Manifestations sporadiques à Alger

L’empreinte de la manipulation

B. Djilali, Le Quotidien d'Oran, 14 novembre 2001

Mise en veilleuse depuis des années, suite aux actes terroristes, la mouvance islamiste, radicale en général, s’est réveillée à la faveur du drame qui a frappé certaines wilayas du pays, particulièrement à Alger dans sa circonscription de Bab-el-Oued.

En effet, dès l’enregistrement des premières «victimes», des islamistes ont fait leur apparition aux alentours des lieux du drame, lançant parallèlement aux opérations de secours, des slogans hostiles au pouvoir, l’accusant d’avoir failli à ses responsabilités et d’être derrière cette catastrophe naturelle.

En s’insinuant dans la brèche créée par l’absence des autorités et d’une voix officielle, ainsi que des secours dès le début des inondations, les islamistes se sont attelés à attiser le mécontentement populaire déjà latent.

Le chef du gouvernement a été reçu à Bab-el-Oued par des jets de pierres, alors que les forces de sécurité étaient accueillies par le slogan des ârouch. Des jeunes, sous la «surveillance étroite» d’adultes postés aux abords de la route «infernale», scandaient des slogans de défi à tout ce qui pouvait représenter le pouvoir, hormis l’armée. Chaque phrase lancée par un adulte à l’accoutrement distinctif est reprise par ces jeunes qui ne trouvent vraisemblablement aucun moyen pour extérioriser leur détresse, une oreille attentive à l’expression de leur désarroi. Après s’être installés dans cette brèche, ces islamistes appartenant apparemment en majorité à l’ex-FIS, affichent alors carrément leurs intentions : récupérer le mécontentement, exacerber la tension et lancer un mouvement de protestation. A bien des égards, il faut reconnaître qu’ils ont réussi à franchir une étape. Cela d’autant qu’une marche a été organisée le lundi, en début de soirée, par un millier de jeunes de Bab-el-Oued jusqu’au Palais du Gouvernement, après avoir été déviée par le service de sécurité. Des slogans pro-Ben Laden et pro-Hattab ont été scandés sous la pluie jusqu’au moment où des actes de vandalisme ont commencé à Alger.

En effet, en descendant du Palais du Gouvernement, quelques jeunes bien encadrés s’en sont pris aux magasins et aux bars, par des jets de pierres et des coups de barres de fer, sous prétexte que ces derniers exerçaient un commerce «layadjouz». Arrivée au niveau du TNA, la foule se scinda en deux groupes distincts. Le premier était attaché à l’idée d’en découdre avec tout ce qui ne respecte pas «la charia et la sunna», et un autre qui avait clairement pris un autre chemin, celui d’une marche pacifique. Cette marche porte, à bien des égards, l’empreinte de l’ex-FIS, notamment au début de ses démonstrations de force. Le plus frappant, cependant, a sans conteste été l’attitude attentiste de ces militants durant les opérations de sauvetage menées par des citoyens. C’est comme s’ils attendaient le moment propice pour intervenir. Nous ne les retrouvons d’ailleurs que lors des actions de solidarité. Au niveau de la classe politique, paradoxalement le même scénario a été observé. Hormis le PRA et le PNSD, seul le Nahda de Adami a pris une initiative envers les victimes et les sinistrés. Il a pris la décision de leur donner une journée du salaire de ses députés et autres cadres. Il y eut aussi la décision de l’UGTA de ponctionner les travailleurs d’une journée de salaire pour la solidarité.

 


 

 

 

 

   
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