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Hocine AïT-AHMED Pour la commémoration du 15ème anniversaire de l'assassinat de Ali-André MECILI Samedi 07 avril 2002 à Paris Quinze ans déjà... Et nous sommes là une fois encore pour te dire combien tu nous manques. Est-il besoin de te dire que, comme chaque année, j'aurais voulu être là, avec tous ceux qui t'ont aimé. Avec tous ceux qui sont là parce qu'ils te connaissent, sans avoir jamais eu le bonheur de te rencontrer. Tu le sais bien :
mon absence obligée n'est qu'apparence : tu ne m'as jamais quitté,
depuis ce jour de 1963 où tu es entré dans le minuscule
bureau que j'occupais à l'Assemblée. Nous ne nous sommes
jamais quittés, dans la difficulté, dans le bonheur, dans
les rires comme dans les larmes. Politique jusqu'au bout des ongles, artiste de toute son âme. Tu es deux, tu es unique : Ali et son double André. L'un est l'autre, l'autre est l'un. Symbole déjà
-- j'ai envie de dire " précurseur " -- de cette double
et triple culture qui fait, elle aussi, la richesse d'un pays et qui marque
aujourd'hui notre immigration. Tu as assumé naturellement ces identités
plurielles, sans vouloir les réconcilier et sans en chercher une
quelconque et inutile synthèse. Est-ce seulement
un hasard? Cette nouvelle commémoration de ta mort survient au
moment où, par centaines de milliers, tes surs et tes frères,
là bas, saisissent toutes les occasions pour crier leur révolte,
leur désespoir, qui sont aussi une formidable envie de vivre. Une répression violente, contre tous ceux qui disent " non ", prolonge aujourd'hui les épreuves d'une guerre de dix ans dont on ne voit pas la fin. Elle révèle au monde le vrai visage de ceux qui ont transformé notre pays en propriété privée, faisant main basse sur ses richesses et cherchant à briser tous les ressorts de notre société. Ton exécution, comme celle de Abbane Ramdane, Khider, Krim Belkacem , Mohamed Boudiaf, M'barek Mahiou, Lounès Matoub, pour ne citer qu'eux, a été le révélateur de la nature et des pratiques d'un régime qui tue quand il a peur. D'un régime qui a privé le peuple algérien de son droit à l'autodétermination en éradiquant ses libertés d'expression, d'organisation et de participation. Ton assassinat a
été prémonitoire de cet octobre 88 qui généra
tant d'espoir mais qui fut aussi un octobre noir, comme l'anniversaire
du Printemps 80 fut un printemps noir. Et ce silence a valeur d'impunité, c'est à dire d'encouragement. Pourtant, les généraux
ne gagneront pas la guerre qu'ils mènent contre notre peuple. Aujourd'hui,
les Algériens, de Tizi Ouzou à Kenchela, d'Alger à
Annaba, de Chlef à Bejaïa et Sétif, de Batna et Tebessa
en descendant jusqu'à Illizi, n'ont plus peur. Tu as été, Ali, un visionnaire. Tes textes sont là pour rappeler que tu avais prévu les conséquences du pouvoir absolu et de l'impunité. Comment oublier que tu avais poussé la porte de mon bureau à l'Assemblée, précisemment pour me " mettre en garde " contre ce que tu appelais " le monstre qui va dévorer notre pays " après l'avoir approché de près au cours de ton passage au Malg ? C'est ce monstre qui t'a rattrapé. Ton intelligence,
ta lucidité et ta loyauté manquent à la révolte
qui gronde dans notre pays. Tu manques à la direction de notre
parti. Mais tu restes un
exemple pour notre jeunesse à qui il appartient aujourd'hui de
concrétiser enfin les promesses du 1er novembre : en finir avec
l'exclusion et l'injustice. Un exemple pour toutes celles et tous ceux
qui, jamais, ne baisseront les bras. 7 avril 2002 |
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www.algeria-watch.org
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