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Bab
el Oued les raisons de la catastrophe
Le Matin, 29 novembre
2001
Le bilan de la catastrophe
de Bab El Oued est effarant et il l'est d'autant plus que les causes de
la tragédie ayant fait, selon le dernier bilan rendu public hier,
757 morts à l'échelle nationale dont 706 pour la seule capitale,
sont loin d'être d'origine pluviométrique mais bien plus,
aggravées par un cumul de déficits et de laisser-faire dans
les pratiques anarchiques de la gestion de l'espace urbain. La maffia
du foncier, l'attribution anarchique de terrains à bâtir,
la destruction des zones boisées, la détresse de populations
ayant fui le terrorisme et élu domicile sur les berges des oueds
quand ce n'est pas sur leur lit, l'absence de toute réglementation
en matière de planification de l'espace urbain sont autant de facteurs
ayant été propices à l'hécatombe de Bab El
Oued. La responsabilité de l'Etat est entière, et tous les
justificatifs avancés par le ministre de l'Intérieur ne
font qu'appuyer cette thèse : c'est l'irresponsabilité cumulative
d'une situation de non-Etat qui est à l'origine de l'ampleur de
la tragédie. Zerhouni accuse la France dans la vétusté
des canalisations et les APC FIS dans les constructions illicites comme
s'il s'agissait d'une fatalité historique et terroriste. Or, s'il
faut rester dans cette logique de responsabilités isolées,
une enquête montre que la dilapidation des biens fonciers a atteint
des proportions alarmantes au temps de la gestion des APC par les DEC.
A cette véritable politique de l'autruche d'un pouvoir qui se rejette
la balle et se cache dans ses inepties, il y a fait plus grave encore
et qui se surajoute à ces sédiments d'une politique à
tout-va qui obéit à la seule loi de la jungle : le bulletin
spécial des services météorologiques transmis à
temps aux autorités n'a pas été pris en compte. Pourtant,
affirment des experts en la matière dont un spécialiste
algérien en risques majeurs, le bilan aurait été
moins lourd si le plan ORSEC avait été déclenché
à temps. Ils révèlent, par ailleurs, l'absence d'une
carte nationale des risques de catastrophes naturelles par wilaya et d'une
structure nationale de gestion des catastrophes. Ils rappellent que le
décret de 1985 portant sur l'organisation du plan ORSEC existe
bel et bien mais qu'il a été, depuis, mis dans un tiroir.
Les ravages commis depuis l'Indépendance et qui sont allés
en s'amplifiant par les « intempéries » du pouvoir
ont été ainsi mis à nu comme pris en flagrant délit
par une intempérie naturelle qui, dans un Etat responsable, n'aurait
pas provoqué l'hécatombe à Bab El Oued.
R. M.
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«
Il n'y avait plus d'arbres pour retenir la terre »
C'est trois jours
durant que nous avons sillonné, avec des brigades de forestiers,
toute la zone qui s'est vu totalement transformée par le charriage
des milliers de tonnes de boue et de gravats. Objectif des forestiers
: situer et expertiser les talwegs de l'oued qui, n'ayant pas été
protégés, ont fortement aggravé l'impact du ruissellement
des eaux sur les communes situées en aval, en particulier celle
de Bab El Oued qui n'est rien d'autre que l'exutoire même de l'oued.
Notre objectif à nous : tenter de comprendre pourquoi autant de
victimes et de dégâts.
Nous avons donc remonté ces affluents jusqu'aux sommets par des
routes étroites, escarpées et fragilisées et dont
l'accès a été rendu extrêmement difficile par
les eaux qui les ont érodées et éventrées
par endroits ce samedi 10 novembre, désormais mémorable
pour tous les Algériens.
Les forestiers s'étaient déployés dès le premier
jour des intempéries sur le terrain pour dégager des routes
barrées par des arbres déracinés par les torrents
et abattre d'autres présentant des risques de chute. Mais c'est
samedi dernier, et en notre présence alors que nous longions la
forêt de Baïnem, que le conservateur des forêts au niveau
de la wilaya d'Alger est contacté par le wali en vue de dépêcher
des équipes sur les lieux pour expertiser la zone sinistrée
sur le versant nord-est. On comprendra qu'il vient d'être ordonné
de couvrir par des plantations chaque mètre carré des terrains
dénudés dans cette zone. On s'engage alors sur la RN4 pour
atteindre Bab El Oued en passant par Hammamet, Raïs Hamidou et Bologhine.
Les mots resteront à jamais trop faibles pour décrire le
décor qui défile sous nos yeux, il ne reste que le silence
comme ultime expression. Nous venons de passer d'une zone boisée
sur quelque 500 hectares à une autre, sur le lieu du sinistre,
le taux de boisement n'atteindrait pas les 0,5 %, selon M. Khelifa, directeur
de la mise en valeur des terres à la Direction générale
des forêts. Il n'est pas fortuit de faire cette comparaison. M.
Cheriet, conservateur des forêts de la wilaya d'Alger - qu'on appelle
désormais directeur des forêts et de la ceinture verte -
fait remarquer que « si la forêt de Baïnem n'avait pas
existé pas, les communes se situant à son aval auraient
complètement disparu », bien que l'unique poumon d'Alger,
toujours convoité par la mafia du foncier, résiste tant
bien que mal à la fois à l'abattage massif pour des raisons
sécuritaires, aux incendies répétitifs et aux coupes
illicites. Par contre, le lieu de notre destination ne présente
presque aucune protection végétale en amont, ce qui a augmenté
la vitesse des eaux dans leur descente entraînant des amas de terre
instables dans leur déferlement.
Nul besoin de rappeler ici le rôle de l'arbre dans la stabilisation
des sols par ses racines outre la forte augmentation de l'infiltration
des eaux. C'est justement et étrangement cette règle très
simple pourtant qui semble être opiniâtrement foulée
aux pieds par ceux auxquels on a confié la gestion de la cité.
Que ce soit à Frais Vallon, à Triolet, Sidi Benour, Oued
Koriche et encore plus haut à Beau Fraisier, où certaines
altitudes atteignent les 250 mètres au-dessus du niveau de la mer,
des milliers d'habitations sont érigées à même
les lits des oueds et sur leurs berges avec, dans tous les cas, la bénédiction
des services communaux qui soit ont accordé des autorisations de
construire, soit ont laissé faire en dépit du danger inéluctable.
Aujourd'hui, la majorité de ces habitations croulent sous des amas
de terre, d'autres ont été naturellement traversées
par le torrent. Lundi, lorsque les éléments des services
forestiers ont tenté de les dégager, ils se sont heurtés
au refus catégorique de leurs occupants. Motif : garder visibles
les effets de la catastrophe jusqu'au passage des fonctionnaires de l'APC
pour être éventuellement déclarés sinistrés
et pouvoir enfin bénéficier d'un logement. Interrogés,
ces citoyens affirment y habiter depuis les années 60, voire bien
avant, tout en notant la venue récente d'autres familles ayant
fui le terrorisme. Cependant, nombreux ont été les responsables
au niveau des collectivités locales qui, déclinant toute
responsabilité, imputent, étrangement de concert, l'octroi
de ces autorisations aux APC Fis de 91. Est-ce la seule explication ?
A Beau Fraisier, interrogé sur la carrière Jobert qui surplombe
son quartier, un vieux nous affirme que son père lui a raconté
qu'elle existe depuis au moins 1929 avant de déplorer : «
Ce sont les explosions à la dynamite qui ont fragilisé nos
maisons. » Dans ce quartier, de gigantesques blocs de pierre se
sont détachées de la montagne en se projetant tout près
des maisons « depuis des années sans que cela inquiète
aucunement nos élus », déplore un citoyen avant d'ajouter
le sourire aux lèvres, ironique comme seuls savent l'être
les Algériens dans les moments les plus difficiles : « Je
sais que ça ne sert à rien de le dire, j'ai juste besoin
de dégager un peu ».
Nous poursuivons notre montée pour atteindre le point culminant
d'environ 357 mètres d'altitude à la limite de Bouzaréah.
Nous passons par des quartiers quasiment isolés. Nous sommes dans
la rue des Vieillards, dite rue Hocine Bouchachi. Plusieurs projets de
construction en cours, d'autres finis, s'exposent sur le sommet de la
montagne d'en face à la même altitude. Et là, nous
découvrons la provenance, en partie, des grandes quantités
de terre qui ont tout emporté sur leur passage. Il s'agit de montagnes
de remblais, et donc de terre fragile, déposés par des entreprises
de construction, dont Cosider, sur ce sommet aux pentes dénuées
de toute protection, qu'elle soit végétale ou mécanique.
Des ravins phénoménaux fraîchement ouverts par les
eaux attestent que ces énormes quantités de terre ont dévalé
sur Bab El Oued. Les tonnes de terre stockées par la carrière
Jobert que nous avons laissée bien en bas ne représentent
rien face à ce que nous venons de découvrir. Il n'y a aucun
doute, s'il est incontestable que les pluies du 10 novembre ont été
exceptionnelles de par leur quantité, l'ampleur de la catastrophe
demeure la résultante de violations multiples des lois élémentaires
de la nature en quête d'équilibre ; ce qui met à nu
l'ignorance criante des détenteurs de la décision dans un
pays où les charlatans sont mieux écoutés que des
scientifiques avertis.
Yasmina
F.
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«
La nature a repris ses droits »
Entretien avec
M. Chabane Cheriet, directeur des forêts et de la ceinture verte
pour la wilaya d'Alger
Le Matin : Vous avez
entamé samedi avec vos équipes des opérations sur
des impluviums dans la zone sinistrée qui s'étale sur environ
40 km2. En quoi consiste exactement votre mission ?
Chabane Cheriet : L'objectif de notre intervention est de stabiliser les
terrains fragilisés pour éviter d'éventuels accidents.
Nous commencerons par les oueds et talwegs puis passerons aux versants.
Nous avons à ce jour (lundi) mis un binôme de nos spécialistes
sur chacun des quatre oueds qui, à partir de données relevées
sur terrain, détermineront les protections adéquates à
mettre sur les lieux. Ces protections seront soit biologiques par la plantation
d'arbres adaptés à croissance rapide et enracinement profond,
soit mécaniques par le gabionnage et système de gradins,
ou les deux à la fois, c'est-à-dire la méthode mixte.
D'après les
données que vous obtenez de vos sorties sur terrain, quel est à
votre avis le scénario qui se rapproche le plus de la réalité
quant au déroulement de la catastrophe du 10 novembre ?
Les grandes quantités d'eau qui se sont déversées
sur Bab El Oued ne sont pas directement dues aux précipitations,
et le drame aurait pu être évité si on avait respecté
la nature. D'abord, le relief même de la zone est un ensemble de
sous-bassins versants traversés par un dense réseau de talwegs
dont la convergence constitue l'oued qui se jette dans la mer. Naturellement,
un oued est là pour faire progressivement écouler les eaux.
Or, ce que nous avons vu, c'est que la quasi-totalité des constructions
sont érigées sur les lits des oueds et des terrains fragiles.
Elles ont constitué, avec différents détritus, des
obstacles, une sorte de barrages qui, sous l'effet de la pression, ont
fini par céder et ce fut le déluge.
Votre mission va
certainement se heurter à des hostilités relatives à
la nature juridique des terrains ; comment comptez-vous vous y prendre
?
Nous sommes tenus d'agir là où il le faut quoi qu'il en
soit. S'agissant des domaines publics de l'Etat, cela ne pose aucun problème.
Pour ce qui est du domaine privé de l'Etat, c'est-à-dire
les terrains appartenant aux collectivités locales, lorsque la
situation l'exige, ils devront passer au public. Restent les propriétés
privées ; là nous devons travailler de concert avec les
citoyens concernés soit en les encourageant à adhérer
à notre démarche par des mesures incitatives, soit appliquer
les textes relatifs à l'expropriation pour utilité publique.
Et pour ce qui est
des occupations des sols par des constructions illicites dans des zones
boisées
Nous pouvons recourir à la justice dans le pire des cas, mais nous
préférons d'abord que les collectivités locales assument
plus sérieusement leurs responsabilités. Après tout
ce qu'on a perdu, il est grand temps de tirer les leçons.
Propos recueillis
par Yasmina F.
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«
On a urbanisé le lit de l'oued ! »
Entretien avec
Dominique Laplace, un des experts de l'équipe de la Marseillaise
des eaux
En mission humanitaire
à Bab El Oued depuis le 14 novembre dernier, Dominique Laplace,
un des experts de l'équipe de la Marseillaise des eaux, qui a fait
le déplacement à Alger, s'exprime dans cet entretien accordé,
avant son départ en France, à notre journal sur la catastrophe
et les solutions à envisager pour parer à d'autres éventualités.
Il est question, selon lui, de construire un bassin à Triolet pour
retenir l'eau et des exutoires en sous-sol vers la mer pour éviter
à l'avenir que le boulevard Abderrahmane-Mira soit noyé.
Le Matin : Vous êtes présent à Bab El Oued depuis
le 14 novembre dernier ; quel est le diagnostic que vous faites de ce
déluge qui s'est abattu sur Bab El Oued ?
Dominique Laplace : Après le déluge qui s'est abattu sur
Bab El Oued, il y a eu des torrents d'eau et de boue qui se sont déversés
sur ce quartier et qui ont envahi les rues, les maisons et les réseaux
d'assainissement. Il a fallu donc qu'on travaille pour nettoyer ces réseaux
de façon qu'ils puissent évacuer toutes ces eaux. On a travaillé
alors en deux temps : on a évacué tout d'abord la boue qui
se trouvait dans les voiries et les réseaux pluviaux, puis on a
procédé au pompage dans toutes les caves qui étaient
pleines d'eau. On a accompli ce travail pendant une dizaine de jours.
Notre action s'est étendue du boulevard Abderrahmane-Mira jusqu'à
Triolet, c'est-à-dire on a couvert l'ensemble de Bab El Oued.
L'ampleur des dégâts
est-elle due uniquement à l'abondance des chutes de pluie ?
C'était un orage plus important, puisqu'il était de l'ordre
de 200 mm en 24 h. Ce qui n'a pas été enregistré
depuis 1936. Il y a des statistiques pluviométriques qui font état
de l'importance des quantités d'eau qui se sont abattues sur Bab
El Oued. C'est-à-dire il faut partir du principe que si elles sont
tombées aujourd'hui, elles retomberont demain. Et prendre en compte
que ces quantités importantes d'eau ne peuvent être évacuées
par un réseau d'assainissement. Quand on calcule un réseau
d'assainissement, rien ne justifie économiquement de faire des
tuyaux aussi gros pour évacuer ce genre d'épisodes pluvieux.
Cela nécessite donc de mettre en place des techniques qu'on appelle
des bassins à rétention. Autrement dit, on fait des embranchements
dans le fond du vallon et on essaye de retenir l'eau à la source.
On va travailler dans ce sens et proposer ce genre de solutions pour éviter
que Bab El Oued soit inondé encore une fois.
Pourquoi particulièrement
Bab El Oued ?
C'était prévisible. C'est vrai que la configuration de Bab
El Oued présentait déjà une vulnérabilité
à ce genre de catastrophe. Bab El Oued signifie d'ailleurs les
portes d'el oued. C'est vrai aussi que l'urbanisation a gagné tout
le lit de l'oued. Il était imprudent de laisser cette construction
se développer entre Triolet et la mer.
Votre équipe
a inspecté l'effondrement du grand collecteur d'eau du oued M'kacel,
dans la zone de Frais Vallon. Comment expliquez-vous ce phénomène
qui a provoqué un cratère de plus de 10 m de diamètre
?
Oui tout à fait, on a fait venir deux spécialistes, des
experts de la Société des grands travaux de Marseille pour
expertiser ce cratère. Que s'est-il passé ? Les eaux se
sont engouffrées dans ce collecteur et ont creusé un trou
sur le bord de ce dernier. Il y a eu par la suite l'effondrement du terrain.
Puis les eaux se sont engouffrées par le trou dans le collecteur,
ce qui a créé un siphon similaire à celui d'un mouvement
de tourbillon lorsqu'on vide un lavabo. Il reste aujourd'hui un cratère
de plus de 10 m de diamètre qui est tout à fait circulaire.
Au fond de ce cratère, il y a le collecteur d'eau qui est aujourd'hui
envasé. On a évoqué des solutions vraiment techniques
pour pouvoir mettre le plus rapidement possible ce collecteur en service.
Y a-t-il des moyens
pour la réalisation de ce projet ?
Absolument, la technique a été évoquée. Nous
allons faire un rapport rapidement et d'ici la fin de la semaine on le
remettra aux autorités, notamment à la demande du secrétaire
général du ministère des Ressources en eau.
Quelles sont les
études que vous avez faites jusqu'à présent ?
On a réalisé à ce jour deux rapports : le premier
est un prérapport sur l'événement pluvieux et sur
les aménagements préconisés, tandis que le second
est du domaine technique se rapportant au collecteur de Frais Vallon.
Les conséquences
n'ont-elles pas été exacerbées par le fait d'une
urbanisation anarchique et de non-respect des normes d'aménagement
?
Vous avez raison. Ces dernières années, il y a eu une urbanisation
qui était difficilement maîtrisée compte tenu de l'exode
rural massif. Les conséquences : on a assisté à un
déboisement. Je n'ai pas vu avant le bassin, mais ce qui est apparent
aujourd'hui est que l'ensemble des sols sont déboisés et
que, par conséquent, rien ne retient la terre. Ce qui fait que
lorsqu'on est en présence d'un déluge, l'eau amène
des quantités phénoménales de terre sur l'axe de
Triolet jusqu'à la mer.
Il existe en France
des structures de prévention des risques de catastrophes. Est-il
important de se doter de ce type de structures ?
Effectivement, il existe en France depuis les épisodes catastrophiques
que nous avons connus au début des années 90 des structures
qui établissent des PPR (Plans de prévention des risques).
Ces mêmes structures réglementent les permis de construire.
Cela fait partie des pistes qu'on va conseiller aux autorités algériennes
de façon que ces aspects soient pris en compte à l'avenir.
Quelle est la solution
pour éviter d'autres catastrophes à Bab El Oued ?
La solution ? En fait, il n'y en a pas une seule, ce sont plusieurs solutions
qui concourront à ce qu'il n'y ait plus de problèmes. La
solution administrative, il faut tout d'abord exproprier les gens qui
habitent les sites les plus vulnérables parce qu'il n'est pas normal
qu'ils restent sur le lit d'un oued. Il faudra par la suite réglementer
et contrôler la construction de ceux qui bénéficient
du permis de construire. Et après, les solutions seront d'ordre
technique. On évoquera l'alerte de la population en fonction des
prévisions météorologiques et si on fait dans la
prévision des catastrophes, on pourra prendre l'exemple de ce que
fait Météo-France. Celle-ci établit des cotes d'alerte
selon le niveau de gravité des prévisions. Dans ce genre
de cotes, on fait la relation entre les chutes de pluies et ses conséquences.
C'est une manière d'attirer l'attention de la population sur le
danger.
Pensez-vous que si
les prévisions avaient été prises au sérieux,
aurait-on pu limiter l'ampleur des dégâts ?
Il est sûr que si la population avait été prévenue
à temps, on aurait pu dire aux gens d'évacuer le bas et
monter aux étages, et la circulation aurait été fermée
aux automobilistes. Il n'y a pas de sécurité dans une voiture
qui flotte facilement sur l'eau. Après avoir évoqué
les solutions administratives et celles ayant trait à l'alerte,
on évoquera les aspects techniques qui consistent à essayer
de retenir l'eau en amont. On peut également faire des bassins
de cumul d'eau en aménageant un terrain de foot au fond sur le
site de Triolet et une digue pour retenir l'eau. Il faudra certainement
aménager un exutoire très important au niveau de la mer
de façon que le boulevard Abderrahmane-Mira ne se remplisse pas
d'eau. Le problème est qu'il y avait une digue au fond de la mer,
mais l'eau est passée par-dessus de la digue pour s'évacuer
dans la mer. Il aurait fallu qu'il y ait des exutoires au niveau du sol.
Cela impose de mettre en place des clapets antiretour, un système
qui empêchera la remontée de l'eau de mer, qui, de retour,
pourra noyer le boulevard Abderrahmane-Mira. Vous voyez qu'il n'y a pas
une solution unique, c'est un ensemble de solutions qui ne passera pas
systématiquement par la sur-dimension des tuyaux. Une telle solution
coûtera beaucoup plus cher. Car le problème relève
de tout l'aménagement urbain.
C'était un
désastre
C'est un désastre. Je me mets à la place de cette population
qui, jusqu'à un certain moment, considérait la pluie comme
un don de Dieu. Il paraît que les gens ont prié avant la
catastrophe pour avoir la pluie et aujourd'hui ils voient la pluie avec
un sentiment de terreur. C'est la raison pour laquelle des aménagements
visibles de l'extérieur sont à même de rassurer les
populations. Si on met des tuyaux qui sont enterrés, la population
ne se rend pas compte de cette sécurisation. Mais les bassins sont
visibles et sécurisants.
Entretien réalisé
par Youcef Rezzoug
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Ils
ont construit sur des terrains forestiers
La période
des DEC comprise entre 1992 et 1997 a été fatale au foncier
agricole. Pour chaque année de cette période, une moyenne
de 5 000 ha a été cédée, impunément
et au mépris de l'environnement, à l'urbanisation. Un pic
est enregistré en 1995, avec une surface bâtie de 5500 ha.
Beaucoup de terrains agricoles ont été, ainsi, intégrés
dans le PDAU pour en faire des surfaces habitables. La ceinture verte
a été dévastée dans toutes les wilayas du
Centre qui forment les plaines de la Mitidja. La commune de Bouzaréah
n'est pas en reste. Son tissu forestier, complètement destructuré,
l'a été, notamment, durant cette période-là.
Le résultat de ces déboisements massifs a eu pour conséquences
la tragédie que l'on connaît.
En octobre 1995, la gestion de la Délégation exécutive
communale (DEC) de Bouzaréah est vivement contestée par
des citoyens. On retient contre elle « la déperdition de
la commune par un comportement despotique et négatif ». Son
président est, entre autres, accusé d'avoir livré
des arpents entiers de forêt à l'urbanisation en dépit
de la réglementation et des lois sur l'environnement. Le scandale
avait fait, à l'époque, les choux gras de la presse nationale
et une enquête avait été diligentée. Interrogé
par des journalistes, le DEC avoue avoir octroyé des lots de terrain
à ses proches, en déclarant non sans aplomb : « Parfois
la gestion d'une commune se fait par les sentiments et non par la loi.
» L'affaire du quartier Bousmaha représente, en ce sens,
un véritable massacre écologique. Perché sur les
hauteurs de Bouzaréah, il respire grâce au massif forestier
qui le borde. Deux mois après son installation à la tête
de la commune, le président de la DEC de Bouzaréah engage
en pleine forêt des travaux de terrassement. Des dizaines d'arbres
sont abattus pour ouvrir des pistes dans le but de réaliser un
lotissement. Le terrain est même morcelé et vendu à
des particuliers. La pinède est pourtant protégée
par une loi claire et sans ambiguïtés. Il faut savoir, en
effet, que la forêt constitue à la fois un couvert végétal
protecteur des sols, un régulateur des eaux de ruissellement et
d'infiltration, une source d'oxygène inégalable et un réservoir
précieux de diversité biologique. En été,
l'arbre est un humidificateur qui favorise la baisse de température
dans la mesure où entre 28 et 118 litres d'eau s'évaporent
quotidiennement. Cela étant, une circulaire présidentielle,
en août 1995, vient rappeler aux différents responsables
que l'urbanisation des terrains forestiers ou à vocation forestière
est strictement interdite. En sus, un décret datant de 1991 stipule
que seule l'AGERFA (Agence de gestion et de régulation foncière
urbaine) est habilitée à gérer le portefeuille du
foncier des communes. Personne, hormis elle, ne peut procéder à
une cession de terrain. Les autorités locales, DEC et chefs de
daïra, doivent impérativement adhérer à l'agence
et s'abstenir formellement de toute transaction au profit de particuliers.
Le scandale de Bousmaha, mis à jour par des organisations de la
société civile relayées par la presse, révèle
que le premier magistrat de la commune a outrepassé toutes ces
lois. Le terrain en question n'a pas de permis de lotir et n'a pas été
soumis à l'expertise de l'AGERFA. En fait, il est même loin
de correspondre au Plan directeur de l'aménagement et de l'urbanisme
(PDAU). Pour se justifier, ce dernier invoque des manipulations dirigées
contre sa personne en reconnaissant cependant avoir fait bénéficier
quatre ou cinq membres de sa famille de parcelles de terrain au motif
qu'ils étaient natifs de la commune. « C'est normal, dira-t-il,
ils sont nés à Bouzaréah. »
Au lieudit Puits des Zouaves, la même DEC s'empare d'un terrain
devant accueillir un projet de logements sociaux de l'EPLF. Après
enquête, on s'aperçoit que le lot amputé au projet
a été découpé en sept parcelles et vendu à
des particuliers qui y ont entamé des travaux de construction.
« Nous sommes propriétaires du site et nous en faisons ce
que nous voulons », répondra, alors, le DEC. A la cité
Baranès, située sur la route Neuve de Bouzaréah,
des membres d'une coopérative immobilière sont spoliés
d'une bonne partie de leur patrimoine - celui qui devait servir à
l'aménagement d'espaces verts - au profit de personnes complètement
étrangères à leur projet. Pour la petite histoire,
les terrains ont été cédés au prix dérisoire
de
80 000 DA les 820 m2. Des villas sont érigées là,
défiant toutes les lois de l'urbanisme. Les experts parlent de
risque imminent d'affaissement du sol. Phénomène de mode
des années 90, les kiosques ont poussé comme des champignons
à Alger. Bouzaréah détient la palme du nombre de
kiosques au mètre carré. Là encore, la DEC autorise
puis feint de vouloir sévir en annonçant une campagne de
démolition, mais n'en fait finalement rien. Bouzaréah a
été, ainsi, mis cycliquement sous les feux de la rampe par
les agissements « anti-écologiques » de sa délégation
exécutive. Si l'on sait que son premier responsable - victime de
règlement de comptes ou franchement coupable - a répondu
de ses actes devant la justice, l'histoire ne dit pas, en revanche, si
le mal fait à la nature a été réparé.
Comme dans cette autre scabreuse affaire, encore pendante au tribunal
et qui s'est déroulée dans une commune voisine, Draria,
toujours durant cette fameuse période des DEC, : un citoyen a été
exproprié de ses terres et a assisté, impuissant, à
l'abattage de ses quelque 4000 arbres fruitiers. La liste est, assurément,
loin d'être exhaustive, mais reflète que la gestion des communes,
en ces temps, certes difficiles du point de vue sécuritaire, a
donné le coup de grâce à une politique, déjà
catastrophique de l'environnement. Une politique, serait-on tenté
de dire, qui se résume à une insipide célébration
de la journée de l'arbre.
Soraya Akkouche
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Seuls
contre les vagues
Saïda est une
mère de trois enfants qui habitait au boulevard commandant Mira.
Elle se rappellera, jure-t-elle, toute sa vie cette nuit cauchemardesque
du 9 au 10 novembre. Son immeuble est construit sur le Front de mer. Les
vents très forts et l'intensité des pluies qui ne se sont
pas arrêtées depuis le début de la matinée
empêchent la jeune femme de dormir. « Vers minuit, le niveau
de la mer commence à monter. Les vagues atteignaient déjà
la cage d'escalier, mais nous ne pensions pas que cela allait être
en moins d'une heure pire ». Il était 2 h du matin quand
les cris de la voisine qui habite le premier retentirent dans tout l'immeuble.
« Zohra criait de toutes ses forces, elle ne pouvait pas passer
dans la chambre de ses enfants, elle hurlait sans cesse : "Mes enfants
se sont noyés". Des jeunes ont dévalé les escaliers
pour lui venir en aide. Ils ont lutté contre le courant déjà
très fort pour récupérer les gosses. Sa maison était
désormais perdue. Au prix de grands efforts, ils parviennent à
remonter avec les enfants. Ils étaient mouillés, souillés
de boue et terrorisés par ce qui venait de leur arriver. Leur mère
était dans un état hystérique. Après, raconte-t-elle,
le niveau d'eau n'a cessé de monter. Nous avons compris que leur
immeuble était perdu. Une fois avoir acquis la certitude qu'il
leur était impossible de quitter l'immeuble, ils se décident
d'appeler la Protection civile. « Nous l'avons appelée en
vain pendant plus de deux heures. Ils nous ont abandonnés sous
prétexte que toute la capitale est inondée. Nous ne devons
notre salut qu'aux jeunes du quartier. Ils ont tout fait pour nous faire
sortir.»
Les jeunes en question se sont servis des embarcations des pêcheurs
pour faire sortir les habitants de l'immeuble. Ils ont combattu la force
des eaux par les cordes qu'ils passaient autour de la taille des sinistrés.
A 4 h du matin, tous les habitants de l'immeuble étaient sauvés
par de jeunes secouristes bénévoles animés de leur
foi et d'une forte volonté d'aider un voisin en danger.
Triolet, l'hécatombe
Il était
7 h 30 quand les crues qui dévalaient les voies express de Frais
Vallon devenaient trop fortes. « J'ai vu de jeunes femmes attendant
à l'arrêt de bus de Triolet lutter contre le courant. Elles
ne parvenaient plus à rester debout. J'ai couru vers elles et j'ai
tenté de les aider. J'ai réussi à faire traverser
la route à plusieurs d'entre elles et puis la catastrophe est tombée
du ciel », raconte Adel. Une monstrueuse vague boueuse a déferlé
à toute vitesse sur les voies rapides, nous explique-t-il. Et puis
l'inimaginable se produisit. La vague emporta tout sur son passage. Des
voitures, des piétons étaient emportés par le courant.
« J'ai assisté impuissant à un spectacle sans précédent.
Des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes étaient
tous emportés par les crues. C'étaient atroce, ils n'arrivaient
même plus à crier », dit-il avant de marquer une pause
et d'enchaîner : « L'eau était plus forte que tout.
J'ai vu l'immense bus du personnel du Sheraton emporter comme s'il était
une feuille de papier. Les voitures des particuliers avec leurs occupants,
des écoliers c'était l'enfer ! Non plutôt le déluge.
»
Le marché était entièrement recouvert par les eaux
boueuses et les rues étaient devenues des torrents furieux.
Si Adel affirme qu'une équipe de la police urbaine tentait vainement
d'aider les citoyens, il n' y avait aucune autre assistance. Pas de Protection
civile, ni armée, ni nulle autre institution. « Voyant que
nous étions coupés du monde, nous avons lancé des
fumigènes pour alerter au moins l'armée. La Défense
n'est pas loin d'ici, vous savez. Je suis certain qu'ils ont vu nos feux
de détresse. Personne ne nous a apporté assistance avant
13 h 30, heure à laquelle se sont pointés les sapeurs-pompiers.
L'armée, quant à elle, n'a investi les lieux que vers 18
h. Tout était fini à ce moment là. Nous étions
les survivants du déluge. »
G. H
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«
L'alerte n'a pas été donnée à temps »
Entretien avec
Mohand-Amokrane Mendjekane, responsable à la sous-direction des
risques majeurs de la Protection civile Mohand-Amokrane Mendjekane, responsable
à la sous-direction des risques majeurs de la Protection civile,
explique dans cet entretien la nature de la catastrophe qui a frappé
Bab El Oued et les causes qui ont aggravé la situation. S'il y
avait eu une intervention en amont, au moment de la catastrophe, on aurait
pu, selon lui, limiter les dégâts, surtout en pertes humaines.
La création d'un organisme national de gestion des catastrophes
est, pour lui, la seule solution pour parer à d'autres éventuelles
calamités naturelles.
Le Matin : Que s'est-il
réellement passé à Bab El Oued ?
Mohand-Amokrane Mendjekane : C'est une accumulation des fortes précipitations
exceptionnelles qui ont atteint 210 mm en 48 heures. La configuration
géographique et les caractéristiques urbanistiques de Bab
El Oued ayant été compliquées par l'obstruction des
canaux d'évacuation des eaux pluviales ont permis une accentuation
de la crue. Celle-ci est la conséquence de l'accumulation des eaux
ayant atteint un certain niveau allant jusqu'au débordement. A
Bab El Oued, la puissance et la vitesse de cette crue ont emporté
tout ce qui se trouvait sur leur passage.
Aurait-on pu prévoir
cette catastrophe ?
Oui, on aurait pu prévoir une telle situation. A partir du moment
où on avait les données de la météo annonçant
de fortes pluies, les responsables concernés auraient pu procéder
au contrôle continu du niveau de l'eau et prendre des dispositions
de prévention au niveau des quartiers menacés.
Cela suppose que
le bulletin météo n'a pas été pris au sérieux
Pour ce qui concerne la Protection civile, on recevait régulièrement
des bulletins météo spéciaux (BMS) qui sont tout
d'abord développés à notre niveau pour confectionner
par la suite des messages adressés aux structures des wilayas concernées.
C'est déjà un message d'alerte qui impose à nos structures
au niveau des wilayas concernées de réquisitionner le personnel
et rassembler les moyens spécifiques nécessaires.
C'était le
cas pour Bab El Oued ?
Les premières interventions de la Protection civile ont eu lieu
à 2 h du matin, dans la nuit de vendredi à samedi, et ce,
à la suite des appels des citoyens.
C'était une
intervention de routine puisqu'aucune disposition n'a été
prise pour faire évacuer les lieux
Le déclenchement du plan ORSEC n'est pas de notre ressort. Il est
des prérogatives du premier responsable de la wilaya. Mais il fallait
tout d'abord donner l'alerte, car les risques d'inondation étaient
prévisibles. Chose qui aurait permis l'évacuation de la
population menacée et bloquer par la suite les accès aux
routes traversées par la crue. A cette condition, on aurait pu
atténuer les effets dévastateurs de la catastrophe. C'est
vrai, contrairement à l'inondation où l'eau monte graduellement,
la crue ne vous laisse pas le temps d'intervenir. La majorité des
victimes a été emportée sur la route par la crue.
Mais il appartenait tout de même aux services de l'hydraulique de
suivre l'évolution et la montée des eaux pour donner l'alerte
au moment opportun.
Pour chaque type de catastrophe, il y a des intervenants. Pour le cas
présent, l'Agence nationale des ressources hydriques (ANRH) est
une institution chargée de superviser le niveau de l'eau et d'alerter
les autorités. C'était d'ailleurs la principale recommandation
dégagée par le séminaire national qui avait été
organisé au mois de mars dernier à Sidi Bel Abbès
par la Protection civile. Il était question d'installation de réseaux
d'alerte au niveau de certaines wilayas où le risque d'inondation
existe.
Possède-t-on
une cartographie des risques ?
C'est une opération en cours. Elle est très complexe et
elle demande une étude pointue pour développer l'étendue
des risques par wilaya. La réalisation de cette cartographie prendra
beaucoup de temps. Il est nécessaire aujourd'hui de réfléchir
à la création d'une structure nationale de coordination
entre les différents secteurs bénéficiant des moyens
pour l'élaboration de cette carte des risques. Certaines institutions
ont des budgets pour l'élaboration, dans le cadre de leur spécialisation,
de cette carte. Pour les risques d'inondation, l'ANRH est en train de
développer un système d'information géographique
devant aboutir à la réalisation de cartes des zones inondables.
Quant au séisme, il existe des structures comme le CGS (Centre
national de gestion parasismique) et le CRAAG. Mais il ne faudra pas se
contenter des cartes globales, car ces dernières devront être
représentatives des risques à l'échelle de wilaya
et des communes. La mise en uvre de ce type de projet exige la collaboration
et la mobilisation des organismes spécialisés.
En l'absence d'un organe national de gestion des catastrophes, l'Algérie
active dans le cadre de la stratégie internationale pour la réduction
des risques des catastrophes naturelles qui est l'émanation des
structures de l'ONU, dont le PNUD.
Avez-vous déjà
effectué dans le cadre de la prévention des opérations
de simulation ?
Ces opérations se font chez nous, mais il faut qu'elles se généralisent
à travers le territoire national, là où le risque
est fréquent. On doit déterminer le type et l'importance
du risque pour prendre les mesures nécessaires. L'opération
de simulation n'est crédible et préventive qu'après
ce travail préalable des spécialistes. A la Protection civile,
on est obligés parfois de faire le travail des autres. Dans le
cadre du plan ORSEC, on gère à présent sur le terrain
des modules qui ne sont pas de notre ressort. On est en train de préparer
également la cartographie nationale des risques qui permettra de
renseigner les responsables à tous les niveaux sur les catastrophes
survenues et les risques potentiels inhérents à chaque wilaya.
L'ampleur des dégâts
était importante à Bab El Oued ; ne pensez-vous pas qu'il
y ait d'autres causes qui auraient rendu ce quartier vulnérable
à ce genre de catastrophe ?
Oui. Il y a tout d'abord l'aspect historique du quartier : une route avait
été ouverte sur un oued. Mais des dispositions avaient été
prises à l'époque en installant des réseaux d'assainissement
sous la route afin d'assurer l'évacuation des eaux. La construction
plus tard sur le lit de l'oued a aggravé la situation, comme d'ailleurs
la déforestation et le rasage du couvert végétal
qui ont favorisé l'érosion. S'il y avait eu une politique
de protection des végétations sur les hauteurs d'Alger,
la crue n'aurait pas emporté des apports solides (la boue). Le
marché de Triolet n'était pas également à
sa place. Toutes ces erreurs conjuguées à la lenteur de
l'intervention au moment de la catastrophe - l'alerte n'a pas été
lancée à temps - ont exacerbé les conséquences
de la catastrophe. On aurait pu minimiser les dégâts, surtout
en pertes humaines.
Entretien réalisé par Youcef Rezzoug
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Qu'est-ce
que le plan ORSEC ?
Article
1er : Dans le cadre des lois et règlements en vigueur, toute autorité
ou organe habilité est tenu de prendre et de mettre en uvre les
mesures et normes réglementaires et techniques de nature à
éliminer les risques susceptibles de mettre en danger la sécurité
des personnes, des biens et de l'environnement ou à en réduire
les effets.
Art. 2 : Chaque ministre
veille à la mise en uvre des dispositions visées à
l'article 1er ci-dessus et définit pour son secteur, le cas échéant,
conjointement avec le ministre de l'Intérieur et des Collectivités
locales le dispositif du plan de prévention des risques d'origine
naturelle ou technologique en rapport avec l'action et/ou l'activité
de son secteur.
Art. 3 : Chaque wali veille à la mise en uvre et à l'adaptation
éventuelle, aux communes de sa wilaya, des mesures et normes arrêtées
en matière de prévention des risques.
Art. 4 : Dans le
cadre de la mise en uvre des dispositions de l'article 1er ci-dessus,
chaque ministre arrête, pour son secteur, le ou les programmes périodiques
correspondant au dispositif de prévention.
Il veille, le cas échéant, conjointement avec le ministre
de l'Intérieur et des Collectivités locales à l'exécution
du programme arrêté pour son secteur.
Art. 5 : Par application
du programme prévu à l'article 4 ci-dessus, chaque entreprise,
établissement, unité ou organisme met en place le plan de
prévention des risques conforme à ses activités et
aux normes du dispositif arrêté.
Dans ce cadre, l'autorité de tutelle veille à l'intervention
effective et à la mise à jour du dispositif prescrit.
Art. 6 : Chaque ministre
arrête conjointement avec le ministre concerné des mesures
de formation des personnels appelés à mettre en uvre les
programmes de prévention.
Art. 7 : Chaque ministre
arrête et/ou met en uvre, le cas échéant, conjointement
avec le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales
et le ou les ministres concernés les programmes d'information et
de sensibilisation sur les risques inhérents à son secteur
d'activité.
Art. 8 : Il est institué,
au sein des entreprises, établissements, unités et organismes
publics et privés une cellule de prévention des risques.
Dans le cadre de la réglementation en vigueur et sous l'autorité
du responsable de l'entreprise, l'établissement, l'unité
et ou l'organisme public et privé, ladite cellule est chargée,
en relation avec le service de la protection civile concerné, notamment
de mettre en uvre le dispositif de prévention, assurer la gestion
du plan d'organisation des interventions et secours prévu par le
décret n° 85-231 du 25 août 1985 susvisé.
Art. 9 : Le service
de la protection civile, territorialement compétent, assume le
contrôle permanent du dispositif de prévention des risques
dans ses aspects et effets liés à la mise en uvre des dispositions
du décret n° 85-231 du 25 août 1985 susvisé.
Art. 10 : Les dispositions
du présent décret ne s'appliquent pas aux organismes relevant
de la Défense nationale qui demeurent régis par le règlement
d'administration militaire qui leur est applicable.
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Ils
habitaient sur le lit de l'oued
Même enterrée,
la dépouille de ce Patriote assassiné par les terroristes,
il y a quelques années, aura été malmenée
par les dernières intempéries qui n'auront pas aussi épargné
le cimetière de Frais Vallon. Situées sur le bord de ces
hauteurs montagneuses, plusieurs tombes ont été emportées
par la violence des eaux diluviennes.
Des ossements ont été découverts par les habitants
de ce quartier. Mais ce n'est là qu'un anodin échantillon
des larges dégâts occasionnés par la catastrophe dans
cette partie de la capitale qui se plaignait déjà en temps
normal d'être oubliée. A cause justement de la nature des
lieux, le nombre ds personnes ayant été victimes de la tragédie
a été important dans cette localité. La plupart des
habitations sont érigées au sommet de la collines ou nichées
sur les versants de la montagne. Plusieurs familles sont venues, durant
la décennie écoulée, agrandir l'agglomération
fuyant le terrorisme. Elles ont, du coup, grossi l'ampleur du problème
des constructions illicites. Les dernières intempéries ont
surtout mis en évidence la précarité de tout le quartier
érigé de manière anarchique. Aujourd'hui, les habitants
reprochent à l'Etat cette négligence qui leur a été
fatale. Même ceux dont les maisons sont des biens de l'Etat n'omettent
pas de responsabiliser ce dernier. « C'est un bien de l'Etat que
j'ai acheté, ils ne peuvent pas me reprocher d'avoir construit
d'une manière illicite, mais pourquoi m'a t-on vendu sachant que
l'endroit est dangereux ? », s'indigne M. Kahleras, résidant
depuis plusieurs années. Ainsi, le danger côtoie en permanence
les habitants de Frais Vallon. Ils ne sont pas encore au bout de leurs
peines. A chacune de nos escales dans ce quartier, plus précisément
dans le lieu-dit Sidi-Medjeber, aux alentours de l'oued, l'on entend les
mêmes plaintes. Il faut monter une pente pour pouvoir y arriver.
Quelques jours seulement après le sinistre, la chaussée
est défoncée alors que le bord de la route donnant sur l'oued
s'est écroulé réduisant du coup sa largeur. La plupart
des habitations déjà fragilisées ne tiennent à
présent qu'à un fil. Les murs sont fissurés, alors
que les montagnes de boue ont sérieusement ébranlé
leur stabilité relative. La plupart des maisons visitées
ont été à moitié recouvertes de boue, inondant
jusqu'aux moindres recoins. Les traces de la boue sont encore visibles
sur le mur. Dans une baraque s'entassent deux couples avec deux enfants
en bas âge. Recouvert de nylon, le toit en contreplaqué n'a
pu être un rempart contre les eaux qui ont inondé le sol.
Une partie du plafond s'est effondrée. Le peu de mobilier vétuste
a été endommagé. Comme un malheur n'arrive jamais
seul, c'est ce moment précis qu'a choisi le propriétaire
de la baraque pour exiger de ses occupants de quitter les lieux. Même
les maisons à l'apparence plus solide n'ont pas résisté.
Les dommages sont à des degrés divers. La montagne de boue
qui s'est déversée sur elles a recouvert le côté
arrière de la plupart d'entre elles. La colline, dont les flancs
ont été dévorés par l'eau, ne constitue plus
un mur de soutènement pour la plupart des habitations. Au fil du
temps, les rochers sur lesquels ces dernières ont été
bâties se sont érodés, les exposant à des dangers
certains. Les occupants doivent alors procéder régulièrement
à la solidification des alentours de la bâtisse à
l'aide de grosses pierres, du sable ou des clôtures de roseaux.
Ces mesures atténuent certes la force des eaux et des vents, mais
seulement en partie. Par ailleurs, les arbres déracinés
par la force du vent constituent une autre source de préoccupation.
« Dès qu'il pleut c'est la panique, nous ne pouvons fermer
l'il de la nuit. Nous guettons le moindre mouvement des arbres ou une
chute de la boue. Juste après les intempéries, nous mettions
nos enfants chez la voisine dont la maison présente moins de dangers
! », raconte anxieuse une mère de famille. Et de nous montrer
un grand arbre à moitié penché, se balançant
au-dessus de sa demeure au gré du vent. « Vous vous imaginez
si cet arbre tombe sur nos têtes ! », s'écrie-t-elle.
Il y a lieu de relever, à ce sujet, qu'en construisant à
cet endroit, les habitants ont porté un coup à l'équilibre
écologique. En creusant le sol, les arbres ont été
ébranlés. Ajoutons à cela le phénomène
des chantiers inachevés qui causent plus de dégâts
qu'ils ne sont utiles. « Vous voyez cette conduite d'eau, elle a
été installée il y a trois ans. Il n'y a toujours
pas d'eau dans les robinets et les travaux ne sont pas complètement
achevés ! », nous montre un citoyen. En attendant que ce
précieux liquide arrive dans toutes les maisons, les citoyens se
démènent comme ils peuvent. Pour s'approvisionner, les habitants
de Frais Vallon doivent traverser l'oued et escalader la colline. L'on
imagine aisément quel exercice périlleux cela peut être
lorsqu'il pleut. Cela en particulier pour les enfants, obligés
d'aller faire leurs courses ou devant se rendre à l'école.
« Ils reviennent souvent avec des blessures ou des égratignures
!», dit, sur un ton désolé, une maman. Mêmes
risques pour s'approvisionner chez les commerçants. Sur place,
l'on attire notre attention sur les habitations construites à même
le lit de l'oued, et donc plus exposées aux crues. Les riverains
sont en colère contre les autorités qui ont procédé
à l'installation de buses pour recueillir l'eau aux lieu et place
d'un mur datant de l'époque coloniale. Non seulement ces buses
sont inopérantes, assurent-ils, mais elles ont été
bouchées de part et d'autre à cause du terrorisme. Les solutions
à ces problèmes inextricables tardent à venir d'autant
que la présence de l'Etat dans ce type de région difficile
d'accès est souvent inexistante. Dans le cas de Frais Vallon, cette
réalité a été accentuée avec le phénomène
terroriste. Si bien que depuis quelques années, les relevés
de gaz ou d'électricité ne parviennent à leurs destinataires
que par le biais des commerçants dont les locaux sont plus ou moins
proches de l'autoroute. Même les dernières intempéries
n'ont pas atténué cet isolement. Si les sinistrés
ne se déclarent pas eux-mêmes, ce ne sont pas les agents
de l'APC, et encore moins les responsables et autres officiels, qui escaladeront
ces sentiers abrupts. Depuis trois ans, le maire n'a pas mis les pieds
ici.
Mekioussa Chekir
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Des
sinistrés chassés des écoles et des APC
La
rue pour seul refuge
Trois semaines après
la catastrophe, trois semaines de promesses, trois semaines dans l'attente
et l'espoir de se voir relogées, et voilà que les pouvoirs
publics décident de jeter des dizaines de familles à la
rue sous prétexte que les écoles doivent reprendre les cours
et que ces sinistrés occupaient des constructions illicites. Un
« acte » qui ne leur donne aucun droit à un logement.
Rencontrées hier près de l'APC de Oued Koriche, dix familles
dorment à la belle étoile depuis une dizaine de jours. Il
était midi. Ils étaient assis sur des peaux de mouton et
des couvertures entièrement trempées. La pluie de la nuit
avait complètement mouillé leur literie. Les habitants du
quartier leur ont offert dans la matinée des toiles cirées
pour s'abriter de la pluie. Des âmes charitables hébergent
quelques enfants, souvent les plus jeunes durant les nuits pluvieuses,
tandis que les autres restent livrés au froid et à la faim
de ces nuits glaciales du mois du Ramadhan. « Sommes-nous des Algériens
ou pas ? Si nous n'avons aucun droit dans ce pays qu'ils nous en chassent
», dit calmement une jeune femme. Sa mère, plus émotive,
les yeux larmoyants : « Nous les avons accompagnés à
nos domiciles pour qu'ils voient de leurs propres yeux l'état dans
lequel ils se trouvent. Leur commission d'enquête a constaté
par elle-même que ces logements sont inhabitables, et maintenant
ils nous abandonnent dans la rue comme si nous étions des clochards.
Est-ce raisonnable ? » Dans cette situation floue, et au moment
où des familles sont jetées dans la rue en attendant la
fin des enquêtes, il n'y a de toute apparence plus de place à
la raison. « Nous n'avons rien eu, ni dons alimentaires, ni vêtements
pour les enfants, ni la moindre aide étatique et nous étions
résignés. Pourvu qu'ils nous donnent un toit », nous
dit une vieille femme avant que sa voisine ne lui coupe la parole pour
s'expliquer : « Quand nous parlons de toit, ça ne veut absolument
pas dire un logement. Nous sommes conscients qu'ils ne peuvent pas loger
tout le monde en même temps ! Qu'ils nous donnent au moins une tente
ou qu'ils nous hébergent dans un centre de transit. »
Plus loin, sous un autre abri de fortune vivent deux familles. Des cas
sociaux.
M. Hacène Ourabi, un jeune homme de 34 ans handicapé moteur
à 100 %, nous interpelle : « Regardez ce que les autorités
de notre APC font de nous. » Il nous raconte son malheur et sa mauvaise
fortune. Il est père de cinq enfants. Il habitait Beau Fraisier
avant la catastrophe. Aujourd'hui que son domicile est envahi par deux
mètres et demi de boue et il s'interroge : « Comment veulent
p;ils que je l'intègre ? Où vais-je aller maintenant
et que vais-je faire de mes enfants ? » Nous apprenons que quatre
d'entre eux sont hébergés chez des familles dans les immeubles
avoisinants. Le plus jeune âgé de deux ans étant malade,
ses parents préfèrent le garder avec eux. Yamna A. n'est
pas mieux lotie. Orpheline et divorcée avec à sa charge
deux enfants, elle ne sait plus à quel saint se vouer, elle ne
peut placer deux mots sans que les larmes ne l'étranglent. «
Avant la catastrophe, j'étais logée chez une vieille femme.
Elle est morte ce samedi noir et maintenant que vais-je faire ? »,
s'interroge-t-elle. Les autorités ? Elles n'ont rien voulu savoir
; on lui aurait même demandé de partir à Diar Erahama.
« A l'APC, ils me demandent de leur montrer mon ancien domicile
; je leur ai dit qu'il ne m'appartenait pas et que c'était le domicile
de ma bienfaitrice. Je ne pouvais pas mentir, ce n'est pas mon domicile
mais j'y habite depuis plus de quinze ans. Ils ont décidé
alors que je devrais partir pour Diar Erahma. Est-ce que mes enfants n'ont
pas le droit de vivre ensemble ? », gémit-elle.
Une foule de personnes nous entoure et commence à nous raconter
comment les 48 familles qui habitaient l'école Saïd-Henni
ont été délogées de force mardi après-midi.
Un jeune homme nous jure que « les policiers étaient sans
pitié avec ces pauvres gens. Je les ai vu de mes propres yeux tirer
des femmes par les cheveux tout en leur assenant des coups de pied. Ils
bousculaient tout le monde même les vieux. Ils leur ont jeté
leurs affaires en pleine rue et les ont obligés à rejoindre
leur maison en ruine. Notez que l'Etat doit assumer ses responsabilités
dans tout ce qui pourrait leur arriver. Constructions illicites ou pas,
ne sont-ils pas algériens ? »
Ghada H.
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Les
commerces y ont été fortement endommagés
Les
assureurs boudent la rue Khaled-Dekkar
On l'aura écrit
à maintes reprises : les rues Khaled-Dekkar et Rachid Kouache à
Bab El Oued sont les lieux les plus sinistrés de ce quartier. Des
dizaines de corps y ont été retrouvés et déterrés,
alors que les habitations effondrées et qui menacent ruine sont
innombrables. Les locaux commerciaux n'y ont pas échappé
non plus. L'inquiétude est d'autant plus grande que la totalité
des commerces de la rue Khaled-Dekkar n'ont pas été assurés.
Non que leurs propriétaires n'y aient pas pensé mais parce
que les assureurs ne prennent pas de risques dans ces endroits. «
Nous avons sollicité à maintes reprises les assurances,
mais à chaque fois ils refusent. Dès qu'ils savent que nous
sommes à la rue Khaled-Dekkar, ils refusent arguant du fait que
la rue est souvent exposée aux inondations ! » « Ils
n'acceptent de couvrir que les petits risques comme les fuites d'eau ou
de gaz, mais excluent les dégâts liés aux inondations
», nous précise-t-on cependant. Selon toujours les témoignages
de nos interlocuteurs, dès qu'il pleut fort, le niveau des eaux
s'élève à quelques centimètres, et les locaux
ne peuvent être ouverts qu'une fois l'eau évacuée.
Mais l'on garde encore en mémoire les inondations qui ont eu lieu
notamment en 1982, en 1996 et en 1998 pour avoir provoqué des dégâts
non négligeables dans les commerces. C'est à l'issue de
ces crues que les commerçants ont décidé de se prémunir
contre ces risques naturels, en vain. Pour cette fois, ils ont été
carrément pris de court et choqués. Debout, prostrés
devant leurs locaux à suivre des yeux l'avancée progressive
des travaux de déblaiement ou prenant eux-mêmes les choses
en main, ils n'avaient pas l'air, hier encore, d'avoir complètement
admis ce qui est advenu de leurs locaux. Chacun y allait de ses propres
regrets et de son récit des manques à gagner. « J'en
ai pour près de 300 millions de centimes entre les équipements
détériorés et le local à réparer, j'ai
tout perdu. Actuellement, j'ai du mal à subvenir aux besoins de
ma famille en particulier en ce mois de Ramadhan », se plaint un
jeune menuisier. Son voisin enchaîne pour déplorer sa propre
situation : « J'ai trois locaux dans cette rue, au n° 4, qui
sont complètement irrécupérables. J'en ai pour près
de 200 millions de centimes dans le seul local de matériaux de
construction. Depuis la catastrophe nous nous relayons mon frère
et moi pour essayer de retrouver le coffre où il y a tous les papiers
des locaux et de l'argent, mais sans succès ! » L'intérieur
des locaux n'a toujours pas été dégagée et
la boue en recouvre presque les deux tiers. Les travaux de déblaiement
étant concentrés sur les rues pour dégager les voies
d'accès aux citoyens, ils se font lentement à l'intérieur
des locaux. Il y a deux jours, une équipe d'experts est passée
pour constater les dégâts et auxquels il a été
demandé de faire l'inventaire des dommages subis par leurs locaux.
Mais ce que déplorent les concernés, c'est l'opacité
et le manque d'informations qui entourent l'opération en ce sens
qu'ils souhaiteraient en savoir plus, et surtout être rassurés
quant à leur devenir. « Ils se contentent de constater les
dégâts, de nous demander de faire la liste des dommages qu'on
a subis et d'attendre leur retour pour confirmer la véracité
de nos déclarations. A cause de la boue qui les gêne, ils
ne peuvent pas le faire sur place. Mais on aurait aimé savoir si
on sera indemnisés et comment », nous dit-on. Un groupe de
détaillants dont les locaux sont sis au n° 1 de la rue Khaled-Dekkar,
posent le problème du sort des bâtisses. Les locaux en question
sont en effet situés au-dessous de logements classés au
rouge pour être détruits et dont tous les habitants ont été
évacués. « Or, on ne nous a rien dit à ce sujet
; vont-ils détruire et reconstruire ailleurs ou vont-ils les laisser
pour juste les réparer ? », s'interroge-t-on.
Mekioussa Chekir
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Un
bilan chaque jour plus effarant
Si les causes de
la catastrophe du 10 novembre sont en partie cernées, ses conséquences
apparaissent, en revanche, chaque jour davantage difficile à quantifier.
Le temps qui passe met à nu une tragédie aux facettes multiples.
L'évaluation des dégâts livre à une opinion
publique médusée de nouveaux bilans sur l'étendue
du drame, en plus des pertes humaines que les derniers chiffres estimaient,
hier, à 757 morts dont 706 à Alger, alors que le nombre
de personnes portées disparues s'élevait à 122. Les
dommages matériels commencent à donner leurs premiers chiffres.
Les petits commerçants de Bab El Oued ont été durement
touchés. Mais, le nud gordien du drame demeure le relogement des
familles sinistrées.
1 200 familles ont été relogées définitivement,
disent les chiffres officiels, mais combien d'autres ne le sont pas et
ne le seront probablement jamais, au motif que leur situation de sinistré
est antérieure au déluge de samedi
10 novembre. Ayant trouvé refuge dans les écoles, voilà
qu'on les déloge à grand renfort de services de police.
« Occuper une école n'ouvre pas droit au relogement »,
justifient les responsables. 22 écoles ont été ainsi
débarrassées de leurs « indus occupants », jetés
sans aucune autre forme de procès à la rue. Retourner dans
leur ancienne masure serait suicidaire pour eux. La plupart des habitations
précaires, d'où ils viennent, ont été achevées
par les intempéries. Pourtant, c'est bien la démarche qui
leur est suggérée par les pouvoirs publics. « Un bidonville
est par définition un lieu à hauts risques, et ceux qu'ils
encourent maintenant ne sont pas différents de ceux auxquels ils
se soumettaient auparavant. » Cette réflexion qui renseigne
sur le degré de légèreté mise dans la prise
en charge de ce problème leur est faite lorsqu'ils demandent qu'on
leur trouve au moins une solution provisoire, comme celle des centres
de transit. Le traitement de ces cas, nous précise-t-on à
la wilaya, ne peut se faire que dans le cadre d'un traitement global de
l'éradication des bidonvilles. On tient à nous souligner
que la majorité des écoles a été occupée
plusieurs jours après le 10 novembre. C'est le cas notamment, nous
dit-on, des 10 écoles qui restent encore « squattées
» à Bouzaréah.
Soraya Akkouche
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