Les séquelles de la catastrophe sont encore visibles

Bab El Oued, 4 mois après

Saliha Aouès, La Tribune, 13 mars 2002

Quatre mois après les inondations du 10 novembre 2001, Bab El Oued, Frais Vallon, Triolet et d’autres quartiers avoisinants respirent encore les relents d’une prise en charge qui traîne en longueur, même si beaucoup a été fait dans la cité : démolitions bel et bien finies, front de mer dégagé des tonnes de boue, de terre et des gros amas de tabac qui obstruaient vue et narines, artères soignées et immeubles ravalés… Des images à la face ridée de fissures, figées à jamais dans un paysage totalement transformé et qui ne font que rappeler en fait à la mémoire collective l’ampleur des dégâts humains et matériels causés par cette catastrophe qui a laissé encore «indemnes» ses empreintes sur les murs de la ville la plus populaire de la capitale. Qui fait résonner le vide fracassant creusé dans le dédale étroit de ses ruelles à l’intimité et à la pudeur violées par la force gigantesque des coups assourdissants de massue et les passages dans des allers-retours incessants et bruyants des bulldozers…Aujourd’hui, des nuages de poussière continuent de ternir le ciel de Bab El Oued, les gros engins d’emplir le peu d’espace livré aux piétons en raison des chantiers toujours en travaux. Hier encore, des citoyens s’inquiétaient de la réouverture du tronçon de Frais Vallon, fermé depuis quelques jours à la circulation. Des perturbations fréquentes qui durent maintenant depuis le début des travaux de réaménagement des trottoirs et chaussées. Auxquelles les riverains ne s’habituent toujours pas. Comme n’arrivent pas à s’accoutumer non sans colère et revendications à l’appui qui les ont menés dans la rue ces 500 commerçants que l’administration a été longue à indemniser et dont un bon nombre d’entre eux se sont insurgés sur le montant de ces dommages, les lieux auxquels ils ont été affectés non plus en tant que propriétaires comme ils l’ont toujours été mais comme locataires avec toutes les charges à payer.Quant au relogement des sinistrés et autres victimes des intempéries dont les logements ont été démolis, il a été, selon la commission chargée de cette opération au niveau de la wilaya, accompli. Sur le terrain, quand le relogement est approximatif, car dépourvu du minimum vital, il y a des engagements qui n’ont pas vu le jour, comme ces chalets et leur contenu en dons (entre literie, vêtements et produits alimentaires) qui n’ont jamais été livrés aux sinistrés comme annoncé tambour battant et il y a encore plusieurs familles dans le besoin urgent d’un toit mais qui demeurent dans l’instance d’une réponse promise lors des différents recensements effectués et après dépôt de dossiers de sinistrés. Sur insistance d’une intervention, il leur est répondu que leur cas est social puisqu’ils sont inscrits illicites donc, pas de droit au logement.D’autre part, il est mis enfin officiellement fin à l’interrogation sur le cas des personnes disparues restées introuvables lors de cette catastrophe. Dans ce sens, selon un communiqué de l’APN, il est question d’un projet d’ordonnance 02/03 portant sur les dispositions applicables à ces citoyens disparus, discutées samedi 9 mars en assemblée en présence du ministre de la Justice. Cette ordonnance permettra de se prononcer directement sur le décès du disparu et d’indemniser les ayants droit. Un premier pas et peut-être un acquis enfin, si ce projet est adopté, après que ces familles ont été longtemps et sont encore transbahutées de service en service pour qu’on leur délivre des papiers administratifs, en vain, en raison justement de cette absence de preuves concernant la mort de leurs proches.Mais des questions lancinantes reviennent sur les lèvres des citoyens directement concernés ou non. Celles relatives aux dons nationaux et internationaux, dont le dernier arrivait encore à la fin du mois dernier, acheminé de l’Arabie saoudite, leur destination et ce qu’ils sont advenus. En plus du sort qui a été réservé à la somme récoltée au dernier téléthon organisé le 28 décembre 2001 et qui a permis d’amasser 110 milliards de centimes. C’est en tout cas l’annonce qui a été faite à l’issue de cette opération de solidarité. Du moins jusqu’à hier puisque dans son discours au palais des Nations, le premier magistrat du pays, Abdelaziz Bouteflika a rectifié le tir en révélant que sur les 110 milliards annoncés, la caisse ne comporte que 60 milliards ! Parole de président : «Ceux qui ont triché ne sont pas des nôtres.» Reste à trouver donc les 50 autres milliards ! D’ailleurs, dimanche dernier, l’UGTA a remis au chef du gouvernement un chèque d’un montant de 111 328 171,80 DA signé de la solidarité des travailleurs avec les victimes du 10 novembre dernier.

S. A.

 

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