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REMOUS AUTOUR DU PROCHAIN GOUVERNEMENT Le cas Zerhouni diviserait Bouteflika et Benflis Mounir B., Le Quotidien d'Oran, 3 juin 2002 Le poste du ministre de lIntérieur semble poser un problème épineux à Ali Benflis. Le Chef du gouvernement, qui voudrait remplacer Yazid Zerhouni, aurait essuyé un refus ferme de Bouteflika. Lheure des explications brutales est arrivé. Le cas du ministre de lIntérieur a donné lieu à une altercation sérieuse entre le président de la République et son chef de gouvernement, indiquent des sources informées. Ali Benflis, voulant nommer un nouveau titulaire à la tête de ce département sensible, aurait été vertement séché par le président de la République : «Pas question de toucher à Zerhouni», aurait été le leitmotiv de Bouteflika qui relance, ainsi, une polémique qui ne faisait que couver depuis des mois. Benflis est-il marqué par Zerhouni ? Cette question a toujours taraudé les observateurs politiques tant le rôle, linfluence et les pouvoirs de Zerhouni sont étendus au sein du cabinet Benflis, au point où certains voyaient en lui «un Premier ministre Bis ». Le patron du FLN sen est tenu à une obligation de réserve, ruminant dans la discrétion son désaccord avec lancien patron du contre-espionnage algérien, et attendant dêtre en position de force, pour poser le problème. En cette matinée pluvieuse de samedi, les esprits se sont échauffés à la présidence, le «cas Zerhouni» est revenu empoisonner un climat, qui était pourtant à leuphorie festive après la victoire écrasante du FLN. Benflis sen serait plaint plusieurs fois, donnant lieu, en décembre dernier, à une menace de démission voilée. La gestion de la crise en Kabylie na été que le détonateur dune situation de fait. Le ministre de lIntérieur rendait des comptes au seul président de la République, qui en informait Benflis, celui-ci voyant son rôle réduit à endosser des décisions prises, en conciliabule, souvent au siège de la présidence, entre les deux «amis de trente ans», Bouteflika et Zerhouni. Cette rivalité entre deux hommes, de générations différentes et aux cursus politiques totalement divergents, a toujours remué les bases dun exécutif que les initiés présentaient comme «un gouvernement à deux têtes». La présence de Zerhouni à lIntérieur est une garantie politique et institutionnelle pour le président qui contrôle, ainsi, un des maillons importants de larchitecture du système. Wilayas, APC, APW, daïras et sûreté publique sont sous la coupe dun département surpuissant et qui devrait lêtre, davantage, avec lentrée en vigueur du décret portant création de la DSTC. Cette structure, chargée de reconfigurer lactivité du renseignement, devrait faire du prochain ministre de lIntérieur, le super-patron de la sécurité en Algérie. Il est clair que cet état de fait ne ravit pas toutes les parties du pouvoir. La création dune telle structure est-elle en soi une revanche discrète de Bouteflika, qui voulait mettre en place, dès son arrivée, un département dEtat de la Défense ? Certains observateurs considèrent que la mainmise sur la sécurité renforcerait durablement Bouteflika mais menacerait léquilibre du pouvoir. Cest dans cette mesure, que la nomination du général Mohamed Touati à la présidence, au poste de conseiller, chargé des affaires de sécurité nationale, était, jusque-là, une garantie pour que les équilibres institutionnels et constitutionnels entre armée et présidence soient sauvegardés. Mais, cétait sans compter sur le poids politique que prendrait Benflis, soit en tant que Premier ministre ou patron dun FLN remanié, et qui, pour cette fois, ne sen laissera pas compter. Bouteflika lui a dailleurs toujours exigé une certaine discipline, pour maintenir fonctionnel lattelage présidence-gouvernement. Cela passerait dabord par la non contestation des choix du président et ensuite par le respect de ces nominations. Sous la pression conjuguée dautres responsables politiques et militaires, Bouteflika avait renvoyé Benachenou des Finances, minoré le rôle de Temmar dans les privatisations et déplacé Tebboune du ministère de la Communication vers lHabitat, après un passage éphémère à lIntérieur. Mais ces «sacrifices» ministériels dhommes, réputés proches de Bouteflika, permettaient au président de garder les rênes de lIntérieur et des Collectivités locales, après avoir, personnellement, laminé Belkhadem aux Affaires étrangères. Pourtant, le président ne semble pas tenir à Zerhouni, comme Zeroual tenait à Mohamed Betchine. Le raccourci facile de certains analystes ne prend pas en compte la réelle dimension du ministre de lIntérieur. La raison de ce soutien présidentiel sans faille dun ministre, qui a eu la palme dor des rumeurs de démission, serait dune simplicité aberrante : «Zerhouni assume...». En dautres termes, aucun autre candidat au poste naurait tenu la distance face aux pressions externes et internes, qui devaient le fragiliser et le déstabiliser. Car, Zerhouni fait le tampon. Le dossier Wafa et la polémique avec Ahmed Taleb El-Ibrahimi, la réforme des collectivités locales et ce que cela a engendré comme affaires de malversation et de corruption (walis radiés), la lutte antiterroriste diluée dans une concorde civile paradoxale, la crise en Kabylie et une gestion controversée, mais néanmoins circonscrite localement, et enfin lorganisation délections législatives que lopposition présentait comme «impossibles». Sur tous ces dossiers, Zerhouni est allé au charbon, avec des hauts et des bas mais, surtout, avec le soin de protéger «Er-Raïs» du tir croisé de ses ennemis politiques. Et durant toute cette période, avant que Benflis ne mette le costume dun prétendant sérieux aux futures présidentielles, le Chef du gouvernement était autant protégé que Bouteflika, du moment que Zerhouni prenait les coups pour les deux. Et cest ce qua dû expliquer le président à son Premier ministre.
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