APN

Les nouveaux députés installés aujourd’hui

Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 9 juin 2002

Le Palais Zighout Youcef, siège de l’APN, abritera aujourd’hui la séance plénière qui procédera à l’installation des 389 nouveaux députés, dont l’élection, le 30 mai dernier, a été validée par le Conseil constitutionnel. Il sera aussi question de valider leurs mandats et d’élire leur président.

L’élection du bureau et la constitution des différentes commissions interviendront ultérieurement. Les 389 nouveaux députés sont issus de 9 formations politiques et du groupe des indépendants. 199 d’entre eux appartiennent cependant au FLN.

Cette nouvelle assemblée a pour particularité de voir rebondir un FLN qu’un RND, fraîchement inventé sous l’ère de Liamine Zeroual, alors président de la République, avait supplanté à travers l’ensemble du territoire national, conformément à la nature des missions qui lui avaient été définies par l’un des cabinets noirs du pouvoir. C’est donc la première fois, dans la vie du multipartisme, que l’ex-parti unique se voit attribuer la majorité absolue au niveau du parlement.

Au delà de cette suprématie du FLN, la configuration de l’assemblée diffère totalement de celles des quatre législatures précédentes. Elle ne réserve pas de sièges au FFS et au RCD, qui ont choisi de s’inscrire dans la logique du boycott des législatives prônée par les ârchs. Confirmant davantage leur caractère régional, ces deux partis privent ainsi les régions kabyles de représentation au niveau d’une assemblée, à laquelle la Constitution confère une dimension nationale. La tendance islamiste se voit renforcée par l’arrivée de 43 députés d’El-Islah, un parti qui veut absolument mimer le FIS dissous. La virulence du verbe de son président, Abdallah Djaballah, n’a en effet, rien à envier aux prêches des militants islamistes les plus durs. Le renforcement d’El-Islah, au niveau du parlement, laisse croire que le pouvoir en place a voulu rapprocher de lui - pour l’avoir mieux à l’oeil - une formation qui ne lésinera pas sur les moyens pour s’imposer sur la scène nationale.

L’un de ses deux frères ennemis, à savoir le MSP (38 sièges), se verra obligé de réviser sa stratégie de l’entrisme, qui semble avoir atteint ses limites. Quant au second, Ennahda (1 siège), il devra changer d’attitude envers un pouvoir qui a fait en sorte de lui accorder le seul et unique siège de député, alors qu’il lui avait fait miroiter, auparavant, un avenir politique plus prometteur, après avoir réussi l’éclatement du mouvement Ennahda, version Djaballah. Fort de ses 21 sièges, le PT de Louisa Hanoune siégera aujourd’hui avec des capacités d’opposition élargies. Ce qui confirme davantage le choix du pouvoir de laisser siéger un parti trotskiste dans un parlement, qui veut se donner pourtant l’allure d’une institution républicaine et moderniste.

Entre la majorité FLN et le reste de la représentation politique à l’APN, on retrouve coincé le RND (47 sièges), qui n’arrive pas, à ce jour, à expliquer son lâchage par le pouvoir. Lâchage qui peut laisser sincèrement penser que les dernières élections législatives ont été, dans leur ensemble, propres et honnêtes. Avec un nombre de sièges revu considérablement à la baisse, le parti de Ahmed Ouyahia tiendra, pour cette fois-ci, le rôle de figurant même s’il est attendu qu’il ne ratera aucune occasion de faire parler de lui. Conscient de sa majorité absolue, le FLN n’aura plus besoin de mener des jeux de coulisses pour faire adopter un texte. N’était le choix du pouvoir de constituer un gouvernement de coalition nationale, le FLN aura siégé en maître des lieux, là où il l’aura souhaité. Il aura eu ainsi l’occasion de mener les réformes à sa guise. Il aura eu aussi à inaugurer un véritable cycle d’alternance au pouvoir. Ce qui permettra, pour une fois, de mieux évaluer son action à l’égard des citoyens et du pays. Comme ce ne sera pas le cas, il pourra, d’ores et déjà, se targuer d’avoir le dernier mot pour ce qui est de la privatisation (ou pas) des terres agricoles. Prévu pour être examiné par cette nouvelle assemblée, le projet de loi codifiant l’exploitation des terres par la concession, comme l’a décidé le chef de l’Etat, sera certainement adopté avant la fin de l’année.

Les volets juridiques des différentes réformes commandées par le président de la République seront en principe au menu. Il est attendu que la réforme des structures et des missions de l’Etat occupe la première place dans le programme de l’APN. Ce sera un des premiers grands pas pour restructurer le paysage national puisqu’elle prévoit la régionalisation du territoire.

 

   
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