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Des
rescapés témoignent
«Cest horrible ce que nous avons vu» K. Mohamed, Le Quotidien d'Oran, 13 novembre 2001 Allongé sur son lit dhôpital, Saïd se rappelle difficilement le drame quil a vécu samedi dernier. Il était neuf heures du matin. Cest à cette heure-ci quil met les pieds à lintérieur du marché Triolet. Il ne ressort que pour être évacué en urgence à lhôpital. Gardé en observation durant vingt-quatre heures, il se retrouve avec les deux jambes fracturées. Il na dû son salut que grâce à lintervention des jeunes du quartier Bazita, qui se sont pressés à son secours. Evacué en urgence à lhôpital Mustapha, Saïd a subi une opération chirurgicale durgence sur son pied gauche. Entouré des membres de sa famille, il se rappelle les horribles moments quil a passés sous les décombres. En ce premier jour de semaine, il était au marché de Triolet à quelques mètres de chez lui. Il était chargé par ses parents de faire le marché de la semaine. Saïd est étudiant et il habite le boulevard Saïd Touati, un des principaux quartiers de Bab El-Oued. Son témoignage sur les circonstances du drame est révélateur de lampleur de la catastrophe. Il raconte: « Je me trouvais à lintérieur du marché lorsquun coup de tonnerre a été suivi aussitôt dune très forte chute de pluie. A lintérieur du marché, il y avait beaucoup de monde. Des femmes et quelques enfants accompagnés de leurs parents faisaient également leurs courses de la journée. Soudain, les piliers dune baraque appartenant à un commerçant vendant du poulet seffondrent comme un château de cartes. Le propriétaire est englouti sous les décombres. Les gens se sont dirigés vers lui pour laider et lui prêter assistance. A ce moment précis, une vague deau frappe de plein fouet le marché. Cest leffondrement total du site qui abrite les vingt baraques. La panique sinstalle. Chacun essaye de trouver une issue de secours. Ce que nous avons vécu comme situation était dramatique. Partout, les sinistrés criaient. Dautres, en position de faiblesse ou évanouis suite aux chocs quils ont reçus, sont emportés par les crues et les flots. Aujourdhui, ils sont certainement tous morts. » Le miraculé retient difficilement ses larmes. Il dira quil a encore en mémoire limage dune vieille dame qui se débattait pour éviter dêtre emportée par les flots. A côté de Saïd, se trouve un autre miraculé de ce drame qui a fait plus de cinq cents morts. Belaïd a échappé de justesse à la mort. Enseignant de son état, il se dirigeait vers son établissement. Il avait rendez-vous avec ses élèves à neuf heures du matin. « Il pleuvait à torrent. Personne ne sattendait à ce que les vagues de pluie allaient faire autant de dégâts. Je me retrouvais en face dun véhicule qui ne pouvait démarrer. Le propriétaire me sollicitait pour un dépannage, laider à pousser avec lui son véhicule pour le faire démarrer. Soudain, la voiture fait marche arrière. On pensait que cest le propriétaire qui manoeuvrait de la sorte. Finalement, cétait une grande vague deau qui a fait bouger la voiture. Cette dernière, en quelques minutes, se renversa sur nos corps. Nous étions trois à subir le choc. Le propriétaire du véhicule se trouve dans le coma. Mais on dit que ces jours sont hors de danger. Pour ma part, je me retrouvais sous le véhicule. Des secouristes de la protection civile se sont approchés de moi pour mévacuer. Mais au vu des conditions très difficiles dans lesquelles se déroulaient les secours, il était impossible de me faire sortir aussitôt. Dautres personnes se sont portées volontaires. Au bout dune trentaine de minutes, on me délivre. Cétait dramatique, Dieu était avec moi. » Le rescapé se souvient lui aussi des personnes mortes, emportées par les eaux. Daprès Saïd, la catastrophe était telle quil narrive pas à croire à tous ces évènements. A lhôpital Mustapha, plus dune cinquantaine de blessés ont été gardés au service de réanimation. Cest le cas dune jeune étudiante en médecine et résidente à la cité universitaire à Ben Aknoun. En stage pratique à lhôpital Maillot de Bab El-Oued, elle a été emportée par une grande vague deau. Elle a été repêchée de justesse au niveau du cercle sportif du club USMA qui se trouve au Bd Abderrahmane Mira. Karima, dont la vie est hors de danger, est encore sous le choc. « Je ne peux pas parler. Ma pensée va aux dames qui ont été emportées par les eaux. Cest horrible. Ce qui sest passé me fait rappeler ce qui sest passé le 11 septembre à New York et que jai vu sur lécran de télévision. Il faut prier pour tous les morts et disparus », murmure-t-elle.
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www.algeria-watch.org
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