Moteur de changement ou parti de conservatisme ?

FLN: le retour du Front

Noureddine Azzouz, Le Quotidien d'Oran, 1 juin 2002

Le FLN est le grand vainqueur des législatives 2002. Avec une majorité absolue de 199 sièges, ce parti peut désormais gouverner tout seul. Son score devrait réjouir tous ceux au pouvoir qui espéraient une recomposition du champ politique par le gommage des extrêmes qui l’ont caractérisé depuis 1992.

Le parti d’Ali Benflis, en effet, n’aura besoin ni du RND qui a essuyé une cuisante défaite ni des islamistes comme le MRN qui prendra les sièges naguère occupés en partie par le MSP et ENNAHDA, pour contrôler l’Assemblée populaire nationale et gérer le pays. Par un curieux hasard, l’ancien parti unique se retrouve aujourd’hui dans une position d’hégémonie similaire à celle qui a été la sienne avant 1988.

Son retour confirme, en revanche, le peu de changement qu’il y a eu depuis 1992 au sein de la configuration politico-électorale en Algérie. Son succès fait des législatives de 1997 qui avaient vu la victoire controversée du RND une parenthèse. Avec un taux d’abstention important (53 %), les conséquences, au plan symbolique, sont une réactualisation foudroyante des paramètres qui avaient gouverné jadis le premier tour des législatives de 1992.

A l’époque, l’ex-FIS avait obtenu environ 30 % du suffrage. Avec ses 35,52 %, le FLN, aujourd’hui, n’en est pas loin : comme l’ex-FIS, il réalise une performance au niveau du nombre de sièges remportés sans pour autant réussir à imposer son impact sur le champ électoral dont la moitié, près de huit millions d’électeurs, ont dit « non » à ces législatives.

Le plus important, dès lors, est d’identifier la nature politique des abstentionnistes. En ce qui concerne le courant islamiste, il semble clair qu’aucune formation islamiste en lice n’a bénéficié d’un report des voix de l’ex-FIS, bien présentes si l’on se rapporte au discours électoral du RND. Au contraire ! C’est dans son fief de l’Est que le MRN de Djaballah a réalisé le troisième score des législatives.

Quant au MSP, sa trop grande proximité avec le pouvoir, la domestication de ses élus par le jeu parlementaire durant la législature passée ainsi que la confusion de son discours par rapport aux normes islamistes semblent lui avoir coûté très cher.

Il semble en être de même pour le courant national, démocratique et républicain. Aucun parti de cette mouvance, pas même le FLN, n’a pu séduire les voix qui votent traditionnellement en faveur de ce courant. En 1992, si l’on se réfère au taux de suffrage réalisé par le FFS, classé troisième après l’ex-FIS et le FLN, le poids du courant démocratique est demeuré le même. Ce courant est aujourd’hui dans le camp des abstentionnistes même s’il connaît, avec les vicissitudes de la participation parlementaire et l’émergence de la nébuleuse des Ârouchs, une grande crise de représentation.

Face à cette situation, le poids politique nouveau du FLN fait de lui un acteur central. Sa tâche la plus lourde sera de conduire les réformes du président de la République. Quelque part, ce rôle conforterait la démarche que le FLN a défendue durant la campagne électorale sous la houlette de M. Benflis. Contrairement au RND dont les déclarations sur la concorde civile et sur la gestion de la donne islamiste ont semé la confusion jusqu’à faire admettre l’existence d’une opposition de fond entre Ahmed Ouyahia et le chef de l’Etat, le FLN a été le moins disant sur le bilan du président de la République. Il a même été l’unique parti à cautionner et à défendre l’exercice de M. Bouteflika, à tel point que même le ministre de l’Intérieur, dont l’obligation de réserve lui interdit tout commentaire, avait considéré que « le changement profond » du FLN est positif pour les réformes engagées par l’Etat et par le président de la République.

Avec le résultat obtenu, ce n’est plus M. Benflis - qui a été directeur de cabinet du président avant d’être désigné chef du gouvernement - qui est l’interface d’Abdelaziz Bouteflika. Mais l’ensemble du parti : une donnée lourde qui, après avoir fait rêvé M. Bouteflika, se réalise aujourd’hui. Avec, en théorie, des conséquences politiques plutôt bonnes pour le président de la République. Alors que son appel pour un vote massif n’a pas été entendu, loin s’en faut, Abdelaziz Bouteflika peut bien recourir aujourd’hui au FLN pour conduire ses réformes à terme.

Faute d’une assise populaire qu’il semble avoir perdue, Abdelaziz Bouteflika pourra toujours compter sur « son » parti pour parachever sa mission.

Après avoir épuisé un certain nombre de crises et après avoir purgé toutes les sources de résistance, le FLN semble, plus que jamais, en phase avec la vision globale du chef de l’Etat à propos des dossiers sensibles que sont la réforme de l’économie, de l’école ainsi que la privatisation des terres et la loi sur les hydrocarbures.

Que va-t-il faire de cette victoire ? Est-il capable d’impulser les changements demandés par la majorité abstentionniste et « silencieuse » ou bien se repliera-t-il sur ses anciens réflexes conservateurs et hégémoniques ?

 

   
www.algeria-watch.org