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Mourad Dhina:
Nous voulons remettre le FIS sur la scène politique
Algeria Interface, 27 septembre 2002
Genève,
19 septembre 2002 - Lun des principaux organisateurs du congrès
du Fis en Europe sexprime sur les divergences qui minent le mouvement,
interdit depuis 1992.
Algeria
Interface: Pourquoi avoir organisé ce congrès?
Mourad Dhina: Lidée a germé il y a 5 ans et Abdelkader
Hachani lui a donné un caractère officiel, ou du moins officieux,
en 1999. Mais son assassinat et la Concorde civile ont compliqué
les choses et amplifié les divergences. Pour être clair,
dun côté il y a la tendance de Rabah Kebir, et de lautre
celle, dont je fais partie, qui est restée fidèle à
la source originelle. En mars 2001, Abassi Madani, soutenu par des dirigeants
du FIS aussi bien à lintérieur quà lextérieur,
dont Ali Djeddi et Kamel Guemazi, a convoqué un congrès,
par courrier. Dès lors, deux groupes de travail ont été
mis en place à létranger pour revoir les statuts du
FIS, son règlement interne, sa ligne politique, sa position par
rapport à la sortie de crise et pour réélire de nouvelles
instances.
Vous avez rassemblé
peu de monde
A quels résultats avez-vous abouti?
Du point de vue structurel, il y a eu dissolution des instances qui parlent
au nom du FIS: seul le Majliss el Choura (Conseil consultatif) en est
linstance suprême. Et cest lui qui désignera
le futur dirigeant, à la fin du mois, avec le maintien dAbassi
comme président et Benhadj comme vice-président. Nous ne
cachons pas quil y a de grandes divergences au sein du FIS. Nous
avons invité tout le monde. Certains nont pas pu se déplacer,
alors que dautres ont carrément refusé lidée
dun congrès. Dautres, tels Kamel Guemazi et Ali Djeddi,
lont soutenu avant de se rétracter. Cest aussi le cas
de Abdelkader Boukhamkham et dAbdelkader Omar. En ce qui nous concerne,
nous avons été appuyés par les deux dirigeants légitimes,
et la base jugera.
Qui sont les présidentiables?
Je ne peux rien dire pour linstant. Toutefois certains défis
se posent: si cette personne se trouvait en Algérie, il y aura
des problèmes à régler. Nous avons adopté
une nouvelle politique qui consiste à remettre de facto le FIS
sur la scène politique algérienne. Nous allons résister
pacifiquement au régime.
Comment expliquez-vous
le revirement dAli Djeddi et de Kamel Guemazi?
Ils croyaient que le congrès était juste un changement cosmétique,
qui allait réaffirmer leur autorité non discutable sur le
parti. Or le congrès a rejeté ce concept, et nous sommes
devenus très vigilants sur le plan de la compétence en matière
de communication et de théologie islamique. Nous avons eu des calamités
au sein du FIS. Ces gens font partie dune génération
qui a une vision stéréotypée de la politique et du
FIS.
Rabah Kebir vous
qualifie dusurpateurs
La vérité sortira de la bouche dAbassi Madani. Il
disait dans sa lettre quil reconnaissait à ce congrès
le pouvoir de le destituer, alors que dautres ne veulent pas renoncer
à leur légitimité historique. Rabah Kebir refuse
tout congrès sil nest pas convoqué par lui.
Abbassi a écrit à Kebir lui demandant d'assister au congrès
mais ce dernier a rejeté d'une manière irrespectueuse cette
demande.
Est-ce que cest
la fin du rêve dAbassi Madani: relancer un FIS «unifié
et unificateur»?
Une chose est sûre, nos dirigeants doivent jouir de lappui
de la base et faire leurs preuves sur le terrain. Le règlement
interne, les mécanismes de lalternance sont désormais
clairs, et le FIS a maintenant des moyens dignes d'une institution respectable
de demander des comptes, voire même de destituer n'importe lequel
de ses dirigeants. Tous les membres du FIS, y compris son président
sont tenus de respecter ces textes.
Quel bilan faites-vous
de votre mouvement?
Un bilan sérieux reste à faire. Toutefois, il est certain
que le FIS, qui est bien ancré dans la société algérienne,
a souffert de la répression et dun déficit organisationnel
Il
est aussi un fait établi que le FIS a été infiltré
à haut niveau par les services de renseignement algériens.
Les crises majeures qu'il a connues, en juin 1991 et en janvier 1992 ont
démasqué un grand nombre de ces individus. Certains comme
Merani se sont même retrouvés ministres à la solde
de la junte au lendemain du coup d'état. Sur ce plan, il est clair
que ces crises ont rendu service au FIS car elles lui ont permis de se
remettre en cause et d'entamer un processus de redressement initié
avec brio par (Abdelkader) Hachani.
Reconnaissez-vous
une légitimité aux groupes armés?
Nous condamnons tout acte de violence contre le peuple. Nous préparons
un dossier contre les criminels de guerre. Nous avons nos valeurs islamiques
et universelles: la guerre a des normes. Nous sommes aussi en train didentifier,
de classer ces groupes, afin de prendre contact avec eux et pour vérifier
leurs visées politiques et les amener à respecter les décisions
de linstance politique du FIS et arrêter toute action armée
une fois les conditions dune vie politique normale retrouvées
Il est clair que nous naccepterons pas dans nos rangs les «mains
sales». Le FIS na pas daile militaire. Cest une
création fantasmagorique de Rabah Kebir, qui sest proclamé
porte-parole de Madani Mazrag (chef de lAIS, ndlr), que nous navons
jamais reconnu. Nous savons que cest une grande manipulation des
services de Lamari (chef du contre-espionnage, ndlr). Nous avons été
clairs avec les membres du FIS qui ont choisi cette voie: vous avez le
droit de le faire, mais pas au nom du FIS.
Interview: Tahar
Houchi (Interview éditée le 27 septembre)
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Bio
express
Mourad Dhina est
né le 6 août 1961 à Blida, au sein dune famille
originaire de Laghouat (sud). À 22 ans, il obtient un diplôme
de physique à lUniversité de Bab Ezzouar (Alger) avant
de décrocher un PHD au MIT (Massachusetts Institute of Technology,
1983-1987), sous la direction du Prix Nobel de Physique, le professeur
Samuel Ting.
De 1987 à
1989, il fréquente des laboratoires de recherche allemands et français
puis sinstalle en Suisse, en tant que chercheur au CERN (organisation
européenne pour la recherche nucléaire) et enseigne à
lEcole Polytechnique fédérale de Zurich.
En 1992, il condamne
larrêt du processus électoral et connaît ses
premiers ennuis lors dune série darrestations en France,
en 1994, dislamistes liés au Fis. Son nom apparaît
sur une liste de deux cents personnes soupçonnées de trafic
darmes au profit des groupes islamistes armés. Le CERN le
licencie, la France, où il réside administrativement, lexpulse
et la Suisse lui retire son permis détablissement sous la
pression de Paris. Cette affaire fait grand bruit en Suisse: un inspecteur
de la police genevoise, soupçonné davoir transmis
la fameuse liste aux services algériens est jugé puis condamné
pour espionnage par le Tribunal fédéral.
La demande dasile
politique de Mourad Dhina, introduite en 1995, est rejetée lannée
suivante. Depuis, il est toléré en Suisse, qui lautorise
officieusement et depuis 2001 à exercer en tant que consultant
en informatique.
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