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Aïn defla, exemple d'une wilaya de l'intérieur Photographie d'une ville en période électorale De notre envoyé spécial: Abed Charef, Le Quotidien d'Oran, 19 mai 2002 Vingt-trois listes sont en course pour huit sièges, lors des législatives à Aïn Defla. Photographie dune ville en période électorale. Mellouka Bennacer est femme au foyer. Elle est aussi célèbre que le RNC, un obscur parti qui a décidé de la présenter sur sa liste de candidats pour les législatives dans la wilaya de Aïn Defla: personne ne connaît Mme Bennacer, ni son parti. Cette dame, totalement anonyme, constitue pourtant lune des attractions des législatives. Elle fait lobjet de multiples discussions dans les cafés et autres lieux publics. Dans une épicerie du centre-ville, les palabres nen finissent pas entre partisans de ce genre de candidature et ceux qui ny voient quun moyen dexprimer une ambition démesurée. «Elle na même pas quitté son foyer et elle veut déjà aller à lAPN», ironise lun. «Elle a bien le droit dêtre candidate», rétorque son voisin. Un vieux retraité de lenseignement finit par trancher : «Pourquoi pas ?», dit-il. «Elle a bien le droit de gagner 20 millions. Elle nest pas pire que les autres...». Cette opinion, selon laquelle la recherche dune bonne situation a aiguisé bien des appétits, est largement partagée au sein de lopinion. «On recherche le moins mauvais, à défaut de chercher le meilleur», observe un cadre dune entreprise publique, branché sur les élections. Il note ce foisonnement de candidatures, 23 listes dans la wilaya de Aïn-Defla, ce qui exprime, selon lui, «un appétit dambitions souvent illégitimes». «La plupart des ces gens rêvent de se retrouver au Parlement, avec 20 millions par mois. Ceci na plus rien à voir avec le concept délections et de parlementaire». Pour lui, le mandat de député a été «détruit», dès lors quon a mis en avant le montant des indemnités parlementaires. «On a limpression que les gens sont tous à la recherche dun poste bien rémunéré à Alger », dit-il. Chez les candidats, le discours est totalement différent. On y parle de lavenir du pays, de projets de société et de luttes pour... le bien-être de lAlgérie, un discours souvent en déphasage avec le profil de ceux qui le tiennent. Sil est difficile de trouver le siège du RNC, pour connaître son programme et y rencontrer Mme MB, il est par contre plus aisé de découvrir le siège des partis en vue: Hamas, FLN, RND et autres... Chez Hamas, comme ailleurs, on parle de «campagne de proximité». Amar Ghoul, ministre délégué à la Pêche et aux Ressources halieutiques, organise des meetings et des rencontres quotidiens. Au PC électoral de son parti, à Aïn-Defla, situé à létage dun café géré par un militant de Hamas, on saffaire. Mohamed Chemlal, responsable électoral pour la circonscription de Aïn Defla, évoque une «démarche soigneusement étudiée» pour assurer à la formation de Nahnah «la place qui lui sied sur le plan national». Le discours est bien rôdé. Même quand on évoque les questions internes au parti et le malaise provoqué par lélimination de Mohamed Mekhaneg, député sortant et principale figure du parti à Aïn-Defla. Connu sous le sobriquet de «Moha Djelloul», Mekhaneg «a été sollicité et a refusé dêtre candidat», affirme, contre toute évidence, le responsable électoral de la ville. Il se reprend ensuite : «le Madjliss echoura a choisi librement les candidats. Mekhaneg na pas été retenu», dit-il, ajoutant que son parti «veut renouveler ses cadres». Largument est balayé dun revers de la main par les mécontents au sein de Hamas. Ils rejettent tout sur Khaled Belhadj-Tahar, directeur de cabinet de Amar Ghoul, qui serait, selon eux, à lorigine des combines ayant abouti à lélaboration de la liste des candidats. Pour ces mécontents, le parti «court vers la catastrophe». «Il ny a aucun candidat originaire de Aïn Defla», dit lun deux. «On trouve, dans la liste, des proches de Amar Ghoul, originaire dEl-Abadia, à louest de la wilaya, et des amis de son chef de cabinet, originaire de Hoceinia, à lest de la wilaya. Aïn Defla, Khemis Miliana et Miliana, les principaux centres urbains, nont pas de candidat, ce qui détruit léquilibre électoral», dit-il. Au FLN, les soucis diffèrent légèrement. Le parti de Ali Benflis a mis en place quatre bureaux électoraux, dont un réservé aux femmes. Au PC de wilaya, Dakka (Abdelkader) Zidouk trône. Ce député sortant, né au FLN, archétype du notable local, est assuré dêtre élu. Il ambitionne la première place pour son parti. Enseignant de formation, Abdelkader Zidouk na pas seulement milité près de trente ans au FLN : il est le FLN. Il y a connu, entre autres, Mohamed Cherif Messaâdia, Abdelhamid Mehri, Boualem Benhamouda... et survira probablement à Ali Benflis. Il est au centre dun réseau de relations exceptionnel. Doué dun sens des relations peu commun, il se situe dans «la discipline du parti», ce qui permet déviter les questions politiques de fond. Il parle de terrain, de douars, de problèmes à régler, mais élude les questions de fond, comme la situation en Kabylie et la démocratie. Pour les législatives, lui aussi parle de terrain et de proximité. Quartiers et douars sont sillonnés, avec des résultats inégaux. Le parti dispose dun terreau électoral intéressant, mais difficile à élargir. Dautant plus que les candidatures posent toujours problème. Cette fois-ci, cest la candidature de Djamel Benchaâbane, chargé de mission à la présidence de la République, qui a causé quelques soucis. Peu connu, ayant peu de relations avec la population, y compris dans sa ville natale, Khemis Miliana, Benchaâbane a été linvité surprise sur la liste FLN. Sa présence en deuxième position «a été imposée den haut», a déclaré un militant. Tout comme Bennaï, un fonctionnaire de léducation «parachuté» à partir dAlger. Abdelkader Zidouk évacue cette question dun sourire. Pour lui, comme pour le parti, il sagit dabord de rattraper le temps perdu avec les luttes intestines qui ont précédé lélaboration de la liste de candidats. Les coups bas nont pas manqué, dans la grande tradition du FLN : lettres anonymes, dénonciations, rumeurs, rien na été épargné. Tout ceci na cependant pas altéré cette sympathie nostalgique des gens envers le FLN. «Au moins, les gens nous connaissent», dit un colleur daffiches. Lallusion au RND est claire. Ce parti a largement «renouvelé» ses candidats. Celui qui était tête de liste en 1997, Ahmed Attaf, alors ministre des Affaires étrangères, ami dAhmed Ouyahia, nest plus revenu sur les lieux depuis des années. Il est actuellement ambassadeur à Londres et ne sintéresse pas aux élections. Le RND tente de retourner ce revers pour en faire un élément de mobilisation. Il veut faire croire quil a changé ses candidats pour en choisir dautres, plus proches de la population. Ses militants peuvent ainsi parler de proximité et de terrain. Dailleurs, quand nous nous présentons au PC électoral du RND, un appartement situé au rez-de-chaussée dun immeuble, on nous affirme que les candidats sont tous sur le terrain. A leur tête, Abed Ghazala, un cadre dentreprise, originaire dEl-Attaf. Sur ces entrefaites, arrive un cortège dune dizaine de voitures, dans un bruit assourdissant de klaxons et des affiches électorales collées un peu partout. Cest la grande mode pour ces élections. Et, surprise, au RND, il y a des femmes qui saffairent. Elles espèrent que leur travail permettra de faire élire Mme Khebizi, troisième sur la liste RND. Mais dans ce parti, il est difficile de parler de programme, dévoquer les législatives de 1997, avec la fraude qui avait dominé, ou de parler de bilan. Le RND est, visiblement, un monde à part. Il est, en tous les cas, loin du monde des travailleurs, représenté cette fois-ci par Abdellah Haddad, secrétaire communal de lUGTA, qui a mis sur pied une liste du Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune. Haddad est une caricature de syndicaliste. Mal rasé, la cravate de travers, le visage marqué par les épreuves, cest une figure quon regarde avec un mélange dhumour et de sympathie : lui-même est connu sous le nom de Abdellah «Cilima» (cinéma). Il est lauteur de lhistoire la plus célèbre concernant les élections. Quand Louisa Hanoune sest rendue à Aïn Defla pour un meeting, il a fait un discours devant une salle comble, avant de déclarer : «Je passe la parole au frère (el akh) Louisa Hanoune». Quand il parle du monde du travail, pourtant, il est difficile de larrêter. «Cest lenfer», dit-il. «Vingt-trois entreprises ont été fermées et 6.000 travailleurs licenciés». «La manière avec laquelle ont été menées les réformes, a conduit à la misère», dit-il. Il est tout aussi difficile de savoir sil est pour ou contre les privatisations. Mais, se demande-t-il, «pourquoi laisse-t-on pourrir lunité Sonipec fermée depuis dix ans ? Sils veulent privatiser, pourquoi ne la vendent-ils pas, même au dinar symbolique, si cela permet dembaucher des dizaines, voire des centaines de travailleurs ?». Cela semble être une preuve de bon sens. Un bon sens qui semble pourtant peu partagé, dès que les gens se placent dans une logique électorale. Seddik Hamlaoui, militant FLN et responsable de la sécurité dans une entreprise publique, avoue quil «na pas les compétences pour être un député». Il estime, cependant, que la liste de son parti est «formidable», que «cest la meilleure» et maintient, mordicus, quelle a été «élaborée par la base», une base dont il se veut proche. Mais il ne sait pas, pour autant, si les élections intéressent la population. Il suffit pourtant de franchir la rue, en face de lune des permanences du FLN, pour trouver des gens totalement désintéressés. Interrogé sur son intention de voter, Abdelkader Adjadj, un chômeur de 45 ans, répond par une question : «Pourquoi je vais voter ?... Pour la misère ?», demande-t-il. Il fait partie de ces Algériens qui ont totalement perdu espoir dans le vote, à cause des fraudes et du comportement des élus. «Trouve-moi une liste qui ouvre des perspectives pour un projet politique avant les carrières personnelles et je suis partant», dit-il. «Ce nest pas un compétition électorale, mais une course où les premiers arrivés vont semparer du butin dun milliard deux cent millions sur cinq ans», dit-il, allusion, encore une fois, aux indemnités parlementaires. Ses propos, tranchés, semblent assez partagés. Comme dans ce quartier où un groupe du RND a fait, la veille, une «tournée de proximité». Sous couvert de lanonymat, un enseignant de 37 ans parle avec mépris de ces «collecteurs de voix». «Ils sont tous pareils», dit-il. «Ils font semblant de sintéresser à nous, le temps dune élection, et on ne les revoit que cinq ans plus tard». Encore plus terre à terre, un fellah de 31 ans, satisfait de sa récolte de pomme de terre, se dit à prêt à voter pour celui qui lui assurera leau pour la prochaine récolte, celle qui sera plantée en août. Les pluies ont été très insuffisantes, cette année à Aïn Defla, et la nappe deau sest dangereusement tarie. Dans le monde rural, cest la question qui préoccupe tout le monde. En voilà une promesse qui peut ramener des voix...
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www.algeria-watch.org
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