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LACTION DES POUVOIRS PUBLICS MISE EN CAUSE Des sinistrés: «Y a-t-il un président de la République ?» Par Fayçal Metaoui, El Watan, 13 novembre 2001 Lhomme qui pose la question est un cadre dentreprise. Il est, depuis dimanche matin, jeté avec sa famille à lécole Ali Amar, à Bab El Oued. Il semble avoir compris la véritable catastrophe de ce pays : leffacement du premier responsable de lEtat, celui qui dhabitude parle beaucoup. «Ecrivez ceci : y a-t-il un président de la République ?». Son «ordre» est revendiqué par la dizaine de femmes regroupées dans une classe de lécole. Ce cadre, cette dame, des Algériens de Triolet, Frais Vallon et Beau-Fraisier, probablement dailleurs, ont tous remarqué ceci : le locataire du palais dEl Mouradia na pas adressé un message de condoléances aux victimes des intempéries. Le constat est terrible mais réel. Du coup, ne leur parlez plus de cet homme-là. Donc, passons. A lécole Ali Amar, où la cour est remplie deau et où des planches et des bancs servent de petit pont, des tables font office de lits. De vieilles dames sy sont étalées, oubliant Bab El Oued et ses tourments. «Aucun responsable nest venu senquérir de notre situation. LEtat, cest quoi ?», sinterroge une dame qui, elle aussi, traite Bouteflika de tous les noms doiseau. A lAPC de Bab El Oued, on leur a dit détablir «une liste». Laide promise par Benflis viendra après. Peut-être ! Pour linstant, «pas de couvertures, pas de vivres !». Des associations de bienfaisance remplacent lassistance de lEtat. «Des associations suisses et françaises sont venues sinformer sur notre situation. Les responsables de la mairie et de la wilaya ne lont pas fait», remarque une dame, enseignante de profession. Lorsquun homme entre dans la salle de classe muni dun gros sac contenant de la literie, les femmes se bagarrent presque pour arracher une couverture. «Nous achetons de la nourriture pour manger, pas moyen den préparer ici», déclare une autre dame. Ces sinistrés habitaient la rue Ali Berrezouane, rue faisant face à la mer. Limmeuble menace ruine depuis au moins vingt ans. Les familles devaient être recasées aux Eucalyptus et à Aïn Naadja en...1989. Elles avaient même reçu des pré-affectations. Que sest-il passé ? «Ils nous ont volé les logements qui nous étaient destinés.» Cest aussi simple que cela ! Les crues du samedi noir ont accéléré visiblement le processus de désintégration. Les appartements des familles Yousfi, Hammitèche, Yacef et autres baignent dans une eau boueuse et visqueuse. «Un film dhorreur», lâche un adolescent. La rue Ali Berrezouane est entièrement bloquée, la boue, les troncs darbres du Frais Vallon sont passés par là. Quelques mètres plus loin, lavenue Commandant Mira ressemble à un sentier de campagne. Les cafés, les magasins, le cercle de lUSMA, le lycée Mira, le centre du service national crachent de la gadoue jusquà ne plus pouvoir. Les engins de dégagement semblent trouver des difficultés à évacuer les tonnes de terre amassées par une exceptionnelle force naturelle mais aussi par la bêtise des hommes. Bêtise ? Le détournement du grand collecteur deau par une décision bureaucratique. Une décision criminelle ! Plus au nord, la mer est toujours déchaînée. La couleur vert émeraude de la mer ne change rien au décor apocalyptique. Les curieux sagglutinent pour suivre «le spectacle-thriller» du repêchage des cadavres. Des cadavres, pour la plupart, coincés entre les rochers. Le mouvement des vagues empêche toute opération sérieuse. Autre décor : avenue colonel Lotfi. De toutes les rues sortent des groupes chargés de cercueils couverts de draps ou de couvertures. Il y a eu tellement de morts à Bab El Oued que les cortèges funèbres sont réduits à une dizaine de personnes. Tout dépend également cest malheureux de le dire du «rang» de la victime. Sans chiens-renifleurs ni moyens scientifiques de recherche, des agents de la protection civile, appuyés par des jeunes volontaires, saffairent à la rue Rachid Kouche, à quelques encablures du marché des «Trois horloges», à dégager un cadavre, encore un autre. Dimanche, et selon les jeunes habitants du quartier, une vingtaine de corps ont été dégagés. «Jusquà la mosquée Enasr, en haut, il y a sûrement dautres victimes», remarque lun deux. Il sagit, a priori, principalement décoliers et de lycéens qui, au moment du drame, se dirigeaient vers leurs établissements. Les cartables et les sacs à dos qui jonchent, ici et là, le sol en sont la preuve. Non loin de là, un homme pleure les larmes de son corps : Lakhdar Lelouche de son nom. Il a tout perdu. Il na eu la vie sauve, lui et ses trois enfants, que grâce à lintervention, in extremis, de ses voisins. Dix-sept autres familles sont dans la même situation : des SDF. Ne leur parlez surtout pas du maire qui, selon eux, se trouverait quelque part en France, à lheure actuelle. Au 123, avenue colonel Lotfi, les familles Ferhat et Nibal endurent la même souffrance. Les eaux en furie ont réduit les appartements, déjà rachitiques, à presque rien. A laide de bougies, les membres de ces familles nous font visiter les lieux : de vieux meubles, quelques ustensiles de cuisine, des habits salis par la boue. Les plafonds et les murs sont fissurés. La menace. Au bas de limmeuble, des jeunes disent tout le mal quils pensent des autorités, de larmée, des pompiers, du wali, du maire, de la presse, de Bouteflika...Ils en ont marre ! La révolte nest pas loin et le soulèvement est si proche. Autre image de Bab El Oued : les bousculades devant les boulangeries. La coupure de lélectricité et du gaz, qui dure depuis samedi, crée, on limagine, la pénurie. Mais, au fait, où sont le Croissant-Rouge, le ministère de Ould Abbas, tous ces bienfaiteurs officiels, les promesses de Zerhouni ? Nous navons pas de réponse. Dernière image : à lavenue Commandant Mira, un adolescent tente de sauver des... cartes postales. Ces cartes, celles dAlger «la blanche» ont échappé aux crues. Miracle ? Pour ceux qui y croient, cen est un.
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www.algeria-watch.org
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