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L'ALGERIE,
AVANT LE REFERENDUM D'AUJOURD'HUI Florence Aubenas, Libération 16 septembre 1999 Abdelkader Hachani, l'un des trois principaux dirigeants du Front islamique du salut, avait pris la direction de ce mouvement après l'arrestation, en 1991, de son président, Abassi Madani, et de son numéro deux, Ali Benhadj. Considéré comme le plus «politique» et le plus pragmatique des chefs islamistes, c'est Hachani qui mena le FIS à la victoire aux élections législatives de décembre 1991, avant d'être arrêté à son tour en janvier 1992, juste après l'annulation de ce scrutin. Détenu pendant cinq ans et libéré en juillet 1997, cet ingénieur en pétrochimie, âgé de 43 ans, vit aujourd'hui à Alger. Alors que les divergences entre les leaders du FIS, toujours interdit en Algérie, semblent se multiplier, Abdelkader Hachani exprime ici sa position sur le référendum. Que pensez-vous du référendum organisé par le président Bouteflika? Sur le principe, nous souhaitons que la violence soit évacuée du pays de manière globale et définitive. Pour nous, la paix est une option stratégique, non tactique. Mais la démarche de monsieur Bouteflika a pour caractère prépondérant l'ambiguïté. Il pose comme question: «Etes-vous pour ou contre ma politique?» Nous craignons que cette manière de procéder serve à lui donner un alibi pour le déclenchement d'une action répressive plus forte encore que celle qui a eu lieu jusqu'à présent. C'est ma hantise. Sinon comment expliquer qu'une loi, prétendant être là pour ramener la paix, soit limitée dans le temps et ne s'applique que jusqu'au 13 janvier 2000? Chaque jour, nous entendons des menaces plus fortes de monsieur Bouteflika, disant que passer cette date, les moyens employés seront terribles. Les dirigeants du FIS semblent aujourd'hui divisés entre ceux qui ont accepté les conditions de la trêve initiée en octobre 1997, comme Abassi Madani, et ceux qui n'y adhèrent pas? Le FIS est toujours interdit en Algérie. Cette mesure, dont nous demandons la levée, a fait que le pouvoir, fidèle à lui-même, a essayé de diviser notre mouvement et a utilisé tous les moyens pour en altérer l'image. Pour ma part, j'adhère à toute option non violente qui respecte l'honneur et la dignité de chaque parti. Il faut que toutes les victimes et leurs enfants, y compris les disparus et les prisonniers, soient traités sans discrimination. Ce n'est pas le cas dans les textes actuels. Les restrictions des libertés, notamment l'état d'urgence, doivent également être levées. Quant aux positions d'Abassi Madani (en faveur de la trêve, ndlr), j'ai lu de sa propre main qu'elles n'engageaient que lui et il les a rendues publiques alors qu'il était en prison. Cette année, le jour de la fête de l'Aïd, je me suis rendu à la maison où il est en résidence surveillée à Alger pour lui présenter mes voux. Je n'ai pas été autorisé à le voir. Nous n'avons aucun contact. Ali Benhadj, incarcéré à l'isolement depuis sept ans, a d'autre part fait parvenir plusieurs lettres au Président cet été. Alors qu'on lit à la radio publique la moindre missive de républiques bananières, ces textes n'ont pas été divulgués. Personnellement, je sais qu'il est prêt à participer à tout ce qui sera profitable au peuple algérien et à la religion, même s'il doit retourner en prison par la suite. Avec nous, le pouvoir manie la carotte et le bâton, mais l'essentiel du mouvement reste uni derrière les mots d'ordre que nous avons défendus. Le programme du FIS est-il toujours l'instauration d'un Etat islamique? Sans l'organisation d'un nouveau congrès de notre mouvement, nul n'a le droit de changer le programme qui fut le nôtre aux dernières élections auxquelles nous avons pu participer librement le 26 décembre 1991. Personnellement, je souhaite que ce congrès se tienne. Envisagez-vous la création d'un nouveau parti politique? Ce projet est à l'étude. Pour ma part, je ne pense pas que le peuple algérien ait besoin de façon urgente d'un nouveau parti. Nous considérons que les conditions de la pratique politique n'existent pas actuellement dans le pays. Je milite personnellement pour qu'elles soient réunies et la création d'un mouvement viendra par la suite. Mais nous souhaitons un retour sur la scène politique, nous ne croyons pas à la clandestinité. Quel a été selon vous le rôle du FIS dans la crise algérienne qui a fait officiellement 100 000 morts? Personnellement, je refuse toute tentative d'impliquer le FIS à partir du moment où il a été interdit. Son interdiction est une des causes de la violence. Quand nous étions sur la scène politique, nous n'y avons pas eu recours, sauf peut-être certains et verbalement. Aujourd'hui, il apparaît clairement que la violence n'a profité qu'au pouvoir. Mais je pense être mal placé pour écrire l'histoire de cette période. Il faut laisser ce soin à d'autres qui auront peut-être plus de distance. Les langues ne se délieront que lorsque la paix reviendra. Les gens sont toujours terrorisés, on tue à bout portant aujourd'hui encore. Dans le camp du pouvoir comme dans l'autre, il faut que ceux qui ont commis des crimes soient jugés. Nous ne pourrons nous réconcilier que si les responsabilités de chacun sont clairement établies. Quand je saurai qui a tué mon frère, je pourrai lui pardonner. Notre culture est celle du prophète Mohamed: lorsque les mécréants qui avaient tué sa famille sont venus lui demander quel allait être leur sort, il leur a pardonné. Mais, une fois encore, j'ai le regret de croire que la violence va continuer, car on ne s'attaque pas aujourd'hui à ses causes. .
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www.algeria-watch.org
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