Vent de colère au RND

Ouyahia sur la sellette

Par Hani Rabah, Le Jeune Indépendant, 2 juin 2002

C’est un véritable séisme qui a frappé le Rassemblement national démocratique (RND), dès vendredi matin, avec l’annonce des premiers résultats. Un écroulement inattendu pour ses responsables qui tablaient sur une deuxième place derrière le FLN, avec au moins 90 sièges. Mieux encore, dans certaines régions dominées par des APC et APW RND, on s’attendait à arracher facilement la première place, notamment dans des zones contrôlées par des Patriotes, des Groupes de légitime défense (GLD) et les éléments de la garde communale.

L’abattement se lisait sur les visages des militants, à tel point que certains s’expliquaient mal l’absence du secrétaire général, toute la journée du vendredi, ainsi que la matinée et l’après-midi d’hier. Nombreux parmi eux reprochent à Ouyahia sa «désertion»médiatique, sa «fuite» des responsabilités, au moment où il devait expliquer la déroute de sa formation à travers une conférence de presse. «Il aurait pu faire un rapide point de presse, au moins à l’intention de ses militants ou aux citoyens qui ont voté pour ses listes», nous dit ce responsable régional d’une structure importante du parti. C’est le moment choisi par les contestataires, dont les chefs de file sont Aïssa Nouasri et Kacem Kébir, pour passer à l’offensive. Hier matin, ce duo rebelle a constaté l’absence totale des membres du bureau national : «Un siège vide, sauf les deux gardiens. Voilà le constat premier du chaos qui attend le parti.»

Nouasri et Kébir ont déposé une lettre dans laquelle ils exigent la démission d’Ouyahia, déclarant aux reporters présents sur place et aux députés sortants qu’ils attendent l’officialisation des résultats par le Conseil constitutionnel pour tenir une réunion extraordinaire du conseil national du RND. Au cours d’un minimeeting organisé dans une salle du siège, les frondeurs révèlent qu’ils ont pu obtenir 173 signatures, presque les deux tiers exigés pour introduire le retrait de confiance à Ouyahia. Les contestataires estiment que deux raisons principales ont précipité la chute vertigineuse du RND, la faiblesse criante de la politique de restructuration des organes du parti menée par Ouyahia et les inconséquences de ses discours durant les meetings organisés au cours de la campagne électorale.

La résurgence de la contestation au sein du RND était prévisible, après les récents remous, mais elle pourrait, cette fois, perdurer avec l’échec non assumé encore par Ouyahia. H. R.

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Le RND tombe de très haut

La fraude de 1997 est-elle confirmée ?

Par Sihem H.

Le nombre de sièges décrochés par le Rassemblement national démocratique aux législatives du 30 mai suscite moult interrogations sur le parcours de cette formation politique. D’aucuns se souviennent que la naissance de ce parti, créé à quelques mois des élections législatives de 1997, avait suscité une polémique qui avait, alors, meublé les débats politiques. Montré comme étant un parti préfabriqué, le RND se proclamait être proche du programme de Zeroual qui, pourtant, s’en défendait. La controverse avait, d’ailleurs, pris de l’ampleur à l’issue des résultats desdites élections. Il était difficile de faire admettre que ce parti, surnommé «bébé- éprouvette» ou «bébé moustachu», ait réussi en si peu de temps à se constituer une base dans toutes les wilayas du pays et à gagner un électorat qui lui a permis d’avoir la majorité à l’Assemblée populaire nationale. Il avait décroché 156 sièges.

Mai 2002, cinq ans après, la formation d’Ahmed Ouyahia, dont la logique veut que sa base soit renforcée davantage par rapport au premier jour de sa création, tombe de haut. Au lieu de prendre du galon sur la scène politique, le RND, non sans surprise, ne remportera pas plus de 48 sièges à l’APN. Ce qui lui fait perdre... 118 places.

Selon des observateurs de la scène politique, cette «dégringolade» prouve encore une fois, si besoin est, que le scrutin de 1997 était réellement entaché de fraude massive. Les inepties d’Ouyahia lui ont fait dire à l’époque que c’était là la volonté du peuple et «ce sont les urnes qui ont parlé», sans préciser qui s’était chargé de les faire parler. Les partis politiques, toutes tendances confondues, notamment le FLN, ont alors crié à la fraude qu’ils ont dénoncée farouchement. Pour éviter que la polémique ne prenne plus d’ampleur, une commission parlementaire a été chargée de faire la lumière sur cette affaire, et sa présidence a été confiée à M. Mazouzi, député du frère ennemi le FLN. Des indiscrétions affirment aujourd’hui que le rapport de cette commission est sur le bureau de Bouteflika. Il comporterait des cas de fraude avérés, avec des chiffres et des lieux à l’appui. Ce document compromettant a été brandi comme l’épée de Damoclès sur la tête du RND à chaque fois qu’il tentait de «déserter» les rangs. S. H.

   
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