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Scrutin en trompe-l'il Baudouin Loos, Le Soir de Bruxelles, 30 mai 2002 Depuis le coup d'Etat
de janvier 1992 qui avait annulé des élections que les islamistes
du FIS allaient remporter, les Algériens ont élu un parlement,
en 1997, lors d'élections entachées de fraudes notoires.
Tout indique que le scrutin de ce jour ne faillira pas à la règle. Depuis ce coup d'Etat, le pays a versé dans une " sale guerre " abominable, théâtre à huis clos de massacres collectifs, d'assassinats ciblés, de disparitions, de destructions économiques, dont le bilan humain se traduit dans des chiffres qui approchent sans doute, comme le dit la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH), les 200.000 morts, les 20.000 disparus et le million de personnes déplacées. La mouvance islamiste, des millions d'Algériens, qui avait été criminalisée du jour au lendemain le 12 janvier 1992, avait très partiellement versé dans la clandestinité, dans le terrorisme parfois le plus ignoble. La répression militaire, elle-même d'une cruauté sans limites, n'aurait pas hésité, selon diverses sources dont plusieurs déserteurs, à rapidement exploiter les " GIA " (groupes islamiques armés), en en manipulant une partie de manière à régler des comptes, à perpétuer un conflit qui occulte les responsabilités et prévient l'émergence de la démocratisation, cela sur fond de catastrophe sociale de grande ampleur amplifiée par le système rentier basé sur les richesses nationales en hydrocarbures (97,55% des exportations). Une bonne partie des violences qui restent quotidiennes environ 600 morts en 2002, selon la presse peut sans doute être attribuée à des bandes armées devenues purement délinquantes (héritières de groupes islamistes ou de milices locales d'autodéfense que le régime avait instituées dès 1994). Tout est pourtant en place, comme à chaque scrutin depuis le coup d'Etat, pour montrer au monde l'expression de la " démocratie algérienne ". Alors que le champ politique demeure soigneusement verrouillé. En l'absence de la mouvance du FIS (que le pouvoir a tenté de récupérer à travers des partis islamistes " modérés " légaux) et des deux formations implantées en Kabylie (FFS et RCD) qui ont dû lancer des consignes de boycott en raison du soulèvement régional contre l'Etat central, on assistera donc ce jour à l'élection d'une nouvelle " chambre d'enregistrement " (le parlement sortant n'a pas accouché d'une seule loi dont l'initiative eût émané de ses membres), fruit d'un dosage peut-être décidé à l'avance. C'est l'avis de la " bande des quatre ", Taleb Ibrahimi (ex-ministre des années 80 qui n'a pas réussi à faire reconnaître son parti à tendance islamiste), Hocine Aït-Ahmed (Front des forces socialistes, dirigeant historique de l'opposition), Abdenour Ali-Yahia (président de la LADDH) et le général Rachid Ben Yelles, qui ont osé faire des pronostics dès mardi : il y aura officiellement 60% de participation, 40% des voix pour le FLN (Front de libération nationale, ex-parti unique), 30 pour le RND (Rassemblement national démocratique, créé par le pouvoir en 1997), ont-ils lancé non sans une certaine vraisemblance... Mais, si le régime affiche sa morgue, il ne peut empêcher le tableau de présenter de vilaines taches. Comme cette Kabylie frondeuse qui ne lâche plus sa révolte contre la " hogra " (le mépris du pouvoir pour la population) et multiplie les scènes d'émeutes ; comme cette misère noire qui assaille des millions de citoyens et embarrasse la minorité, réceptacle des prébendes ; comme, enfin, ces livres publiés en France par des Algériens et qui mettent en cause l'armée dans la mise en scène des violences des années 90. Abdelaziz Bouteflika, lui, s'est résigné. Désigné président de la république par décision du " cabinet noir " (la grosse dizaine de généraux, retraités ou non, qui président dans l'ombre aux destinées du pays), il avait d'abord étonné par ses dénonciations - il a notamment fustigé la corruption avec force - avant de mesurer l'étendue de son impuissance et de se réfugier dans l'exercice de la seule prérogative à lui laissée : le verbe, qu'il a haut. L'absence d'intérêt populaire pour le scrutin de ce jeudi s'explique donc. Comme l'écrivait " Le Quotidien d'Oran " le 2 mai, le fossé entre le régime et la population est définitif. |
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www.algeria-watch.org
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