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Interview
avec le Dr Ahmed Taleb-Ibrahimi
«
Le FIS doit être réhabilité »
Entretien réalisé
par Karim Idrissi, Le Matin, 22 avril 2002
Depuis la dernière
présidentielle, Ahmed Taleb-Ibrahimi, leader de Wafa (non encore
agréé), est devenu un acteur politique qui ne cache pas
ses accointances avec les islamistes. Sa politique de sortie de crise,
il la fonde sur la relégalisation de l'ex-FIS et la libération
de Abassi Madani et Ali Benhadj. Le Matin lui a donc ouvert ses colonnes.
Pourquoi ? Taleb-Ibrahimi s'explique sur ses penchants islamistes, se
dévoile et fait des révélations sur les appuis recherchés
par Bouteflika lors de sa campagne électorale auprès des
chefs islamistes, dont Ali Benhadj. En se situant dans les contradictions
du Pouvoir, particulièrement au cours des trois années de
mandat de son rival de la dernière présidentielle anticipée,
cet entretien, au-delà de l'intérêt qu'il revêt
dans la conjoncture politique actuelle, interpelle le lecteur : à
lui d'en juger et de se faire une opinion.
> Le Matin : Vous
avez été le plus sérieux rival du Président
Bouteflika lors de l'élection présidentielle. Quelle appréciation
faites-vous des trois années qu'il vient de passer à la
tête de l'Etat ?
Dr Ahmed Taleb-Ibrahimi
: Je me contenterai de laisser parler certains faits, certaines réalités
tangibles vécues quotidiennement par le citoyen : la violence a-t-elle
cessé ? Le peuple a-t-il retrouvé la paix ? L'Etat a-t-il
retrouvé sa crédibilité ? Les lois sont-elles respectées
? L'apport des investissements étrangers a-t-il dépassé
le stade du verbe ? Le chômage a-t-il baissé ? La fuite des
cadres qui constituent l'épine dorsale du pays a-t-elle pris fin
ou s'est- elle au moins ralentie ? Les inégalités sociales
ont-elles été réduites ? La corruption a-t-elle été
circonscrite ? La justice s'est-elle libérée des pressions
et des injonctions ? Notre pays est-il déclassé de la liste
des pays à haut risque ? L'image de l'Algérie s'est-elle
réellement améliorée dans le monde ?
En vérité, c'est le contraire qui s'est produit : la situation
générale a empiré, la contestation populaire s'est
généralisée, aggravée par l'incompétence,
les contradictions et les retournements incessants des positions et des
politiques proclamées. Voyez à titre d'exemple ce qui s'est
passé pour l'accord d'association avec l'UE ; il a été
conclu dans la précipitation sans l'avis des partenaires sociaux,
négocié presque dans la clandestinité !
Le résultat est que l'Algérie a perdu encore trois années
; autrement dit, la durée de la crise, pourtant particulièrement
grave, s'est allongée de trois années supplémentaires
de gâchis. Que ceux qui ont misé sur le « messie attendu
» tirent donc les leçons de leur échec patent et qu'ils
restituent la parole au peuple pour que notre pays puisse enfin se doter
d'un régime légitime librement choisi par le peuple souverain.
L'initiative gagnerait à venir d'eux tant qu'il est encore possible.
Ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, à Belgrade, au
Venezuela et ce qui se passe encore à Madagascar doivent inciter
à la réflexion ceux qui sous-estiment la capacité
des peuples.
Bref, trois années qui ont commencé par une élection
présidentielle inachevée, et qui continuent par la volonté
affichée d'organiser des élections législatives amputées
de la représentation d'une partie importante du pays. Nous sommes
en pleine démocratie de façade.
> Vous êtes
de ceux qui connaissent Abdelaziz Bouteflika depuis plus de quarante ans.
Vous attendiez-vous à un bilan aussi contestable ?
Franchement, je n'attendais
pas des prodiges, mais je m'attendais à une meilleure prestation
eu égard au soutien illimité des décideurs et à
l'amélioration exceptionnelle de nos ressources financières
qui ont pratiquement doublé ces trois dernières années.
D'autre part, je ne m'attendais pas à ce degré de mépris
du peuple et de ses institutions même formelles : aucune visite
en Kabylie malgré une année d'embrasement et de tueries,
aucune visite à l'APN ou au Sénat dont il a pourtant désigné
le président, aucune ouverture sur la classe politique, visite
très tardive, et sous la pression de l'opinion publique, à
Bab El Oued (trois jours après les inondations qui ont fait près
de 800 morts), prise des décisions en vase clos
> On murmure que
vous feriez partie d'un groupe de personnalités politiques qui
estime que trois années de règne de Abdelaziz Bouteflika
c'est déjà assez, et qui appellerait à une élection
présidentielle anticipée
Pourquoi le murmure
? C'est une position claire que j'ai exprimée publiquement moins
de deux mois après mon retrait de la campagne électorale
présidentielle, et que j'ai renouvelée en septembre 2000
dans les colonnes de l'un de vos confrères pour soutenir la proposition
du frère Rachid Ben Yellès. Plus que jamais aujourd'hui,
je la réitère, mais attention : élection présidentielle
anticipée ne signifie pas cooptation ou simple remplacement d'un
homme par un autre homme. Si tel devait être le cas, je préférerais
le connu à l'inconnu pour éviter d'autres déceptions
aux citoyens et citoyennes. Le remplacement doit être l'uvre du
peuple, c'est-à-dire que le futur Président doit être
élu réellement dans la transparence la plus totale. C'est
mon souhait, et je milite pour atteindre cet objectif, mais je ne suis
pas encore sûr que les tenants du pouvoir réel soient mûrs
pour accepter cette large revendication populaire.
> M. Taleb, vous
cultivez cependant une grosse similitude avec Abdelaziz Bouteflika. Vous
ne divergez pas beaucoup avec lui dans l'approche de la question islamiste.
Vous qualifiez, comme lui, que la crise actuelle a été «
provoquée par l'arrêt du processus électoral »,
et le premier des trois fondements de votre parti Wafa est la réconciliation
nationale. Dans l'hypothèse où vous auriez été
élu en avril 1999, en quoi votre action aurait été
différente de celle qu'a entreprise Bouteflika ? Auriez-vous, par
exemple, signé les accords avec l'AIS, engagé la concorde
civile avec les groupes armés islamistes et libéré
les 5 000 détenus islamistes ?
C'est curieux que
vous parliez de « similitude » et que vous n'ayez pas décelé
les dissemblances, pourtant flagrantes, entre les deux démarches.
La première de ces dissemblances, c'est que je n'ai pas attendu
la campagne présidentielle de 1999 pour faire de la « réconciliation
nationale » un cheval de bataille électorale ou pour me prononcer
sur la crise nationale.
Dès 1991, c'est-à-dire dès l'éclatement de
la crise, dans de très nombreuses interventions publiques, je n'ai
cessé de plaider pour un dialogue ouvert à tous les Algériens,
sans exclusive aucune, et menant à une réconciliation véritable,
seule voie pour sortir de la crise.
La seconde, c'est que ma démarche est globale et motivée
par ce désir ardent de mettre fin aux souffrances du peuple algérien
; elle ne s'arrête pas au milieu du chemin, ne répond pas
à des calculs conjoncturels et ne jette pas aux oubliettes les
prisionniers politiques ni les disparus. Quant à votre question
sur « les accords avec l'AIS », je suis dans l'incapacité
de vous répondre car, aujourd'hui encore, j'ignore tout du contenu
de ces accords, pas plus que beaucoup d'autres hommes politiques. Peut-être
aurais-je évité de faire adopter la loi sur la concorde
civile sans un débat politique.
> Abdelaziz Bouteflika
a voulu ou cherché à légaliser de nouveau le FIS.
Vous-même, si vous étiez à sa place, auriez-vous réhabilité
ce parti et libéré ses dirigeants, sachant que vous avez
qualifié publiquement la dissolution de ce parti comme une «
des causes de la crise » ?
Cela m'étonne
qu'il ait voulu ou pu légaliser de nouveau le FIS. Du reste, l'analyse
de ses déclarations contradictoires me conforte dans cette remarque.
Je crains que les promesses faites dans ce sens n'aient été
dictées par des considérations électoralistes ou
ultérieurement par la recherche d'un vote massif au référendum
sur la concorde civile à même de faire l'impasse sur son
déficit de légitimité.
Oui, je pense toujours que la dissolution du FIS a été une
erreur que le peuple a payée, et paie toujours cher.
D'ailleurs, l'expérience a démontré que cette dissolution
par voie de justice n'a nullement effacé la réalité
sociale de ce parti. La preuve, c'est que le Pouvoir, représenté
par le ministre de la Défense, a négocié avec ses
dirigeants politiques en prison tandis que l'armée, représentée
par la DRS, a négocié deux ans plus tard, et conclu un accord
avec l'Armée islamique du salut.
Quant à la réhabilitation du FIS, je pense, abstraction
faite de l'appellation, que ce mouvement doit être représenté
d'une façon ou d'une autre, dans toute recherche sérieuse
d'une sortie de crise. Il fait partie, qu'on le veuille ou non, des interlocuteurs
représentatifs.
Quant à la libération des prisonniers politiques, c'est
pour moi une question de principe : je suis contre le musellement des
libertés et contre l'incarcération pour des délits
d'opinion ou des raisons politiques. Et je ne fais ici aucune discrimination
entre les hommes quels que soient leurs choix idéologiques ou leurs
opinions. C'est pourquoi, s'agissant précisément de votre
question, je persiste à penser que l'incarcération des dirigeants
du FIS, qui étaient encore dans la légalité puisque
la dissolution n'est intervenue que neuf mois plus tard, a été,
et reste, un facteur d'aggravation de la crise. Je maintiens donc ma position,
étant convaincu que leur libération ne peut être perçue
que comme une mesure d'apaisement qui contribuera à préparer
la voie au retour de la paix et de la stabilité.
> Toujours dans
l'hypothèse où vous auriez été élu
en 1999, quelles sont parmi les autres initiatives que Abdelaziz Bouteflika
a décidées ces trois dernières années celles
que vous considérez comme des « erreurs stratégiques
» et que vous n'auriez jamais prises ? Et quelles sont, en revanche,
celles que vous auriez prises ?
Il est difficile
de répondre à cette question d'une façon exhaustive,
d'autant plus que la réalité du pouvoir est souvent différente
de son appartenance ; cela ne m'empêche pas de dire, par exemple,
que je n'aurai jamais tenu le peuple dans le mépris ni fait de
discrimination entre les citoyens dans l'exercice de leurs droits constitutionnels
à la participation à la vie politique. Si nous voulons uvrer
pour la démocratisation de cette vie politique, nous devons respecter
l'autre dans toute sa différence.
Par contre, j'aurai encouragé le débat d'idées pour
réhabiliter le pluralisme politique et mis en place des mécanismes
pour lutter contre la corruption et moraliser la vie publique.
Une chose est sûre : j'aurai engagé et mené à
son terme le processus de réconciliation nationale en recherchant
l'adhésion la plus large de la population et de ses forces politiques.
J'aurai favorisé dans le domaine du développement, au-delà
du souci de réduire les inégalités sociales, trois
secteurs fondamentaux pour l'équilibre de la société
: l'éducation, la santé et la justice. Enfin, j'aurai donné
la priorité dans mon action à la politique intérieure
sur la politique extérieure pour éviter à l'Algérie
le lot d'humiliations qu'elle subit par sa mise à l'écart
dans la région et ailleurs. Notre pays ne retrouvera sa place dans
le concert des nations qu'une fois réglée la crise interne.
> M. Taleb, venons-en
à la question-clé : êtes-vous, comme dit M. Zerhouni,
un dirigeant islamiste aux allures modernistes ? Wafa, que vous définissez
comme « le creuset où se fondent le courant nationaliste
et le courant islamiste » est-il peu ou prou un FIS bis ? Vous n'avez
jamais cherché à rectifier ces propos ni à les confirmer.
Où est la vérité ?
Vous êtes un
peu injuste ou alors vous avez la mémoire courte parce que j'ai
bien abordé cette question devant la presse nationale dans au moins
deux occasions officielles : dans le discours d'ouverture des travaux
du congrès constitutif de Wafa le 16 décembre 1999 et dans
ma conférence de presse du 22 novembre 2000.
Dans un régime démocratique digne de ce nom, un parti politique
se juge sur son programme et non sur sa base ou la couleur de la peau
de ses partisans.
Je maintiens que j'ai créé le mouvement Wafa pour en faire,
comme vous le dites, « le creuset où se fondent le courant
nationaliste et le courant islamiste ». Mais vous auriez pu aussi
continuer de me citer en rappelant ce que j'ai dit dans ma conférence
de presse au lendemain de la fermeture des permanences de Wafa. J'y ai
fait la démonstration péremptoire, chiffres à l'appui,
de la fausseté des allégations du ministre de l'Intérieur
quant à une prétendue « identité » entre
Wafa et le FIS. En précisant haut et fort que Wafa est un mouvement
politique indépendant axé sur mon programme de candidat
à la présidence de la République. D'ailleurs, je
ne me suis plus étonné de la légèreté
de ce commis de l'Etat depuis qu'il a déclaré quelques jours
après la dernière explosion populaire de Kabylie que le
jeune Guermah assassiné dans les locaux de la gendarmerie n'était
pas un lycéen, mais un chômeur de 26 ans et que les raisons
des inondations de Bab El Oued incombaient au FIS ! Pour ce qui me concerne
personnellement, je dirai que je suis, d'abord et avant tout, un musulman
qui croit qu'il n'y a aucune incompatibilité entre sa foi et la
modernité, entre le travail dans un laboratoire et la prière
dans la mosquée.
> Cela ne vous
gêne pas que le FIS appelle à voter pour vous ? Considérez-vous
qu'un tel soutien n'appelle pas un retour d'ascenseur ?
Que les choses soient
claires : en demandant aux citoyennes et aux citoyens de voter pour moi
lors de l'élection présidentielle avortée, j'ai présenté
un programme détaillé de l'action que je voulais entreprendre
en cas de succès. Je considère donc que tous ceux qui s'apprêtaient
à me donner leurs suffrages approuvaient ce programme rendu public
et déposé au Conseil constitutionnel et que, pour ma part,
je n'aurai pas manqué d'appliquer.
A partir de là, comment aurai-je pu refuser des suffrages ? Et
pourquoi les aurai-je refusés ? Quel est donc ce candidat qui peut
se permettre le luxe d'ignorer dans une compétition électorale
trois millions de voix ? Ces trois millions sont là, peut-être
beaucoup plus nombreuses aujourd'hui du fait de la croissance démographique
et des échecs successifs du Pouvoir. C'est une réalité
qu'on ne peut ignorer quoi qu'on fasse. Elle est incontournable dans toute
recherche d'une sortie de crise durable. Du reste, l'expérience
de cette décennie rouge l'a amplement prouvé. Et l'expérience
pour moi représente le guide le moins faillible des opinions humaines.
Mais franchement auriez-vous posé cette question si le FIS avait
appelé à voter pour un autre candidat ? Vous devez savoir
que le « candidat du Pouvoir » lui-même (et d'ailleurs,
il n'est pas le seul), appuyé par une partie de ses « sponsors
», a essayé avec insistance d'obtenir ce soutien : à
l'extérieur, en mobilisant des relations personnelles à
Londres ; à l'intérieur, en essayant de rencontrer le défunt
Abdelkader Hachani, après avoir vainement tenté d'obtenir
le soutien de Ali Benhadj.
Pour le retour d'ascenceur, pour reprendre votre expression, la négociation
ici ne pouvait sortir du cadre de mon programme qui m'engageait personnellement
vis-à-vis de tous mes électeurs, et plus tard de tous les
Algériens puisque j'avais choisi comme slogan de ma campagne :
« Président de tous les Algériens. »
> Vous dites nourrir
la conviction, pour l'avoir déclaré à plusieurs reprises,
que l'avenir de l'Algérie réside dans la démocratie
et les droits de l'Homme. Estimez-vous qu'une telle approche est à
l'opposé de la conception totalitaire du FIS qui considère
la démocratie comme kofr ?
Tout d'abord, je
persiste et signe : bien sûr que l'avenir de l'Algérie réside
dans la démocratie et le respect des droits de l'Homme ! Il s'agit
d'une exigence fondamentale de notre temps et d'une aspiration profonde
de notre société, notamment dans sa composante jeune. Cela
dit, la démocratie n'est pas une fin en soi. C'est un moyen d'organisation
de la société pour le bénéfice de tous. Et
la démocratie que je prône ne signifie pas seulement l'égalité
politique des citoyens, car quelle valeur peut avoir une telle égalité
quand quinze millions d'Algériens vivent au-dessous du seuil de
la pauvreté ? Il faut donc un contenu économique et social
à cette égalité, même si, et je le concède,
il y a eu de tout temps dans l'histoire des sociétés humaines
des différences de classe.
Vous me demandez un jugement sur un parti politique : s'il m'est permis
de le faire, je ne fonderai pas ce jugement sur les « on dit »,
surtout quand c'est répandu à dessein, et par les spécialistes
de la manipulation et de l'action psychologique. Je me fonderai plutôt
sur l'examen et l'analyse du programme politique agréé par
le ministère de l'Intérieur avant la délivrance de
l'agrément, et sur les déclarations et communiqués
de ce parti reproduits par son organe officiel.
Je peux dire en toute objectivité que je n'ai nullement rencontré
cette assimilation de la démocratie au kofr. Je m'en tiens là,
c'est un constat que je fais en toute conscience, tout comme j'observe
d'ailleurs que des membres fondateurs de ce parti politique ont été
nommés ministres et sénateurs, tandis que leurs collègues
ont été incarcérés et d'autres croupissent
toujours en prison.
Il faut donc croire qu'il y avait au sein de la direction du FIS des personnes
que le Pouvoir lui-même a considérés comme des «
démocrates » !
> Vous n'expliquez
nulle part votre conception de l'Etat, mais vous laissez entendre que
vous défendez le principe d'un Etat moderne et démocratique.
Que faites-vous alors de la notion de l'Etat théocratique imposée
par la charia ?
Ce que l'on ne veut
pas reconnaître, c'est que l'islam n'impose aucune forme d'Etat,
aucun système de gouvernement ni monarchique, ni républicain,
ni despotique, ni aristrocratique Et si votre postulat était vrai,
il n'y aurait pas eu, depuis quatorze siècles, toute cette littérature
sur le pouvoir en islam. Au point que Shahrastani, Juyani, Mawerdi et
tant d'autres lui ont consacré des travaux devenus célèbres.
Le Coran explicité par la Sunna se contente d'énoncer des
principes généraux (libertés et droits individuels,
justice sociale, égalité, intégrité, consultation
du peuple), laissant le soin à la communauté musulmane de
pratiquer l'ijtihad (l'intelligence soutenue par la raison) afin de définir
la forme de gouvernement qui lui convient, en prenant en compte le background
historique de la société, son évolution politique,
économique et sociale ainsi que son environnement international.
Le pouvoir en islam n'est donc pas un système figé, définitivement
fixé par les textes, mais il varie selon le lieu et le temps, surtout
lorsqu'il s'agit des fonctions de ce pouvoir. Autrement dit, ce qui est
valable dans un espace géographique donné ne peut pas être
automatiquement transposé tel quel dans un autre espace géographique
aux spécificités différentes.
Pour ce qui est de sa légitimité, l'Etat islamique véritable
est celui que les citoyens élisent en toute liberté, auquel
ils peuvent participer selon leurs compétences, sur lequel ils
exercent un contrôle efficient et qu'ils peuvent changer s'ils le
désirent, sans violence, ni effusion de sang. N'oublions pas que
le Prophète répétait à ses compagnons : «
Vous êtes meilleurs connaisseurs des problèmes de la cité.
» C'est là une marge de liberté reconnue aux musulmans
dans le choix de leur mode de gouvernement, à condition de respecter
les principes généraux que je viens de citer. C'est pourquoi
je dirai que le pouvoir est islamique dans la mesure où il respecte
ces principes, ce qui se traduirait aujourd'hui par l'édification
d'une société pluraliste où règnent la liberté,
la justice et la dignité et où sont bannies la violence,
la misère, la corruption et l'arbitraire. Prétendre, après
tout ce qui vient d'être dit, que la démocratie est incompatible
avec l'islam, c'est faire preuve ou de cécité ou de mauvaise
foi. Surtout que le fameux verset coranique « leurs affaires se
règlent par la consultation » montre indubitablement que
l'Etat islamique est essentiellement démocratique dans ses institutions.
> Venons-en à
Wafa et à votre long silence. L'espoir de voir lever l'interdiction
qui frappe votre parti explique-t-il la discrétion dont vous faites
preuve depuis un peu plus d'un an ?
C'est dans ma nature
d'être discret. Dans le cas de Wafa toutefois, je suis passé
outre, bien que mes activités et mes déclarations soient
occultées par la plupart des médias nationaux pour ne rien
dire des médias lourds, exclusivement monopolisés par le
Pouvoir et cycliquement mis à la disposition de ses alliés.
Au lendemain de la fermeture illégale des permanences de Wafa,
dont les locaux n'ont toujours pas été restitués
à leurs propriétaires respectifs, malgré l'expiration
des contrats de location et l'épuisement de toutes les voies de
recours légales par ces mêmes propriétaires, j'avais
précisé que le combat continuerait par tous les moyens,
à l'exclusion du recours à la violence et de l'entrée
en clandestinité. Notre peuple a suffisamment enduré, et
je ne veux pas, en homme de paix et de rassemblement, lui en rajouter.
Conformément à cette ligne d'action, je me considère
toujours président de Wafa, qui est reconnu par la force de la
loi, mais injustement empêché par la seule force publique.
A ce titre, je n'ai pas cessé de maintenir le contact avec les
militants de Wafa, de les réunir quand cela était possible
dans certaines wilayas, de répondre à des invitations que
me faisaient des chancelleries ou me parvenaient de l'étranger
en ma qualité de président de Wafa, d'intervenir dans les
forums et médias étrangers Ceci pour vous donner quelques
exemples.
Dans ce contexte, ma dernière intervention en date toute récente
est la lettre directive que j'ai adressée aux militants de Wafa
à propos des élections législatives. Cette lettre
a été rendue publique et reprise par, notamment, quatre
quotidiens francophones, parmi lesquels ne figure pas, hélas, votre
journal qui, aujourd'hui, me fait reproche de ma « discrétion
» !
Que faire de plus ? Tomber dans le jeu du Pouvoir, qui pousse Wafa à
se mettre hors la loi pour justifier sa violation de la Constitution et
des lois de la République et l'incapacité d'apporter une
seule preuve de ses contre-vérités et accusations non fondées
? En vérité, n'est-ce-pas précisément ce Pouvoir
qui s'est mis lui-même hors la loi en foulant aux pieds et en violant
allègrement et cyniquement la loi organique sur les partis politiques
qu'il avait pourtant lui-même élaborée et fait adopter
? Pour être juste, sa responsabilité est ici partagée
avec les partis dits de la coalition ! Et dire que nous sommes dans «
un Etat de droit » ! et qu'il y a une « opposition ».
> Cette discrétion
s'étend même à la situation tragique que vit le peuple
palestinien et l'Autorité palestinienne face aux charges de Sharon.
On vous a peu entendu. Pourtant, vous devez avoir une position sur la
situation
Ce que vous dites
est tout à fait contraire à la vérité. Vous
oubliez que mon parti a pris l'initiative avec le PT et El Islah d'un
appel à la population algéroise pour une marche le 29 septembre
2000 en solidarité avec l'Intifadha.
Nous devions nous réunir à la place du 1er-Mai et nous diriger
pacifiquement vers la place des Martyrs. Tous nos militants furent bloqués
: ceux qui venaient dans des bus des wilayas du Centre, ceux qui venaient
de Kouba, des Annassers, de Belouizdad, de la Casbah à Agha Et
nous nous sommes retrouvés quelques-uns entourés par une
centaine de policiers armés et une dizaine de voitures blindées.
Spectacle affligeant d'un champ de bataille ne pouvant réjouir
qu'Israël que nous étions venus dénoncer et condamner
! Alors que la logique exigeait que le Pouvoir et l'opposition surmontant
leurs divergences se retrouvent de concert pour exprimer la solidarité
du peuple algérien à la résistance palestinienne.
La marche interdite, je me suis rabattu sur le meeting organisé
le même jour à la salle Ibn-Khaldoun où, dans mon
intervention publique, je me suis permis, devant le silence et l'absence
des autorités, de parler au nom du peuple algérien qui reste
profondément attaché à la cause palestinienne et
solidaire de son peuple martyr.
Le 3 octobre 2001 s'est tenu à Rome le premier sommet islamo-chrétien
où j'étais le seul participant maghrébin, et, dans
une intervention publique, devant une centaine de journalistes internationaux,
j'ai insisté sur le lien entre les attentats du 11 septembres 2001
et la non-solution du problème palestinien.
Le 14 mars dernier, j'ai participé à une session extraordinaire
du Congrès national arabe, qui s'est tenu à Beyrouth pour
étudier les voies et moyens de soutenir l'Intifadha.
Que puis-je faire d'autre si le Pouvoir verrouille les champs politique
et médiatique au point de porter atteinte à la dignité
des Algériens, révoltés par l'extermination du peuple
palestinien et par la complicité passive de la plupart des régimes
arabes ?
J'ajouterai qu'il y a deux semaines, je devais participer à un
sit-in décidé par quelques frères à la place
des Martyrs pour exprimer notre révolte devant l'holocauste du
peuple palestinien. Ce sit-in, encore une fois, le Pouvoir l'a interdit,
lui préférant une minute de silence en Conseil des ministres
au moment où, dans un pays voisin, trois millions manifestaient
dans les rues sous la direction conjointe du Pouvoir et de l'opposition
!
> On remarque
que vous ménagez l'armée de façon remarquable, et
vous êtes allé jusqu'à la défendre contre les
attaques de Habib Souaïdia. Soutenez-vous toujours, comme vous l'avez
récemment déclaré, que l'armée ne doit pas
quitter immédiatement la scène politique et que son retrait
doit se faire progressivement ?
Encore une fois,
ma position sur la place de l'institution militaire dans la vie nationale
s'appuie sur une analyse approfondie des réalités du pays.
Cette analyse prend notamment en compte le rôle majeur joué
par l'armée deLibération nationale dans la reconquête
de la souveraineté nationale. Cela explique par ailleurs qu'au
lendemain de l'Indépendance et dans la construction de l'Etat renaissant,
l'institution militaire a toujours joué un rôle important,
en particulier en tant que colonne vertébrale de l'unité
nationale. Ce n'est pas un hasard si, sur sept présidents de l'Algérie
indépendante, trois issus de ses rangs ont régné
pendant près de trente ans - sur quarante ans d'existence -, à
savoir les Présidents Boumediène, Chadli et Zeroual. C'est
là une réalité bien ancrée dans la vie politique
nationale, et en cela l'Algérie ne fait pas exception, car aucune
armée dans le monde n'est politiquement neutre dans le pays, mais
c'est la manière de le faire qui diffère d'un pays à
un autre.
D'autre part, l'Algérie est aussi un pays engagé dans la
voie de la démocratie ; cela signifie sur le plan théorique,
tout au moins, que le peuple est souverain et source de toute légitimité
du Pouvoir. Ce qui implique également que l'institution militaire
doit cesser de gérer la vie civile en nommant les ministres, les
ambassadeurs, les députés, les sénateurs, les responsables
de parti, les cadres supérieurs de l'Etat, en contrôlant
les rouages de l'Etat du sommet au bas de l'échelle ; elle doit
se consacrer exclusivement à ses missions constitutionnelles avec
d'autant plus d'efficacité, en élevant son niveau de professionnalisme
et de maîtrise de la technologie moderne car l'Algérie, pays
étendu et riche, sujet à des convoitises, a besoin d'une
armée forte, capable de la défendre dans son intégrité
territoriale et dans son unité nationale.
J'ai effectivement parlé de retrait progressif de l'armée
du champ politique. Il est en effet évident - pour les considérations
citées plus haut - que ce retrait doit se faire de façon
graduelle pour éviter de créer un vide politique brutal
que la classe politique, dans sa composante actuelle, risquerait de ne
pas pouvoir combler, ce qui serait lourd de dangers pour le pays.
Pendant la campagne électorale, j'avais prévu pour l'achèvement
de ce retrait la durée d'un mandat, mais aujourd'hui, compte tenu
des attaques que subit l'institution militaire, je pense qu'il serait
plus sage de réduire cette période pour préserver
la crédibilité et l'homogénéité de
cette institution qui doit rester au-dessus des luttes partisanes et des
querelles idéologiques.
> Venons-en à
la crise en Kabylie qui boucle bientôt une année. A la différence
des partis islamistes, dont le mouvement de Mahfoud Nahnah que vous accusez
d'être une « création du Pouvoir », vous écartez
la thèse du « complot étranger ». Quelle est
votre analyse aujourd'hui et voyez-vous une issue dans l'immédiat
à la question ?
Vous vous souvenez
certainement que quelques jours seulement après le soulèvement
populaire en Kabylie, j'ai cosigné avec les frères Abdennour
Ali Yahia et Rachid Ben Yellès deux communiqués qui ont
été rendus publics, respectivement le 2 mai et le 16 juin
2001.
Trois idées fondamentales étaient développées
dans ces textes : tout d'abord, le rejet de la thèse du «
complot étranger » car, à l'évidence, ce soulèvement
est spontané et provoqué par les ingrédients d'une
explosion sociale que l'on retrouve, au demeurant, partout ailleurs dans
le pays. C'est la réaction la plus fermement exprimée du
rejet d'un régime qui a érigé l'injustice, le mépris
et l'abus de pouvoir en mode de gouvernement. C'est la révolte
d'une jeunesse frustrée, désespérée par l'absence
de perspectives et d'espaces d'expression. Le cours des événements
a, du reste, confirmé la justesse de cette analyse puisque les
troubles se sont étendus à de nombreuses autres régions
du pays. A mon avis, une révolution silencieuse est en train de
s'opérer en Algérie, alors que le régime continue
d'être prisonnier d'un monde irréel.
Secundo, nous avons souligné l'entière responsabilité
d'un Etat totalement démissionnaire et dont le chef n'avait su
ni comprendre la colère de ses concitoyens ni prendre les décisions,
pourtant évidentes, que les circonstances dictaient.
La troisième idée consistait en un rappel des conditions
de solution à la crise nationale - et par là même
également à la crise en Kabylie -, à savoir l'instauration
d'un régime démocratique véritable et d'un Etat de
droit, ce qui commence par le règlement de la question cruciale
de la légitimité du Pouvoir.
La Kabylie, contrairement à certaines voix insignifiantes, mais
amplifiées à dessein, a été toujours à
travers son histoire viscéralement attachée à l'unité
nationale. Prétendre le contraire aujourd'hui serait une insulte
à la mémoire de nos ancêtres, une humiliation de leurs
descendants et une agression contre l'histoire.
Le Pouvoir a démontré une fois de plus son incompétence
dans la gestion de la crise en Kabylie, et tous ses calculs se sont avérés
faux : le recours à la répression armée contre la
révolte des jeunes devait servir d'avertissement au peuple algérien
dont les signes d'impatience, sous l'aggravation des problèmes
socioéconomiques, étaient perceptibles ; puis, devant la
résistance à la répression, le Pouvoir s'est employé
à marginaliser les principaux partis politiques implantés
dans cette région, et plus principalement le FFS, pour mieux les
fragiliser en vue d'en faire des instruments dociles. Devant ce nouvel
échec, et alors que le mouvement citoyen prenait de l'ampleur,
il a tenté de diviser les aârouch en dialoguistes et radicaux
après en avoir loué les mérites et reconnu la légitimité
de leurs revendications contenues dans la plate-forme d'El Kseur.
Mais le plus grand échec, à mon avis, est que le Pouvoir
a perdu tout crédit chez la population et que, dorénavant,
il ne peut plus se maintenir en Kabylie, tout au moins que par la répression
systématique comme nous le constatons d'ailleurs aujourd'hui sur
le terrain.
> Quelle appréciation
faites-vous de la reconnaissance de la langue amazighe comme langue nationale
? Pensez-vous, comme les représentants du courant islamiste, que
les « constantes nationales » soient menacées ?
A ce propos, il n'est
pas inutile de faire un bref rappel historique : durant la période
de son oppression, pendant plus d'un siècle, le colonialisme, dans
sa tentative de dépersonnalisation de notre peuple, a concentré
ses tirs de barrage et ses attaques permanentes contre l'islamité
et l'arabité de l'Algérie, épargnant la berbérité,
l'amazighité qu'il cherchait à utiliser hypocritement comme
facteur de division des forces nationales et du peuple algérien.
La conséquence en fut que le mouvement nationaliste concentra,
de son côté, sa riposte sur la défense de l'islamité
et de l'arabité en proie à une offensive colonialiste virulente.
Après la conquête
de l'indépendance, l'erreur qui a été commise par
les premiers dirigeants de l'Algérie indépendante (et j'en
fais partie) a été de ne pas comprendre que cette période
était révolue, que l'islamité et l'arabité
n'étaient plus dans une situation de danger mortel et qu'il convenait
donc de traiter la question de l'identité nationale par une égale
promotion de ses trois composantes fondamentales, à savoir l'islamité,
l'amazighité et l'arabité. Par un réflexe, qui n'était
rien moins qu'une séquelle colonialiste, on a continué dans
la même politique culturelle, faisant preuve de réticence
vis-à-vis de l'amazighité sous le couvert de la protection
de l'unité nationale. Pour ma part, j'ai fait connaître dès
1972 publiquement, à plusieurs reprises, ma position personnelle
sur la question. Pour mémoire, j'écrivais dans une étude
publiée en mars 1981 par le quotidien El Moudjahid quelques mois
après les manifestations de Tizi Ouzou : « () Affirmons tranquillement
la continuité historique de l'Algérie depuis plus de deux
millénaires Il y a des arabophones et des berbérophones
Ce n'est pas la diversité reconnue dans un cadre national intangible
qui peut nuire à l'unité Comme toute identité nationale
authentique, notre algérianité est déterminée
à la fois par des éléments historiques et culturels
: islamité, berbérité, arabité et par un grand
projet politique qui vise le bien-être par le progrès et
l'indépendance dans la démocratie »
Pour revenir aux termes de votre question, il est donc évident
que je ne saurais désapprouver la reconnaissance de tamazight,
ni la promotion du patrimoine berbère. Quant à les opposer
aux « constantes nationales », comment y songer puisqu'elles
en font partie intégrante !
Il reste à dire cependant qu'il serait particulièrement
erroné de réduire les graves problèmes que connaît
la Kabylie à la seule question de la reconnaissance de tamazight.
Ce ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. A l'image
de toute l'Algérie, la région est en proie à une
situation socioéconomique des plus catastrophiques dont les remèdes
ne peuvent être éludés par un simple article constitutionnel.
Au demeurant, la persistance des troubles après le vote du Parlement
le démontre, et le boycott massif décidé des prochaines
élections législatives le confirme suffisamment si besoin
est.
>Faites-vous réellement
partie, avec le FFS et certaines personnalités, d'un « front
antiélection » qui militerait pour le report des législatives
? Et quelle alternative proposeriez-vous à ces élections
?
Non, il ne s'agit
pas d'un front « antiélection », mais d'un front pour
une solution politique globale et définitive de la crise multiforme
que subit l'Algérie.
Certes, nous sommes hostiles à la tenue d'élections législatives
dans le contexte actuel car elles aboutiraient encore une fois à
désigner une Assemblée de faux élus. Au demeurant,
on nage dans la fausseté. On ne peut faire un pas dans les allées
du Pouvoir sans heurter un faux patriote ou un faux dévot ou un
faux démocrate et sans entendre un faux témoignage ou une
fausse confidence. Et un régime qui repose sur la fausseté
finit par s'écrouler.
L'alternative ? Certainement pas la persistance dans la voie de l'intronisation.
La seule alternative réside dans l'organisation d'une élection
présidentielle anticipée qui, entourée des garanties
de régularité et excluant toute fraude, permettrait de mettre
fin à l'illégitimité du Pouvoir actuel et de donner
effectivement la parole au peuple. Tant que la question centrale de la
légitimité ne sera pas réglée, l'instabilité
continuera, faisant de l'Algérie telle une pyramide placée
sur sa pointe.
La politique du « tout-sécuritaire » d'ailleurs a échoué
si l'on en juge par les résultats obtenus sur le terrain. Ma conviction
a été toujours que la violence mène à la contre-violence
et, toutes les deux, la violence et la contre-violence, engendrent une
spirale sans fin qui annihile les libertés.
>S'il devait y
avoir une élection présidentielle anticipée, Dr Ahmed
Taleb-Ibrahimi se porterait-il de nouveau candidat ?
Pour l'instant, j'essaie
de contribuer, avec d'autres bonnes volontés, à éteindre
le feu ou, tout au moins, à le circonscrire.
Ce qui, cependant, est sûr, c'est que jamais je ne ferai le jeu
d'un quelconque clan qui viserait à étouffer ou à
détourner le choix populaire souverainement exprimé. Je
n'accepterai jamais par ma présence de cautionner une parodie d'élection,
de participer à une compétition électorale falsifiée
où les électeurs seront convoqués pour faire dans
la figuration.
Cela signifie qu'une éventuelle participation de ma part à
une élection est impérativement conditionnée par
une solide garantie de totale liberté du scrutin et de respect
absolu du résultat des suffrages populaires. C'est bien le sens
que je donne à la revendication de changement radical du régime
contenue dans la déclaration commune que j'ai signée avec
les frères Aït Ahmed, Ali-Yahia et Ben Yellès le 16
avril courant.
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