Les sinistrés de Haï-Essabah et de Sidi-Chahmi en détresse

Après les intempéries, les émeutes

Scènes d’émeutes hier dans certains quartiers de la périphérie d’Oran

Ghada S. et Hamid G., Le Quotidien d'Oran, 14 novembre 2001

Des centaines de familles qui avaient fui leurs maisons menacées ou inondées, après les intempéries meurtrières de samedi dernier, ont été chassées par la force publique des logements sociaux qu’elles avaient squattés.

Dès la matinée, les forces anti-émeutes de la police et de la gendarmerie ont bouclé les cités concernées. Boucliers et bombes lacrymogènes, des femmes et des enfants criaient leur détresse. «Ma maison est inondée. On n’a pas où aller», soupire Houari, père de famille. A Sidi-Chahmi, petite commune perdue dans les champs agricoles de la périphérie d’Oran, la tension a été vive. Venus pour déloger ceux qui ont fui leurs maisons du Boulevard de la République inondé par les eaux, les policiers ont été accueillis par des citoyens qui faisaient de leur détresse leur seule résistance. En vain.

Après une dure journée ponctuée par des accrochages verbaux avec les sinistrés et des refus, les forces de l’ordre ont obligé les squatters d’accepter d’être logés dans les classes d’une école primaire de la commune. Dans la foule, un homme de 50 ans a même été tabassé par la police. «Ma maison est tombée doucement en ruine. Je n’ai pas où habiter», dit difficilement le vieux souffrant visiblement de la violence des policiers. Documents et photos à la main, toute sa famille affirme qu’elle a frappé à toutes les portes pour obtenir un logement social.

Non loin de cette commune, à Haï-Essabah près d’Oran, le pire a été évité. Un grand renfort de gendarmes a passé toute sa journée sur place. Provenant des caves et des vieilles maisons en ruines des quartiers du centre d’Oran, des dizaines de familles sinistrées avaient trouvé refuge dans les logements sociaux de cet ensemble immobilier, «officiellement destiné» au relogement des habitants des cités à réhabiliter. Après que des mécontents aient commencé à jeter des pierres en direction des gendarmes, le recours aux bombes lacrymogènes a été vite appliqué pour les disperser. Il a été même procédé à l’arrestation de quelques individus, qu’on a relâché quelques minutes après. Une équipe de l’OPGI était sur place et s’apprêtait, au fur et à mesure des évacuations, à souder les portes des appartements, à l’aide d’un poste à soudure prévu pour la circonstance. Quelques camions de la commune de Sidi-Chahmi ont été mobilisés pour transporter ces familles à leurs destinations initiales. «Des destinations qu’il faut vérifier», selon un commandant de la Gendarmerie nationale.

Il est à noter qu’au moment où on évacuait ces logements de leurs squatters, 4 autres immeubles du même site ont été squattés. Ces derniers ont été évacués après que l’équipe de l’OPGI ait terminé de souder toutes les portes des logements des huit premiers immeubles.

Il était près de 18h00 et des familles entières persistaient encore à rester là, malgré le froid qui y régnait. La journée d’aujourd’hui s’annonce chaude. «Le problème de ces citoyens doit être pris en charge par la daïra et l’APC d’Oran dont ils relèvent d’ailleurs», dira le chef de daïra d’Es-Sénia. Toujours dans la wilaya d’Oran, d’autres logements ont été squattés à Aïn-el-Türk, Aïn-el-Bia et Béthioua.

 

 

 

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