionné de nos responsabilités collectives " dit un chef de comité de village " plus un gosse ne doit mourir, c'est à nous d'agir. On veut être citoyen, pleinement citoyen "

A la maison des Droits de l'homme et du citoyen de Tizi-Ouzou, on accueille les victimes, on écoute, on recoupe les informations, on constitue les dossiers. On établit la liste des tués et des blessés, leur nom, leur âge, leur willaya. La plus âgée a 91 ans, la plus jeune 6 ans, entre les deux beaucoup de jeunes, des jeunes-hommes.

Dans les dossiers des copies de convocations chez le juge d'instruction pour " l'affaire vous concernant n° 35/67 " c'est à dire l'assassinat de votre fils. Les familles en général n'y vont pas. On y trouve aussi des copies de rapports d'autopsie " certifiant avoir pratiqué l'autopsie ".

Des dossiers avec des noms, des photos, des circonstances… comme les dossiers des disparus enlevés un jour par la sécurité militaire et jamais revus. Tout le monde veut une commission internationale, un rapporteur spécial. " Aidez-nous " écrit la chantilly sur le gâteau du pâtissier de Tizi-Ouzou.

Hélène Flautre : Parlement européen : rue Wiertz, bureau 8G169 1047 Bruxelles
Tél. 00 32 2 28 47 364 - E-mail : hflautre@europarl.eu.int

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