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Dans les rues de Tizi Ouzou, les femmes avivent la contestation Les manifestations rallient peu à peu toute la population kabyle Florence Aubenas, Libération, 25 mai 2001 Elle vient des montagnes, juste derrière Tizi Ouzou. «C'est mon fils qui m'a ramenée en voiture. Tous les bons fils avaient fait pareil avec leur vieille mère.» Fatiha, 50 ans, s'est mise dans un groupe de dames âgées. «On était que des femmes. On a traversé les rues, toutes en noir. Moi, je n'ai pas crié de slogan parce que je n'ai pas l'habitude. Mais d'autres, oui, comme les étudiantes. Ici, on ne veut pas recommencer à mourir tous les jours. Alors on fait des cortège grandioses.» Hier à Tizi Ouzou, en Kabylie, une manifestation de 10.000 à 20.000 femmes, la première jamais vue, a marché sur la willaya (préfecture). Depuis le 18 avril, où un jeune homme est mort dans la gendarmerie de Beni Douala, la colère s'étend en Kabylie, dont plusieurs régions sont depuis hier isolées du monde, barricades en ville, téléphones et routes coupés. «Mais surtout, des choses inimaginables hier deviennent aujourd'hui possibles», explique une organisatrice, jointe au téléphone comme tous nos interlocuteurs. Dynamique. Depuis plus d'un mois, ce sont les mêmes slogans qui reviennent, «Pouvoir assassin» ou «Pas de pardon» ; les mêmes banderoles qu'on déploie avec les photos des 60 victimes. Mais, sous ces couleurs, presque chaque jour, c'est un nouveau pan de la Kabylie qui prend le pavé. Désormais, les marches appellent les marches, et il n'est personne qui n'ait fait ou ne prépare la sienne : les avocats, les journalistes, les conseils de village, les enseignants, les femmes (hier), les médecins (bientôt), les commerçants (sans doute). «Une dynamique s'est peu à peu enclenchée sans qu'on l'ait vue venir et qui échappe en grande partie aux relais institutionnels», explique un associatif de Tizi, pourtant très actif. «Moi-même, j'ignorais que les femmes étaient capables de s'organiser de cette façon.» Il vient de voir son épouse dans le cortège. «Elle y est allée sans que je le lui dise.» Certains tentent de rattraper le train de la révolte. Hier, à la marche des femmes de Tizi, l'association des veuves et filles de Chahid (les martyrs de la guerre d'indépendance) a voulu déployer ses drapeaux. Si chacun sait ici que ce mouvement est proche du pouvoir, le mélange de tabou et de respect qui entoure tout ce qui touche à la libération de l'Algérie avait toujours empêché les attaques de front. Mais les événements redessinent de nouveaux codes. «On a rassemblé notre courage et on leur a dit : choisissez votre camp. Puis on les a éjectées», explique une organisatrice, encore surprise. Tabassages, pillages. Mais ce sont les «jeunes» qui continuent, dans toute la Kabylie, à donner son souffle et ses faits d'armes à la protestation, reprenant les rues dès que les manifestations les ont quittées. Mais alors que les gendarmes s'étaient faits plus discrets, les «provocations» ont repris depuis deux jours, comme s'«ils voulaient maintenir un niveau d'agitation permanent mais en se retirant quand la marmite va exploser», explique un magistrat de Tizi. Tabassages en pleine rue, magasins pillés. Un rien fait désormais repartir les affrontements. Dans le Setifois, ce fut la venue de la commission d'enquête sur les victimes de Kabylie, nommée par le pouvoir, qui déclencha d'abord des huées. Puis des émeutes. A Béjaïa, l'annonce du report du baccalauréat, selon une modalité décidée par le pouvoir et que refusent les lycées, fut le point de départ d'une marche qui s'est finie à la matraque et au cocktail Molotov. «En ce moment, cela grenouille de partout», explique un notaire de Petite Kabylie. «On voit que tout le monde pousse dans le même sens, l'affrontement. Mais où cela va-t-il converger ?» Ailleurs dans le pays, quelques voix commencent à s'élever. «En solidarité avec la Kabylie», des intellectuels et des universitaires d'Oran ont signé une pétition tandis que des avocats organisent une marche à Alger. Il n'y a que le pouvoir qu'on n'entend pas : à la présidence, même le site Web officiel vient de fermer. «Trop de gens nous écrivent.».
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www.algeria-watch.org
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