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Ils
sont depuis plus de deux mois dans une salle de sport
Les
sinistrés de Mohammadia interpellent les autorités
Soraya Akkouche,
Le Matin, 20 janvier 2002
Cela fait exactement
deux mois et neuf jours que les sinistrés du quartier le Lido,
Bordj El Kiffan, vivent parqués comme des bêtes dans la salle
omnisports de Mohammadia. Ce décompte, c'est Nadjia, une mère
de famille qui partage un coin de la salle avec 91 autres victimes des
intempéries du 10 novembre 2001, qui le tient. Depuis ce jour,
où une mer déchaînée a emporté sa demeure
et celles de ses compagnons d'infortune, Nadjia compte les jours et les
nuits glaciales passés dans cet endroit ouvert aux quatre vents
et aux microbes. « Nous sommes comme des prisonniers dans cette
salle, à la différence qu'un prisonnier connaît la
fin de son calvaire.
Nous, on nous a ramenés là et on nous a demandé d'attendre.
Jusqu'à quand ? Nous n'en savons rien », se plaint la malheureuse,
qui nous dresse aussi le bilan des maladies qu'elle « collectionne
» depuis qu'elle est là. Les autorités de l'APC de
Mohammadia, que nous avons vainement tenté de contacter, ne semblent
plus se préoccuper de leur sort. Pourtant, ce sont elles, avec
l'aide de la Protection civile et de la police, qui les ont ramenés
ici le jour du sinistre.
« Le 27e jour de Ramadhan, le maire nous a rendu visite et nous
a fait la promesse de nous reloger pour le jeudi suivant. Il disait disposer
d'un quota de 38 logements à la cité des Bananiers »,
nous disent les sinistrés. Depuis, la communication avec les responsables
est coupée et les promesses sont restées sans suite. «
A la direction de l'urbanisme, on nous a affirmé que les experts
du CTC ont terminé l'évaluation des dégâts
et que nos habitations ne sont plus habitables », ajoutent-ils.
16 familles végètent dans ces lieux. Alignées le
long du mur, des tentes faites de draps retenus par des pinces à
linge préservent, plutôt mal que bien, l'intimité
des différents ménages. Les femmes veillent à la
propreté de l'endroit. Sous ces abris, les matelas s'entassent
avec la vaisselle et toutes sortes d'objets récupérés
de leurs anciennes maisons. Une nuée de bambins en bas âge,
emmitouflés sous des couches de vêtements, s'égaient
aux quatre coins de la salle. La plupart ont attrapé des bronchites
dangereuses, et la promiscuité favorise la contagion. Mais aucun
médecin n'est venu les voir. Les aînés ont repris
le chemin de l'école, mais la situation déteint sur les
résultats scolaires.
« La première semaine, l'APC de Mohammadia avait mis à
leur disposition un fourgon pour les transporter, puis plus rien. Sans
crier gare, le chauffeur n'est plus revenu », nous dit-on. Les écoliers
soutiennent difficilement le rythme. Levés à l'aube pour
rejoindre leurs établissements d'origine, ils rentrent exténués
en fin de journée, souvent très tard. « Ils n'ont
que le temps de manger et dormir », racontent les parents.
Lorsqu'ils révisent, quand le froid n'est pas trop dur à
supporter et que le bruit de la grande maisonnée s'est estompé,
ils le font dans les gradins de la salle. « Le comble du paradoxe,
c'est là qu'ils devraient s'amuser en temps normal », note
Nadjia. Quand il évoque avec nous cette situation, ammi Abdelkader,
un vieil homme de 90 ans, ne peut s'empêcher d'éclater en
sanglots.
Le vieillard est infirme, il partage sa « tente » avec son
épouse et leurs quatre enfants. « Vois ce que nous sommes
devenus, mon mari ne dort plus la nuit » , nous dit sa femme, en
nous montrant son logis de fortune. C'est un véritable cri de détresse
que lancent ces sinistré. « Qu'on nous reloge ou qu'on nous
laisse retourner mourir dans nos maisons », clament-ils. Ils affirment
avoir demandé au maire de leur signer des décharges pour
qu'ils puissent rentrer chez eux, mais il semblerait que ce dernier refuse
de prendre cette responsabilité. A moins que ces malheureux ne
soient, également, classés dans la rubrique des faux sinistrés.
Ce qui expliquerait le peu d'empressement des responsables à régler
leur problème.
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