Après les inondations, la reconstruction

Où trouver l’argent ?

Ahmed Sakhri, Le Quotidien d'Oran, 26 novembre 2001

Pourquoi l’Algérie qui dispose de réserves de change de 18 milliards de dollars n’arrive-t-elle pas à débloquer une enveloppe suffisante pour venir en aide aux victimes des inondations ayant frappé plusieurs régions du pays ?

Pourtant, l’Etat devrait bien mettre la main à la poche afin d’effacer toutes les séquelles du drame et de reconstruire tous les dégâts occasionnés par les crues. Les enveloppes financières devraient alors être réparties en deux postes concernant en premier lieu les indemnisations dues aux sinistrés ou à leurs familles à quoi s’ajoute l’inscription de nouveaux projets pour remplacer les édifices tombés en ruine. Pour le premier poste, ce seront les compagnies d’assurances et le fonds d’assurance contre les calamités qui prendront en charge une partie de ces besoins, bien que l’Etat ait déjà commencé à allouer des avances sur capital-décès de 10 millions de centimes aux familles de plus de 700 victimes à quoi s’ajoutent 20 millions pour la remise en état des demeures partiellement endommagées. Globalement, les dommages subis s’élèvent à 22 milliards de dinars mais certaines pertes ne seront jamais compensées puisqu’il faut tout simplement les inscrire au chapitre des pertes et profits. Il y a lieu aussi de rappeler que ce n’est pas la première fois que l’Etat est confronté à ce genre de situations, comme en témoignent les événements de Kabylie qui ont été à l’origine de plusieurs opérations de destruction de biens publics et privés dans plusieurs wilayas.

La contrainte pour les finances publiques provient d’ailleurs de la succession de ce genre de catastrophes qui ne font que grever les recettes du Trésor. Néanmoins, les disponibilités en argent sont d’une telle importance que l’Etat ne sera pas dans l’obligation de ponctionner des sommes allouées initialement à d’autres projets comme le plan d’aide à la relance économique ayant bénéficié de 7 milliards de dollars. A cet égard, il y a lieu de s’interroger sur l’opportunité des déclarations de Bouteflika qui fait allusion à l’amputation du plan de relance de deux milliards de dollars pour venir en aide aux victimes.

Le gouvernement peut toujours faire appel aux réserves du fonds de stabilité des recettes garni par la hausse précédente des prix du pétrole. Néanmoins, si les besoins ponctuels augmentent, il y aura de plus en plus de dépenses imprévues, ce qui, cumulé avec la baisse continue des prix du pétrole, risque de réduire considérablement les recettes disponibles.

Il y a lieu de signaler aussi que certains ministères devront ajourner certains projets qui n’ont pas un caractère urgent afin de procéder en priorité à la reconstruction des infrastructures comme dans les secteurs des PTT ou encore l’éducation et les ressources en eau. Le secteur de l’éducation a subi des pertes de 40 milliards de centimes alors que 57 écoles sont toujours fermées à Alger à cause des détériorations qu’elles ont subies tandis que d’autres sont détruites. Pour sa part, le ministère de l’Habitat souhaite que de nouveaux projets de construction soient réalisés à Bab El-Oued pour remplacer le bâti détruit. Il est même envisageable qu’une société à capitaux mixtes avec les Emirats puisse prendre en charge ce dossier.

Dans d’autres secteurs, l’Etat doit aussi prendre en charge les frais de réparation comme ceux subis par la flottille de pêche, comme l’a annoncé le ministre de tutelle, Amar Ghoul, lors de sa visite à Tipaza où il a pu constater l’ampleur des dégâts qui s’élèvent à 85 millions de dinars dans cette wilaya. Dans le secteur des transports, des pertes ont également été enregistrées pour se situer à hauteur de un million de dollars pour le seul port d’Alger et ce à cause des arrêts de travail et des dommages subis par les quais.

A côté des disponibilités en argent que recèle le pays, l’Algérie aura toujours le loisir de mettre à profit les aides internationales accordées en monnaie pour les intégrer dans les plans de reconstruction et ce à côté des recettes escomptées par le téléthon.

 

 

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