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Aide détournée et sinistrés abandonnés en Algérie: «On n'a droit qu'à la mort, dans ce pays» Par Marc Pivois, Libération, 15 novembre 2001 Les cris, des bousculades et, finalement, des coups. C'est à l'Assemblée populaire communale (APC-mairie) de Bab-el-Oued que la colère et la tension étaient, hier, le plus palpables, alors que les autorités ont attendu trois jours pour décréter un deuil national. «On n'a droit qu'à la mort, dans ce pays.» A bout de patience, des citoyens défoncent les portes. «Je veux juste voir ma mère, elle est à l'intérieur depuis deux jours, pourquoi nous repoussent-ils, de quoi ont-ils peur ?» Mounira, comme les autres femmes, n'ira pas plus loin que le hall de la mairie. Les employés les rejettent violemment, sous l'il impassible des policiers. Sur le front de mer, pas un immeuble qui n'ait été dévasté samedi par les inondations. Relogement. Par miracle, l'APC a été épargnée par les eaux. Le maire a été suspendu pour sa «défaillance à gérer la tragédie». Il est invisible depuis samedi. En voyage à Paris, dit-on, il n'a pas jugé bon d'écourter son séjour. A défaut de trouver de l'aide à la mairie, ces femmes s'y sont installées avec leurs enfants. «Notre immeuble est sinistré depuis le tremblement de terre de 1989. Il devait être démoli. Mais cela fait treize ans qu'on nous promet le relogement. Seulement cinq familles en ont bénéficié. Tous les enfants qui vivent dans cet immeuble attrapent des maladies... Allez-y, vous saurez ce qu'est l'Algérie!», dit Mounira. L'immeuble en question est situé à quelques dizaines de mètres. Au rez-de-chaussée, Aïcha, à la lueur d'une bougie, montre les murs effrités et les trous béants dans les plafonds. «Le soir, les rats nous regardent. Tout était déjà pourri. Je me demande comment l'immeuble ne s'est pas écroulé.» L'escalier part en lambeaux, laissant à l'air les armatures en métal rouillé. Vingt et une familles, soit plus de cent personnes, vivent dans ce taudis chancelant de cinq étages. Les hommes, eux, s'attaquent aux montagnes de terre pour en sortir les cadavres. Les soldats sont venus renforcer la protection civile. De gros engins déblayent la chaussée. Mais ce sont les habitants qui forment le gros des troupes de sauveteurs. Des voisins ont apporté couvertures et matelas. Les seuls secours viennent en fait du quartier. On se cotise pour acheter du pain, des pommes de terre et des pelles. Un jeune homme s'effondre : «Je ne suis plus algérien. J'aurais aimé mourir.» Un autre : «Tous les soirs à la télévision, on nous montre les dons internationaux, mais ici, personne n'en a vu la couleur. En tout cas, pas les sinistrés.» Akim, l'un des locataires, dit être «simple membre» d'une association de bienfaisance ayant son siège à la mosquée de la rue Rachid-Kouache : «A l'APC, ils ont reçu des matelas. Mais ils ont aussitôt disparu. Comme d'habitude. Alors, les citoyens se substituent à l'autorité communale. Tous les camions sont désormais détournés vers la mosquée. Dorénavant, les aides ne seront données qu'aux seuls sinistrés, aux pompiers et aux volontaires qui les assistent.» Pendant ce temps, à l'APC de Oued-Koriche, on se dispute des paquets de pâtes qu'un jeune est venu offrir. Le bureau où sont stockés les dons est pris d'assaut. «Ils n'octroient des logements qu'à ceux qui sont armés. Quand il y avait des hommes pour arracher nos droits, on les a traités de terroristes, aujourd'hui on subit les conséquences de notre trahison», lance un homme cité par le quotidien le Matin. Lacrymogènes. A Oran, des centaines de familles sinistrées ont été chassées par les forces antiémeutes des logements vides où elles s'étaient réfugiées. Un homme, la cinquantaine, est tabassé par la police. Mêmes scènes à Haï-Essabah, où les forces de l'ordre envoient des lacrymogènes. Certaines familles sont arrêtées, puis relâchées. D'autres insultées et maltraitées par le président de l'APC. Au fur et à mesure des évacuations, les portes des appartements, que les sans-abri tentent d'occuper, sont soudées et les familles reconduites en camions vers leurs maisons inondées. Dans le bidonville de Oued-Si-Ali, les dix-sept personnes de l'équipe d'intervention sont appelées de toutes parts. On les envoie s'occuper des arbres du cercle militaire qui ne présentent aucun danger. Sur le front de mer
à Alger, une femme se lamente. «J'ai vu trois cadavres glisser
sur la boue. On n'a rien pour les récupérer, alors on les
laisse passer.» Le bilan, remarque la presse privée algérienne,
pourrait atteindre un millier de morts.
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www.algeria-watch.org
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