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Et
la réforme de la justice ?
Katia
Debbouz, Le Matin, 7 mai 2002
Les
mutineries en série dans nos prisons viennent rappeler la fameuse
réforme de la justice qu'on aurait tendance à oublier tant
sa concrétisation tarde à voir le jour.
Ahmed Ouyahia, ministre de la Justice n'ignore pas toutes les insuffisances
qui sont celles de son département. Le rapport de la commission
Issad, chargée en 1999 par le Président Bouteflika de répertorier
les failles de la justice algérienne, ne permet pas le confort
de l'ignorance. Encore moins celui d'interpréter, comme on veut
le faire dans les coulisses du RND, les mutineries et les suicides dans
les prisons comme des complots visant à évincer le «
clan » de Ouyahia de la course électorale.
Décaler la détention préventive au rang d'exception,
reconnaître la présomption d'innocence en accordant la liberté
provisoire et sauvegarder, dans les établissements pénitentiaires,
la dignité et l'intégrité des détenus en mobilisant
les moyens adéquats. C'est l'un des volets de la réforme
que le garde des Sceaux s'était d'ailleurs engagé à
appliquer. Les récents évènements qui se sont multipliés,
de Chelghoum Laïd à Constantine en passant par Alger, sont
la preuve de l'urgence du projet. Mais depuis un an que la commission
de la réforme de la justice a achevé sa mission, presque
rien n'a changé. Ni dans la manière des tribunaux de rendre
la justice ni dans celle des prisons de « rééduquer
» leurs pensionnaires. Le ministre n'a de plus pas cru nécessaire
de rassurer au lendemain des drames. Il demeure muet sur la question d'accélèrer
la réforme. Les évènements meurtriers qui viennent
de se produire n'ont poussé qu'à des premières mesures
de prévention.
Dimanche, Ahmed Ouyahia a donné instruction pour que, dans les
145 prisons du pays, les paillasses fabriquées dans des matières
hautement inflammables soient remplacées. Mais aux interrogations
sur les conditions de vie qu'impose le régime carcéral,
il répond simplement que cela ne justifie pas que les prisonniers
attentent à leur vie. Pourtant, c'est bien à réduire
ce type de risque que la réforme de la justice devait entre autres
s'employer. Parmi les 507 recommandations du rapport figurent celles de
l'amélioration des conditions de détention. Cela passe par
la diminution de la population carcérale. Mais les juges se montrent
toujours aussi prompts à envoyer derrière les barreaux quiconque
est appelé à répondre de ses actes devant la justice,
quelle que soit la gravité des actes reprochés. Voilà
deux semaines, deux militants du MDS ont dû séjourner dix
jours à la prison d'El Harrach en attente de leur jugement. Ils
avaient été arrêtés pour atteinte à
l'ordre public, alors qu'ils prenaient part à une marche. A Serkadji,
sept banquiers et un transitaire attendent depuis bientôt neuf mois
de pouvoir s'expliquer. Des centaines d'exemples peuvent être ainsi
cités. Dans de nombreux cas, les juges finissent par innocenter
des prévenus dont la détention préventive aura duré
des mois, des années.
De cela, et du reste des incohérences du système judiciaire,
Ahmed Ouyahia est parfaitement instruit. Son « clan » peut-il
dès lors le décharger de sa responsabilité dans la
mort de quarante-trois prisonniers en invoquant la guerre des tranchées,
prétextant qu'il avait glissé sur des « peaux de banane
» ?
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